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Commentaires et Cogitations sur l’Évangile de Thomas

Structures Mentales Tome 1

Structures Mentales Tome 2

Structures Mentales Tome 3

Structures Mentales Tome 4


Structures Mentales

Tome 4

 

 

 

Et que, vive la danse des évidences !

Ou, connais-toi toi-même

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ludovic

 

Point de départ de ce document le 30 Novembre 2014

Version 1.0 du 18 février 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tous droits de reproduction ou de diffusion interdits sans l’accord écrit de l’auteur ou ses aillant droits.

Tous droits réservés. Les portions de texte définies comme des extraits d’auteurs conservent leurs copyrights respectifs (voir plus loin).

1.  Table des matières

1.     Table des matières. 3

2.     Convention d’écriture. 6

2.1.       Texte courant. 6

2.2.       Texte poétique. 6

2.3.       Texte souvenir. 6

2.4.       Extrait d’auteurs — Copyright. 6

2.5.       Secret. 6

2.6.       Notes de bas de page. 7

2.7.       Images — Photos. 7

3.     Introduction.. 8

3.1.       Résumé Tome 1. 11

3.2.       Résumé Tome 2. 11

3.3.       Résumé Tome 3. 11

4.     Des Évidences. 14

4.1.       Qu’est-ce qu’une évidence. 15

4.1.1.        Évidences et illusions d’optique. 16

4.1.2.        Évidences et Paradoxes. 18

4.1.3.        Évidences et casse-têtes. 20

4.2.       L’espace. 21

4.2.1.        La même distance. 22

4.2.2.        Pas de distance. 27

4.2.3.        Un monde à 3 dimensions ?. 29

4.2.4.        Le monde n’est pas dehors. 30

4.2.5.        La chose vue. 33

4.2.6.        Peu importe la taille du miroir 38

4.2.7.        Zéro dénivelé. 39

4.2.8.        Deux yeux pour trois dimensions ?. 39

4.2.9.        J’ai deux yeux et une seule image. 39

4.2.10.     La Terre à l’envers. 40

4.2.11.     La Terre cubique. 43

4.2.12.     Une seule face. 44

4.2.13.     L’infini n’existe pas. 46

4.3.       Le temps. 51

4.3.1.        Demain, n’existe pas. 51

4.3.2.        Tout le monde a le même âge. 53

4.4.       Moi 57

4.4.1.        Les appuis ne sont pas que de nature physique. 57

4.4.2.        Le sens le plus utile nous est inconnu. 58

4.4.3.        Sensations. 59

4.4.4.        Mon corps ce n’est pas moi 60

4.4.5.        Le corps bouge de manière autonome. 62

4.4.6.        Je suis plus que le corps. 63

4.4.7.        Je suis l’extérieure. 66

4.4.8.        Seule une chose d’appartient 67

4.4.9.        Je ne suis pas ma carte d’identité. 68

4.4.10.     La mémoire ce n’est pas nous. 68

4.4.11.     Le silence n’est pas à chercher au-dehors. 70

4.4.12.     Jean qui rit, Jean qui pleure. 71

4.4.13.     Tu n’es pas l’image dans le miroir 71

4.4.14.     Toujours seul 72

4.4.15.     Rien, existe bel et bien. 73

4.4.16.     Un bol d’air 75

4.4.17.     Il n’y a personne ici 75

4.5.       Processus. 78

4.5.1.        Déploiement du point 79

4.5.2.        Logique. 83

4.5.3.        Le fond signifiant et la forme. 87

4.5.3.1.      La chose vue n’est pas la chose. 93

4.5.4.        Nous descendons de l’arbre. 93

4.5.4.1.      Chemin de vie. 97

4.5.4.2.      L’Arbre de la vie. 99

4.5.4.3.      Le Pont 100

4.5.4.4.      La porte. 101

4.5.4.5.      Les interstices. 101

4.5.4.6.      La commutation. 102

4.5.4.7.      La rupture de séquence. 103

4.5.4.8.      L’encapsulation. 104

4.5.4.9.      L’inconscient 107

4.5.4.10.        La résonnance. 110

4.5.4.11.        Donner du sens. 112

4.5.4.12.        Le rêve. 114

4.5.5.        Le scribe. 115

4.5.6.        Le mécano. 117

4.5.6.1.      Le contenu et sa qualification (Dodécalogie) 119

4.5.6.2.      Matrice des besoins vitaux. 121

4.5.6.3.      Le transport du contenu (Septénaire) 122

4.5.6.4.      Exemple : La matière. 122

4.5.6.5.      Notre rapport aux matrices. 127

4.5.6.6.      Émergences. 128

4.5.6.7.      Trouve. 130

4.5.6.8.      L’écoulement 133

4.5.7.        L’information. 134

4.5.8.        Je me promène. 136

4.5.9.        Tout est parfait 139

4.5.9.1.      Un peu de poésie. 140

5.     L’information (le sujet) 142

5.1.       Le questionnement. 142

5.2.       Postulats (la graine) 144

5.3.       Déploiement (la germination) 145

5.3.1.        Un exemple rationnel 147

5.3.2.        Un exemple irrationnel 147

5.4.       Déploiement (la première tige) 148

5.5.       Structures d’accueil. 153

5.6.       Structures actives. 160

5.7.       Essais d’interactions. 166

5.7.1.        Trouver des jetons. 166

5.7.2.        Les pyramides et ses momies. 173

5.7.3.        Le cadre, structure d’accueil 180

5.8.       Déploiement (les feuilles) 185

5.9.       Captation des données. 189

5.9.1.        FlatLand. 190

5.9.2.        Subliminal 191

5.9.3.        Saisie automatique. 193

5.9.4.        Cogitation underground. 195

5.9.5.        Pas de saisie automatique. 197

5.9.6.        Côtoiement 199

5.10.         Structures d’accueil actives. 202

5.11.         Effets pervers (le multiples) 205

5.11.1.     Rêve – Illusions - Paranoïa. 208

6.     Conclusion.. 216

7.     Annexes. 217

7.1.       Postulats d’accès à l’Information.. 217

7.2.       Liste des acronymes utilisés. 218

7.3.       Liste des Apartés. 218

7.4.       Liste des figures. 218

8.     Référence des ouvrages cités ou liens en rapport. 222

 

« Cette tâche vous est dévolue, Frodon de la Comté. Si vous ne trouvez pas le moyen, personne ne le pourra [1]»

 

 

"Ne croyez rien sur la foi des Traditions alors qu'elles sont en honneur depuis de longues générations et en de nombreux endroits.
Ne croyez pas une chose parce que beaucoup de gens en parlent.
Ne croyez pas ce que vous vous êtes imaginés, vous persuadant qu'un Dieu vous l'a inspiré.
Ne croyez rien sur la seule autorité de vos maîtres ou des prêtres.
Après examen, croyez en ce que vous avez expérimenté vous-même et reconnu raisonnable et conformez-y votre conduite."
Siddharta Gautama, Bouddha

 

2.  Convention d’écriture

2.1.   Texte courant

Le texte courant est écrit en mode justifié avec la police : « Deja vu Sans » en taille 10 :

2.2.   Texte poétique

Des textes poétiques sont placés au fil des pages. Ils sont là pour exprimer certaines choses d’une autre manière ou bien pour rentrer dans une forme d’irrationnel. Ils sont une indication pour le lecteur qui ne doit pas prendre au pied de la lettre ce qui est écrit, mais qu’il doit se laisser aller à ses propres réflexions.

2.3.   Texte souvenir

Des textes basés sur des souvenirs ou des rêves, ils sont des résumés de situations ou de souvenirs qui permettent d’introduire ou de commenter d’une manière romanesque un chapitre. Ils sont parfois adaptés à la lecture du chapitre ou bien laissés en l’état.

2.4.   Extrait d’auteurs — Copyright

Pour illustrer certains chapitres, il a été fait appel à des extraits de l’encyclopédie en ligne Wikipédia. Quelques extraits de livres d’auteurs sont aussi présents dans ce document. L’ensemble de ces ajouts placé dans le cœur du texte est identifié par cette police de caractères et l’usage d’une encre de couleur violette de manière à les différentier sans ambigüité possible du texte principal. Les sources de ces textes sont généralement indiquées sous forme de notes de bas de page[2]. Lorsque ces ajouts sont placés en bas de page j’utilise la police suivante : « Ce document », Ils sont alors précédés de l’URL du site en ligne.

Tous les droits d’auteurs associés à ces portions restent la propriété intellectuelle de leurs auteurs respectifs et conservent leurs logiques de droits de diffusions et de copies d’origines. Les URL placées en bas de page permettent de retrouver le document d’origine ainsi que leurs auteurs. Les droits de reproduction de ces parties sont conservés tels que définis par leurs auteurs respectifs. Ces insertions sont considérées comme étant des informations permettant d’illustrer notre propos ou bien le rendre plus fluide. En aucun cas le texte de fond qui fait l’objet de ce document ne peut être considéré comme un travail dérivé de ces portions de texte qui ne sont là que pour illustrer le propos principal et aider le lecteur à situer certaines connaissances du domaine public dans un mode de type dictionnaire encyclopédique. Logiquement tous ces extraits sont utilisables en regard de leurs copyrights respectifs, cependant, il est possible que certains textes soient soumis à des droits d’usages restrictifs qui nous auraient échappés. Nous nous en excusons par avance et rectifierons le problème lors d'une nouvelle édition sur simple demande. Concernant le copyright appliqué à l’ensemble du texte principal, il est soumis aux dispositions légales internationales en vigueur concernant les droits d’auteurs[3].

2.5.   Secret

Certains secrets de guérisseurs sont transcrits dans ce document pour illustrer notre propos. Ils sont centrés de la même manière que les portions poétiques du texte.

2.6.   Notes de bas de page

Ce document exploite un ensemble de 15 tomes de notes collectées entre mai 2008 et 2015, et quelques livres de synthèse, Structures mentales Tome 1, 2, 3, soit plus de 4000 pages numériques au format A4. Pour faciliter la lecture du document, un remaniement a été réalisé et les notes n’ont plus l’ordre chronologique d’origine. De plus, seules les notes couvrant le thème de cet ouvrage ont été utilisées. Pour un usage futur, des notes en bas de page indiquent le numéro du tome, le nom du chapitre d’origine et éventuellement la date de rédaction. Pour fournir au lecteur un référentiel neutre, il a été donné un grand nombre de lien sur des pages de l’encyclopédie libre Wikipédia ainsi que le résumé du thème annoté, ces informations ne sont là que pour fournir un éclairage au lecteur et ne font pas partie du texte de fond du document.

2.7.   Images — Photos

La majorité des médias de type photos ou dessins utilisés dans ce document ont été produits de manière personnelle, ou bien collectés pour enrichir le texte sur des sites libres comme Wikipédia. Une attention particulière concernant les droits d’auteurs des documents collectés a été réalisée, et des liens web de renvoi aux sites d’origines sont mis en bas de page, pour obtenir un visuel de meilleure qualité. Cependant, il est possible que certains visuels soient soumis à des droits d’usage restrictif, qui nous auraient échappés. Nous nous en excusons par avance, et rectifierons le problème lors d'une nouvelle édition sur simple demande.

Des images sont utilisées, pour faciliter la mise en page du document, et apporter une certaine dimension au propos du texte. Elles n’ont pas de commentaires associés.

 

 

 

 

3.  Introduction

Nous allons dans cet ouvrage nous attaquer aux évidences, il y en a une multitude, et elles concernent tous les aspects de notre vie, mais elles ont toutes une particularité en commun :

Nous ne remettons jamais les évidences en question et nous les utilisons au quotidien comme des vérités non négociables.

Même si la sagesse populaire prétend que « les évidences sont parfois trompeuses », pour la plupart d’entre elles, nous ne pensons pas qu’elles puissent être remises en question, mieux encore, nous ne les voyons plus. Nous les utilisons comme des appuis invisibles, inconscients, automatiques, pour réaliser l’ensemble de nos actions quotidiennes, à tel point qu’elles nous façonnent sans que nous n’y prêtions gardent. Et, si elles nous façonnent, à l’insu de notre plein gré, c'est aussi qu’elles forment des structures mentales invisibles dans lesquelles nous nous trouvons encapsulées. Les Évidences dont il va s’agir ici ne sont pas à confondre avec les croyances ou idées que nous pouvons avoir sur tel ou tel sujet. Nous allons traiter de choses qui sont intégrées en nous à un niveau logiquement non négociable. De ce fait, il est fort possible que les propos de cet ouvrage vous paraissent bizarres ou complètement farfelus. Il est même possible que vous ne compreniez pas de quoi je veux parler, simplement parce que votre raison n’a pas l’habitude de raisonner sur ce qui lui sert de base, d’appui. 

Par exemple, lorsque vous faite une addition, il ne vous vient pas à l’idée de remettre en cause le fait même de faire cette opération : pour tout un chacun 1+1=2. Ici, je vais vous dire que pour moi : 1+1 n’est pas égal à 2, mais à 10, et j'ajouterai que dans mon monde d’informaticien, 2 n’existe tout simplement pas. Certains d'entre vous, en lisant ces lignes, comprendront de quoi je parle, car ils ont été initiés au calcul binaire, alors que d’autres ne pourront pas raisonner ceci, car ils sont prisonniers des informations qu'ils ont acquises à l’école. Ils pensent que les mathématiques sont une science exacte, et que tout ceci est évident, pour eux il n’existe que la base 10, et ils ne connaissent peut-être pas l’existence de la base 2. Ils utilisent les règles de calcul, un point c’est tout. Ils sont pris au piège de la formule qui marche, et qui n’a plus besoin d’être prouvée, cet état de fait leur bloque alors une ouverture possible vers d’autres paradigmes[4].

Leur "où" se dirige en direction du verrou au lieu d’être peut-être ouvert vers la vérité.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/06/Universum.jpg

Figure 1 : Universum, C. Flammarion, gravure sur bois, Paris 1888[5]

 

Mais, dans cet ouvrage, même s’il est possible que certaines évidences de ce type soient montrées, nous nous intéresserons à des évidences plus profondes. Des évidences qui n'ont pas été acquissent à l’école, ou lors d’une initiation quelconque, mais des Évidences que la vie même nous donne à appréhender au quotidien. 

 

Un avertissement ici est nécessaire, car s’il est amusant ou édifiant d’apprendre que dans certains cas : 1 + 1 = 10 en binaire, et que : 4 + 4 = 10 en octale, alors qu’ici 1 n’est pas égal à 4. Il peut être très déstructurant de se rendre compte qu’une évidence, qui nous sert d’appui, pour assurer notre bon fonctionnement au quotidien, n’est finalement pas si évidente que cela.

Dans le monde des évidences, le doute n’est pas permis et la preuve n’est pas nécessaire.

L’expérience m’a montré que disserter sur ce genre de choses, avec des amis ou en public, pouvait provoquer des prises de conscience[6] très profondes, voir déconnecter, pour un temps, le mental et la raison de celui qui écoute. La folie[7] est une sorte de déstructuration du système de raisonnement d’une personne, ce qui l’amène à réaliser des actions en dehors des normes admissibles. L’ensemble des structures qui sous-tendent la psyché humaine forme une sorte de cohérences qui nous permet d’assurer notre quotidien. Nous sommes à la fois protégées par ces structures et en même temps emprisonner par elles, elles forment ce que nous sommes. Disserter sur les Évidences racines, et les remettre en cause provoque automatiquement chez celui qui écoute un mécanisme de protection structurelle. Cette protection s’exprime fréquemment par un rejet des propos entendus et la classification de l’émetteur dans la liste des personnes dangereuses, ce qui peut vous faire passer pour un « doux dingue » si vous insistez.

 

Figure 2 : Hôpital de la Charité, Les fascinées par Paul Moreau de Tours[8]

 

Dans la majorité des cas, votre interlocuteur pourra tout simplement ne pas vouloir entendre parler de toutes ces bêtises et les décodera au mieux comme des blagues, ou de simples raisonnements aberrants. Vous devenez, de fait, un « embrouilleur », car vous toucher une zone de la psyché non négociable habituellement. Vous aurez beau argumenter, par tous les moyens possible à votre disposition, de nouveaux paramètres concernant une évidence, vous n’arriverez pas à égratigner le moins du monde la structure de votre interlocuteur, et vous resterez à ses yeux au mieux un blagueur au pire un allumé ou un fou. L’expression : « il faut que tu arrêtes de fumer la moquette » viendra certainement mettre un terme à votre discourt. 

 

Certains esprits curieux essayeront de vous suivre et après d’interminables discussions, ils développeront, dans un coin de leur esprit, une conceptualisation de vos propos, mais ils continueront à utiliser l’évidence en question comme à leur habitude. Ils auront compris votre propos, mais de manière intellectuelle, conceptuelle… sans que cela ne remette nullement en cause leur quotidien. Ils prendront même peut-être plaisir à diffuser cette information, mais n’en auront pas perçu les implications réelles dans leur vie. D’innombrables livres ont été écrits par ce type de personnes qui vulgarisent des concepts glanés à droite ou à gauche, et qui les ont plus ou moins bien intégrés, j'en fais aussi certainement partie.

 

Par contre, il est possible que la remise en question d’une Évidence du niveau que nous nous proposons de traiter provoque une prise de conscience et une remise en cause de la structure mentale existante, et une nouvelle forme de compréhension du monde. Ceci pouvant provoquer un état psychique particulier, car changer une Évidence racine, c'est aussi réaliser une déconnexion référentielle.

Plus la carte, du château qui nous forme et avec laquelle nous sommes en relation, est proche de la base et plus le risque pris, lorsque l’on y touche, est important, pour la stabilité du château lui-même.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/01/Card_castle6.JPG/640px-Card_castle6.JPG

Figure 3 : Château de cartes[9]

 

Libre à vous de continuer ou pas de lire cet ouvrage. Si vous pensez que votre château est indestructible, ou si vous recherchez à en modifier les fondements, il vous appartient de poursuivre à votre risque cette lecture. N’oubliez pas en cas de trouble que je ne suis qu’un plaisantin, que tout ceci n’est que le déploiement d’un rêve, et que toutes nouvelles informations risquent de faire basculer tout ce bel édifice dans un nouveau cadre où il se redéploiera, encore et encore…

Le mieux est de rester le plus près possible du Un avant qu’il ne déploie un nouveau rêve.

Cette mise en garde étant posée, ce document est à l’image des précédents, il est un ensemble de réflexions et d’exemples souvent présentés comme des réflexions, des expériences de vie, des prises de conscience. Certains chapitres viennent en écho des trois ouvrages déjà réalisés traitant de nos structures mentales et de leurs interactions sur notre quotidien. La lecture des ouvrages précédents n’est pas indispensable pour commencer la lecture de celui-ci, mais comme pour toute réflexion, il est parfois utile de savoir d’où proviennent certaines idées ou images. De plus, le style particulier de cette série de documents est peut-être plus facile à appréhender graduellement, par une lecture sous forme de cheminement de tome en tome. L’idée rédactionnelle est de réaliser des chapitres pouvant être dissociés de l’ensemble, et de former avec une sorte de mayonnaise, pour épicer vos propres cogitations. Le chapitre 5 et ses sous-chapitres sont par contre à lire linéairement, pour pouvoir saisir la suite d'entrelacs qui s’y trouve déployée. Lorsque cela sera nécessaire, une note en bas de page renverra à la lecture de chapitres de références situés dans le corps de l'ouvrage, ou dans les précédents, afin de faciliter certaines compréhensions. Pour mémoire, voici un rapide résumé des précédentes cogitations disponibles, qui traitent du vaste sujet des structures mentales, telles qu’elles nous apparaissent de notre point de vue. Cette rapide présentation vous donnera peut-être l’envie de parcourir les autres tomes, si ce n’est déjà fait.

3.1.   Résumé Tome 1

Ce document[10] expose une suite d’expériences et de prises de conscience diverses qui mettent en place le décor d’une recherche intérieur. Il essaie de faire voir que nous sommes le jouer d’automatismes et de cycles de fonctionnements qui formatent nos actions quotidiennes.

3.2.   Résumé Tome 2

Ce document[11] expose une suite de prises de conscience et d’évidences qui nous montrent que nous sommes soumis à nos besoins vitaux et que ces besoins s’expriment inconsciemment et métaphoriquement au niveau physique, émotionnel et mental. Il apparait alors une structure active basée sur nos quatre besoins vitaux de base s’exprimant sur trois niveaux pour former une grille de douze cases (3 x 4 = 12). Cette grille, qui apparait automatiquement, par le simple fait de notre constitution, devient un outil inconscient, de codage et décodage de notre monde. Cette grille est une sorte de matrice qui nous gouverne à notre insu et formate la manière dont nous codons l’information. Un ensemble d’exemples essaie de faire comprendre cette matrice qui nous habite au plus intime de nous-mêmes. Un ensemble de rappels à différentes traditions montre les interactions de cette matrice avec les quatre éléments. Des éléments qui servent de référence à un ensemble de représentations symboliques qui ne sont que des métaphores des besoins vitaux à différents niveaux de l'être.

3.3.   Résumé Tome 3

Ce document[12] expose une suite de prises de conscience et d’évidences qui nous montrent que nous utilisons toujours les mêmes étapes pour échanger et coder de l’information entre deux systèmes. Ces étapes sont en relation directe avec notre corps et son système de perceptions, ainsi que de nos mécanismes mémoriels. Une matrice fractale apparait alors, où sept étapes sont identifiées, sous la forme de deux blocs distincts composés de trois étapes externes, suivies de quatre autres qui elles sont, internes. L’ensemble forme alors un septénaire (3 + 4 = 7). Un ensemble d’exemples montre l’universalité de ce système de communication, qui est en rapport direct avec notre constitution physique et nos capacités sensorielles. Un ensemble de rappels à différentes traditions montre les interactions de cette matrice avec certaines, voire l’ensemble de nos actions. Une autre matrice, plus simple, est aussi présentée, elle concerne notre manière de raisonner, de nous syntoniser, de nous mettre en résonance avec notre environnement. Cette matrice nous renvoie à l’ensemble des symétries et homothéties qui nous permettent d’appréhender notre univers. Elle est nommée la matrice « 2 et 1 ».

 

Figure 4 : 3 (personnages) + 4 (jambes)= 7 - 2 et 1[13]

Pour résumer, plusieurs grilles de décodage de nos structures mentales ont déjà été proposées. Une matrice de structure 3 x 4 = 12 proche de notre structure humaine et qui nous permet de classifier notre environnement en s’intéressant aux contenus. Une autre matrice de structure 3 + 4 = 7, de nature plus Universelle et représentant un septénaire fractal qui permet de communiquer entre formes. Et, une matrice plus simple encore, dite « 2 et 1 », qui est à la base des deux autres et qui est une sorte de mécanisme de mise en symétrie, qui nous permet d’appréhender notre monde. Cette matrice n’est plus du tout réservée à l’humain, mais est présente de manière universelle dans l’ensemble de la création.

 

 

« Puis, de cette unité première, les deux composantes créatrices se distinguent, se dédouble en deux entités opposées, complémentaires et solidaires. Elles opèrent et elles créent. Alors jaillit la Vie, la Lumière originelle »[14]

 

« …Deux gouttes de Feu se détachent de la Toute Puissance Universelle…

En tombant, le choc cosmique

Donne lieu au Magma fusionnant et bouillonnant.

Lentement, le Feu dévore et brûle ce Monde qui vient de se créer… »[15]

 

Quelques chapitres de cet ouvrage seront aussi consacrés à de nouveaux exemples de déploiement de ces différentes matrices pour essayer de montrer l’universalité de ces structures dans des domaines très variés. Comme dans les ouvrages précédents, certains exemples sont farfelus et d’autres plus savant. Tout ceci n’est pas à prendre au pied de la lettre, mais à considérer comme des propositions de réflexions décalées. Des cogitations n’ayant pas d’autres buts que de titiller vos structures raisonnantes pour en parfaire la solidité.

 

Ces idées ont aussi donné lieu à différents échanges intéressants avec des internautes et des amis, et quelques un de ces échanges ont été reformatés afin de trouver une place dans ces lignes. Il se peut donc, cher ami, que vous relisiez quelque chose de déjà lu : " Lis, lis, relis et tu parviens ".

Attention donc, ces réflexions se situent dans le rêve et n'ont aucun caractère de vérité, tout ceci est soumis à la croissance de l’ensemble, qui peut comme par magie faire apparaitre un nouveau bourgeon d’où sortira une jolie fleur inattendue, mais qui attendait son heure.

 

Figure 5 : Fontainebleau : La mare à Piat

4.  Des Évidences

Les chapitres qui suivent présentent un ensemble d’évidences que personnellement je ne reconnais pas comme telles. Le jeu que je vous propose consiste à détecter des Évidences non discutables et de montrer que comme toutes choses, elles possèdent au moins une autre facette. Il n’est pas toujours facile de trouver des évidences, car justement leur évidence les rend transparentes.

Bien sûr, tout ce qui va suivre est sujet à débat, puisque le jeu est justement de réinterpréter une évidence non négociable. Et comme je vous l’ai indiqué plus haut, plus l’évidence touchée est intouchable, et plus vous allez la défendre, pour qu’elle le reste. Tout ceci risque donc de vous sembler un peu farfelu. Mais attention, derrière l’évidence que cela est farfelu se cache peut-être son contraire… Pour rendre la chose plus ludique, je vais donc toucher à des Évidences, en proposant parfois leur contraire et en essayant, par divers procédés, de montrer un de ces possibles côtés sombres. Une fois que quelques exemples auront été donnés, il sera plus facile de travailler sur des évidences plus complexes à renégocier. Certaines évidences ont déjà été traitées dans les précédents ouvrages,  sous une autre forme et dans un autre contexte, elles vont être ici légèrement reformulées, pour mieux coller au sujet et leur donner une nouvelle dimension. Attention, l’Évidence n’est pas une croyance[16] qui dans une certaine mesure peut lui ressembler. La croyance est le fruit d’une analyse ou d’un apprentissage incomplet qui pour un temps nous fait avoir une opinion plus ou moins forte sur un sujet donné. L’apport de nouvelle information peut facilement reformater une croyance. L’Évidence, elle, a été validée et ne fait plus l’objet d’aucune analyse. 

Sur ces sujets, il faut une prise de conscience globale, mais comment poser la graine, qui doit incuber en chacun pour fleurir, et ainsi n’être pas qu'une simple image de plus ?

Ces évidences n’étant logiquement pas discutables par la raison, trouver une faille, dans ces pseudos vérités, risque de chambouler sérieusement votre vision du monde, mais vous avez déjà été prévenu...

4.1.   Qu’est-ce qu’une évidence

Avant de partir à la chasse aux évidences, il est bon d’en connaitre le périmètre et le plus simple, pour cela, est de nous tourner vers Le dictionnaire le Littré[17] qui nous propose :

ÉVIDENCE [é-vi-dan-s'] s. f.

Caractère de ce qui est évident ; notion si parfaite d'une vérité qu'elle n'a pas besoin d'autre preuve. L'évidence d'une proposition.

·         Il faut bien que l'évidence de Dieu ne soit pas telle dans la nature, PASC., dans COUSIN

·         Faisons paraître cette vérité dans son évidence, BOSSUET, Loi de Dieu, 3

·         Vous ne voyez pas dans une moindre évidence comment..., BOSSUET, Hist. III, 7

·         Pour que l'esprit puisse acquiescer à une idée, il faut qu'il connaisse la convenance entre cette idée et son objet par une perception vive et sensible qui n'admette rien de contraire à elle-même ; et l'idée de cette perception est le mode de penser que nous nommons évidence, BOULAINVILLIERS, Réf. de Spinoza, p. 124

·         L'évidence appartient proprement aux idées dont l'esprit aperçoit la liaison tout d'un coup, D'ALEMB., Disc. prélim. encycl. t. I, p. 228, dans POUGENS

·         Aucune preuve n'a la même force, aucune idée la même évidence, aucune image le même charme pour tous les esprits, DIDEROT, Claude et Néron, à M. Naigeon.

Évidence des sens ou sensible, celle qu'on acquiert par les sens.

Évidence de raison, celle qu'on obtient par le raisonnement.

·         Les deux exemples que j'ai apportés dans ce chapitre sont plus que suffisants pour faire concevoir que l'évidence de raison consiste uniquement dans l'identité, CONDILL., Art de rais. I, 1

Évidence de fait, celle qu'on acquiert par le moyen de l'observation.

Évidence de sentiment, ce qui paraît certain par le sentiment seul, et sans qu'on puisse en rendre compte.

Se rendre à l'évidence, admettre forcément ce qui est incontestable.

Se refuser à l'évidence, s'obstiner à contester ce qui est incontestable.

Mettre en évidence, faire connaître clairement, manifestement.

·         Nous sommes encore loin de mettre en évidence Si nous nous conduirons avec plus de prudence, CORN., Cinna, II, 1

·         Je ne veux que mettre ici en évidence tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables, PASC., Juif, 1

Mettre en évidence, faire qu'un objet frappe les yeux, soit remarqué.

·         La lumière mettra en évidence leurs mauvaises œuvres, BOSSUET, Haine, 2

Se mettre en évidence, se montrer avec l'intention de se faire remarquer.

Se mettre en évidence, être manifesté, en parlant de choses.

·         De quel front oserais-je, après sa confidence, Souffrir que mon amour se mît en évidence ?, CORN., Suite du Ment. IV, 8

Être en évidence, être remarqué, attirer l'attention générale.

·         J'étais placé vis-à-vis d'eux, à deux pas de la table, bien isolé et bien en évidence, MARMONTEL, Mém. v.

Être en évidence, être manifesté, en parlant de choses.

·         Eh bien, ta perfidie est-elle en évidence ?, CORN., la Pl. roy. II, 2

·         Nier des trahisons qui sont en évidence, à l'infidélité c'est joindre l'impudence, TH. CORN., l'Am. à la m. v, 9

On dit de même venir en évidence.

·         Toujours le fond du sac ne vient en évidence, RÉGNIER, Sat. II

 

Une évidence c’est donc quelque chose qui nous apparait et qui impacte nos sens et/ou notre raison, au point qu’il n’est pas nécessaire de remettre en cause la chose, objet de notre attention. Une évidence d’ailleurs ne demande pas d’attention, car elle fait partie d’une certaine manière du décor qu’il soit intérieur ou extérieur et il n’est pas non plus nécessaire de lui donner du sens, pour en appréhender la présence ou l’application.

Un exemple simple peut nous éclairer : lorsque vous voyez en face de vous un vase, vous ne vous posez pas de question le concernant. Ce vase est là, en face de vous. Vous pouvez vous poser toutes les questions possibles concernant ce vase, qu’elle est sa taille exacte, son origine, l’année de son achat…, mais vous ne remettrez pas en question le fait qu’il est devant vous et que c’est un vase. Nos perceptions nous fournissent des informations de base qui sont dans leurs majorités des évidences, que notre mental va triturer, pour leur donner du sens. Si nous reprenons le modèle à sept couches proposé dans l’ouvrage précédent[18] : les évidences se situent dans les trois premières couches et sont de l’ordre de l’universelle, du partagé. Une évidence est une forme de communication entre vous et la chose objet de cette évidence.

4.1.1.               Évidences et illusions d’optique

Certaines illusions[19] d’optique[20] peuvent nous aider à introduire mon propos. En effet, si les évidences ne souffre pas d’avoir besoin d’être analysées et se présente à nous comme du prêt à digérer. Il existe cependant plusieurs domaines, où une frontière peut apparaitre et nous proposer deux évidences à la place d’une seule, nous faisant par la même prendre conscience que l’une ou l’autre des deux évidences n’est en fait qu’un choix. Une évidence n’étant pas discutable, ni négociable, un étrange phénomène de commutation va alors apparaitre dans notre conscience et nous perturber.

 

La classique illusion du vase aux deux visages nous montre ce phénomène ambivalent.

 

 

File:Optical illusion vase.png

Figure 6 : Un Vase ou deux visages face à face[21].

 

Il est possible de visualiser le vase et les deux visages en même temps, mais souvent un choix préalable aura été fait par le cerveau et certainement : vous avez vu un vase dans un premier temps et ensuite deux visages. Ici, cette illusion est tellement connue et le thème de ce chapitre explicite que vous avez peut-être décodé les différents motifs simultanément.

Ce qui veut être montré ici, c’est que le cerveau va pré interpréter la chose qui est vue et que malheureusement, parfois, une erreur est commise, ou alors plusieurs choix, plus ou moins valables, sont possibles. Bien sûr, dans tous les cas nous pouvons affirmer qu’il n’y a ici ni vase ni visages, mais simplement un dessin en noir et blanc qui pointe vers des références mémorielles de choses, qui pourraient être classées comme un vase ou des visages. Seul le profil peut nous rappeler une ombre éventuelle, nous sommes en train d’interpréter une simple image qui n’a aucune prétention de représenter quelque chose. D’ailleurs, cette image n’est logiquement pas animée d’une quelconque volonté, c’est juste une sorte de pointeur vers votre grille du monde.

Nous ne voulons pas ici parler des illusions d’optique, mais simplement faire remarquer que ce type de représentation fait apparaitre un moment d’évidence qui peut être remis en question et qui se termine sur une indécision, voir un trouble. Le système que vous êtes doit faire un choix.

Dans la majorité des cas, c’est la partie claire qui va être prise en compte en premier, ici le vase, et ensuite la partie sombre va se faire reconnaitre.

Ce qui nous intéresse c’est cette partie sombre, qui quelquefois n’est pas facilement visible, voire invisible pour toujours. Une partie claire tellement visible et évidente que la partie sombre restera à tout jamais dans une sorte de néant d’interprétation. Le cerveau nous a présenté une information déjà formatée dans notre conscience et elle n’est pas remise en cause, car elle est déjà qualifiée, illuminée, des feux de l’évidence.

 

Comme le dit un proverbe, « Une pièce a toujours deux faces » et le concept de ce qui est vu ici comme un double profil peut s’étendre à d’autres domaines de réflexion. Une Évidence étant une vision au sens large, une reconnaissance, une identification, d’une chose qui ne souffre pas d’être analysée, il est bien évident que certaines évidences, si ce n’est toutes, possèdent un univers qui nous est totalement étranger. L’exemple du vase à deux têtes n’est pas vraiment une évidence forte puisqu’il est très facile d’apercevoir les trois formes qui se marient via leurs contours. Chercher des évidences de ce type nous amènerait simplement dans le domaine ludique de la blague ou de la surprise. Nous reconnaitrions facilement notre erreur et l’ambigüité du décodage de la forme et cela serait classée dans le domaine de la farce ou de la plaisanterie.

 

L’exemple du vase nous montre une porte, une faille possible aux alentours du pourtour, il nous montre aussi que finalement ce n’est pas l’image que nous jugeons, mais notre interprétation de cette image.

 

Un autre exemple de faille au pourtour peut-être donnée par la blague de la bouteille à moitié pleine et à moitié vide. Des blagues potaches à double sens[22], les fameux calembours, ou encore les jeux de mots[23], peuvent aussi nous mettre sur la voie de découvertes autrement plus intéressantes qu’une simple blague ou qu’un simple jeu d’esprit. Ces blagues sont des portes vers un ailleurs, vers un côté sombre rarement éclairé, mais qui pourtant existe. Un ailleurs peut dans certains cas nous accueillir et nous propulser vers un possible inattendu.

 

Toutes ces évidences premières qui nous font dire à un moment donné : « je croyais que » et qui nous font requalifier la chose, à un moment ou à un autre.

 

Le monde des croyances, des : « je pensais que », des idées toutes faites… est un terrain prolifique pour détecter des évidences qui n’en sont finalement pas. Nous pouvons même essayer de classifier les différents niveaux d’évidences et leur propension à être remises en question.

 

·         Vérité

·         Justesse

·         Croyance

·         Intuition

·         Pensée analytique

·         Idée

·         Opinion

·         Sentiment

·         Présupposé

·         Appréciation

·         Rêvasserie

·         Rêve

·         Délire

·         Hallucination

 

Cette liste n’est pas exhaustive, elle est simplement là pour nous faire voir que ce qui nous semble être des évidences non négociables peut se situer dans des couches de la psyché n’ayant aucune valeur réelle. De plus, ces différents niveaux de qualification d’une évidence peuvent être mis à mal par un contexte, un cadre, un décor qui participera à l’apparition de l’évidence tout en la trahissant.

4.1.2.               Évidences et Paradoxes

La science et le sens commun ont depuis longtemps noté des éléments incongrus, que nous pouvons rencontrer dans la vie de tous les jours, et les ont appelés des paradoxes[24]. Un paradoxe c’est quelque chose qui se déroule dans le sens contraire de l’opinion commune. Le paradoxe, c’est une proposition qui contient, ou semble contenir, une contradiction logique, ou un raisonnement bien que sans faille apparente, aboutit à une absurdité, ou encore une situation qui contredit l'intuition commune. Le paradoxe peut donc s’exprimer à tous les niveaux de notre cognition et vient lui aussi contredire certaines des évidences qui nous servent d’appuis au quotidien. Nous pouvons prendre comme exemple les gravures de Maurits Cornelis Escher[25] qui a laissé à la postérité des œuvres qui mettent en lumière des paradoxes graphiques (ou visuels) :

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fe/Escher_Cube.png

Figure 7 : Les « cubes impossibles » de M. Escher[26]

Le paradoxe est donc lui aussi, à l’image des illusions, un puissant moyen de stimulation de la réflexion. Il nous prend à contre-pieds et ce croc-en-jambe nous permet de sortir de nos structures établies. Cependant, là où l’évidence ne demande pas de réflexion, car elle gomme l’analyse, étant en elle-même une sorte de preuve vivante. Le paradoxe lui, va provoquer une forte réflexion, car il vient au contraire illustrer une contre évidence. Le paradoxe nous place devant une incongruité qu’il nous faut résoudre pour retrouver notre évidence première et d’une certaine manière notre stabilité. Les paradoxes sont en général réfutables, mais certains résistent plus que d’autres à l’épreuve du temps.

Parmi les plus anciens des paradoxes, on trouve ceux de Zénon d’Elée[27]  qui remonte aux environs de 470 Ave J.-C. Parmi les huit paradoxes proposés par Zénon le plus connu est celui d’Achille et de la tortue[28] qui se présente comme une petite histoire.

Dans ce paradoxe, il est dit qu'un jour, Achille a fait une course à pied avec une tortue. Comme Achille était réputé être un coureur très rapide, il avait accordé à la tortue une avance de cent mètres. Zénon affirme alors que le rapide Achille n'a jamais pu rattraper la tortue.

« En effet, supposons pour simplifier le raisonnement que chaque concurrent court à vitesse constante, l'un très rapidement, et l'autre très lentement ; au bout d'un certain temps, Achille aura comblé ses cent mètres de retard et atteint le point de départ de la tortue ; mais pendant ce temps, la tortue aura parcouru une certaine distance, certes beaucoup plus courte, mais non nulle, disons un mètre. Cela demandera alors à Achille un temps supplémentaire pour parcourir cette distance, pendant lequel la tortue avancera encore plus loin ; et puis une autre durée avant d'atteindre ce troisième point, alors que la tortue aura encore progressé. Ainsi, toutes les fois où Achille atteint l'endroit où la tortue se trouvait, elle se retrouve encore plus loin. Par conséquent, le rapide Achille n'a jamais pu et ne pourra jamais rattraper la tortue ».

 

Bien qu’il semble évident qu’Achille va rattraper la tortue, Zénon introduit une logique qui contredit cette évidence. Et cela fait 25 siècles que les paradoxes de Zénon font couler de l’encre et les larmes de ceux qui les ont résolus avec plus ou moins de bonheur. 

Contrairement à l’évidence, un paradoxe est donc quelque chose qui se montre et vient perturber le sens commun. L’intérêt du paradoxe est que justement il se montre et plus le paradoxe touche une évidence bien ancrée en nous et plus il va nous perturber. Le paradoxe nous touche au corps, il nous déstabilise, il est comme un coup de poing au ventre qui ébranle notre édifice. Le tronc de l’arbre peut être vivement secoué, mais heureusement cette contre évidence peut être contournée par la raison reine et ce choc se transforme alors en étonnement et en sourire. C’est comme un ami qui vous fait une blague en vous faisant croire pour un temps une fausse nouvelle.

Dans ce document, nous cherchons, nous, à montrer que certaines évidences n’en sont pas, alors, utiliser des paradoxes ce serait à coup sûr manquer notre cible. Mais fleureter avec les invraisemblances, les étrangetés, les paradoxes, c’est aussi préparer la raison à admettre qu’il peut y avoir des points de vue différents, des sortes de zones limites, où elle va pouvoir se laisser prendre au piège pour un moment. Une sorte de combat gagné d’avance, mais, l’ennemi peut résister et nous mettre bas pour un temps, c’est une joute cérébrale, à l’image des tournois de chevalier d’autres fois. Nous sommes devant une sorte de casse-tête qui cache en son sein une astuce qu’il nous faut découvrir. Pourtant, certains paradoxes résistent à l’analyse, ils ne sont pas contournables, et dans ces cas, il apparait que c’est notre raison, aidée de notre logique, qui ne possède pas les bons outils pour le mettre à mal.

Démontré l’erreur de raisonnement d’un paradoxe c’est conforter l’évidence qu’il vient de mettre à mal et renforcer la structure mentale qui s’appuie sur cette évidence. Faire entrevoir qu’une évidence est fausse, ou pas si évidente que cela dans certains cas, c’est faire voler en éclat la structure mentale qui s’appuyait dessus de tout son poids et ouvrir la porte des possibles. Démontrer qu’une évidence n’est pas si évidente que cela produit un résultat très différent que de sortir d’un paradoxe, car c’est sortir d’un piège dans lequel nous étions enfermés, l’évidence elle-même n’était qu’un paradoxe.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/34/Impossible_staircase.svg/372px-Impossible_staircase.svg.png

Figure 8 : Escalier de Penrose[29]

4.1.3.               Évidences et casse-têtes

De tout temps, l’être humain a cherché à s’étonner devant des choses qui lui semblent impossibles et qui pourtant ont une solution. Le casse-tête[30] est un jeu qui se propose de nous soumettre une énigme dont la solution n’est pas évidente à trouver. Les plus classiques sont la tour de Hanoï[31] et les différents montages de bout de bois aux emboitements improbables.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/07/Tower_of_Hanoi.jpeg

Figure 9 : Tour de Hanoï avec 8 disques[32]

L’intérêt des casse-têtes est qu’ils se présentent comme une énigme à résoudre, et que dès le départ nous savons que nous allons être confrontés à une réflexion non traditionnelle. Bien souvent, la solution passe par une ouverture d’esprit vers un ailleurs, de prime abord incongru. Il faut sortir du cadre des évidences, pour se permettre une ouverture d’esprit, une augmentation de notre champ analytique, dans lequel se déroule l’énigme. Il faut faire comme un pas en arrière, pour agrandir notre champ de vision, qu’il soit physique, émotionnel, ou mental. Le casse-tête des trois maisons[33] qui est de type géométrique ne trouve sa solution qu’en augmentant d’une dimension le dessin proposé. Voici le schéma de base de l’énigme proposé par Henry Dudeney en 1917 dans son livre « Amusements in mathématics »

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/12/Water_gaz_electricity_Dudeney.jpg

Figure 10 : Les trois usines[34].

Résoudre l'énigme consiste à relier chacune des trois maisons en bas du dessin à chaque usine par un chemin, mais sans croisement. Voici l’énoncé :

« Un lotissement de trois maisons doit être équipé d'eau, de gaz et d'électricité. La règlementation interdit de croiser les canalisations pour des raisons de sécurité. Comment faut-il faire[35] ? »

 

Ce casse-tête est impossible à résoudre dans l’espace à deux dimensions que suggère la feuille de papier à l’esprit de celui qui cherche. Il se laisse prendre par le cadre dans lequel lui est présenté le problème. Plusieurs solutions existent, mais il faut sortir du plan.  Nous reviendrons plus loin dans ce document sur cette notion de cadre qui limite notre réflexion. Georges Perec cite cette énigme en 1978 dans son livre, Je me souviens[36] :

« Je me souviens des heures que j'ai passées, en classe de troisième, je crois, à essayer d'alimenter en eau, gaz et électricité, trois maisons, sans que les tuyaux se croisent (il n'y a pas de solution tant que l'on reste dans un espace à deux dimensions…) »

 

Des solutions sont proposées en utilisant d’autres types de surface comme un ruban de Möbius ou encore un Tore.

 

Les solutions des casse-tête sous forme d’énigmes, comme celui des trois usines, sont sujettes à caution, car techniquement sans sortir des limites évidentes du cadre où elles s’inscrivent, il n’y a pas de solution. Les casse-tête plus classiques, comme les montages mécaniques complexes intégrant une astuce ou des règles de fonctionnements à la limite de la raison, sont plus faciles à manier. Parfois, le seul élément qui nous force à continuer d’essayer de remonter ce type de jouer, c'est que nous l’avons reçu monter, et que nous avons eu la mauvaise idée de le démonter. Nous sommes donc certains qu’il doit bien y avoir un truc pour le remettre dans son état d’origine, mais voilà, cela résiste et quelque chose a dû nous échapper lors du démontage. 

  

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a6/Rubik%27s_cube.svg/480px-Rubik%27s_cube.svg.png

Figure 11 : Le Rubik’s Cube[37]

4.2.   L’espace

L’espace qui nous entoure nous semble être une chose que nous maitrisons bien. Nous l’appréhendons pourtant à travers nos sens qui ne sont pas toujours très fiables. Le problème principal est que nous ne pouvons évaluer notre Univers physique qu’à travers nos capteurs et que s’ils sont défaillants ou simplement limités, alors notre image du monde est automatiquement tronquée. Mais, même lorsque nos sens fonctionnent correctement, certaines évidences ne le sont peut-être pas tant que cela. Les propositions qui suivent essaient de donner quelques pistes de réflexion.

4.2.1.               La même distance

Je vous propose de démontrer que sur cette Terre : quel que soit l’endroit où vous vous trouvez et où se trouve une autre forme, vous êtes toujours à la même de distance de celle-ci. Et que, lors d’un match de football[38] : quel que soit le couple de joueurs sur le terrain pris en référence et : quel que soit la distance apparente qui les sépare, ils seront en réalité, quoi qu’ils fassent, toujours à la même distance les uns des autres.

 

Pour introduire cette proposition, je vais vous demander d’évaluer approximativement la distance existant entre les deux mains de cette personne sur cette première photo et de la noter.

 

 

Maintenant, faites la même chose avec cette nouvelle photo et évaluez la nouvelle distance entre les deux mains de cette personne.

 

 

Si vous avez suivi l’évidence qui consiste à mesurer la distance entre les deux mains, vous devez avoir trouvé pour la première photo une vingtaine de centimètres et pour la deuxième une cinquantaine (ou peut-être autre chose…).

 

Maintenant, dites-moi sur cette nouvelle photo, quelle est la distance entre les deux mains de cette personne.

 

 

Pensez-vous qu’il soit possible d’augmenter ou de diminuer cette distance ?

 

Si oui, pensez-vous qu’il soit possible dans un délai très court de changer de taille une fois arrivée à l’âge adulte.

 

Moi j’affirme que : quelle que soit la photo, les mains ont toujours été au bout des bras et donc qu’elles ont toujours été à la même distance. Nous retrouvons ici l’illusion de bordure du vase, et l’évidence qui nous habite nous a fait pointer une distance extérieure à l’individu et nous avons complètement négligé le fait que les mains sont inamovibles du corps et que c’était peut-être de cette distance-là dont il était question.

 

Mais, quel est le rapport avec la proposition du début ?

 

Eh bien, continuons : si je place les joueurs sur le terrain, en les représentants sur ce dessin par des personnages vus du dessus, pouvez-vous me dire quel est environ la distance qui sépare A de B et A de C.

 

Figure 12 : Terrain de football avec A B C[39]

Peut-être avez-vous trouvé une astuce ou bien encore autre chose, car vous vous doutez bien maintenant qu’il y a un truc… et que l’évidence des distances, qui s’offrent à vos yeux, va peut-être être mise à mal… mais voilà c’est quoi le truc… Ici, nous rentrons dans le monde du casse-tête[40]. Vous commencez peut-être à penser que j’essaie de vous jouer un tour et que, pour autant que tout ceci semble farfelu, il y a peut-être quelque chose d’inattendu, de « pas évident », qui va sortir de quelque part. En fait, je vous ai déjà acheminé par quelques exemples simples, de l’ordre de la farce, vers quelque chose de moins conventionnel. Le « minage » de cette Évidence, des distances séparant les choses, commence à devenir négociable. Et, je fais trainer le dénouement, pour vous laisser le temps de « miner », par vous-même, cette évidence qui n’en est en réalité pas une. Je mets à mal votre système cognitif qui se passerait bien de remettre en cause une évidence pareille. Mais, bizarrement, il est possible que la réponse soit attendue, car notre système est en perpétuel réajustement et une information de cette taille peut lui être utile.

 

Dans certaines circonstances, le chemin le plus court n’est pas celui que l’on croit et parfois il faut passer par des routes ou des embranchements obligatoires. En mathématique, plus exactement dans la théorie des graphes, l’algorithme de Dijkstra[41] permet de résoudre le problème du plus court chemin. Je vais vous faire grâce d’une démonstration mathématique, car ici la surface du terrain de football est parfaitement libre de déplacement et il n’est pas question de suivre les lignes blanches. Et puis, « le plus court chemin » implique qu’il y en a des plus longs, alors qu’ici l’affirmation est : « toutes les distances entre les joueurs sont identiques ».

 

Pour appréhender cette évidence, il faut revenir sur un des chapitres des ouvrages précédents où je faisais la remarque suivante : sur Terre, la totalité des formes est en connexion via le sol. Le sol nous relie tous les uns aux autres et justement sur un terrain de football les joueurs ont tous les pieds bien plaqués au sol. À notre échelle de vision, il nous semble que le terrain de football forme une surface bien plane, limitée par une signalétique, qui lui donne une taille standard.

 

Mais en réalité, ce terrain de football est plaqué sur une forme qui est sphérique, en effet, la Terre qui relie, par le sol, tous ces joueurs est une sorte de sphère. Mais bon, en quoi tout ceci va-t-il changer quoi que ce soit dans la distance entre les joueurs ? Je dirais tout et rien, en fonction de l’Évidence qui va s’imposer à vous. Si vous considérez les dimensions du terrain de football présenté sur ce plan, il y a de fortes chances, pour que les joueurs soient à des distances différentes les unes des autres.

 

Il existe une devinette qui consiste à demander quel est le chemin le plus court pour relier deux points inscrits sur un cube[42]. Contrairement à ce qui semble évident, de prime abord, le plus court chemin ici n’est pas la ligne droite entre les deux points.

Figure 13 : L’évidence du trajet le plus court.

Si l'on déploie le cube sur une surface plane, on peut constater qu’il existe un chemin plus court entre les deux points qui nous permettent de tracer une nouvelle droite plus courte et toujours valide une fois le cube reconstitué.

Figure 14 : Un chemin plus court passant par trois faces

Mais le chemin le plus court n’est toujours pas : « toutes les distances entre les joueurs sont identiques ».

 

Revenons à la Terre[43] qui, en réalité, n’est pas plate comme le pensais nos aïeux, mais sphérique. Ou plus précisément ellipsoïde :

 

« La forme de la Terre est approchée par un ellipsoïde, une sphère aplatie aux pôles. La rotation de la Terre entraine l'apparition d'un léger bourrelet de sorte que le diamètre à l’équateur est 43 kilomètres plus long que le diamètre polaire (du pôle Nord au pôle Sud). Le diamètre moyen du sphéroïde de référence (appelé géoïde) est d'environ 12 742 kilomètres, ce qui est approximativement 40 000 kilomètres/π, car le mètre était initialement défini comme 1/10 000 000e (dix-millionième) de la distance de l'équateur au pôle Nord en passant par Paris.

La topographie locale dévie de ce sphéroïde idéalisé même si à grande échelle, ces variations sont faibles : La Terre a une tolérance d'environ 0,17 % par rapport au sphéroïde parfait, ce qui est moins que la tolérance de 0,22 % imposée aux boules de billard. Les plus grandes variations dans la surface rocheuse de la Terre sont l'Everest (8 848 mètres au-dessus du niveau de la mer) et la fosse des Mariannes (10 911 mètres sous le niveau de la mer). Du fait du bourrelet équatorial, les lieux les plus éloignés du centre de la Terre sont les sommets du Chimborazo en Équateur et du Huascarán au Pérou »

 

Figure 15 : La bille bleue[44]

Bien, donc notre terrain de football est mappé quelque part sur cet ellipsoïde. Ici, un petit rappel de géométrie est nécessaire. Sur une sphère[45], l’ensemble des points de la surface est à égale distance du centre de la sphère. Bon, maintenant j’imagine que vous commencez à comprendre, et que peut-être la solution vous est apparue.

 

Sinon voici : si je prends le centre de cette sphère comme référence, la distance entre chaque joueur pris dans ce référentiel est exactement deux fois le rayon de la sphère. Quelle que soit la position des joueurs sur la sphère, ils seront toujours, par apport au centre, à la même distance (Plus ou moins 12 742 km), quoi qu’ils fassent…

 

Figure 16 : Même distance

Sauf s’ils grimpent sur une hauteur, et sur Terre, le point le plus haut en contact avec le sol (le niveau de la mer) culmine environ à 8 848 m avec le mont Everest[46].

 

À ce point de mon discourt, certains sont peut-être déçus, d’autre ce demande à quoi ceci peut bien nous servir, d’autres luttent désespérément pour évacuer de leur esprit cette histoire qui leur semble farfelue (parce que ceci, ou parce que cela). Certains se disent que « je fume la moquette ». Enfin, peut-être que certains voient ici qu’ils étaient au départ pris au piège d’une évidence et qu’un changement de point de vue (le centre de la sphère) a apporté une nouvelle histoire. Bien sûr, au quotidien nous n’allons pas aller d’un point à un autre en passant par le centre de la Terre, et il est évident que certaines personnes ou objets sont plus éloignés de moi que d’autres. Par contre, dans certaines situations : pour aller d’un point à un autre, il est préférable d’avoir un autre référentiel.

4.2.2.               Pas de distance

L’exemple précédent a introduit le fait que tous les points, à la surface d’une sphère, sont à égales distances du centre et que donc : pour aller d’un point à un autre, quelle que soit sa position sur la sphère, si je passe par le centre, la distance sera toujours la même. Et, cela me permet de dire que : tous points à la surface d’une sphère, pris deux par deux, en passant par le centre, sont toujours à la même distance, qui est égal à environs deux fois le rayon. J’ai simplement introduit des données supplémentaires et j'ai raconté une histoire, en expliquant comment il faut appréhender cette distance, pour changer cette Évidence qui pouvait sembler non négociable. Bien sûr, au quotidien je ne passe pas par le centre de la Terre pour me rendre d’un point à un autre de sa surface.

 

Mais revenons à notre évidence première : je regarde de ma position de spectateur le terrain de football et je qualifie la distance approximative qui me sépare de tel ou tel joueur. Je redeviens plus raisonnable, et je veux bien considérer que je ne suis pas au centre de la Terre, mais simplement dans les gratins en train de regarder le match. L’Évidence des distances différentes entre les joueurs s’impose à moi. Par contre, quand est-il de la distance entre moi et les joueurs ? Ici, pas de sphère et pas de montagne, mais des joueurs, en avant-plan et en arrière-plan, d’où une logique de distances différentes entre les différents joueurs.

 

Mais, nous sommes ici pour miner les Évidences, alors je me permets d’affirmer un truc encore plus incroyable : « les différentes distances entre moi et les joueurs que j’observe sont identiques, et en réalité il n’y a aucune distance »

 

Voilà, je remets cela… mais ici c’est bien plus simple à démontrer et une simple photo fera très bien l’affaire.

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e4/Canadian_supporters%2C_FIFA_U20_World_Cup_2007.jpg/1024px-Canadian_supporters%2C_FIFA_U20_World_Cup_2007.jpg

Figure 17 : FIFA U-20 World Cup 2007, BMO Field stadium, Toronto, Canada.[47]

Sur cette photo quelle est la distance entre vous et les joueurs ?

Un petit exercice pour vous aider : regarder devant vous, fermer et ouvrer les yeux en étant très attentif à l’apparition de ce qui présente à vous. Essayer de discerner ce qui arrive en premier et ensuite. Pouvez-vous dire que ce qui est en arrière-plan arrive après ce qui est en premier plan, ou toutes autres formes d’apparitions par étapes ?

 

Bon, il y en a certainement parmi vous, qui commence certainement à cogiter des histoires de vitesse de la lumière, par apport à la distance de ce qui se présente devant eux, et en arrive à la conclusion : qu’il faut juste quelques microsecondes pour que tout arrive, et qu’il est donc impossible de discriminer le début de la fin….

 

Mais alors, Il faut combien de microsecondes, pour que la photo présente dans cet ouvrage arrive à vous avec toutes les informations de distance déjà présente ? Et si je regarde la Lune, qui est à environ 300 000 km de la Terre, elle devrait m’apparaitre après 1 seconde d’attente ou tout de suite ? Durant cette seconde d’attente, il n’y aurait pas de Lune devant moi et donc pas de distance. Mais là n’est pas mon propos. Lorsque vos yeux sont fermés vous ne voyez rien et hop lorsque vous les ouvrez : vous voyez instantanément ce qui se trouve dans votre champ de vision. Il est possible que cela soit flou pour certains et qu’ils doivent faire un effort, pour reconnaitre ce qui se présente à eux, mais c’est déjà là.

 

En fait, ce que nous voyons est une image qui se construit à réception de la lumière qui la contient et qui vient frapper la surface de notre rétine. Et cette surface, même si elle n’est pas vraiment plane, elle a tout d’une surface comme celle d’une simple image. La notion de distance est ensuite calculée automatiquement par notre cerveau, en fonction de différents repères qui sont présents eux aussi sur les images lumineuses reçues (si vous avez deux yeux). Conclusion, avant que la lumière ne vienne frapper cette surface il n’y a pas d’information à traiter, lorsque la lumière frappe cette surface, l’information apparait, comme pour un écran de télévision. Par apport à ces images au fond de vos yeux, ce qui s’y trouve n’a aucune distance, l’image lumineuse des joueurs sur cette surface est à 0 millimètre de profondeur les uns par rapport aux autres, il y en a simplement qui apparaissent plus petits que les autres, car sur une surface il reste juste deux dimensions qui n’évoquent pas la profondeur.

4.2.3.               Un monde à 3 dimensions ?

Puisqu’il est question dans d’autres chapitres du nombre de dimensions qui représente une surface plane (ou presque, plane). J’aimerais miner une autre Évidence coriace qui nous accompagne au jour le jour. On entend fréquemment que nous vivons dans un monde à trois dimensions et quelques petits malins nous précise : non pas trois, mais quatre avec le temps…

Ici, cela peut alimenter une discussion de machine à café et une bataille, pour savoir si c’est trois, quatre, ou plus, peut apparaitre et emporter avec elle les plus virulents. D’ailleurs, une bataille possède combien de dimension.

Moi, j’affirme que nous ne vivons pas dans un monde à trois ou même quatre dimensions. Ou alors, notre monde est une sorte de logiciel d’architecte, avec des blocs, qui sont tous de la même couleur. Les géomètres ont depuis des lustres essayés de capter les formes en leur attribuant des dimensions, il est apparu qu’effectivement une forme matérialisée pouvait être codée, au plus simple, par ces dimensions physiques, matérielles.

Il apparait cependant que le système métrique international utilise actuellement un minimum de 7 variables, pour réaliser l’ensemble des mesures connues. Ce point a déjà été traité dans un ouvrage précédent et je me permets de vous y renvoyer pour plus de détail[48].

Voici les sept variables en question :

 

Unité

Commentaire

candela

Luminosité - voir l’information

ampère

Puissance - force

seconde

Temps

mole

Volume – division du tout

mètre

Distance - Espace

kelvin

Chaleur - frottement

kilogramme

Masse - matière

 

Vous pouvez constater qu’il n’y est pas question de longueur, de largeur, ou même de hauteur, mais simplement du mètre qui permet de calculer une distance. Si je vis dans un monde uniquement en trois dimensions, alors je vis dans un monde de distance, tout est distance. Un chat ou un tigre ne sont que distance, une odeur et une couleur ne sont que distance… d’ailleurs, le mot dimension renvoie lui aussi à une distance. Nous avons en quelque sorte réduit notre monde à ses distances parcourues : d’un point A vers un point B, nous somme en perpétuel déplacement. Mais quelle est donc cette distance parcourue entre le vert des feuilles du printemps et le marron des mêmes feuilles en automne ?

Dans ce monde à trois dimensions, comment est-il possible d’expliquer sa douleur, je dessine comment : le fond de ma pensée….

Pour coder le monde, il me faut bien plus que trois paramètres définissant une forme sans couleurs ni goût. Si je me contente de points, définissant des distances dans l’espace, je suis simplement dans un monde filaire comme on peut en observer dans les logiciels de création graphique. 

Figure 18 : L’interface filaire du logiciel PV3D créé dans les années 90.

Pour appréhender notre monde, nous utilisons bien plus que simplement trois dimensions qui nous permettent tout juste de circonscrire un volume et une position dans l’espace. Que dire du langage qui nous permet de mettre une étiquette sur ces formes ? Le langage se trouve dans quelle dimension ? L’Anglais est-il dans la même dimension que le Français ?

Une texture colorée peut effectivement être cernée par des dimensions qui seront appelées des motifs, mais pour la couleur ou les couleurs de la texture ? Les différentes couleurs visibles (il n’existe pas de couleur non visible) correspondent à des longueurs d’onde bien précises, alors oui une notion de distance réapparait ici, mais elle ne correspond pas à notre logique du monde en trois dimensions, elle serait plutôt une sorte d’attribut de la forme.

Mais bon, tout ceci n’est pas mon propos et, admettons que nous soyons dans ce monde à trois dimensions, dans lequel je me trouve moi aussi et qui se donne à voir.

Pour comprendre le propos qui va suivre, il faut faire une simple régression du nombre de dimensions. Imaginons que j’observe la surface plane, en « deux dimensions », d’un terrain de football, avec des joueurs qui seraient eux aussi de simples coordonnées sur ce terrain. Ici, pas d’herbes rases, mais simplement une surface de couleur verte avec des sortes de taches de couleur dessus représentant les joueurs. Observez pour un instant, dans votre imaginaire, ce terrain de football si particulier, et suivez le déplacement de ces taches colorées. Peut-être que vous avez repéré cette petite tache qui s’échappe des plus grosses, ici c’est simplement le ballon de football qui semble glisser sur cette surface.

Pouvez-vous me dire où vous vous trouvez par apport à ce terrain de football imaginaire ?

Inévitablement, vous en êtes au-dehors et vous le regardez d’une autre dimension. Il vous est impossible d’observer ce terrain en étant vous-même dans sa dimension plane.

Revenons maintenant à ce fameux monde à trois dimensions dont il est question[49]. Il est Évident que j’observe aussi ce monde, alors pouvez-vous me dire dans quelle dimension vous vous trouvez actuellement pour pouvoir l’observer ?

4.2.4.               Le monde n’est pas dehors

Vous observez ce monde, là devant vous, et vous persistez peut-être encore dans votre idée qu’il est à trois dimensions. Vous continuez à affirmer que tout peut être codé avec des distances même les couleurs et les sentiments humains.

Bien, admettons, alors je vais miner une autre Évidence encore plus forte en affirmant : ce que vous voyez devant vous n’y est pas, comme vous le voyez et peut-être même qu’il n’y a rien devant vous, voir même : que « devant vous » n’existe peut-être pas. 

Dans le chapitre 4.2.2 : « Pas de distance », j’affirme que l’information lumineuse qui constitue ce que je vois devant moi et que j’utilise pour voir ceci est simplement présente au fond de mon œil et qu’avant qu’elle arrive là, je ne sais pas ce qu’il y a. Bien, une première approche pourrait être de vous faire remarquer que : de base, vous ne voyez pas les formes devant vous, mais simplement leurs lumières, leurs reflets lumineux. Il est d’ailleurs admis par tout le monde que sans lumière, pour transporter l’information on ne voit rien, nous sommes alors dans le noir (on se demande bien pourquoi ?), c’est aussi une sorte d’Évidence sur laquelle nous reviendrons plus tard. Il est aussi admis : que la lumière[50] dite blanche (on se demande bien pourquoi ?) n’est pas visible, s’il n’y a pas de formes sur sa trajectoire. Si vous voyez à un trait de lumière de couleur, ce n’est pas de la lumière blanche, mais une lumière qui contient une information qui la colore. D’ailleurs, les couleurs ne sont pas en dehors de nous, mais sont codées au niveau de nos yeux par l'intermédiaire des cônes et des bâtonnets.

« L'être humain est trichromate, son œil comporte trois types de récepteurs, dont la sensibilité spectrale est différente ; les différences entre leurs réponses sont à la base de la perception des couleurs. Par conséquent, deux lumières de composition spectrale très différente peuvent être perçues comme étant de la même couleur, si leur influence sur les trois types de récepteurs est égale. On dit alors que les lumières sont métamères. C'est cette particularité que l'on exploite dans la photographie et l'impression en couleurs, ainsi que dans les écrans de télévision et d'ordinateur. Avec trois couleurs bien choisies, dites couleur primaires, on peut créer, soit par synthèse additive, soit par synthèse soustractive, la perception de très nombreuses couleurs. L'étude de la perception des couleurs, selon les caractéristiques physiques du rayonnement lumineux, est l'objet de la colorimétrie »

 

Mais, le sujet ici n’est pas de savoir d’où sortent les couleurs magnifiques que nous pouvons admirer sur ces formes devant nous. Certains animaux possèdent plus de cônes que nous et il discrimine beaucoup plus de couleurs.

Figure 19 : Une fleur

Non, la vraie question, c’est de pouvoir expliquer comment des capteurs, que sont les yeux, peuvent se transformer en projecteurs ?

De toute évidence, la chose que je regarde est devant moi. Je ne sais pas trop, si ce que je regarde est vraiment ce qui est, en terme de couleurs (les daltoniens comprendront peut-être mieux ce point), mais bon, ce que je suis sûr : c’est que cela est en face de moi. C’est une Évidence !

D’accord, c’est une Évidence, mais comment un capteur peut-il se transformer en projecteur ?

Lorsque j’enregistre avec un micro une conversation, le micro ne répète pas bêtement ce qu’il permet d’enregistrer. Non, au mieux, l’information captée est déposée sur un support magnétique ou électronique, mais en aucun cas le micro ne répète ce qu’il enregistre. Faire du bruit c’est le travail du haut-parleur, ou tout système capable de reproduire et amplifier le signal capter par le micro. La lampe torche ne s’éclaire pas, elle illumine simplement l’endroit où son faisceau rencontre une forme matérielle.

Lorsque je prends mon caméscope et que je filme ce qui se trouve devant moi, en aucun cas je ne vois sortir de la caméra un film qui vient se superposer avec ce qui est en cours d’enregistrement.

Par contre, si j’enregistre le son qui sort d’un haut-parleur relié directement au micro lui-même, je forme une boucle de bruit très désagréable, bien connu sous le nom d’effet Larsen[51]. Le même phénomène existe si l’on braque une caméra sur le moniteur qui sert à afficher en temps réel l’image captée. Plus simplement, tout le monde s’est amusé à se placer entre deux glaces posées en vis-à-vis pour voir son image se multiplier dans cette boucle folle de rebonds.

Mais ici pas de boucle ? Et pourtant, je vois bien quelque chose devant moi, alors que je devrais le voir derrière, car la lumière se déplace en ligne droite[52].

Quel est le projecteur qui affiche devant moi le résultat de l’information lumineuse qui arrive à mon œil ? Qui autorise ce rebond de l’information lumineuse vers son origine ?

Nous ne sommes plus au moyen âge et tout le monde sait que le cerveau traite l’information reçue par les yeux pour produire la vision, c'est-à-dire qu’il projette dans notre conscience la traduction de l’information reçue. Mais, cette projection n’est pas extérieure, elle est intérieure.

Arrêtons-nous un instant sur ce point d’évidence : si ce n’est pas dehors, alors c’est dedans !

Faux : ce n’est ni dehors ni dedans, c’est… Dans la conscience… et où est la conscience ???

·         Là dehors devant nous ?

·         Là-dedans, quelque part dans la boite crânienne ? 

·         Une image est projetée de derrière nos yeux, sur la face interne de notre front ?

Non, tout ceci se passe dans une autre dimension où la notion de dehors et de dedans n’est pas celle de notre monde en trois dimensions.

Il existe bon nombre de systèmes de réalité virtuelle qui utilisent cette dimension magique qu’est la conscience, pour nous faire croire que nous sommes ailleurs que là où nous sommes. Nous expérimentons tous les jours des rêvasseries diverses qui nous projette dans cette dimension.

Nous vivons dans cette dimension, qui semble, par apport à nos capteurs, être en trois dimensions. Lorsque nous rêvons, nous pouvons percevoir des stimuli virtuels, qui font que même l’information apportée par nos capteurs (yeux, nez, bouche, peau, oreilles…[53]) peut venir de cette dimension.

Différents auteurs de science-fiction ont exploité ce fait pour réaliser des films où, justement, l’Évidence de la réalité du monde qui nous entoure est mise à mal.

Je sais par expérience que vous avez certainement compris tout ceci, mais très peu vont vraiment en prendre conscience avec toutes les conséquences que cela implique.

La lumière que nous voyons n’est pas extérieure, elle est intérieure et nous n’avons jamais réellement vu l’extérieure. Tout ce mécanisme, mis en place par notre cerveau, est certainement dès plus fiables possibles et il n’est pas forcement souhaitable de croire que nous sommes dans une sorte de rêve. Les photos et autres films pris par des systèmes optiques montrent que ce qui est projeté dans notre conscience est certainement ce qui se trouve devant nous. Nous pouvons corréler cette information par le toucher, l’odorat, etc.

Mais, ce que je vois, entends, etc. n’est pas dehors, cela n’est qu’une copie qui est projetée dans ma conscience, qui elle ne se trouve pas dehors ou dedans, mais ailleurs.

Je ne suis pas dans le noir et le noir est une couleur particulière, car elle peut aussi représenter le rien, c'est-à-dire que la couleur noir d’un objet est un manque de couleur résultant de l’absorption totale du rayon lumineux qui vient frapper sa surface. Mais c’est aussi la couleur perçue, suggérée, lorsqu’il n’y a pas d’objet sur la trajectoire de la lumière. Le noir c’est aussi ce qui nous donne une impression d’infinie, lorsque par exemple nous regardons les étoiles dans le ciel, l’infinitude les entoure.

4.2.5.               La chose vue

Il nous semble évident que nos yeux voient ce qui se trouve devant eux en trois dimensions et en couleurs.

Je prétends moi que cela n’est pas si simple, car ce que je vois est une projection, alors que ce que je capte est en réalité une compression de l’information se trouvant en face de moi. La lumière qui vient éclairer ma rétine se déplace en ligne droite et pour qu’elle puisse entrer dans mon œil il faudrait qu’elle se dirige vers lui à tout instant. C'est-à-dire que l’information qui se trouve devant nous doit réduire sa taille, passer par notre cornée, traverser le cristallin, et venir frapper le fond de l’œil[54]. Je vous rappelle que la lumière entre dans l’œil via notre cornée qui est une sorte de lentille. Nous sommes dans une logique de projection conique qui n’est possible que dans le sens de la projection, mais pas dans le sens de la captation. Cependant, cela fonctionne bien, tout comme pour une caméra ou un appareil photo…

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/64/Iris_-_left_eye_of_a_girl.jpg/1920px-Iris_-_left_eye_of_a_girl.jpg

Figure 20 : Œil humain[55]

La question c’est : comment ce qui est devant moi peut-il se transformer en une image qui va se réduire, pour arriver à mon œil, puis sur ma rétine ? Pour tout le monde, ceci est évident, c’est de l’optique simple… mais nous pensons à l’envers le trajet réel de l’information.

La lumière elle ne sait pas qu’elle doit réduire l’information devant mon champ de vision pour la faire rentrer par le petit rond noir de mon œil. De plus, la lumière est censée se déplacer en ligne droite, alors…

Figure 21 : Modèle optique de l’œil[56]

Dans le cas d’un signal capté par une parabole, cela est plus clair : l’information est captée sur une certaine surface et redirigée par la courbe de la surface sur un point de concentration. Mais pour l’œil ? La lumière arrive sur une surface sphérique d’un maximum de cinq centimètres carrés et est ensuite compressée par la courbure de la cornée puis du cristallin vers la rétine, mais avant... on voit bien que le dessin proposé par Wikipédia est faux.

Figure 22 : Réduction de l’information.

Il y a ici un mystère, comment arrive vraiment l’information à mes yeux ? Car dans le cas du son, je capte une portion de l’information et je l’amplifie en augmentant la surface de captation. Avec la vue, je capte une immensité de 180° devant moi, contenant une somme colossale d’information, qui est réduite magiquement à la taille de ma cornée d’un rayon de courbure antérieur de 7,8 mm.  

Quelle est la logique qui veut que la lumière vienne s’engouffrer dans la lentille qui est posée là ? Qu’est-ce qui force la courbure de la lumière qui contient l’image vers la lentille ? De plus, si je bouge ma tête ou mon appareil photo la lumière suit le mouvement et se compresse encore et toujours au niveau de la lentille pour fournir l’image correspondant à la zone de courbure couverte.

Je comprends le principe pour un projecteur, il va émettre de la lumière à travers une lentille, la lumière va être projetée en fonction de la courbure et on aura une image visible, plus ou moins grande, en fonction de la distance entre la lentille, sa courbure, et l’écran de projection.

Mais ici la lumière arrive vers la lentille !              

Figure 23 : Sens logique de la lumière vers l’œil.

Comment la lumière peut-elle savoir qu’il faut converger pour s’adapter à la courbure de la lentille ?

Et, si je place entre mon œil et l’extérieur un télescope ou un microscope, alors je suis capable de voir des choses invisibles à l’œil nu… ! Je rappelle que la lumière se déplace en ligne droite et qu’elle n’a pas vocation à se diriger vers une lentille placée là à notre convenance.

Il y a le paramètre de la distance entre la lentille et l’objet qui réduit sa taille pour la vision. La notion de point de fuite[57]. Si je joue avec plusieurs lentilles, je vais pouvoir visualiser des détails qui étaient cachés dans l’image, voir des choses invisibles à « l’œil nu » !

Mais encore une fois, je bouge les lentilles, et pas la lumière, cette lumière qui elle seule contient l’information, alors, comment se fait-il que la lumière se prête aux jeux des lentilles ?

Figure 24 : Perspective accélérée de la galerie de colonnes du Palazzo Spada.[58]

Mon problème est lié au sens que l’information prend pour arriver à la lentille. La lumière va de l’objet à photographier à la lentille dans le cas d’une capture et à l’inverse dans le cas d’une projection. L’image réalisée avec un appareil photo est une projection de l’information contenue dans la lumière qui traverse la lentille, qui s’inverse et se dépose sur la pellicule. Je pourrais dire que la lentille contient une sorte de diapositive que la lumière neutre de l’extérieur vient projeter sur la pellicule et dans ce cas je comprendrais le truc. Mais là, il faut d’abord que l’information, le décor devant l’appareil photo se concentrent par un moyen que je ne m’explique pas sur la surface de la lentille pour pouvoir être projeté sur la pellicule.

Un appareil photo n’est pas un cerveau et il n’y a pas vraiment de traitement de l’information, avant même que d’arriver dans l’appareil. Ce sont des fréquences lumineuses contenues dans la lumière qui venant frapper les pigments de la pellicule vont générer l’image.

Plus tordu encore : si je déplace l’appareil alors la zone photographiée change, mais la réduction au niveau de la lentille persiste ce qui veut dire que les différents cônes possibles doivent se mélanger et devraient perturber la photo, ce qui n’est pas le cas. Il y a une sorte de lien particulier entre la chose photographiée et la logique qui a permis de réduire l’information, pour qu’elle passe par le diamètre de la lentille.

Figure 25 : Les différents cônes qui tous vont permettre de générer une image.

Donc logiquement, la lumière n’a pas à venir en cône dans mon œil et je ne devrais voir qu’une information correspondant au diamètre de ma pupille ce qui n’est pas le cas !

Certains prétendent que les objets diminuent virtuellement de taille quand on s’éloigne d’eux et donc qu’ils finissent par pouvoir entrer dans le diamètre de la lentille, c’est le point de fuite ! En fait, ce pourrait être la distance entre la lentille et le décor qui permet la réduction, mais bon, en face de moi je vois un arbre plus grand que moi, je prends mon appareil photo avec un objectif grand-angle et hop : il rentre dans la boite !

Je ne sais pas si vous avez suivi jusqu'à présent les propos de ce chapitre, qui sont justes là pour vous interpeller et vous faire prendre conscience que certaines évidences ne le sont pas. Et que tous se compliquent vite si l’on cherche des explications… sortir des évidences n’est pas de tout repos.

Par exemple, voici une explication…

 

Figure 26 : Le monde n’est pas où l’on croit.

Sur cette photo, prise en mode macro, on peut observer que chaque point à la surface de cette goutte de rosée reprend l’information qui se trouve devant elle. Car, tout comme expliqué dans le chapitre « Erreur ! Référence non valide pour un signet. (4)», une sphère présente la particularité que tous ses points de surface sont perpendiculaires vers le centre.

Si l'on reproduit un œil, qui est sphérique, il est lui aussi comme une goutte de rosée et il va donc capter l’information se trouvant devant chaque portion de sa surface (comme une glace dans votre salle de bain). Imaginons que sur le schéma suivant le cercle intérieur représente votre œil et le cercle extérieur le paysage devant vous.

 

Figure 27 : Des sphères

La lumière du soleil illumine l’ensemble des éléments en présence et vient frapper le point D. l’information récupérée au point d’impact D est rediffusé dans toutes les directions. Par chance, un des multiples rayons lumineux passant par la droite AD arrive au point B ce qui permet à l’œil de capter l’information. Et ceci se répète pour l’ensemble des points présent devant l’œil, à savoir tout le paysage.

En fait, il faut visualiser trois sphères, la sphère de rayonnement du Soleil, la sphère de diffusion du point D observé, la sphère de l’œil. La sphère du Soleil arrive sur le point D et produit une sphère qui vient percuter l’œil. La sphère du point D n’est qu’une parmi les « milliards » d’autres qui existent au même moment… et qui visiblement ne se perturbent pas les unes les autres.

Ce qui est génial, c’est que l’ensemble des rayons du soleil qui vient frapper la zone vue ne se mélange pas et arrive sans encombre jusqu'à votre œil…

Tout ceci implique finalement que notre vision soit conique. C’est-à-dire que nous voyons uniquement les éléments devant nous qui répondent à ce système et que nous voyons en réalité une sorte de sphère géante virtuelle capable de se rétrécir à la taille d’un simple point. Une sorte de théorème de Thalès[59] sphérique…

Il reste à comprendre comment en recevant simplement de la lumière dans les yeux nous sommes capables de visualiser de la matière.

4.2.6.               Peu importe la taille du miroir

Il parait Évident que plus un miroir est grand et plus il sera possible d’afficher avec une image importante.

 

En fait, quelle que soit la taille d’un miroir, il sera possible d’afficher dedans une information équivalente. Le contenu d’un miroir n’a rien à voir avec sa taille, mais avec l’œil qui l’utilise. Nous avons vu dans un autre chapitre («La chose vue » 4.2.5) que la vision était conique et plus vous rapprocher votre œil d’un miroir, quel que soit sa taille, et plus vous aller pouvoir observer, une surface réfléchit importante. Ce qui est étonnant avec cette vision conique, issue de votre œil sphérique, c’est que si vous vous regardez dans le miroir vous pourrez observer des informations ne se trouvant pas devant le miroir.

Tout ceci n’est peut-être pas très clair, alors je vous propose d’expérimenter la chose. Trouvez un miroir et accrochez-le sur un mur devant vous. Placez-vous à 1 m, bien en face du miroir, et observer l’image réfléchit sur sa surface. Avancer doucement, en continuant d’observer cette surface, et constater les modifications du contenu, à l'intérieur de la glace, pour la même surface. Approchez votre tête à quelques centimètres du miroir et constater que vous êtes prêt à rentrer dedans, il semble pouvoir vous engloutir. Regarder légèrement vers la gauche dans le miroir et constater que vous pouvez observer la partie gauche de la pièce où vous vous trouvez, alors qu’elle n’est pas linéairement en face du miroir. Faites de même à droite et constatez la même chose. Constater que l’ensemble de la pièce est bien visible à l’intérieur du miroir. Faites cette expérience avec plusieurs tailles de miroirs, pour constater que dans tous les cas l’ensemble de la pièce est bien inclus dans le miroir. Imaginer un miroir d’un centimètre carré qui pourrait faire la même chose que précédemment, si vous en avez un à votre disposition, alors refaite l’expérience.

Un point c’est tout !

Sortez dehors avec votre miroir et placez-le sur le sol, approcher votre regard au plus près du miroir et constatez qu’il peut digérer l’Univers qui vous entoure, vous compris. 

4.2.7.               Zéro dénivelé

Habité sur une sphère nous offre certaines curiosités, par exemple : lorsque vous faite une promenade qui vous ramène à votre point de départ, même s’il vous semble évident que vous avez gravi des collines ou pourquoi pas des montages, en réalité la somme de tous les dénivelés parcourue durant votre déplacement n’est égal qu’à zéro. Vous pouvez monter tant qu’il vous plaira, au retour vous redescendrez. D’où les expressions du type : « plus il montera et plus haute sera sa chute ».

4.2.8.               Deux yeux pour trois dimensions ?

Certains prétendent que nous voyons en trois dimensions grâce à nos deux yeux.

Je prétends que si vous fermez un œil vous continuerez à voir votre environnement en trois dimensions. Essayez, vous verrez bien.

4.2.9.               J’ai deux yeux et une seule image

Nous sommes habitués à voir le monde dérouler ses petites affaires devant nous et cette représentation est devenue une évidence. Nous observons notre Univers avec les différentes formes qui se présente à nous de manière unique. Pourtant, nous avons deux yeux et il est très facile en louchant de faire apparaitre un autre Univers plus ou moins identique au premier. Et, il est alors difficile de dire lequel des deux est le premier.

Tout le monde a déjà louché au moins une fois dans sa vie et fait apparaitre cette superposition d’images, et il nous semble évident dans ces moments-là que c’est simplement « nos deux yeux qui ne sont plus en face des trous ».

Moi je prétends que ce simple phénomène nous montre une chose incroyable : ce qui se trouve devant moi peut-être perçu comme double, alors que je sais intimement que cela n’est pas vrai. Et comme ce n’est pas vrai, cela ne me dérange pas et je continue tranquillement mon petit bonhomme de chemin. J’oublie simplement que cette double image était aussi du domaine de ma réalité ! Je parle alors de mirage, de chimère, d’optique, de focalisation, je peux même démontrer le phénomène par différents calculs ou techniques. La plus simple des méthodes consistant à ouvrir de manière alternative les deux yeux, pour voir les deux images produites, en fonction des angles différents que font nos yeux, par apport à l’information qui se trouve devant nous…

Tout ceci est banal et évident. Mais, très peu de gens se rendent compte que : si nous voyons par moment deux images, c’est que ce que nous voyons n’est pas ce qui se trouve devant nous, et que ces images se trouvent obligatoirement dans un espace, qui lui aussi : ne pas être devant nous, car devant nous il n’y a pas de place pour deux images. Donc, lorsque je vois deux images, elles sont projetées ailleurs que devant moi (dans le réel), et lorsque j’en vois une seule elle est, elle aussi, projetée dans un espace qui n’est pas devant moi, mais dans un ailleurs devant moi, une sorte de rêve réel... 

4.2.10.           La Terre à l’envers

La notion de haut de bas nous semble complètement évidente, et nous ne sommes plus attentionnés au fait que cette notion n’a de sens que par apport à nous-mêmes.

Moi, j’affirme qu’il n’y a ni haut ni bas, mais simplement des choses à leurs places.

Il y a quelques années, un matin[60], en allant en course, je réfléchissais au différent sens que nous donnons continuellement aux choses qui nous entourent, et aux événements qui nous arrivent, et je cherchais dans le monde physique des rapports analogiques avec cette habitude.

J’ai rapidement pensé à la gravité, qui avait déjà fait l’objet de plusieurs écrits, dans différents ouvrages[61]. Je visualisais alors dans mon esprit l’ensemble des individus sur la planète et plus globalement toutes choses sur Terre. En visualisant ces différentes idées, j’ai vu la lumière, et l’ombre, que portent les rayons du soleil sur la Terre, nous permettant de capter le temps qui s’écoule[62]

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cc/Cadran_solaire_Kairouan.jpg/1280px-Cadran_solaire_Kairouan.jpg

Figure 28 : Cadran solaire à quatre gnomons[63].

Et une brève image mentale m’a fait remarquer que je n’avais jamais vu cela :

Figure 29 : La Terre[64]

Une représentation de la Terre avec le pôle Nord en bas. Alors que techniquement de l’espace il n’y a pas vraiment de haut ou de bas. Avec mon vaisseau spatial, j’arrive comme je veux et je me moque complètement du haut et du bas de la planète… Je peux même arriver de côté…

Figure 30 : La Terre

Si l'on cherche des photos de la Lune[65] c’est la même chose, mais la Lune est quelque chose qui est fixe par apport à nous et effectivement, relativement à nous, elle a un haut et un bas… alors qu’en fait elle est en haut et nous en bas… enfin si l'on veut…

 

Figure 31 : La terre et la lune (distance non respectée)[66]

Figure 32 : FACE DE LUNE (phase de la lune)

Techniquement, cela sous-entend que j’ai orienté l’univers qui m’entoure et que la simple vision de quelque chose, qui finalement n’est pas vraiment orienté, me trouble si elle ne respecte pas mon orientation.

On représente de même le plan du système solaire[67] en intégrant cette notion virtuelle de haut et de bas, on oriente, ici encore, quelque chose qui n’est pas vraiment orienté.

Figure 33 : Système solaire[68]

En faisant mes courses, j’ai demandé à un employé du magasin où se trouvaient les savons, après m’avoir expliqué où ils se trouvaient, il m’a dit qu’il suffisait de regarder les panneaux en hauteur pour trouver les articles. J’ai levé la tête et j’ai vu qu’effectivement les rayons étaient annotés en hauteur par des panneaux indicateurs. Cela m’a fait rire et je lui ai dit que c’était l’emplacement de Dieu.

Figure 34 : Promo du matin

Ici, cela est évident, on place ces informations en hauteur pour qu’elles soient visibles de loin. Mais on peut aussi dire qu’elles sont placées en hauteur pour indiquer un message de type Divin, comme les panneaux de "promo" que l’on peut voir sur cette photo que j’ai prise ce matin-là. Le message devient alors une sorte d’ordre, car il est ordonné et sa place en hauteur le rend métaphoriquement égal à Dieu dans le ciel. La Terre est représentée avec son haut et son bas, et nous avons en nous une sorte de géométrie spatiale associée à des concepts bien précis, ancrés profondément en nous. 

On peut faire une expérience marrante qui consiste à essayer de voir le haut en bas ou même de côté. Pour la réaliser, regarder simplement un arbre devant vous, si possible de quelques mètres plus hauts que vous. Une fois que vous êtes bien positionné devant cet arbre et que vous pouvez constater qu’il est plus haut que vous, basculer votre tête (retournez-la) pour observer l’arbre à l’envers. Si vous n’arrivez pas à voir l’arbre à l’envers, c’est-à-dire le tronc en haut et les feuilles en bas, essayez alors de le mettre de côté…

Logiquement, quelle que soit la position de votre tête, il va garder sa position originelle, et gesticuler ne vous servira à rien, il semble ne pas vouloir se retourner. Par contre, si vous prenez un appareil photo pour immortaliser cet arbre, vous pourrez constater qu’il est bien représenté dessus à l’envers, ainsi que le reste de ce qui l’entoure… Et si vous tendez cette photo à un ami en voulant le surprendre, il va automatiquement la mettre dans le bon sens et votre blague n’aura aucun effet sur lui.

4.2.11.           La Terre cubique

Nous sommes tranquillement installés là, vous à lire ce livre et moi à l’écrire, et si nous venions à nous déplacer pour aller faire un tour à l’extérieur, hormis l’effort physique pouvant résulter de gravir ou descendre une côte, logiquement cela devrait aller. En fait, hormis la fatigue du corps nécessaire pour réaliser un déplacement quelconque, il est évident que rien ne vous empêche d’aller faire une promenade. La Terre étant une sphère nous avons un avantage (en plus de ceux déjà consignés dans ce document) : c’est que la gravitée[69] soit relativement homogène sur sa surface et que nous sommes à peu près tous maintenus, au sol avec la même force, quel que soit notre emplacement sur le globe. Nous devons à Newton la formule suivante :

Où :

G        : est la constante de gravitation ;

M       : est la masse de l'objet considéré ;

R        : est son rayon, l'objet étant considéré à peu près sphérique ;

\mu    : est le paramètre gravitationnel standard associé à la masse de l'objet : \mu=GM.

 

Nous ne prêtons pas attention à cette évidence, et pour vous taquiner, je prétends que s’il existe quelque part dans l’univers une Terre cubique alors ses habitants ont de sérieux problèmes, pour se déplacer à sa surface.

Figure 35 : Terre cubique

Et, bien qu’ils habitent certainement sur une des 6 faces[70] disponibles et que techniquement ils sont sur une sorte de terrain de football bien plan (sans aucune courbure), en réalité : il doit leur être très pénible de gravir les bords du terrain pour aller rendre visite aux habitants des autres faces. Il est même possible qu’ils aient du mal à en quitter le centre, surtout si le terrain est un peu glissant. Mais, je ne suis pas physicien et je laisse à la sagacité d’un scientifique, qui lirait ces lignes, de poser les équations de la gravité de surface d’un cube de la taille de la Terre dans l’espace, et de trouver les différents conséquences et effets que cela pourra avoir sur le déplacement de ces terriens, dans ce monde cubique. Une fois ces calculs réalisés, on pourra les réitérer pour d’autres volumes et choisir la forme la mieux adaptée à une planète qui contiendrait des habitants.

4.2.12.           Une seule face

J’ai écrit dans un autre chapitre qu’un proverbe populaire nous disait : « Une pièce a toujours deux faces[71] ». Bien sûr, cette évidence est totalement fausse et je prétends qu’une pièce n’a au mieux qu’une seule face, pour autant qu’une pièce de monnaie[72] soit humaine et possède une face. En réalité, une pièce de monnaie possède un côté pile et un côté face et une tranche, mais là n’est pas mon propos…

Pour s’en convaincre, il suffit de réaliser un ruban de Möbius[73] et de constater en laissant glisser son doigt sur une des surfaces que ce ruban n’a qu’une face de disponible.

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d9/M%C3%B6bius_strip.jpg

Figure 36 : Ruban de Möbius[74]

 

Des variantes du ruban Möbius, la bouteille de Klein[75], nous entrainent dans une quatrième dimension mathématique… mais là n’est pas notre propos.

Encore plus simple, et, sans passer par des curiosités géométriques, pouvez-vous me dire combien il y a de face sur cet objet. Si vous avez un doute, trouvez une sphère de votre choix, bille, boule de pétanque, balle de ping-pong, et refaites l’expérimentation avec votre doigt, en parcourant sa surface, pour en définir le nombre.

 

Figure 37 : Une sphère[76]

 

Ensuite, prenez une pièce de monnaie et refaites l’expérience…

Logiquement, votre doigt a parcouru toute la surface de la pièce, comme pour la sphère, sans avoir eu besoin de la quitter un seul instant.

Si je regarde une pièce, elle n’est en réalité qu’une forme que mon doigt peut, comme la sphère, ou un ruban de Möbius, parcourir entièrement sans jamais avoir besoin de perdre le contact, ce qui me prouve à la manière du ruban de Möbius qu’il n’y a bien qu’une face.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/ad/Joachimsthaler_1525.jpg

Figure 38 : Une pièce, photographiée de deux points de vue différents[77]

Le nombre de faces d’une forme quelconque n’est qu’un système conceptuel de fractionnement de cette forme, un choix de l’esprit. À partir du moment où nous ne pouvons observer la surface d’une forme dans sa totalité, nous réalisons une logique de morcellement. Dans le cas des pièces de monnaie, cela est simple, car il est pratiquement impossible de voir avec nos yeux et sans artifices (on pourrait utiliser une simple glace) l’ensemble de la surface en même temps. Par contre, si l'on parcourt avec le doigt la surface de la pièce, on peut sans jamais soulever le doigt expérimenter toute la surface. Dire qu’une pièce a deux faces c’est simplement constater la limitation de notre système visuel, la pièce elle est étrangère à nos problèmes cognitifs. Elle est une sorte de sphère qui a été aplatie par un choc, ce qui a provoqué au même moment l’apparition de l’empreinte unique que nous prétendons être doubles. Il est vrai, que le système qui à permit de générer l’empreinte unique, est peut-être constituée de deux éléments, mais qui doivent être reliées pour n’en former qu’un et permettre la pression de la pince déformante.

Un forgeron avec son marteau à la main est relié au sol, ainsi que son enclume, et lorsqu’il frappe il ferme la boucle qui lui permet de marquer le fer.

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b0/Goya_Forge.jpg/640px-Goya_Forge.jpg

Figure 39 : La Forge de Francisco Goya, 1819[78]

 

Dire qu’une pièce a toujours deux faces est en fait une métaphore et non pas une évidence. Ceci nous renvoie à cette limite, cette bordure, ce choix, que nous donnons lors de notre interprétation des choses. Il est en fait toujours possible de fournir une autre interprétation à un événement et chaque chose existe aussi par l’Empreinte parfois invisible qui la complète.

4.2.13.           L’infini n’existe pas

La réalité de l’infini est pour la plupart d’entre nous une évidence. L’infini s’impose à nous de différente manière. Pour l’esprit humain, Il y a toujours quelque chose derrière cette chose, ce qui a été mis en musique avec humour en 1970 par les Charlots[79] dans leur chanson « Derrière chez moi ». Il nous est presque impossible de penser que l’univers pourrait s’arrêter net quelque part, ou bien qu’il n’y est rien derrière le mur de notre chambre. « Vers l’infini et au-delà » nous propose en 1995 l’astronaute Buzz l'Éclair[80] un des héros du film Toy Story[81]  des studios Pixar.

 

Figure 40 : Passage vers l’infinie

Quelle que soit la direction vers laquelle nous nous dirigeons, que ce soit l’infiniment grand ou l’infiniment petit, nous ne rencontrons aucune barrière. Nous utilisons au quotidien des systèmes qui nous semblent infinis, comme les nombres que rien ne semble pouvoir arrêter. La géométrique, avec ses droites, ses plans… nous renvoie à des formes illimitées, des non-formes en quelque sorte… Seuls les volumes nous semblent finis, si nous ne pénétrons pas à l’intérieure de leur infinitude.

Figure 41 : Éponge de Menger[82]

 

Pourtant, personne n’a été voir si les nombres pouvaient s’arrêter un jour ou si une droite était vraiment infinie. Nous n’avons pas vérifié concrètement l’existence de cet infini, nous en restons aux deux premiers postulats[83] d’Euclide[84] :

 

1.    Un segment de droite peut être tracé en joignant deux points quelconques.

2.    Un segment de droite peut être prolongé indéfiniment en une ligne droite.

 

Nous oublions tous qu’un postulat n’est qu’un principe non démontré, utilisé pour construire une théorie mathématique. Depuis Euclide, de nombreux scientifiques ont proposé de nouveaux modèles comme l’Univers fini de Friedmann[85] ou encore l’Univers de Gödel[86]. Mais, ces représentations sont loin de nos rapports quotidiens avec notre environnement et pour nous : une droite c’est droit, un terrain de football c’est plat et l’Univers est infini, et plus précisément : pour notre raison il y a toujours quelque chose derrière cette chose. Pourtant, il est évident que sur une Terre sphérique il est impossible de se déplacer en ligne droite et qu’inévitablement : nous allons revenir sur nos pas une fois la circonférence de la Terre parcourue. En fait, nous sommes plutôt dans un Univers de sphères en rotation qui nous proposent des cycles, mais nous continuons à envisager l’infini comme une succession ininterrompue de ces cycles. On pourrait dire que : « L’infini a encore de beaux jours devant lui », si cette proposition était possible, car comment pourrait-il y avoir quelque chose devant l’infini… Même la théorie du big-bang[87] qui nous propose un point temporel zéro, et donc une finitude, soulève en nous encore ce problème : « mais avant il y avait quoi ? »

 

Figure 42 : La théorie du Big-bang et l’âge de l’Univers[88]

 

Et, si tout ceci n’était qu’une vue de l’esprit ? Un peu à l’image de notre terrain de football vue dans un autre chapitre, et qui n’était pas si plan qu’il en avait l’air.

 

Cette impression d’infini est grandement nourrie par l’idée que l’espace n’a pas de limite et qu’il est possible de partir droit devant nous avec une fusée à l’infini. Mais ce déplacement vers l’infini est-il réel ? Sommes-nous dans le concret ou simplement l’intuition, l’idée, la croyance ?

 

Si je marche sur une route qui est bien droite, même si nous savons déjà que sur une certaine distance elle sera courbée par la sphéricité de la Terre. Mais, admettons que cela n’a pas d’importance, cette route est droite parce qu’à mon échelle je la vois droite, un point c’est tout. Faisons comme Euclide et postulons que cette droite peut exister dans le réel et qu’elle s’impose à nous. Dès les premiers instants de notre marche, il nous est évident que nous avançons sur cette route, nous parcourons en fonction de notre vitesse une certaine distance, nous faisons des kilomètres-heure. Nous pouvons voir défiler de chaque côté de la route les éléments présents sur les bas-côtés qui nous prouvent notre déplacement. Nous avons plus que le sentiment d’avancer, nous avançons et si cette route est infinie, eh bien, nous nous dirigeons vers l’infini. Bien que si cette route est infinie, je suis logiquement déjà arrivé à l’infini sans avoir besoin d’avancer, car si elle est infinie, elle l’est en tous points.

 

 Je vous propose de faire quelques expériences amusantes, lorsque vous en aurez le temps, pour essayer d’approcher l’infini :

 

Achetez un jeu vidéo de voiture de course ou bien rendez-vous dans une salle de sport et pratiquez quelque temps le tapis de marche.

Ou bien, faites du vélo de chambre, ou encore plus simplement, regardez un hamster courir dans sa roue. Avec ces systèmes, vous avez à votre disposition des dispositifs simples, vous permettant d’aller vers l’infini, d'accéder enfin au sans fin, avec beaucoup d’efforts, mais sans vous déplacer. Bizarrement, avec ces systèmes vous avez l’infini qui se déploie dans un espace fini. Avec le jeu vidéo, vous pouvez avancer indéfiniment sur cette route, au volant de votre voiture virtuelle, en étant confortablement installé dans votre siège de bureau. Remarquer, avec une voiture réelle vous pouvez aussi vous déplacer sur une route sans bouger de votre siège…

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e7/Phodopus_sungorus_-_Hamsterkraftwerk.jpg

Figure 43 : Vers l’infini et au-delà[89] !

 

Une autre expérience amusante, plus difficile d’accès demande un petit entrainement. Il nous semble évident que lorsque nous nous dirigeons quelque part nous avançons et que la surface sur laquelle nous nous déplaçons reste fixe. Nous sommes dans un rapport avec cette surface de déplacement et il nous semble logique que ce soit nous qui nous déplaçons et pas elle. Cela vient peut-être du fait que nous n’attribuons pas d’intelligence à cette surface, nous l’ignorons, c’est juste un support fixe sur lequel nous allons en fonction de notre bon plaisir. L’expérience consiste à inverser ce point de vue et de considérer qu’au contraire nous restons fixes, alors que c’est la surface qui bouge. Lorsque vous marchez, ce n’est plus vous qui avancez, mais les bords de la route qui défilent de chaque côté en fonction de votre humeur. Vous êtes une sorte de hamster, sur sa sphère ; la Terre, que vos pas font tourner sur son axe, mais ce n’est pas plus vous qui vous déplacer, c’est elle. La Terre est devenue une sorte de tapis de marche géant multidirectionnel. Si vous parvenez à faire accepter à votre conscience que ceci soit possible, un sentiment d’être fixe, alors que vous vous déplacez physiquement, peut apparaitre en vous. Ce nouveau point de vue, modifiant une évidence, perturbe vos habitudes et vous le ressentirez au niveau de votre corps.

 

Une autre possibilité de côtoyer l’infini, c’est d’observer une image fractale[90] et de plonger à l’intérieur, avec un logiciel adapter, pour la redécouvrir encore et encore[91]… En 1980 Benoit Mandelbrot propose la représentation d’une structure fractale[92] qui porte son nom : « L'ensemble de Mandelbrot[93]».

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/18/Mandelpart2.jpg

Figure 44 : Ensemble de Mandelbrot[94]

Il existe, disponible sur le web ou en DVD, d’innombrables vidéos montrant l’infinitude de cette structure mathématique, la page de l’encyclopédie en ligne Wikipédia en propose quelques-unes que je vous recommande d’aller admirer avant de continuer ce paragraphe, si vous en avez la possibilité.

 

Cette infinitude mathématique est intéressante, car elle introduit la représentation d’un Univers qui n’existe que sous la forme d’un potentiel, codé par une formule mathématique unique, et qui apparaitra à nos yeux en fonction de votre cheminement, lui-même représenté par de simples coordonnés. Ici, l’infini n’existe que sous la forme de coordonnés, de simples variables, et nous pouvons nous rendre en tout point de cet infini pour y retrouver la même chose… L’infini y est partout identique. Cet Univers, dans lequel il est possible, de se déplacer indéfini-ment nous ment, aucun déplacement n’y est vraiment possible, c’est juste un déploiement encore et encore du même motif. Une forme apparait qui nous semble finie alors qu’elle cache en son sein la réitération infinie d’elle-même. Bien sûr, lorsque nous observons un « chou romanesco », nous avons une forme finie devant nous, mais qui nous donne pourtant l’idée d’un infini.

 

Figure 45 : Chou romanesco[95]

Nous sommes dans la logique de cet idiotisme numérique : « couper les cheveux en quatre », qui est lui aussi une sorte de formule de fractale, car chaque portion de cheveux coupés pourra être de nouveau coupée en quatre. Mais ici, une sorte de limite atomique peut apparaitre au sein de notre esprit… Alors, prenons plutôt comme exemple la valeur comprise entre 1 et 2, qui est égale à 0,5. Puis la valeur entre 1 et 0,5, qui est égale à 0,25. Puis la valeur entre 1 et 0,25, qui est égale à 0,125… etc. Avec cet exemple, je n’ai pas besoin de me déplacer pour connaitre la valeur entre 1 et 0,125, je la calcule directement et je trouve 0,0625. Je peux presque arriver à l’infini directement avec une bonne calculatrice…

 

Une théorie récente propose que notre Univers soit en réalité un énorme dodécaèdre, c’est l’espace dodécaédrique de Poincaré[96]. Nous serions dans une sorte d’énorme ballon de football formé de 12 pentagones constituant un volume fermé…

Figure 46 : L'espace dodécaédrique de Poincaré[97]

Dans cet espace, aller vers l’infini en ligne droite nous renverrait automatiquement à notre point de départ, nous serions encore comme un hamster dans sa roue, mais la roue serait plate comme un segment de droite. 

 

Et si l’image qui se donne à voir dans ma conscience était de ce type, comme un rêve qui reproduirait dans mon champ de conscience la vision d’une route sinueuse infinie, avec ses bas-côtés qui défilent, pour me faire croire que j’avance, alors que je suis tranquillement en train de dormir dans mon lit, où ailleurs. Plusieurs auteurs de sciences-fictions nous ont déjà proposé des films reprenant ce concept. Personnellement, je dispose d’un casque de réalité virtuelle[98] associé à un logiciel permettant une immersion visuelle totale sur 360°. Utilisé un logiciel reproduisant un circuit de montagnes Russes avec ce gadget apporte des sensations physiques étonnantes.  

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/ef/VR-Helm.jpg/1920px-VR-Helm.jpg

Figure 47 : Simulateur de saut en parachute US Navy[99]

4.3.   Le temps

Le temps et sa progression sont quelque chose qui nous semble évident : il y eut hier et il y aura demain. Je me rappelle très bien de certains moments de mon enfance et j’ai encore en tête la recommandation de ma femme concernant la liste des aliments à acheter lors des courses que je vais réaliser dans l’après-midi. J’ai à mon poigné un instrument magnifique qu’on appelle une montre, qui me permettra d’être à l’heure à ce rendez-vous important de la soirée. Je vieillis de jour en jour et chaque année voit revenir le jour de mon anniversaire…

Pourtant, techniquement je suis toujours ici et maintenant, alors ?

Les chapitres suivants vont traiter du temps et voir si toutes ces évidences, qui sont reliées à lui, sont aussi bien consistantes que nous le croyons.

 

4.3.1.               Demain, n’existe pas

Personne n’a jamais vu demain et comme nous l’avons vue dans un autre chapitre : deux mains sont toujours à la même distance dans ce monde de la dimension, même si elle est temporelle.

Il est parfois difficile d’expliquer cette Évidence, car il est tellement usuel de se projeter de façon imaginaire dans le futur que pour beaucoup d’individus : demain, existe bel et bien.  

Eh bien, moi j’affirme que demain n’existe pas et heureusement pour les coiffeurs qui vous proposent de vous raser gratuitement demain.

Demain, on rase gratis !

Bien sûr, si demain n’existe pas, hier non plus ! Mais là, c’est beaucoup plus dur à admettre, alors restons sur « demain n’existe pas ».

Nous sommes en permanence dans notre mental et depuis longtemps déjà nous ne vivons plus dans le réel du moment présent. Qui d’ailleurs arrive à regarder une pancarte[100], sans automatiquement la transformer en un texte, voir la lire à haute voix dans sa tête. Peut-être même que certains d'entre vous en observant une pancarte, affichant un texte, l’entendent distinctement énoncer son contenu à leur intention. 

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/46/Panneau_-_Eau_non_potable.JPG/1024px-Panneau_-_Eau_non_potable.JPG

Figure 48 : Alors, ça cause là-dedans[101] !

Réveillons-nous, demain c’est demain et ce n’est pas maintenant. Alors on verra cela demain. Oui, mais demain ce ne sera plus demain, ce sera le maintenant de demain, qui lui aussi bien sûr ne peux pas exister. Tout ceci est Évident, relisez la phrase précédente plus lentement si nécessaire. 

Ce que je veux faire ressortir de ce chapitre, c’est que nous avons une impression de passé et de futur simplement construit sur des mécanismes mémoriels, qui se déroulent en dehors de la conscience du moment présent. Car si le passé est passé, il n’existe plus que sous la forme de souvenirs, qui en aucun cas ne sont des moments présents. Le monde des souvenirs, de l’imaginaire, ou de la projection mentale n’existe que dans cet ailleurs, entre aperçus dans d’autres chapitres (4.2.4). Or, lorsque nous projetons une action pour demain, nous la plaçons dans une réalité appartenant à ce monde dit en trois dimensions qui fait notre quotidien, et c’est une erreur. De la même manière, un souvenir est perçu comme une réalité, alors qu’il se déploie dans un univers parallèle et ne peut pas se manifester dans ce lieu qui fait notre commun.

Plus subtilement, même le moment présent est en partie imaginaire puisque nous passons notre temps à lire différents types de pancartes, dans ce monde parallèle qu’est notre conscience personnelle. Nous avons vu dans un autre chapitre (4.2.4) que l’accès direct au monde dans lequel nous sommes ne nous est permis que par une logique de capteur et une traduction / projection, dans une sorte de cinéma magique appelé la conscience.

Les souvenirs ne sont pas classés par ordre d’apparition, mais par un système complexe de pointeurs référents. Et heureusement, car je n’ai pas envie d’attendre une journée un souvenir de la veille. Si cela était le cas, il ne pourrait pas revenir, car il lui faudrait autant de temps pour réapparaitre que le temps écouler depuis son enregistrement. Et durant cette attente, le temps lui continuant son cheminement l’empêcherait d’arriver[102]. Si cela n’est pas clair voici une métaphore : si la tortue d’hier qui se trouve à un jour de la tortue de maintenant essai de la rattraper à la vitesse de un jour en 24 heures, elle ne pourra jamais rattraper la tortue en ce moment, qui se déplace à la même vitesse qu’elle vers demain (qui n’existe pas). Leurs écarts resteront exactement les mêmes et aucune rencontre n’est possible.

Plus compliqué : le souvenir d’hier, demain, sera le souvenir d’avant-hier, alors que c’est le même. Si le souvenir d’hier se déplace pour rester le souvenir d’hier par apport à ce qui se passe en ce moment, alors il n’y a plus de place pour les autres souvenirs qui seront effacés par le souvenir d’hier qui ne veut pas rester à sa place pour ne pas vieillir.

Bref…

Les souvenirs apparaissent, quelles que soient leurs anciennetés, dans cette espace magique en dehors de notre monde à trois dimensions, lorsqu’ils sont invoqués ou lorsque cela est nécessaire, pour le bon fonctionnement de ce que nous sommes.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/85/Phoenix_rising_from_its_ashes.jpg

Figure 49 : Phénix renaissant de ses cendres, enluminure du Bestiaire d'Aberdeen[103]

4.3.2.               Tout le monde a le même âge

Il nous apparait comme une Évidence que sur cette Terre les habitants ont des âges plus ou moins différents et que nous sommes forcément plus jeunes que nos parents[104] biologiques, nos géniteurs.

Moi j’affirme que nous avons tous le même âge et que cette Évidence nous voile une réalité importante. Dans le premier tome de ces ouvrages sur les structures mentales,[105] j’ai relaté une anecdote concernant une prise de conscience sur mon âge réel. Cette anecdote est un peu longue et je vais ici simplement la résumer sous la forme de devinette. Je vous renvoie à la lecture de l’ouvrage pour une explication plus détaillée.

Essayer de répondre aux questions suivantes en prenant bien le temps d’être sûr de vos réponses.

Pouvez-vous me dire quel âge exact vous avez ?

Si oui, savez-vous qu’elle est le jour, l’heure et le lieu de votre naissance ?

Si oui, savez-vous qu’elle est l’heure et le lieu de votre procréation[106] ?

Au moment précis où le sperme de votre père pénètre l’ovule de votre mère, vous commencez à prendre corps. Vient ensuite un temps variable où cet assemblage prend effectivement corps et après environs neuf mois vous sortez de l’organisme de votre mère, pour enfin connaitre le vaste monde.

Tout ceci nous permet déjà d’affirmer que votre âge actuel éclipse ces neuf mois de gestation, une période durant lesquels, visiblement, vous n’étiez pas encore un citoyen homologué avec un âge bien précis qui vous permette d’avoir accès à différents privilèges dans notre société. Aujourd’hui, la majorité[107] vous sera accordée à dix-huit ans, alors qu’il y a quelques années il vous aurait fallu attendre d’avoir vingt ans. D’ailleurs, « avoir 20 ans » est une possession, un avoir, ce n’est pas une être-té.

Mais ceci n’est pas mon propos de départ qui était : « nous avons tous le même âge ».

Effectivement, cette petite astuce des neuf mois de décalage concernant l’apparition de notre moi n’est pas suffisante. Mais, si l’on revient au moment de la procréation, juste avant la fusion des deux cellules parentales qui vont former notre première cellule. Nous pouvons constater que ces deux cellules, elles, ont l’âge de nos parents. Même si le stock des spermatozoïdes et des ovules[108] se régénère au fil de la vie des géniteurs, ils ont bien techniquement l’un comme l’autre l’âge des parents, dont ils sont une partie.

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/86/Sperm-egg.jpg

Figure 50 : Spermatozoïde, dans sa phase d'entrée dans l'ovule.[109]

Quelques instants avant le point de départ de notre chronologie officieuse nous avons déjà une pré-constitution fusionnant des âges différents. À ce moment précis, nous avons techniquement, physiquement, l’âge de nos parents. Le calcul de notre âge réel commence alors à se compliquer, car nos parents ont eux aussi des parents et leurs âges exacts au moment de cet acte créateur, qui les a fait être, est de même soumis à la même logique que pour nous. Eux-mêmes ont hérité de l’âge de leurs parents et nous pouvons ainsi remonter à la nuit des temps, au premier Humain, pour peu qu’il est existé.

Qu’est-ce que tout cela nous donne…

Si vous avez suivi ce qui précède et que vous n’êtes pas en désaccord, cela veut simplement dire que tout autant que nous sommes, nous descendons de l’origine de l’espèce. L’origine de notre espèce descend de l’origine de l’origine de celle qui lui a permis d’apparaitre. Plus prosaïquement, mon corps n’a pas l’âge de ma carte d’identité, tout comme la pierre qui a permis de construire nos cathédrales n’a pas l’âge des cathédrales. Mon âge actuel est défini de manière administrative par le moment où ce corps sort du ventre de ma mère, et c’est juste une convention, un acte de naissance[110].

Figure 51 : Acte de naissance[111]

Il n’existe aucune coupure physique, à aucun moment, entre mon corps tel qui est maintenant et le premier être humain dont je descends. Il y a juste une redistribution d’information entre deux gamètes[112] qui accompagne chaque nouvelle génération d’un modèle d’être vivant.

Mais tout ceci ne veut pas dire que nous avons tout le même âge…

Eh bien si, car si au moment de la création d’un individu s’il est construit avec des éléments qui sont déjà âgés, alors on peut prétendre qu’à ce moment-là il a déjà cet âge. Et ayant déjà l’âge de ses parents au moment de la procréation il n’y a pas de différence par la suite entre eux et nous en termes d’âge du corps. Tout le monde étant dans ce même cas de figure par apport à l’origine des temps nous avons donc tous techniquement le même âge, et nous sommes tous très, très vieux.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/61/Phoenix_detail_from_Aberdeen_Bestiary.jpg

Figure 52 : Phénix renaissant de ses cendres[113]

Je vous avais prévenu que parfois il allait être difficile d’admettre certaines choses, rassurez-vous, c’est comme vous voulez et de toute manière vous continuerez à avoir l’âge virtuel de votre carte d’identité.

Hier, je regardais une photo de mes enfants qui était accrochée au mur du salon. Il devait avoir entre 4 ou 5 ans sur cette photo. Il y avait là, devant moi, trois sourires et trois paires d’yeux, qui m’observaient par l’intermédiaire du photographe.

Je ne pensais à rien de particulier, l’image est belle, et ces trois corps si différents ont une présence presque magique, dans ce silence. Leurs regards perçants rentraient en moi, comme pour me communiquer quelque chose. Et, une idée m’a traversé l’esprit… si ces trois corps sont si différents, ces trois regards le sont aussi… mes enfants sont venus au jour déjà formé physiquement, leur esprit associé était là aussi… trois esprits déjà prêts à affronter la vie… tout comme ces trois corps…

Dès leurs naissances[114], le jour même, avant que de savoir tant de choses, nous avons remarqué avec ma femme qu’il avait chacun un comportement très différent et remarquable. Avec le temps, ils se sont déployés, ils ont pris corps, ils n’ont fait que se déployer, et leurs esprits se questionnent, au jour le jour, des choses nouvelles qu’ils croissent sur leurs chemins, nous laissant croire qu’ils évoluent. Mais pour nous, ils sont encore comme au premier jour, avec leurs différences remarquables, qui n’ont pas vraiment changé. Et ce n’est pas du sentimentalisme ou de la poésie, mais la constatation qu’avant même que d’être, il était déjà… Ils nous sont apparus dès le premier jour avec une logique de vie déjà présente, et nous avons pu capter, par la réalité de notre vécu, cette structure invisible des différences qu’ils formaient ensemble, comme une empreinte.

Il était là dès le premier jour avec un esprit déjà prêt, formaté, habitant ce corps, avec ces caractéristiques remarquables, et qui finalement sont toujours fondamentalement là.

Tout ceci est une forme de poésie, mais d’où vient ce caractère déjà présent avant même que de se confronter à la vie du dehors. Il était tous les trois dans le même ventre, et ils ont vécu 8 mois et demi ensemble avant que de prendre l’air. La vie intra-utérine ne formate pas le corps, qui restera sexué, elle ne fait que le déployer, alors pour l’esprit ?

Certains nous parlent de mémoire cellulaire, oui certainement, cela est logique, et l'on peut presque le toucher du doigt avec l’Épigénétique[115]. Il a été montré, qu’il y avait une mémorisation des expériences de l’individu, et qu’elles étaient transmises[116]

Nous sommes comme une petite lumière, sur le long fil d’un entrelacs, qui forme des guirlandes connectées à l’origine. À tout moment, les lanternes sur l’entrelacs sont liées de fait à cette origine, qui d’une certaine manière les alimente. Toutes les feuilles d’un arbre sont liées aux autres feuilles par un réseau direct de branches, qu’il est possible de voir. Ce qui est vécu par une feuille l’est aussi par les autres, même s’il n’y a pas de traces visibles et qu’une seule semble avoir été touchée. Quelques gouttes d’un défoliant sur cette feuille et c’est l’arbre qui meure[117]. Ici, l'arbre que forme l’entrelacs n'est pas de type 3D, mais il inclut d’autres dimensions.

Mais, la feuille et chacune de ses cellules ont leurs propres histoires géo localisées, et leurs petites lanternes semblent n’éclairer que la portion d’espace qui les entoure. D’ailleurs, l’histoire de la feuille n’est que le film mis en couleur par sa petite lanterne, à travers cette petite boite magique qu’est la conscience.

Quel que soit l’endroit où je me trouve, je baigne dans une information qui me fait être, mais ceci n’est que le reflet de l’information qu’ici et maintenant je filtre à mon image. Ce filtrage est comme une sorte de boucle qui se met en place entre l’information et moi-même.

Alors oui, « nous avons tout vécu », via l’origine, mais, où est réellement l’information, et quelle est sa forme première, existant en dehors de toute projection ? Comment boucler tout ceci vers ma lanterne, comment y accéder, pour que je puisse m’en faire une projection ?

Lorsque j’écris ce texte, finalement tout le monde participe à sa rédaction sans le savoir… Ici et maintenant (Cesson : 17 h 36) une portion de l’univers, dont vous faites partie, est en train d’écrire ce texte… tout comme quelques bactéries qui œuvrent à votre insu dans nos estomacs et nous aident à la digestion du dernier repas. Une sorte de filière, dont une portion est nommée Internet, a permis le déploiement d’une boucle, et cela nous permet maintenant de lire ce texte. Un texte qui s’est rapproché de votre lanterne par l’intermédiaire de ce circuit câblé ou radio (WiFi)… et peut-être que certains Cœurs Répondants sont déjà en train de le modifier ou de l’ajuster pour y voir plus clair. Mais en réalité où est ce texte ? Mon PC est peut-être éteint, le vôtre est allumé, il est peut-être lu par deux lecteurs simultanément, pour un autre il est encore en transit dans un disque dur où ailleurs… 

Moi-même, j’ai tiré le fil qui m’était tendu, pour lui faire faire une nouvelle boucle…

4.4.   Moi

Je pense bien me connaitre et il me semble évident que je suis celui qui me connaît le mieux, formant ainsi une sorte de boucle de croyance à mon égard. Les propositions qui vont suivre essaient de mettre à mal certaines de ces évidences qui nous animent pour différentes raisons.

4.4.1.               Les appuis ne sont pas que de nature physique

 Il nous semble évident que nous tenons debout parce que nos pieds touchent le sol et qu’ils nous maintiennent en équilibre.

Moi, je prétends que nos yeux et nos oreilles et bien d’autres choses sont aussi des appuis qui nous permettent de rester en équilibre. Il est facile d’expérimenter cela en plaçant le corps dans une logique d’équilibre instable. Le plus simple, c’est de tenir debout sur un pied et d’essayer de trouver un équilibre satisfaisant. Lorsque vous êtes bien stable, bouchez-vous les oreilles avec vos mains et constatez le résultat. Lorsque vous êtes de nouveau bien stable, fermer les yeux et constater le résultat. Si boucher vos oreilles et fermer vos yeux ne provoque pas une instabilité, c’est que je prétends ici des choses qui ne concerne que moi... poursuivons…

Vous pouvez vous reporter à un ouvrage précédent[118] au chapitre « L’équilibre de L’humain (8.4)» pour plus d’informations.

Il est très étrange de constater physiquement que le simple fait de fermer les yeux ou de se boucher les oreilles impacte notre équilibre, alors qu’il nous semble Évident que les yeux ne sont appuyés sur rien et donc ne participe pas au maintien du corps en équilibre. Il est possible de vivre des expériences de réalités virtuelles, qui nous plongent dans un univers en trois dimensions (avec des couleurs et du son) complètement reconstruites, capables de tromper nos sens, et de nous faire ressentir des effets de vertiges[119]. Mais, même sans utiliser des moyens technologiques complexes pour tromper nos sens, il est facile de ressentir, en s’approchant d’un gouffre, ou d’une bordure d’immeuble élevé, une sensation de vertige ou un léger trouble, souvent provoqué par une perception de mouvement différente entre la vision et le système vestibulaire[120].

4.4.2.               Le sens le plus utile nous est inconnu

Il est commun de parler des sens en disant les cinq sens et de répéter bêtement ce qui a été appris : la vue, l’ouïe, le toucher, le goût, l’odorat… arrivé à l’odorat nous avons l’impression d’être dans une sorte de décrescendo des capacités captatives et que tout le reste ne peut être que dans le subtil et donc n'être que quantité négligeable.

Moi, j’affirme que le sens le plus important, et qui se situe avant la vue donc, qui nous permet d’être réellement nous, n’est pas dans cette liste. 

Ici, je vais vous laisser chercher par l’intermédiaire d’expérience simple quel peut bien être ce sens, auquel vous aurez peut-être du mal à donner un nom…

Imaginer que vous vous trouvez dans une pièce où règne une nuit noire[121], un bruit, capté par les sens de l’ouïe via vos oreilles, vient de retentir, vous le situez à gauche. Une douleur, capter par votre sens du toucher, vient d’apparaitre en bas de votre jambe droite. Vous vous déplacez et un choc à l’épaule droite vous arrête net. Une forte odeur de moisie vous arrive directement, du lieu où a eu le choc. Vous plaquer vos mains dans cette zone et détecter un mur humide. Votre main droite se dirige directement vers la poche de votre blouson et vous en sortez un briquet pour vous éclairer, afin de distinguer l’endroit où vous êtes. Vous n’avez rien remarqué de spécial ?

Le mieux, c’est de faire réellement l’expérience, assurez-vous que rien n’est dangereux dans votre environnement, fermez tout simplement vos yeux et promenez-vous délicatement dans votre pièce. Placez vos mains devant vous pour détecter le cas échéant des obstacles. Tourner la tête à droite et à gauche pour percevoir des bruits et essayer d’en reconnaitre l’origine… jouée un petit moment ainsi et essayer de percevoir l’Évidence… tellement évidente, que vous n’y faites plus attention. 

Bon, je vous aide… tout en gardant les yeux fermés : toucher votre nez avec votre main gauche et votre genou gauche avec votre main droite… Vous n’avez rien remarqué de spécial ?

Bon, je vous aide… ouvrez les yeux et repérer un objet placé à quelques mètres de vous, observer le bien et lorsque vous pensez en savoir assez à son sujet : fermer les yeux et aller le toucher avec votre main gauche. Que vous ayez réussi à toucher l’objet ou non, n’avez-vous rien remarqué de spécial ?

Arrêtons là les expériences et constatons, si ce n’est pas fait, qu’il vous est naturel d’utiliser différentes parties de votre corps par apport à lui-même sans nécessairement avoir les yeux ouverts pour en assurer l’usage. Plus simplement, votre main va toucher votre nez sans aucun problème de positionnement, même les yeux fermés.

Nous avons un sens très utile : la proprioception[122] qui nous nous permet d’être conscients de notre corps et de ses différentes parties. Sans ce sens indispensable, nous ne pourrions absolument pas nous déplacer ou réaliser des mouvements coordonnés avec ou sans lumière, les yeux fermés ou même les yeux ouverts. Plus largement, ce sens est associé à d’autres pour former la somesthésie[123] qui nous permet simplement d’avoir la conscience d’être.

Nous utilisons notre corps au quotidien et tout ceci est Évident, mais cette évidence n’en est pas une, car c’est une ensemble de sens qui peuvent être eux aussi touchés, comme il est possible de perdre la vue, l’ouïe, l’odorat ou le toucher. Mais à la différence des cinq sens qui peuvent être perdus, si vous perdez ou que vous êtes privé de l’usage de ces sens, alors cela peut provoquer des troubles psychologiques, majeurs et irréversibles. 

4.4.3.               Sensations

Il semble évident pour tout le monde que lorsque nous nous sentons fatigués, nous le sommes réellement. Mais, à y regarder de plus près, les sensations que je ressens sont-elles bien réelles ?

 

Lorsque je suis fatigué, le suis-je réellement ou bien est-ce que je n’ai que la sensation d’être fatigué ? Comment reconnaitre une vraie fatigue ? Des gens me disent : c’est triste, il pleut ! Ils associent une situation, un décor, avec un sentiment. Comment peuvent-ils être touchés physiquement par une simple ambiance ? Ce qui n’est pas en contact direct avec notre corps ne nous touche pas. Quel est donc ce phénomène qui permet que nous soyons touchés sans attouchement ? Lorsqu’il y a une distance entre nous et les choses est-elle réelle ou virtuelle ? Différents chapitres de cet ouvrage essaient déjà de répondre à ces questions[124].

Nous sommes en permanence dans une sorte d’illusion créée en partie par l’interprétation que nous avons de notre décor immédiat. Nous nous identifions à notre environnement et par un effet hypnotique nous assumons physiquement une sorte de grille de correspondance. Nous ne sommes pas très loin de ces petites ritournelles, qui subtilement nous induisent des sentiments :

 

Araignée du matin, chagrin

Araignée du midi, souci,

Araignée du tantôt, cadeau,

Araignée du soir, espoir.

 

Vous n’êtes pas bien, stressé, fatigué. Le téléphone sonne et vous apprenez que le rendez-vous de ce soir avec votre directeur est annulé. Vous vous sentez libéré et la fin de journée est plus clémente. Un regain d’énergie vous incite à aller tranquillement vous dépenser dans une salle de sport.

 

Quand avez-vous ressenti pour la dernière fois une vraie fatigue… ?

En quoi le fait qu’il pleut est-il triste ?

4.4.4.               Mon corps ce n’est pas moi

Nous possédons donc un sens qui nous informe en permanence de la position relative des différentes parties de notre corps. On peut aussi faire l’expérience très simple de penser à sa main, pour s’apercevoir que nous la ressentons, alors qu’au même moment notre pied n’est plus dans notre champ de conscience et qu’il a comme disparue durant notre focalisation. Cette déambulation de la conscience dans notre corps est quelque chose de complètement Évident et est utilisée au quotidien. Certaines méthodes de relaxations, de yoga, utilisent ce sens pour réaliser un balayage des différentes parties de notre corps à des fins de détentes. Inversement, lorsqu’un stimulus apparait dans notre conscience, il est plaqué au bon endroit dans notre corps. Une douleur est en générale localisée, et cela nous permet de faire la différence entre des informations internes, ou de surface, et des informations extérieures. Nous avons aussi, lorsqu’il y a un bruit à l’extérieur, une évaluation de sa position par rapport à notre corps, mais cette information est moins précise et parfois, il est difficile de définir d’où provient ce bruit.

Lorsque les perceptions concernent notre corps, nous n’avons, grâce à ce sens, aucune difficulté à localiser leurs sources. Notre corps via ce sens est comme une structure sur laquelle peuvent apparaitre les informations. Si nous sommes attentifs, on peut s’apercevoir que cette sensation du corps n’est que le fruit de cette structure d’accueil, sur laquelle des stimuli apparaissent et sont liés à cette structure, afin de nous permettre de les localiser comme interne ou externe. Avec cette logique structurelle, nous n’avons pas à donner du sens à certaines de nos perceptions, mais simplement à recevoir l’information déjà positionnée et décodée.

Dans le cas d’information ne s’inscrivant pas dans cette structure d’accueil et donc en dehors de nous, il se passe un phénomène particulier, notre esprit essaie de donner du sens aux perceptions non localisé. Il y a comme un besoin psychologique de placer ces informations extérieures, elles aussi, dans une structure d’accueil.

Le sens que nous donnons, en permanence, aux choses et aux événements (de tous types) est un besoin qui trouve certainement son origine dans le mode de fonctionnement de ce sens, qui lui nous permet d’appréhender notre structure corps de manière automatique. Et, finalement, donner du sens aux choses du quotidien, c’est aussi : "leurs donner corps", mais là ce n’est plus automatique et notre esprit va de bon cœur à la recherche de la raison, du pourquoi, du comment…

Nous recherchons à lier les évènements entre eux, pour retrouver un corps, une histoire crédible, une structure cohérente. Nous donnons du sens aux choses, pour qu’elles existent tout simplement. Nous ne voyons pas toujours les événements extérieurs comme étant dissociés, mais comme faisant partie d’une histoire qui les relie. Nous sommes aussi en permanence dans une logique de cause à effet qui provoque l’Évidence de l’existence de cette structure qu’il nous faut décoder. Une histoire, si elle prend corps, a donc en quelque sorte deux bras, deux pieds, etc. ou des métaphores de ces organes.

Les constructions humaines vont-elles aussi répondre au besoin de former des structures d’accueil où pourra s’exprimer un corps virtuel, ersatz du corps réel tel qu’il nous apparait à travers ces sens somesthésique ?

Ce sens méconnu, ignoré des manuels scolaires et même de beaucoup de traditions est donc d’une importance capitale et forme par sa mise en mouvement dans la psyché l’ensemble de nos structures communes d’existence.

Pour mémoire, les institutions de notre république s’appellent les corps constitués[125] et comportent environ 500 Corps[126].

Lorsque l’on procède à des mélanges d’ingrédients de toutes natures (physique ou psychique), on dit que cela prend corps. On dit d’un vin qu’il a du corps.

En chimie, une molécule est un corps chimique[127], mais on parle aussi de corps pur[128].

En architecture, on parle du corps de logis[129], du corps de bâtiment, mais il est vrai qu’une maison n’est finalement qu’une sur-couche matérielle du corps humain, au même titre que les vêtements qui nous protègent du froid.

En mathématique, un corps est une structure algébrique dans laquelle il est possible de réaliser des opérations particulières et l'on parle du corps des nombres réels, du corps des nombres rationnel, ou encore les corps finis.

Dans sa version latine, on parle de Corpus[130], comme le corpus des œuvres d’un artiste.

L’université de Leipzig a mis en ligne le « Corpus français » qui est un moteur de recherche des usages des mots français et de leurs liens.  L’intérêt de ce moteur de recherche c’est qu’il fournit un graphe des mots liés sur plusieurs profondeurs. Voici le graphe de niveau un pour le mot corps.

 

Figure 53 : Cooccurrences significatives de mots corps

Ce texte, qui compose ce document, utilise des lettres d’un certain corps[131], avec un jambage, un œil, une hampe...                                                                                     

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/13/Corps_typo.svg/519px-Corps_typo.svg.png

Figure 54 : Le corps en typographie correspond à la hauteur du rectangle blanc[132].

Etc. je vous laisse chercher d’autres exemples de corps qu’ils soient célestes, de métier[133] avec ces corporations...

Plus intéressant encore, ce sens nous apprend qu’il nous est indispensable de posséder une structure d’accueil pour que les choses perçues, ou même imaginées aient un sens pour nous. Nous voyons notre monde à travers nous et nous le décodons avec les mêmes logiques que nos modes de fonctionnements innés, que ce soit directement ou métaphoriquement. Autre chose, le corps en biologie définit l'ensemble des parties d'un organisme vivant, et en premier lieu le nôtre, à savoir le corps humain[134]. Je vous renvoie à la lecture des deux ouvrages précédents[135] où certains fonctionnements du corps ont été traités et analysés de différentes manières.

Si nous appréhendons les choses comme des corps virtuels, des structures mentales en quelque sorte, alors d’une certaine façon ces structures, qui prennent corps, sont, elles aussi, vivantes à leurs manières. Et, si donner du sens c’est construire en nous ces structures mentales, elles risquent d’acquérir une certaine autonomie, du simple fait que nous les avons constituées à l’image d’un corps opérationnel. Nous rentrons ici dans le monde de la magie ou de la psychologie des profondeurs, où nos fantasmes peuvent prendre corps et devenir des réalités. Une pensée ou une idée prend corps lorsque par l’action, un souffle divin, elle se matérialise concrètement. Une voiture, issue de la pensée des hommes, est un exemple d’un corps qui a immergé dans le monde matériel et nous permet une certaine autonomie. C’est d’ailleurs, là aussi, comme pour la maison, une sur-couche de notre corps physique.

4.4.5.               Le corps bouge de manière autonome

Il nous semble Évident que c’est nous qui faisons mouvoir notre corps en fonction de nos divers besoins. Lorsque je dis-nous, je fais référence à notre esprit, à notre mental, notre moi, je, qui veux par exemple aller dans la cuisine.

Moi, je prétends que ce n’est pas nous, notre mental, qui faisons fonctionner le corps. Il ne nous est pas possible de capter directement la logique qui provoque nos mouvements. Le mental pose juste des intentions qui sont généralement honorées par le corps, et cette réactivité du corps nous fait croire que nous avons le contrôle de nos mouvements via le mental. Malheureusement, il arrive des cas où nous sommes paralysés et sans aucun moyen de provoquer, par le mental, le déplacement du membre en défaut. Cette situation arrive toutes les nuits lorsque nous rêvons, le corps est inerte alors que dans notre rêve nous nous déplaçons. Si nous observons le simple déplacement de notre main, il n’est pas possible de faire un lien avec une action spécifique du mental qui permettrait de réaliser ce geste. Nous pouvons juste observer que notre besoin ou notre intention est honoré de manière transparente. Nous pouvons ressentir nos muscles et nos membres, avec un peu d’attention plus encore, mais nous ne contrôlons pas, par le mental, directement les différents acteurs du mouvement que sont les muscles, les tendons, les articulations... Le mental n’est pas de nature matérielle et il ne peut pas être posé sur une table comme un bras ou une main. De la même manière, il est fréquent que nos membres bougent pour réaliser différentes tâches, sans avoir été sollicités au préalable par le mental. Nous sommes ici dans le mystère de la frontière entre l’esprit et la matière, le corps et l’âme, etc.

Il suffit de vous observer quelques instants pour constater cette Évidence, qui est l’inverse de l’Évidence de croire que c’est nous (le mental) qui faisons le travail. 

4.4.6.               Je suis plus que le corps

Il nous semble évident que nous sommes ce corps et cet esprit qui l’habite, il n’est pas toujours facile pour tout le monde de comprendre que nous sommes un être humain, c'est-à-dire un ÊTRE et un HUMAIN, qui vient d’humus la Terre, tout cela réuni ensemble (corps, esprit). Nous nous jugeons à l’aulne de notre constitution et de nos croyances, et nous avons l’impression que nous sommes essentiellement ce que nous présentons à voir et à entendre, c’est-à-dire un corps indépendant que nous appelons nous ou je, placé là dans un lieu. Nous avons aussi l’impression que tout ceci est une sorte de logique qui nous dépasse et que nous ne sommes pour rien dans cette construction. Le destin nous a faits beau ou moche et il faut faire avec…

Moi je prétends que tout ceci n’est pas exact, que nous somme le créateur de ce que nous sommes et peut-être bien plus et que ces idées, de beau ou de moche, n'ont pas de raison d’être. 

Vous vous rappelez certainement de votre enfance, à travers divers souvenirs, et vous pouvez constater que votre corps était bien différent de celui qui vous représente maintenant, à cette époque-là. Il nous semble évident que nous avons grandi et que tout ceci est bien naturel. Vos idées ont elles aussi évolué et certaines croyances qui vous habitaient durant votre enfance ne sont plus que de simples souvenirs elles aussi. Si vous cherchez bien, vous trouverez certainement des choses qui vous sembleront n’avoir pas changé durant toutes cette période. Ces choses pourront être de l’ordre de l’esprit ou de la matière, comme votre sexe qui est logiquement toujours du même genre, et certaines peurs ou phobies sont peut-être encore présentes. En cherchant, un peu plus, vous pourrez constater qu’une certaine présence intérieure est elle aussi constante depuis toutes ces années…

Mais là n’est pas mon propos. Il est évident que nous ne sommes pas quelque chose de fixe, de figé, mais que nous sommes une forme en croissance. Nous suivons un plan et ce plan nous le suivons depuis au moins la première cellule qui nous a fait paraitre, qui nous a matérialisés. Mon corps est le fruit de la croissance d’une seule cellule qui contenait en elle-même toute l’information nécessaire pour en arriver à aujourd’hui. Et cette première cellule est la créatrice, au moins au niveau matériel, du résultat qui lit actuellement ce texte. Vous êtes l’expression de cette première cellule et : de cette première cellule à maintenant, vous vous êtes auto construit. Personne à aucun moment n’est venu vous souder un bras ou un pied pour que cela tienne le coup. Cette première cellule contenait déjà le plan et le mode opératoire. Je ne sais pas exactement ce que contient ce plan. Il existe certainement des interactions avec l’environnement, qui le modifie peut-être avec le temps, mais tout était déjà là, prêt au déploiement, dès la première cellule. Il est difficile de parler d’esprit pour une cellule, car nous n’avons pas trop de souvenirs de cellule. Mais, il faut constater que nous nous sommes auto construit, au moins physiquement, via cette première cellule et ce fameux Humus présent sous différente forme, qui lui à permit de se dupliquer par assimilation. Bien sûr, tout ceci n’a été possible que parce qu’il y a un mode opératoire, un endroit ou abrité cette première cellule, tout un mécanisme physiologique entre la mère et l’enfant. Mais, réduits à notre plus fondamentale extrémité physique, nous sommes qu’une simple cellule dite : première. La science travaille actuellement sur ces cellules premières, dites cellule souche[136], car nous avons bien compris qu’il était possible de faire des clones presque parfais de notre corps grâce à elles. Les cellules souches ont d’ailleurs la particularité de pouvoir être conservées indéfiniment en culture, dans certaines conditions elles sont donc immortelles. La science a différentié plusieurs types de cellules souches, celles qui nous intéressent ici sont les cellules souches embryonnaires[137] qui sont les cellules centrales du développement, ce sont elles qui vont générer progressivement toutes les autres cellules de l'organisme, grâce à des étapes de différenciation et de prolifération finement orchestrées par le plan, afin de créer un individu pluricellulaire viable.

Les propriétés de ces cellules souches ont nourri la presse, et bon nombre d’ouvrages de science-fiction, surtout autour de la création possible de clones humains. Mais tout le monde a perdu de vue que : même si nous mettons les conditions en place, ce n’est pas nous qui créons un clone, mais la cellule qui va suivre le plan et produire un corps. Personne n’ira dire à la cellule comment s’y prendre, elle possède déjà en elle-même tout le potentiel nécessaire pour réaliser cette œuvre que nous sommes.

Je ne suis que l’expression de cette première cellule. Une cellule est physiquement bien moins qu’un corps constitué, mais est bien plus chevronnée que lui, car elle est capable de le produire à partir d’elle-même. Je ne suis qu’un assemblage extraordinaire de cette même cellule unitaire autonome, qui en se multipliant a produit un organisme vivant. Un organisme vivant, lui aussi, autonome à sa manière. Je suis donc bien plus que ce corps, je suis le créateur de ce corps, je suis l’incarnation concrète de cette première cellule.

« Des études récentes réalisées en 2008 par des chercheurs américains, des entreprises Stemagen et Reproductive Science Center, ont annoncé avoir obtenu trois embryons clonés à partir de cellules adultes (cellules de peau) et d'ovocytes énucléés. C'est la première fois que des embryons sont obtenus à partir de cellules qui ne sont pas des cellules souches. »[138]

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7a/Human_clones.png

Figure 55 : Deux êtres identiques, des clones.[139]

Les études sur le clonage font apparaitre que l’utilisation d’une cellule souche, pour reproduire un corps, nous donne deux corps quasiment identiques. C’est-à-dire que la cellule suit le plan qui l’habite et n’est pas vraiment à l’écoute de l’extérieur. Elle va produire une création à travers la duplication d’elle-même et va constituer l’ensemble des parties qui forme le corps. Les duplications de cette même cellule suivent visiblement le même plan, dans une logique de cohérence spatiale. Il est donc logique que si l'on isole une des premières cellules souches, ou même une cellule déjà différenciée, elle continue à reproduire le plan qui l’habite, quel que soit le corps constitué dont elle assure l’émergence. Ce qui veut dire que quels que soient les événements, le corps qui va se constituer est l’expression du plan premier. La génétique[140] étudie ce plan à travers le décodage de l’ADN et des autres éléments de la cellule. Il n’y a donc pas à juger notre corps qui ne fait que répondre à l’injonction du plan codé dans notre première cellule. De base, notre corps ne peut pas être autrement que comme il est. Ensuite effectivement, nous pouvons en fonction d’apports, en ressources de divers types, donner à notre corps des formes s’inscrivant dans cette construction originale (plus de poids, un bonnet, une coupe de cheveux). Mais, même dans ce cas, nous ne faisons que continuer à nous auto construire et à poursuivre l’œuvre de la première cellule. Nous sommes l’expression du plan et aller contre cette expression c’est lutter contre soi-même. Le plus simple est donc de s’accepter comme on est, pour ne pas contrecarrer le déploiement du plan. Je suis conscient que certaines personnes suivent un plan autre que celui défini au départ, ce qui les place dans des situations difficiles à vivre. Mon propos ici est d’ordre logique, je ne discute pas du bienfondé ou non de modifier le plan de base de la cellule souche par des procédés comme la thérapie génique[141] ou autres.

L’être humain, expression de la première cellule, a la possibilité de poursuivre le déploiement du plan accompagnant cette cellule souche en dehors de sa duplication dans le corps. Si nous analysons l’ensemble de nos réalisations, elles sont elles aussi finalement issues de cette cellule et elles continuent à en déployer le plan. Il est possible d’observer des correspondances entre le déploiement du vivant et les différentes structures issues de notre psyché. Nous sommes face à une structuration de type fractale, déjà évoquée dans les ouvrages précédents. L’observation de la nature nous montre que le plan s’exprime de diverses manières et fait la richesse du vivant. Ce plan même s’il se diversifie à nos yeux en espèces différentes est le même à sa racine. Et, je suis ce plan, qui s’auto déploie, sous différents aspects. Croire que nous sommes uniquement le corps est une erreur, nous sommes à la base dépositaire du plan qui nous fait être et lui-même est une expression d’une version plus globale de ce même plan. Croire que nous sommes autonomes et dissociés du plan général est aussi une erreur de jugement. Pour faire comprendre ce point, je vous propose une digression.

Vous achetez un téléphone portable et vous pensez qu’il est autonome. Cela est logique, car c’est un objet que vous pouvez mettre dans votre poche, et rien ne vous empêche de le recouvrir d’une coque à vos couleurs. Cependant, si vous voulez qu’il vous soit utile, il va falloir l’alimenter en permanence avec une source d’énergie. Vous pourrez ainsi utiliser cet objet comme un simple baladeur audio pour lire des MP3. Au moment même où vous allez vouloir communiquer avec un autre téléphone portable, il va falloir que vous ajoutiez une ressource supplémentaire sous la forme d’une carte SIM, d’un opérateur à votre convenance. Cette carte SIM sera comme une carte d’identité associée à votre téléphone et elle vous permettra de communiquer votre numéro, qui n’est finalement qu’une forme de nom caractérisant votre portable. Votre téléphone sera alors en lien invisible avec l’ensemble des autres téléphones qui comme le vôtre, possède aussi une carte SIM. On pourrait croire qu’ici le téléphone est simplement connecté à un réseau d’opérateurs et que cela ne change pas grand-chose. En réalité, votre téléphone interagit avec les logiciels de l’opérateur et cette interaction implique que les codes qui tournent sur votre portable tournent maintenant dans une relation intime avec des codes qui se trouvent eux physiquement à l’extérieur. Mais, que ces codes soient dedans ou en dehors de votre téléphone n’a aucune logique fonctionnelle pour les programmes, en réalité : l’ensemble de tous les codes tournant sur tous les téléphones est en relation directe avec les codes des différents opérateurs et ils forment, tous ensemble, un code géant. S’il y a un bug dans le code d’un opérateur, c’est l’ensemble des téléphones du système qui risque d’être impacté. Vous ne tenez pas un simple téléphone portable dans votre main, mais la capacité de communiquer avec l’ensemble des abonnées du réseau mondial, soit quelques milliards de points de communications, via un plan géant qui se décompose en plan plus petit qui le compose. 

Techniquement, si un ensemble d’individus se retrouve dans un lieu gravement pollué par un poison, ils vont certainement dépérir, car justement ils ne sont pas totalement autonomes, mais reliés à leurs milieux, par le simple fait qu’ils doivent respirer.

Nous verrons dans un autre chapitre qu’il est possible de remonter avant cette première cellule. 

4.4.7.               Je suis l’extérieure

Revenons à cette histoire de bouteille, en verre vert, à moitié pleine et à moitié vide, qui nous a permis de prendre en considération une même bouteille, mais par deux points de vue différents.

Lorsque je regarde cette bouteille, je peux effectivement avoir ces deux points de vue, et d’autres, mais il y a peu de chance que je considère que la bouteille soit l’ensemble de ce qui entoure cette zone de couleur verte. C'est-à-dire que l’ensemble de l’Univers forme cette bouteille, ou au mieux je peux considérer que l’Univers est l’empreinte de cette bouteille un peu comme la trace d’un pas sur le sable. Nous retrouvons ici l’évocation d’un des chapitres du Tao Te King déjà utilisé dans d’autres ouvrages :

Trente rais se réunissent autour d’un moyeu. C’est de son vide que dépend l’usage du char.

On pétrit de la terre glaise pour faire des vases. C’est de son vide que dépend l’usage des vases.

On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison. C’est de leur vide que dépend l’usage de la maison.

C’est pourquoi l’utilité vient de l’être, l’usage nait du non-être[142].

 

Faisons le point sur l’ensemble des stimuli activant actuellement mon être et essayons de qualifier le nombre d’informations qui semblent provenir de l’extérieure, par apport à celles en provenance de l’intérieure. Si je fais le point, je peux constater que je suis en interaction avec mon environnement et que cela me permet d’appréhender ma forme. Mais cette forme qui est en contact avec mon environnement est finalement une sorte de limite entre un dedans et un dehors. Mais, ce dedans peut-il exister sans ce dehors ? Il est aisé de dire que le dehors peut exister sans ce dedans qui nous caractérise. Si je parcours quelques souvenirs, je vais certainement y trouver des scènes du passé. Mais avez-vous des souvenirs du sang qui coule dans vos veines ? De l’air, une fois arrivé dans vos poumons ? De l’endroit où va se cacher en vous la bonne odeur de purée du repas de midi ? Votre sensation du toucher mémorise-t-elle les battements de votre cœur ?

Il y a d’autres sens que les cinq sens classiques qui sont dédiés à la perception de la douleur et de différents mécanismes internes, je vous renvoie à la lecture des ouvrages précédents pour plus d’informations[143]

Même, si je me sais être un corps et que me déplaçant, je peux me voir positionner à différents endroits de l’Univers. Je peux aussi constater que par apport à l’endroit où je me trouve il y a mon corps et l’univers tout autour. Et, cet univers semble s’arrêter juste au niveau de mon corps. Il est alors facile de penser, qu’il est Évident, que je suis dissocié de l’Univers, il y a lui et moi. Mais on peut aussi faire le constat qu’à tout moment l’Univers est aussi ma véritable enveloppe. Et comme mes souvenirs concernent essentiellement l’extérieure, mon corps est comme un trou noir. Il faut faire une sorte de retournement de conscience et s’imaginer que ce corps est comme une empreinte que réalise en temps réel l’Univers à un endroit donné.

Figure 56 : creux ou bosse ?

Avec un peu plus d’imagination, je peux dire que l’univers maintient l’ensemble des empreintes, qui nous donne l’impression qu’il y a des corps et toutes ces formes. Une sorte de monde en négatif en quelque sorte…

4.4.8.               Seule une chose d’appartient

Nous avons l’impression de posséder des choses et bien souvent nous sommes alors reliés à elles, par des liens invisibles qui forment corps. La notion de propriété[144] à bien souvent dérivé d'une croyance que les choses qui nous appartiennent font partie de nous. D’ailleurs, les expressions : « ici c’est chez moi », « c’est à moi »… sont significatives de ce fait. On pourrait faire la même remarque pour les expressions « j’ai fait », « je suis », etc.

Moi je prétends que Le seul endroit qui nous appartienne vraiment c’est nous-mêmes, et que le seul endroit où tu es, c’est aussi toi-même. Il faut faire un choix : soit nous sommes potentiellement tout et alors il est possible de dire « c’est à moi » en désignant un objet. Soit, nous ne sommes que nous même et alors rien d’autre n’est à nous. La notion de propriété n’est qu’une convention. Dire par exemple : « ce sont mes parents » est ambiguë, car la logique voudrait que j’appartienne à mes parents… et dire : « ce sont mes parents », ces prétendre qu’ils sont à moi et donc qu’ils sont moi.

Nous pouvons perdre un membre durant notre vie, sans pour autant arrêter d’exister (dans le sens être vivant). Il faudrait donc définir ce que c’est que « moi » et quel est le minimum indispensable, pour que « moi » puise prétendre qu’il est « lui ». Posséder une voiture n’a jamais permis de vivre plus vieux. Avoir de beaux habits ne rend pas plus intelligent, tout du moins il me semble…

Inversement, lorsque je mange une pomme, est-elle toujours une pomme, lorsque devenant ma nourriture elle a pénétré dans mon corps, et qu’une fois intégrée, en partie, à mes cellules, elle est ainsi devenue moi.

Moi, est-il de nature physique ? Et, où moi est-il, lorsque la partie physique disparait ? Que voici de grandes questions… !

Avant de trouver une réponse au sens de la vie, il est simplement possible de constater que nous ne sommes pas nos possessions sous peine d’être possédés. 

4.4.9.               Je ne suis pas ma carte d’identité

À chaque fois que je vais faire mes courses et que je veux payer par chèque, la caissière me demande une pièce d’identité, parfois deux. J’ai beau lui dire que ce n’est pas une pièce, mais une carte, cela n’y change rien, elle veut voir ce bout de carton qui va lui dire qui je suis.

J’affirme ici bien fort qu’il est évident que je ne suis pas ce bout de carton que m’a fourni l’administration de mon pays. Ici aussi, il faudrait savoir si ce pays est à moi ou pas, puisque c’est mon pays. Il est quand même dingue de demander à un bout de carton qui je suis, alors que je suis en face d’elle et qu’elle a l’air de me voir. Le vrai moi n’arrive pas à lutter contre ce bout de carton qui visiblement est plus moi que moi. Il arrive même de devoir sortir un deuxième bout de carton qui valide alors les propos du premier, bien que nous sommes déjà deux, moi et le premier carton, à affirmer que nous sommes. Techniquement, le seul capable de dire qui il est : c’est moi, et il peut y avoir autant de cartes que l’on veut, elles pourront toujours être déclarées fausses, alors que moi ici présent : je suis en chair et en os et peut-être même en esprit. Le problème vient finalement peut-être du chèque, qui lui aussi n’est qu’un bout de papier, avec également mes coordonnées dessus. Il y a ma griffe écrite sur l’ensemble de mes possessions, mais il a l’air d’en manquer une sur le propriétaire. Finalement, ces références, ce nom que l’on m’a fournis à la naissance, ce point de départ pour compter mon âge…, sont-ils vraiment moi ?

4.4.10.           La mémoire ce n’est pas nous

L’ensemble de nos souvenirs forme une partie de notre mémoire et nous permet de nous projeter ici et maintenant comme étant ceci ou cela, ou ayant fait ceci ou cela…, et il nous est Évident que nos souvenirs sont fiables ou tout du moins, dans un premier temps, nous les remettons rarement en question.

Moi, je prétends que tout ceci est un miroir aux alouettes et que nos souvenirs sont bien souvent un amalgame de chose en rapport avec le besoin du moment. Et, qu’en fonction des besoins et des éléments extérieurs, ils peuvent évoluer tout en continuant d’êtres des souvenirs. Alors qu’un souvenir ne devrait pas avoir plusieurs facettes, parfois contradictoires. Si un souvenir a plusieurs facettes possibles, c’est qu’il y a plusieurs points de vue pour ce souvenir, ce qui n’est logiquement pas possible si nous sommes seuls à le remémorer. Par contre, il est possible lorsque l’on partage un souvenir avec des individus qui étaient présents à l’époque du souvenir de réaliser des opérations d’ajustements très surprenantes. Dans les ouvrages précédents, j’ai remémoré un souvenir de souvenirs partagé entre plusieurs collègues. Je reproduis ici cette anecdote qui permet de nourrir ce chapitre :

Il y a quelque temps, j’étais avec des collègues, installé à une table de restaurant et nous dissertions sur des sujets divers. Lors du repas, nous avons évoqué le film Mémentos[145] où l’action traite de la mémoire à court terme. Le personnage principal du film à une profondeur mémorielle de moins d’une minute, ce qui l’oblige à mettre en place différentes stratégies pour vivre au quotidien. Quelques jours plus tard, un collègue qui se trouvait à cette table m’a prêté le DVD du film. Par manque de temps, j’ai regardé le film un mois plus tard. Lorsque j’ai rendu le DVD à mon collègue en lui faisant un commentaire sur le film, nous sommes retournés manger ensemble au même endroit et avons discuté du scénario. J’ai prétendu alors que nous étions tous des Mémentos en puissance. Et, pour essayer de prouver mes dires, j’ai proposé à mon collègue de retrouver à quelle date et dans quelle circonstance ce film m’avait été prêté. Mon collègue a joué le jeu et, une fois de retour à notre bureau, nous avons noté séparément sur un papier ce qui nous semblait être la réalité. Lorsque nous avons confronté nos documents, qui pour chacun semblaient contenir une information cohérente, Nous avons vu qu’à quelques détails près, nous n’étions pas d’accord. Un des plus gros désaccords pour moi était que mon collègue avait pris ma place à la table du restaurant ! Les noms des autres collègues présents à la table avec nous n’étaient pas les mêmes. Les seuls points d’accord étaient le nombre de participants et l’endroit : nous étions quatre dans une pizzeria. Après une discussion animée, nous avons réussi à retrouver les noms des convives. Nous avons trouvé une sorte de consensus et de nouveau nos souvenirs nous semblaient cohérents. Un des collègues que nous avions retrouvé mentalement était présent à son bureau, et nous lui avons demandé de faire le même travail que nous. Malgré sa bonne volonté, il ne se souvenait pas de ce repas ? Nous avons apostrophé un autre collègue, qui lui aussi était logiquement là ce jour-là, et nous lui avons demandé de faire le même exercice. Il avait un souvenir qu’il disait précis de ce repas pour différente raison. Pour lui, nous étions six, et les places occupées étaient différentes. Avec ces nouvelles informations, nous avons réorganisé notre mémoire et de nouveau cela nous a semblé cohérent. D’autres détails revenaient maintenant dans notre champ de conscience et le souvenir semblait correct à la plupart d’entre nous. Par contre, notre premier collègue ne se souvenait toujours pas de ce repas. Un autre collègue, attiré par notre discussion, est venu nous voir, et à notre grand étonnement il nous a dit qu’il était lui aussi à la table avec nous. Il était en face de moi ! De nouveau, ma mémoire s’est réorganisée et tout est redevenu cohérent une nouvelle fois. De plus effectivement, notre collègue en manque de souvenir avait raison : il n’était pas là ce jour-là !

Le point le plus étonnant dans cette anecdote c’est qu’à chaque nouvelle information crédible le souvenir s’est reformé pour paraitre plus précis. J’ai reconstruit, à plusieurs reprise et dans un laps de temps très court un souvenir qui n’avait au départ de véridique que quelques éléments. Je pense qu’il vous est certainement arrivé des anecdotes du même type, où un intervenant extérieur précise une information qui vous fait vous rappeler avec plus de détail un événement. La question est alors de savoir si tout ceci est bien réel. Actuellement, les différentes études sur la mémoire montrent que tous nos souvenirs sont en réalité reconstruits en fonction des besoins du moment[146].

Alors nous sommes devant une sorte de paradoxe où notre mémoire est le garant de notre individualité, car d’une certaine manière c’est nous via notre histoire. Mais en même temps : cette mémoire n’est pas forcément très fiable et ces souvenirs ne sont pas exactement nous. Il m’est arrivé de discuter avec un collègue qui se racontait en utilisant des souvenirs personnels que je lui avais fournis quelques années auparavant, alors qu’il était certain que c’était lui. Il avait fait ceci et cela, à telle et telle époque, alors que je savais pertinemment que c’était moi qui les avais faits. Ce collègue avait effectivement des problèmes de mémoire connus de nous tous, mais si cela n’avait pas été le cas…

 

Je ne suis pas sûr que la mémoire au sens de souvenir, qu’elle soit cellulaire ou de toute autre nature, corresponde à l’Information qui compose la Création. La mémoire telle qu’elle se présente n’est que le réservoir de nos incarnations, de nos réflexions, des images colorées perçu, c’est le lieu où est fixée à un moment donné l’Information par un filtrage particulier. Une mémoire, c’est avant tout une simple boite, qui contient une expression de l’Information qui y a été fixée, on y a fait un dépôt. Le format du dépôt n’est pas connu et il reste un mystère, mais le dépôt a été qualifié et entreposé là, c’est une copie. En informatique, on peut acheter des barrettes mémoires de plus ou moins grandes tailles, qui sont en réalités jaugées en fonction du nombre de boites de rangement disponible (1 Giga, 8 Gigas…). Tous les PC contiennent des boites de ce type, mais aucune ne raconte la même histoire, même si finalement elles sont très semblables et tournent dans le cadre de la fenêtre d’un Windows[147], d’un MAC ou d’un Linux.

 

La mémoire cellulaire ou autre, qui est remémoré sous la forme de souvenir, par divers procédés, n’est qu’une réitération, qui elle-même n’était déjà qu’une copie de l’Information. Cette réitération n’est pas forcement en Justesse avec l’Information Originale, et elle peut même en être très éloignée en fonction du filtre invocatoire qui va lui permettre de se réincarner (l’hologramme).

 

La Mémoire est le résultat du stockage[148] de ces réactions continuelles que nous entretenons vis-à-vis de notre environnement, c’est l’ensemble des dépôts réalisés dans ces boites à souvenirs qui nous permettent d’imager ce monde qui habite notre esprit. Lorsque j’invoque un souvenir ou qu’il remonte à ma conscience, il est en réalité reconstruit de toutes pièces en fonction de la situation. Il y a fort à parier que ma mémoire ne contient pas ce que je vois en moi (le souvenir) à ce moment-là, et que cette nouvelle incarnation supposée du passé soit une simple construction ou reconstruction réalisée pour l’occasion. J’ai pu expérimenter à maintes reprises cette logique de reconstruction de mes souvenirs. Tout comme le rêve se construit et change instantanément son contenu, pour réajuster le tir lorsqu’il est mis en faute par un sursaut de conscience. Tous comme ce collègue qui se racontait à travers moi : il s’attribuait, avec forts détails, des événements auxquels il n’avait pas participé, et il se racontait en utilisant des bribes d’informations qu’il avait dû collecter à mon contact à l’époque des faits. Un très bon film Memento[149] illustre certains aspects de cette mémoire de type contenus.

 

Tout ceci a comme substrat notre capacité à rêver… et la conscience, les souvenirs… sont faits du même matériau que les rêves, la Maya.

 

L’Information dont je parle n’est pas la trace mémorielle, collectée par chacun dans sa boite noire, et reproduit sous la forme d’un rêve, conscient (conscience directe) ou inconscient (rêve), ou encore mental (rêvasserie), mais la Source, l’Original, qui est venue se dupliquer de diverses manières en nous. L’Information doit exister à un moment donné sous sa forme directe pour pouvoir être mémorisée (cette affirmation est peut-être fausse, car elle est issue de la logique, et la logique n'est pas la vérité qui elle-même n’existe peut-être pas).

 

D’où la question : Où est vraiment l’Information ? Nous essayerons de réponse à cette question plus précisément dans un autre chapitre.

4.4.11.           Le silence n’est pas à chercher au-dehors

Il semble évident pour tout le monde que le silence provient de l’arrêt des bruits qui nous entoure et qu’il est donc à chercher à l’extérieure par l’intermédiaire d’un lieu calme. Effectivement, La plupart de nos capteurs standards sont tournés vers l’extérieure et rompent le Silence par leurs stimuli. Les sons qui nous entourent sont captés par nos oreilles en permanence, et il n’est pas possible de manière standard de se boucher les oreilles comme on ferme les yeux.

Moi, je prétends qu’il est évident que l’endroit le plus calme est à l’intérieur de nous-mêmes. S’isoler pour trouver le calme c’est réduire le nombre des stimuli en prévenance dû dehors. C’est couper les liens qui attachent, c’est donc se centrer de plus en plus sur soi-même et se tourner vers l’intérieur.

Le seul lieu où peut régner le silence c’est en toi.

4.4.12.           Jean qui rit, Jean qui pleure

 

Lorsque nous regardons quelqu’un, il nous semble Évident qu’il est dans tel ou tel état d’esprit. Cela est dû au fait que les expressions signifiantes du visage humain répondent à des canons Universelle. C’est que nous appelons les communications non verbales[150], ou encore le langage du corps.

L’évidence que nous impose le langage Universel des émotions[151] peut être facilement travestie. Et c’est le principal travail du comédien qui, exploitant ces canons universels, ces schémas corporels, va donner corps à son personnage.  

Il n’y a rien de moins évident que la reconnaissance exacte des sentiments humains et de tout temps des crises relationnelles ont éclaté à la suite d’Évidences qui n’en était pas.

Nous sommes ici dans une problématique de fond et de forme, où le fond est une sorte de grille de décodage universelle qui peut parfois nous tromper.

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Figure 57 : Le chat[152]

4.4.13.           Tu n’es pas l’image dans le miroir

Il nous semble évident que lorsque nous nous regardons dans un miroir que ce personnage en face de nous c’est nous-mêmes. Nous nous coiffons, nous mettons de la crème, nous l’admirons, etc.

Pourtant dans le miroir il n’y a qu’une simple image, et cette image n’est pas ce que nous sommes. La lampe torche essaie de s’éclairer, alors que son flux lumineux est dirigé vers cet infini devant elle.

« Tu n’es pas ce que tu vois, alors pourquoi te regardes-tu dans le miroir, pour savoir qui tu es ?

L’image n’est pas la source, et nourrir l’image ne te nourrit pas, mais t’affame de plus en plus.

Décorer la source, pour qu'elle ressemble à une image, c’est faire disparaitre la source, la recouvrir d’immondices, la polluer, s’éloigner de la vie. [153]»

4.4.14.           Toujours seul

Il nous semble évident que nous pouvons faire plusieurs choses en même temps, et effectivement : en même temps que je tape sur mon clavier, je regarde mes doigts qui enfoncent les touches, et ce texte résonne dans mon esprit.

 

Pourtant, certaines activités ne peuvent pas être réalisées en même temps que d’autres et cela peut être surprenant de s’en rendre compte, car nous n’y prêtons pas attention.

 

Par exemple :

 

Lorsque vous parlez, il ne vous est pas possible de dire autre chose en même temps.

Lorsque vous rêvez, vous ne vivez pas deux rêves à la fois.

Lorsque vous pensez, il n’y a en général qu’une pensée qui s’exprime.

Lorsque vous regardez un vase, vous ne regardez pas autre chose[154].

Si votre main gauche est dans votre poche gauche, elle n’est pas dans la poche droite.

 

Bien sûr, il est possible de trouver des astuces, pour essayer de contourner ceci comme avoir une poche ventrale avec une ouverture à droite et à gauche.

 

Plus sérieusement, le mode mono tâche de certaines de nos pratiques, de certains de nos processus cognitifs[155], et les évidences (parfois fausses !) que les propriétés de ces tâches déploient en nous ont été exploités par les magiciens et illusionnistes[156] de toute catégorie. Une méthode simple, le détournement d’attention, consistera à vous faire focaliser sur un point particulier, et de réaliser dans le même temps une opération en dehors de votre champ de focalisation. L’illusionniste va capter votre attention, il va déployer un processus enveloppant, alors que parallèlement il va réaliser la partie secrète du tour en dehors de votre conscience. 

 

Il est tout à fait possible de dire plusieurs choses en même temps en utilisant une forme discrète de multiplexage et cette technique est utilisée en hypnose pour franchir la barrière critique d’un sujet. Le procédé consiste à enchâsser dans une même phrase une ou plusieurs sous-phrases cachées, qui vont contenir une induction à destination de la partie inconsciente du sujet. Que l’on croie ou pas à l’existence de l’inconscient et à sa capacité de dialogue avec le conscient, il est loisible de constater que cette technique d’induction fonctionne. C’est la technique des ordres enchâssés attribuée à Milton Erickson[157]. Cette technique consiste à appliquer à certaines parties d’un discours un changement de timbre de voix. Ce changement sera perçu par le système cognitif, mais non remonté à la conscience, qui elle, écoute le dialogue comme quelque chose de linéaire, du fait de l’évidence qui nous habite concernant l’intégrité de la phrase entendue. Le discours se fera alors à plusieurs niveaux, simplement isolés par des changements de timbres caractéristiques. Le même mécanisme est parfois employé avec l’usage des caractères gras ou italiques, pour faire ressortir certaines portions d’un texte.

« Et vous pouvez vous demander s’il est utile d’être bien assise sur cette chaise pour aller en transe. Et alors que vous sentez certainement le contact de votre corps avec cette chaise, et que vous entendez de plus en plus clairement le son calme de ma voix, et votre respiration se transforme et devient de plus en plus régulière, de plus en plus calme et profonde… »

Cette technique est très semblable à des systèmes de codages qui ont été utilisés pour véhiculer des messages secrets noyés dans des textes banalisés par le remplissage. Un algorithme, connu des deux parties, permet alors de coder et décoder le message, c’est le niveau « code » de la cryptographie[158]. Seulement ici, le décodeur c’est votre inconscient et il comprend très bien le mécanisme, car automatiquement il va dissocier les deux timbres de voix, comme étant émis par deux interlocuteurs. Seulement, voilà, vous êtes tout seul en face du sujet, alors si le premier message complet est analyser et soumit à la discrimination du conscient du sujet, le deuxième message, encapsuler par le deuxième timbre de voix, lui est comme une sorte de pensée muette interne au sujet, directement assimilé par son inconscient. Cette pratique demande un bon entrainement et bien souvent des scripts préparés à l’avance, le timbre de voix à destination de l’inconscient du sujet doit être lui aussi travaillé, pour générer de manière subtile une dissociation efficace[159].

4.4.15.           Rien, existe bel et bien

Il semble Évident, pour tout le monde, que rien[160], ce n’est rien, et que : finalement, cela n’existe pas.

 

Nous sommes ici devant une sorte de paradoxe, où, pour pouvoir isoler le rien, nous sommes obligées de créer une étiquette nommée « rien ». Seulement, voilà, dans la majorité des cas une étiquette indique quelque chose. Ici, cette étiquette ne peut pas être accrochée à la chose qu’elle code et pourtant elle est bien placée là où il n’y a rien. Ce « rien » qui n’existe pas, en plus d’avoir un nom, possède donc aussi un lieu de résidence où nous sommes capables de confirmer qu’il est bien présent. Ce « rien » peut être présent dans un lieu, il possède donc aussi une localisation qui le personnifie. Nous sommes ici à la limite de cohérence du système du langage et des aberrations peuvent apparaitre. Malheureusement, ces aberrations sont aussi des failles dans notre logique de raisonnement. On peut en dire autant du mot « tout » qui, utilisé dans certaines situations, n’est pas précis dû « tout », car où se trouve exactement « tout[161] », par apport à moi ? Et le néant[162], qui est une sorte de rien, mais que personne n’a jamais vu ? Rien, ne peu apparaitre qu'à partir du moment où il est encapsulé par autres choses. Par exemple, je peux dire : « il n’y a rien sur cette étagère », et le faire confirmer par un témoin ou même prendre une photo.

 

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Figure 58 : Rien, dans toute sa splendeur ![163]

Rien, à l’image du Tao, évoqué au chapitre « Je suis l’extérieure(4.4.7) », n’apparait que lorsqu’il est mis en scène par un décor[164] qui l’encapsule. Un décor, c’est le lieu où se déroule une action, dans notre cas, il ne se passe rien, c'est-à-dire que « rien », est aussi capable d’action et que cette action le caractérise aux yeux de celui qui le nome et le décrit. Il est, bien sûr, possible de filmer « rien » en action. Ici, « rien », peut s’adapter à tout type de décor, il est même omniprésent, avant, pendant, après, les actions que pourraient jouer les différents acteurs présents dans ce décor. Chose rare : « rien », est la seule chose pouvant se trouver au même emplacement qu’une autre forme. Rien, accueille en son sein qui veut y venir, sans aucune restriction. Si l’on compare, c’est deux phrases :

 

·         Je ne veux rien.

·         Je veux quelque chose.

 

Elles semblent opposées, mais dans les deux cas elles expriment un désir. Ne rien vouloir est un désir, au même titre que vouloir ceci ou cela. Rien, a une particularité intéressante qui le caractérise, c’est la seule chose que nous pouvons tous posséder, sans restriction. De nombreux ascètes dépensent énormément de temps et d’énergie, pour arriver à ce « rien[165] où enfin ils pourront être en harmonie avec tout.

« Je suis resté muet, dans le silence ; Je me suis tu, quoique malheureux ; Et ma douleur n'était pas moins vive. Mon cœur brûlait au dedans de moi, Un feu intérieur me consumait, Et la parole est venue sur ma langue. » (Psaume 39, versets 2 et 3[166]).

 

Essayez de ne penser à rien (pas de pensées verbales parasites) et dites-moi combien de temps vous tenez le silence… Cela est possible, car il n’y a bien « rien » qui est présent entre les mots, il suffit d’augmenter cette période, pour voir apparaitre davantage de « rien » (eh oui, on peut aussi avoir une quantité de rien). Je ne prétends pas que : « rien » est le silence[167], le silence est du « rien » de type vibratoire, même si dans ce cas il n’y a pas de vibration. En fait, chacun de nos sens possède une expression pour désigner le rien, car il peut être détecté par l’ensemble de notre système cognitif. Le noir (vision), le silence (audition), le « je ne sens rien (odora – goût – toucher - …) ». Le rien est comme une sorte de lumière qui permet aux choses d’apparaitre. On voit sa présence qui s’efface, pour laisser sa place à une forme, un bruit, une sensation… et qui réapparait automatiquement lorsque la forme n’est plus. Le rien finalement, est présent partout, pour que l’Univers matériel puisse apparaitre.

 

« La forme est vide. La vacuité est la forme. La vacuité n'est pas autre que la forme et la forme n'est pas autre que la vacuité. De même, la sensation, l'identification, les facteurs composés et la conscience sont-ils vides.[168] »

4.4.16.           Un bol d’air

Il y a une chose vraiment évidente : il y a de l’air en permanence autour de nous.

 

Pourtant, cet air est translucide et se fait parfois très discret. Nous en oublions presque que le vent[169] qui vient frapper notre visage et défait nos cheveux est aussi l’air qui nous entoure. Il existe des expressions comme : « ça manque d’air ici », « tu me pompes l’air », « de quoi j’ai l’air »… « Va prendre l’air »… Des expressions qui laissent supposer que l’air n’est présent que dans certaines circonstances. Lorsque nous pouvons admirer les folles arabesques que font les blés dans les champs, nous allons dire qu’ils bougent…

 

En bord de mer, la vague déferle sur le rivage…

Le roseau se plie, mais ne rompt pas…

 

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Figure 59 : Une manche à air[170]

En réalité, c’est simplement l’air et de complexes réchauffements, liés à de multiples paramètres qui réalisent toutes ces actions et pas la forme qui se donne à voir. S’il n’y avait pas de vent, le monde qui nous entoure serait très statique, la croissance des plantes étant généralement inférieure à notre patience de les observer, elles nous sembleraient totalement figées, comme les plantes d’appartement. Lorsque nous disons que quelque chose est vide, nous en oublions cet air qui inévitablement se trouve là. Dire qu’il n’y a rien ici, et que cela puisse être vu n’a de sens que dans l’espace où, à priori, le vide d’air est presque total.

4.4.17.           Il n’y a personne ici

Il nous semble bien que nous existions[171], c’est une sorte d’évidence et tous les éléments de notre décor sont là pour nous le prouver, encore et encore. Nous pouvons présenter nos papiers d’identité, des photos de nos exploits, peut-être même des films de vacances qui montreront, sans aucun doute, que c’est nous qui avons fait ceci ou cela. Pour certaines occasions, nous aurons même entre nos mains des diplômes qui prouvent que nous avons obtenu le droit d’accéder aux marches du podium. Cet ouvrage me survivra peut-être et laissera une trace de mon passage…

Je suis une sorte de livre qui contient la trace de mon cheminement et de mes actions sous la forme de souvenir plus ou moins vivace. Mes réalisations, qui résisteront à l’usure du temps, pourront témoigner en mon nom. Nous pouvons encore admirer les travaux de Michel Anges ou de Léonard de Vinci, ou bien lire les écrits de Victor Hugo, ils sont pourtant définitivement plus là.

Simplement, tout ceci n’est pas moi, mais la trace de mes réalisations. Je ne suis pas l’image dans la glace, mais la source du reflet. Je ne peux pas prétendre que ce document soit composé exclusivement de caractère symbolique et d’un langage de mon invention. Pour m’exprimer, j’emploie ici un fond qui nous est commun, simplement pour que vous puissiez au moins me lire à défaut de me comprendre. Beaucoup d’exemples contenus dans ce livre ne m’appartiennent pas et son juste des rappels de choses déjà découvertes par d’autres glanées çà et là. Pour les choses, qui, ici, pourraient être de mon cru, elles sont pour la plupart de simples constatations liées à mon chemin de vie qui aurait pu être tout autre. En fait, j’ai associé un ensemble d’éléments autour d’un centre virtuel, pour en faire une sorte de conglomérat qui prend le nom de « moi j’ai fait ». Oui, j’ai fait ceci, ou bien cela… ou même encore cette chose, mais je ne suis pas ces réalisations, je suis leurs auteurs.

Voici une anecdote datant de l’époque où j’assurais l’entretien d’équipements informatiques. Régulièrement, des utilisateurs venaient nous voir dans le service pour des problèmes liés à l’usage de leurs équipements. Systématiquement, le matériel en panne ou incriminé devenait le PC d’untel ou l’imprimante de… Et, bien souvent, le pauvre utilisateur prenait à sa charge le problème. Il assumait la proposition le liant à son matériel qui était à l’origine du problème, et il s’excusait qu’il soit en panne, comme si cela était de sa faute. Lorsque vous utilisez un distributeur automatique de boissons dans une gare, vous n’avez pas de considération pour l’histoire de cet équipement. Pourtant, il a donné à boire à de grands noms du cinéma, et sa dernière révision s’est bien passée. De même, la caissière de cette grande surface qui passe sous le lecteur de code à barres votre sachet de Chips a été Mis Monde, mais cela ne vous concerne pas.

Nos souvenirs, qui forment l’Histoire de notre moi, ne sont que des captures d’informations qui nous entourent, et auxquelles nous donnons vie par des actions ou des pensées, en réponses, dans l’instant présent, à ce qui se présente à nous. Il est possible de se projeter dans le futur et de se dire : je ferais ceci ou cela, et effectivement, lorsqu’arrive ce moment nous réalisons ce qui avait été projeté. Mais si vous êtes attentif, ce que vous faites réellement à ce moment-là est différent de vos projections, une multitude de petits ou gros détails diffèrent de votre projection qui bien souvent était grossière. Je ne nie pas notre histoire, mais justement c’est une histoire et une personne n’est pas une histoire, mais un être de chair et de sang. Nous avons mis en place des règles qui tiennent compte de cette histoire, pour assurer une logique de vie en communauté. Notre nom, premier marqueur de cette histoire, notre profil psychologique, nos habitudes, nos capacités, validées par tel ou tel diplôme, le respect de règles, de lois, de principes moraux, etc. Personnellement, je suis assez content de mon chemin de vie, je n’ai pas eu de gros problème, et tout va bien. J’ai une famille, un parcours professionnel satisfaisant, des hobbys qui m'occupent, une certaine vision de la vie qui me la rend très agréable. Mais, tout ceci ne fait pas un être de chair et de sang, c’est juste des souvenirs qui me permettent d’appréhender ce qui se passe ici et maintenant au mieux de mes intérêts du moment.

« Il y a quelques années, je m’éditais dans ma chambre, et j’étais centré sur moi dans une sorte de silence intérieur, mais il y avait quelque chose qui me bloquait, comme un besoin de créer quelque chose, ou bien quelque chose qui était là, mais qui ne se stabilisait pas. Il y avait par moment des perceptions du corps, des projections dans des sortes de corps différents du mien (par la pensée et le ressentie, pas pour de vrai). Enfin bref, tout cela n'était pas stable, alors que j’étais bien calme et centré. J’ai eu comme une compréhension que ce corps qui se cherchait c’était moi, mais finalement, un moi qui n’étais pas vraiment là. Une sorte de moi virtuel que j’essayais de casser, de faire aller, d'être en correspondance avec le flux des ressentis de la méditation. Une sorte de travail d’intégration des ressentis physique, du centrage, dans quelque chose qui finalement devait être moi. Ce moi avait quelque chose de virtuel, de pas stable…

Là, soudainement, je me suis rendu compte que Ludovic n’était qu’un concept que j’essayais, en ce moment, de faire exister à travers les ressenties de cette méditation, et ce travail d’intégration de Ludovic perturbait le calme de la méditation. Par transcendance, ou bien un autre processus, je ne sais pas trop, il m’est apparu que finalement ce Ludovic n’était qu’un concept, qui venait en superposition de ce que j’étais simplement en train de vivre. Cette superposition parasite m’empêchant d’être bien centré. Un truc virtuel, créé de toutes pièces par moi-même, pour faire une sorte de synthèse des événements vécus, dans une sorte de récipient qui s’appelle Ludovic. En réalité, il n'y avait rien de vraiment concret, parce que j’étais détaché, mais cela me perturbait, étant donné que je ne trouvais pas la vraie forme du récipient Ludovic qui pouvait correspondre aux stimuli perçus.

J’avais déjà conceptualisé par le passé le fait que Ludovic était un assemblage de souvenirs, mais là j’étais dans du concret, du vivant, et ça n’avait pas la même intensité. En même temps, j’ai vu l’ampleur du problème que posait ce moi virtuel, cette boite avec une étiquette dessus. En fait, j’ai pris conscience que je passais mon temps et mon énergie à entretenir ce moi virtuel, pour lui donner l’apparence d’un truc qui existerait concrètement. En réalité, il n’y a personne ici, juste une image, une identité, un concept, une idée, que j’essaie en permanence de stabiliser, de rendre concrète, enfin qu'elle soit viable pour moi-même. Un processus inconscient, complètement intégré depuis très longtemps, une sorte de routine. Une sorte d’ombre du corps, qui lui accueil simplement ce qui arrive, une ombre qui a son avis sur l’information reçue. Une ombre que je me fais croire réelle, que je me fais croire existante. Le problème c’est que cela n’existe pas et que j’ai toutes les peines du monde à continuer à me faire croire cela. J’ai cru à une époque que Ludovic existait, parce que j’ai un corps, un mental et que l’on m’a dit que je m’appelais Ludovic, etc., mais en fait ce n’est qu’un concept, une étiquette, pour que l’on puisse m’appeler, m’interpeler, et moi j’essaie de maintenir ce truc en vie. Mais cela ne peut pas être vivant, parce que ce n’est qu’une image fabriquée avec les bribes de ma mémoire, et divers événements vécus ou appris. On finit par croire que nous sommes ce personnage virtuel, cette image, cette étiquette, mais tout ceci ne peut pas être vivant, réel. Alors, s’identifiant à quelque chose n’existant pas vraiment on a du mal à se trouver. On essaie de se rapprocher des modèles que nous livre la tradition sur un plateau, mais en permanence la vie les détruits, car nous ne pouvons être ces modèles, qui eux aussi ne sont que des images. Nous sommes obligés de faire des contorsions mentales, pour continuer à nous faire croire que ce personnage existe. Ce personnage virtuel vient s’intercaler entre la vie et nous. Nous, n’étant simplement que notre ressentie physique, le réel, les choses qui arrivent. Il se passe des choses, et mon mental essaie en permanence de juger ces choses en fonction de l’image intérieure que j’ai construite. J’essaie en permanence d’exister à travers cette image que j’ai de moi, une image construite de bric et de broc, alors qu’il est si simple de vivre ce qui arrive, ici et maintenant.[172] »

Nous essayons en permanence d’être en cohérence avec notre histoire et dans notre histoire il y a un personnage central, Moi, et un profil qui lui est associé, Ego. Cette structure est très souple et peut être appliquée à une grande variété de situations. Des situations qui deviendront de nouveaux modèles, pour cette structure, une fois qu’elles auront été qualifiées comme dû nous. Il suffit d’observer une conversation entre amis, pour constater que seuls les éléments de la conversation correspondants à dû « nous » seront entretenus. Et si, lors de cette conversation, l’occasion vous est donnée de raconter un souvenir, vous permettant de faire apparaitre cette structure ou de la renforcer, alors vous prendrez la parole, pour réaffirmer votre structure. Il est même possible que si un souvenir remonte en vous à ce moment-là, il vous presse à prendre la parole et vienne perturber votre écoute, ou même le temps de parole de votre interlocuteur. Vous n’êtes plus alors dans un dialogue, mais vous vous racontez que vous existez à travers votre histoire de vie que vous trahissez certainement, afin de faire briller cette structure virtuelle à vos yeux et à ceux de votre partenaire. Des personnes maintiennent même en vie plusieurs structures, qu’elles rendent spécifiques à leurs interlocuteurs. Il y a alors plusieurs Mois qui cohabitent et qui s’expriment en fonction des situations et des rencontres du moment. Maintenir les incohérences résultantes de la rencontre d’un moment présent à gérer et d’une structure virtuelle, qui n’y est pas forcement adapté, est une sorte de folie. Il est aberrant d’utiliser une fourchette pour déguster sa soupe.

 

Nos souvenirs ne sont que les traces mémorielles des événements que nous avons traversés. Ils sont très importants, car ils nous permettent de posséder des informations sur les choses et de pouvoir interagir de plus en plus justement lors de nouvelles situations. Ils nous permettent aussi de communiquer de l’information passée. Venir colorer ces informations avec une structure virtuelle, c’est comme mettre de l’eau dans le vin. Une blessure sur le corps physique va guérir et laissera peut-être une cicatrice, une blessure virtuelle, sur ce corps virtuel, que représente cette structure ne peut pas guérir d’elle-même. Il va falloir bricoler la structure pour qu’elle retrouve une certaine stabilité. Lorsque je jette un caillou en l'air, une fois qu'il arrive au sol l'action est terminée. Mais, cette structure virtuelle, elle, est maintenue active, et elle peut subir des préjudices. Comment maintenir en état une structure qui se veut homogène, alors que ce qui véhicule cette structure passe son temps à vieillir et à faire face à de nouvelles situations. Une bibliothèque est juste le lieu où est entreposé un savoir, elle n’a pas vocation à exister en tant que savoir, et les ouvrages qui y sont entreposés ne forme pas un tout interactif.  Pourtant, lorsque les pièces d’une voiture sont correctement assemblées, les unes avec les autres, alors, le véhicule peut être utilisé pour une fonction d’un ordre supérieur à ses parties. Tout ceci est donc simplement à méditer, pour essayer de reconnaitre qui nous sommes vraiment.

4.5.   Processus

Les chapitres qui vont suivre exposent certains mécanismes que nous utilisons de façon automatique et donc Évidente, pour appréhender notre environnement au quotidien. Ces processus s’imposent bien souvent à nous pour différentes raisons, liées principalement à nos habitudes de vies. Lorsque ces habitudes, qui peuvent être apprise lors de notre éducation ou par logique sont en places, elles fournissent à notre système un ensemble d’automatismes qui sont rarement remis en question et deviennent des Évidences de traitements. L’instinct, les reflets, les automatismes forment une sorte de structure interne invisible qui accompagne la plupart de nos actions. Ces automatismes libèrent le mental et notre système analytique, qui n’a plus qu'à traiter les cas particuliers de notre vie de tous les jours et les choses se réalise alors en tâche de fond, sans intervention particulière. 

4.5.1.               Déploiement du point

Un point situé en A se déplace et trace un segment en allant vers un point B. Le point B était déjà contenu dans A, il n’en est qu’une copie. Cette trace, du segment parcouru, reste active par l’intermédiaire de l’Encre qui se dépose sur le support et qui Ancre le tracé, c’est d’une certaine manière la forme mémorielle de l’action du tracé, c’est l’histoire du point A. Le point A nous apparait passif, figé, alors que le point B lui est en mouvement durant le temps du tracé. Le point A est la source d’où s’écoule le point B, qui n’est que le point A en transit, même si le tracé parait figé, il contient en son sein l’énergie qui propulse A vers B qui n’est que le point A en mouvement. La question est de savoir si : A va vers B, ou si : A va où il va, ou encore si : A a un objectif, comme être en B, ou encore si : B attire A à lui. Ou encore, si  A ou B existe vraiment, car ils ne sont qu’une focalisation de C l’entendu invisible, qui elle est invisible dans le tracé, à l’image d’une photo où le photographe est toujours présent, mais invisible. Ce qui caractérise le photographe dans une photo, c’est l’ensemble du décor visible qui le situe très précisément, même s’il n’apparait pas sur la photo, il est une sorte de présupposé suintant du décor.

 

 

Le point A et le point B ne sont que des repères placés sur une étendu invisible, et ils ne sont là que pour nommer l’emplacement de ce point à deux moments donnés de l’histoire. En aucun cas, le point ne s’appelle A ou B et il y aurait grand dommage que de le différencier, le dissocier. En fait, la totalité de l’étendue invisible peut accueillir le point, et d’une certaine manière elle est elle-même le point. D’ailleurs, les points A ou B ne sont que l’histoire de C qui leur donne vie. Le point A est plutôt une activité particulière de l’étendue invisible C, qui se fait connaitre à elle-même. Le segment AB est la trace mémorielle de cette activité particulière de l’étendue invisible C. L’étendue invisible C, c’est ce qui Regarde et participe au tracé du point. Le point est directement issu de ce regard de l’étendue sur elle-même. Le point n’est qu’une focalisation, une matérialisation a un moment donné de cette étendue invisible, qui seule possède la capacité de produire cette focalisation, et lui fait prendre conscience du point encore indifférencié quelques instants auparavant. Aller de A vers B, pour C, c’est déployer une histoire, donner du sens à l’évolution, assurer la croissance de A. D’ailleurs si : aller de A vers B, c’est déployer une histoire, alors pourquoi ne pas rester en A et ne rien déployer du tout ? Il resterait alors simplement C, contemplant A, un A figé qui figerait peut-être aussi C, le temps tel que nous le concevons s’arrête alors. Et pourquoi conserver A et ne pas simplement contempler B ? Il resterait alors simplement C, contemplant B, un B mouvant qui par cette contemplation entrainerait aussi C, le temps tel que nous le concevons s’arrête alors, mais resterais le mouvement de B se déroulant dans un éternel présent. Si C décide d’aller de A vers B et qu’il y a va par étapes en collectionnant chacune des positions intermédiaires de B, il va mémoriser l’ensemble et générer du temps. Le temps, pour aller de A vers B sera alors en rapport avec le nombre d’étapes mémorielles. Mais, à quoi sont indexées ces étapes mémorielles et où sont-elles passées ? Et, regardant le tracé du segment AB, comment savoir le nombre d’étapes qui ont été nécessaires pour réaliser ce tracé, cette histoire ? Il faut que C créer une référence, pour pouvoir se raconter, mais cette histoire s’appuie sur quelque chose du même ordre que ce segment AB et au final ne précise rien d’autre qu’un rapport, une chose relative, et donc n’existe pas en dehors de ce rapport. Mais C lui : n’a pas besoin de ce rapport, il n’existe qu’au point de vue du segment AB. Il est bien pratique pour l’humain d’avoir le mouvement des astres pour lui servir de référence. Mais, ce mouvement n’est rien d’autre qu’un autre segment AB de type cyclique qui n’est finalement rien d’autre qu’une histoire produite, elle aussi par C et qui est saisie par AB qui vient en parasiter une autre. L’humain compte les jours et les nuits et en déduit des choses, comme si l’histoire AB du Soleil, qu’il imagine alors, avait un sens pour lui : j’ai 12 ans, alors je dois faire ceci ou cela ? L’histoire AB de notre vie n’est pas l’histoire AB du Soleil. Lorsque je suis en mouvement de A vers B, et donc que AB existe, tout l’univers (C) est en même temps en mouvement de A vers B, nulle part il y a un A qui reste à la traine, mais uniquement un B à l’unisson. D’ailleurs, je ne suis pas en mouvement de : A vers B, mais C produit un mouvement de : A vers B, pour l’ensemble de lui-même, car s’il s’active, il s’active globalement et il n’y a rien en dehors de C, l’étendu invisible, je suis le mouvement, une portion de C, même si cette portion possède une autonomie relative. L’ensemble que nous pouvons saisir avec l'image du segment AB est comme une énorme horloge avec des engrenages interdépendants, et la plus petite des roues peut y faire tourner l’ensemble, tout comme elle est mue par toutes les autres. Tous mouvements de : A vers B, n’est alors qu’une expression du segment AB général que C entretient. Le point C, qui n’en est pas un, est alors au moins le segment AB global pour l’ensemble des segments AB, et chacun des segments AB fractionnés, en fonction de ces caractéristiques, appréhende AB comme tout autre que lui et est donc lui aussi dans un rapport relatif.

Il serait une erreur de penser que le segment AB s’inscrive forcement sur une surface plane, ou à travers un espace, et qu’il doit être forcément appréhendé par la raison humaine. Il peut, s’il le désire, quitter le monde de la matière, de l’esprit, de la raison, pour réaliser son tracé dans d’autres dimensions qui n’en sont peut-être pas. L’étendue invisible n’est pas un espace à trois dimensions, mais ce qui permet de faire s’exprimer les espaces à X dimensions, la notion de dimension n’a d’ailleurs ici aucun sens. Elle est dans le tout autre, et il n’y a qu’elle… ce formant elle-même, pour former le Tout qu’elle est déjà. 

 

Si ce segment AB forme une boucle, alors le point A est confondu avec le point B et il n’y a que la trace, l’écho, le souvenir, qui permet de voir qu’il y a eu un déplacement du point A, un mouvement, une action de A vers A, une focalisation de l’entendu invisible vers elle-même. Aussitôt qu’un Anneau est formé par la trace, l’étendu invisible C possède deux zones, il n’y a pas à proprement parlé d’intérieur et d’extérieur, mais simplement deux zones séparées par la trace. Et, ces deux zones vont pouvoir déployer deux histoires, qui n’en formeront qu’une seule pour l’étendue invisible. L’étendue invisible va pouvoir isoler l’ensemble des évènements qui se déroulent dans chacune de ces zones et les différencier. La zone devient simplement le pointeur de l’histoire qui s’y déroule. Une forme est apparue et elle va pouvoir être nommée par l’étendue invisible. Mais attention : si l’ensemble des points A, prenant forme, prennent aussi nom, en aucun cas cette forme ne s’appelle en réalité. L’étendue invisible a simplement posé une étiquette sur la forme qu’elle vient de faire apparaitre, en elle-même, par auto focalisation. Le fait de nommer la forme implique : que la non-forme prenne elle aussi un nom. Le nom ne peut pas être unique, il présuppose le non-nom qui le limite, et qui lui fait une empreinte. L’étendue invisible ne peut donc pas être nommée, car il n’y a rien en dehors d’elle. Le fait de nommer implique qu’il y ait une forme, mais la forme n’a pas l'obligation d’être nommée. Et, quelle que soit l’évolution de la forme dans l’étendue invisible, son nom pourra rester le même, car il peut rester qu’une étiquette sans vie. Mais, Le nom peut lui aussi croitre et prendre forme, acquérir une certaine indépendance. La forme n’est pas forcement situé dans un espace matériel, mais est de fait : une Partie de l’étendue invisible. Cette forme n’a pas forcément la connaissance de son nom, et rien ne nous dit qu’elle a une autonomie quelconque, car à aucun moment l’étendue invisible ne peut être réellement deux. La notion de réel, pour l’étendue invisible, est de l’ordre du rêve, et tout y apparait et y disparait au gré de cette focalisation effectuée par l’étendue invisible sur elle-même.

 

Si l’étendue invisible a placé une étiquette sur la forme, c’est qu’elle a été focalisée. Mais, la focalisation peut s'arrêter et la forme retournera dans l’étendue invisible, et alors le nom devient une trace. Il est lui aussi une sorte de focalisation en relation avec la forme. Mais, même s’il ne contient pas A et B, il est cependant : lui aussi une empreinte de ce tracé, de A vers B. Le nom a alors une sorte d’autonomie, il est lui aussi une forme sortie de l’entendu invisible, et il pourra être repositionné sur une nouvelle focalisation. Mais, rien ne nous dit que l’étendu invisible nomme les formes, n’y même qu’elle en produit… l’étendu invisible ne peut que s’auto-observer, car elle n’a pas de témoin extérieur, d’une certaine manière elle rêve, mais rien ne nous dit qu’elle s’auto observe.

 

La question ici est de savoir : quelles sont les raisons qui pourraient pousser l’entendu invisible à produire des focalisations, des apparitions pour elle-même. L’étendue invisible doit avoir le pouvoir absolu de création, puis ce qu’elle est tout ce qui est, alors pourquoi créer ? Si elle est tout, pourquoi essayer de se dissocier ? Une intention semble animer l’étendue invisible. Elle semble produire des tracés, des formes, qui sont la marque d’une activité. Quel que soit le sens que nous pouvons donner au tracé, une vibration l’anime, et une vibration implique une énergie qui met en mouvement un système. Nous sommes nous-mêmes une forme, une trace de l’étendue invisible, tout du moins c’est ce que nous croyons. Nous ne pouvons répondre à ces questions qu’à travers nous-mêmes et nos limitations. La forme que nous sommes sert elle-même de moule à nos questions et à nos réponses… et pour répondre à nos questions nous réalisons nous-mêmes des formes, des tracés, dans le visible ou l’invisible. 

 

Une énergie anime l’étendue invisible et il nous semble que nous n’en sommes qu’une des traces. Nous ne pouvons que produire ce que notre forme nous permet. Notre forme nous permet d’appréhender un certain nombre de dimensions et cela produit une notion de limite et donc de séparation. La question est alors de savoir si : en tant que forme, nous pouvons retourner dans l’étendue invisible tout en conservant au minimum nos capacités de forme ? Si oui, cela voudrait dire que nous sommes déjà dans l’étendue invisible, avant même que d’être formés, et que nous nous trompons nous même de par la forme de notre forme. La forme étant une focalisation de l’étendue invisible, nous devons pouvoir être refocalisés. Nous étions dans l’étendue invisible et nous avons été focalisés, la forme a ensuite parcouru un cheminement de A vers B, elle a laissé un tracé et est retournée dans l’étendue invisible. La forme, pour la raison, c’est des limites qui la caractérisent, dans la matière nous sommes habitués à nos limites et nous avons l’habitude de considérer que le corps est le représentant de nos limites. Or, en réalité, nos limites sont diverses et pas forcément corporelles. En réalité, nos limites sont le fait de nos perceptions, de notre imaginaire, et nous n’avons pas en permanence la perception de l’ensemble de notre corps. Nous sommes en permanence en contact avec le sol et pourtant nous ne considérons pas qu’il fasse partie de notre corps. De la même manière, l’air qui entre et sort de nos poumons n’a pas le même statut que le sang qui coule dans nos veines. On ne veut pas perdre son sang, mais on ne pense pas vraiment à l’air qui nous entoure… Apprendre qu’un immeuble s’effondre à l’autre coin de la Terre ne nous transforme pas forcément et pourtant, il est clair que nous ne pourrons plus jamais y séjourner, et cela impacte notre forme puisque la limite vient de changer. Le moindre mouvement impacte les diverses formes en contact, et tout est en contact, car tout est dans l’étendue invisible. Mon pied vie sa vie de pied au niveau cellulaire et je peux focaliser ma conscience sur lui, pour en appréhender les contours et le contact qu'il me permet avec le sol.

 

La progression de la focalisation est visible, de nos limites : A va vers B, il forme un segment, il boucle sur lui-même et forme un cadre, une forme, cette forme s’auto-identifie à l’intérieur de ce cadre, une histoire commence ayant pour centre la forme elle-même.

Nous ne vivons pas dans un monde matériel à 3 dimensions comme nous le pensons, mais dans un rêve multidimensionnel lucide et stable visiblement partagé par différentes parties. La Vision de ce rêve est construite en temps réel à partir de ce qui nous semble être nos perceptions directes. En fait, les perceptions captées par notre corps sont analysées pour produire la conscience d’être, ce cinéma dans lequel nous évoluons. Sans le décor qui m’entoure, je ne suis nulle part, sans lui que suis-je ?  Mon sentiment d'être est une sorte de conglomérat de perception associé à ce décor. Il y aurait une Conscience de la conscience d’être ? Tout comme la cellule est certainement consciente de choses qui m’échappent, alors que j’ai la conscience du contact de mon pied sur le sol. La conscience est focalisée sur les perceptions de la partie concernée, alors que la Conscience elle englobe les parties. Il y a un mystère qui fait que des capteurs permettent de synthétiser un décor qui va être conscientisé. Le décor va contenir plus ou moins de détail en fonction de notre capacité à capter de l’information, il va aussi s’adapter aux caractéristiques de la forme concernée par cette conscience locale. Une fourmi qui se trouve au même endroit que nous n’en aura certainement pas la même représentation. Je ne sais rien de ce que conscientise une cellule de mon pied avec sa voisine, d’ailleurs que savons-nous de la vie de nos pieds, existe-t-il une biographie de mon pied ? Si je prends un capteur tel qu’un microscope électronique, voici que ma conscience me donne à voir un univers d’une autre dimension que la mienne, j’ai avec lui accès à une sorte de zoom d’échelle (3D+Zoom). Les instruments d’optique me permettent de jouer de façon fiable avec mon rêve. Avec eux, je peux dépasser mes limites. Ils me permettent de « prendre conscience » qu’il existe des formes nouvelles dans les formes. Lorsque je regarde dans le microscope, je disparais pour laisser place à cette vision de l’infiniment petit, mais malgré le fait que je n’ai encore jamais pu voir par moi-même cet infiniment petit, en utilisant cet outil, je peux constater que ma conscience est capable de synthétiser un décor qui m’était jusque-là invisible et inconnu. Mes limites n’en sont pas, elles ne sont qu’un problème de capteur et de perception, mais ce qui interprète ces perceptions a bien l’air d’être déjà prêt à tout nous révéler. Il y a même en Nous une capacité à détecter dans un chaos une information qui s’y cache, c’est même la raison d’être de la conscience que de nous fournir une information utilisable et fiable.

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7d/Stereogram_Tut_Highlight.png

Figure 60 : Stereogram Tut Highlight .[173]

 

Le problème est donc le lien existant entre l’information et sa représentation. L’information là (où ailleurs) devant nous est un lien vers ce qui la contemple. Ce qui la contemple est perturbé par sa capacité à capter l’information. Ce qui est contemplé est projeté dans une forme et cette forme est le lien entre l’information et sa représentation, à l’image d’un filtre qui va déformer et colorer l’information.

Ce point de contemplations des perceptions est aussi un point d’analyse qui fournit une sorte d’autonomie relative, qui maintient la croyance d’être séparé du reste. Le monde alors se divise en une multitude de parties, plus ou moins en rapport, les unes avec les autres. Le point de contemplation ne voit plus les liens unissant les parties, et elles se détachent alors de l’arbre qu’elles forment. Ce qui était une forêt va devenir un arbre, un tronc, une branche, une feuille, une graine, des molécules, des atomes... le système de discrimination va s’adapter à l’échelle et à la couleur du point de contemplation. Plus grave peut-être, par un effet pervers, l’histoire en cours d’écriture du segment AB, l’instant présent, sera mixée avec l’histoire déjà écrite. Ceci enrichissant le rêve qui maintient le segment dans une certaine cohérence, mais en dehors de la réalité. La graine donnera une nouvelle plante, alors qu’à aucun moment elle n’a été séparée de sa base et qu'elle continue simplement l’histoire du segment AB qui se propage dans l’étendue invisible.

4.5.2.               Logique

Nous avons proposé dans un autre chapitre une blague d’écolier où il est question de répondre à la question suivante : une bouteille est-elle à moitié pleine ou à moitié vide ? Une simple question qui nous place devant une sorte de paradoxe. Tout le monde voit de suite, comme une sorte d’évidence, qu’il s’agit simplement de deux points de vue différents de la même chose.

 

Figure 61 : Une question de sens

Et nous pouvons alors dire que cette bouteille est à moitié vide et à moitié pleine, ou encore que cette bouteille est à moitié vide ou à moitié pleine.

 

Seulement, voilà, les deux opérateurs : etou, ne veulent logiquement pas dire la même chose et en logique booléenne les résultats obtenus avec l’un ou l’autre de ces opérateurs sont différents. Pour rappel, c’est deux opérateurs sont à la base de la logique de l’Algèbre de Boole[174] qui vous permet d’utiliser votre ordinateur.

 

Pour bien comprendre la chose, nous allons faire un peu de révision :

 

Figure 62 : Table de résultats des opérateurs ET/OU

Ici, nous sommes dans un des deux cas possibles où les deux tableaux nous donnent des résultats identiques. 

 

Lorsqu’un choix à deux possibilités se présente à nous, comme vrai ou faux, les deux propositions peuvent être possibles, malgré leurs apparentes oppositions, et alors vrais = faux, comme pour ce cas précis. Nous sommes devant le : « peut-être bien que oui, peut-être bien que non » ou / et encore le : « oui et non », le « on ne peut pas dire ».

Figure 63 : À gauche ou à droite ?

Généralement lorsque nous arrivons à un embranchement en T, nous pouvons aller à droite ou à gauche, mais pas à droite et à gauche. 

 

 

Pourtant, avec ce schéma en boucle, prendre à gauche nous ramène à droite et prendre à droite nous ramène à gauche. Prendre à gauche ou à droite nous ramène à notre point de départ. Une fois que notre choix a été fait, nous passons de droite à gauche ou de gauche à droite, mais pas les deux en même temps.

 

File:PSM V54 D322 Simple shape creating optical illusion 2.png

Figure 64 : Illusion simple[175]

Cette simple figure produit une illusion d’optique et nous pouvons visualiser le petit carré du centre, positionner dans un espace virtuel derrière ou devant le grand carré extérieur. Ce dessin provoque dans notre conscience un essai de mise en trois dimensions du tracé. Nous pouvons aussi visualiser un creux ou bien une bosse. Il est aussi possible de ne pas voir l’effet du tout et de rester en deux dimensions. Mais il est impossible de voir deux de ces effets simultanément, alors qu’il nous est possible de les discriminer séparément. Ici, le carré central est devant ou derrière, alors que techniquement il n’est ni devant ni derrière. Ce simple exemple nous montre que nous faisons un choix et qu’il n’est pas toujours possible, une fois le choix réalisé, de continuer à voir l’autre, alors qu’il est bien présent lui aussi devant nous.

 

Figure 65 : Entrer / sortir

Cette porte est-elle une sortie ou une entrée ?

 

Elle est une sortie ou une entrée et une entrée ou une sortie[176]. Ici, il faut donner du sens pour qualifier la fonction de cette porte, cela nous donne une direction, un sens.

 

Et ce sens, il n’y a que nous qui pouvons le donner, et pas la porte. Nous la qualifions comme étant fermée ou ouverte, mais, peut-elle être fermée et ouverte ?

 

L’eau, qui est dans cette bouteille, est-elle réellement différente de celle qui est dans le verre, alors qu’elle est simplement passée de la bouteille au verre ?

 

Ce jeune cerisier qui pousse à proximité du vieux est-il vraiment différent de celui à qui appartient le noyau d’où il est issu ?

 

Peut-être que la notion d’appartenance n’est pas si évidente que cela. Faut-il un récipient pour circonscrire une appartenance ?

 

L’eau appartient au verre ou à la bouteille ?

Les deux cerisiers appartiennent à la terre ou au ciel ?

 

Le blé qui ondule dans le vent et qui nous donne à voir de folles arabesques, appartient-il au vent qui le plie à sa volonté ? Qu’elle est donc cette volonté du vent ?

 

La forme est une limite entre l’Univers et elle-même ou bien entre elle-même et l’Univers ?

 

En fait, tout ceci n’a pas de sens, ou plutôt le sens n’est pas la logique de la chose qui le représente ! Et, la bouteille n’est ni à moitié pleine ni à moitié vide… la bouteille c’est la bouteille et le contenu c’est le contenu. Dire qu’une bouteille est à moitié pleine ou à moitié vide ne nous informe en aucune manière sur la quantité exacte d’eau restante ou du volume de la bouteille. Le rapport, entre le volume intérieur de la bouteille et le volume d’eau disponible, n’est pas du ressort de la bouteille ou de l’eau, mais bien de celui qui observe et qui donne du sens. Connaitre la quantité exacte d’eau restante dans la bouteille est uniquement du ressort de celui qui observe la bouteille et qui connaît déjà sa capacité maximale.

 

En fait, ici on nous demande de faire un choix et un choix n’est pas de la logique booléenne. Dans le cadre de la bouteille, ce choix est réalisé au niveau de l’intellect et il est conscient. Une discussion peut alors s’établir, pour analyser le meilleur choix, même si finalement toutes les réponses sont bonnes ou fausses et l’on peut admettre que la bouteille est à moitié pleine et à moitié vide en même temps. Dans le cas des deux carrés emboités, ce choix n’est pas intellectuel. Et même, si une fois l’illusion observée, dans ses différentes représentations, il est possible de commuter la position imaginaire du petit carré d’avant en arrière[177], il n’est pas possible de le voir devant et derrière en même temps. Le « et » n’est pas permit, nous n’avons que le ou de disponible. La représentation du carré en avant ou en arrière n’est pas du ressort de l’intellect, du conscient. Un choix préalable a été réalisé par une instance non contrôlable et le carré nous apparait là où cette instance le place. Nous disposons cependant d’une sorte de commutation en dehors de notre contrôle direct qui nous permet de prendre conscience que plusieurs représentations sont possibles.    

 

Les Évidences nous empêchent, elles, de voir les autres facettes possibles d’une situation, et elles continueront à rester dans l'ombre, car alors nous n’effectuons pas d’analyse. Une Évidence est donc toujours vraie, même si elle présente du faux. Il peut être Évident que ceci n’est pas, ou que ceci est… peu importe, la représentation est toujours conservée et il n’y aura généralement pas de commutation. Certaines Évidences, se situant à un niveau intellectuel, peuvent être remises en cause lors d’événements non ordinaires qui introduisent un doute les concernant. Bien souvent, ce doute va être incubé un certain temps, avant qu’une prise de conscience vienne faire apparaitre une nouvelle facette de cette Évidence.

Figure 66 : À gauche ou à droite ?

 

4.5.3.               Le fond signifiant et la forme

Il nous semble évident que la chose visible, la forme, est la chose principale, et que c’est elle que nous manipulons et essayons d’acquérir pour subvenir à nos besoins. Le fond sur lequel repose la forme peut être simplement les contours d’un dessin et un peu à l’image de l’illusion d’optique proposée dans le chapitre « Évidences et illusions d’ » (4.1.1) nous ne faisons pas toujours attention au fait que ce fond a une importance et qu’il peut être porteur d’un autre message.

Figure 67 : Le Saint-Graal[178]

J’ai récemment vécu une expérience amusante : j’ai emmené des amis voir un menhir de ma connaissance. Une fois sur place un de nos amis s’écrit qu’il vient de voir une tête dans le rocher. Après quelques hésitations et mises au point du regard, effectivement, je vois moi aussi se détacher du rocher un relief en forme de tête.

Figure 68 : Menhir du grand berger (Vert Saint-Denis 77)

Une fois ce profil détecté il devient alors difficile de ne plus voir le grand berger. Quelques instants plus tard, un autre de nos amis nous dit qu'il voit la tête du chien du berger et que les deux visages se regardent… (Je vous laisse chercher…)

Il y a une sorte de boucle qui se met en place ici où la forme et le fond du rocher font apparaitre une nouvelle forme qui vient se superposer à la forme déjà existante et prend sa place. Nous sommes dans une logique proche de la problématique de reconstruction de nos souvenirs évoquée au chapitre «4.4.10La mémoire ce n’est pas nous» (4.4.10). 

Mais il existe d’autres types de fond, par exemple, lorsque vous avez faim, un bon sandwich bien concret va subvenir à votre besoin d’apport en nourriture. D’une certaine manière la forme c’est le sandwich et le fond c’est votre faim. Dans le cas de la faim, le fond est un problème vital qui aurait pu être résolu par tous autres éléments nutritifs. Le fond ici est plus important que la forme qui va permettre de résoudre ce fond. 

C’est différents exemples nous montres, qu’il y a différents types de fonds, des visibles et donc extérieure à nous et d’autres qui nous concernent intérieurement. Il y a une sorte de paradoxe entre le fond et la forme. C’est que l’un entraine souvent l’autre, et qu’il est difficile de les dissocier. Vous ne voyez pas une forme si elle n’est pas sur un fond et aussitôt que vous observez une forme un fond se met en place. Vous regardez l’image du vase et sortant du fond deux visages apparaissent. Vous regardez un sandwich et cela peut réveiller votre faim. Bien sûr, toutes les formes n’ont pas comme cette image de vase une empreinte qui permet qu’une nouvelle forme apparaisse, et regarder un sandwich après un bon repas ne vous donnera pas forcement faim.

Il a été développé une psychologie de la forme[179] ou tout du moins une théorie selon laquelle les processus de la perception et de la représentation mentale traitent spontanément les phénomènes comme des ensembles structurés et non comme une simple addition ou juxtaposition d'éléments. Certaines expressions comme : « le tout est supérieur à la somme de ses parties », « un texte n’est pas qu’un assemblage de lettres »… nous renvoie à cette théorie.

Figure 69 : Motif de Kanizsa[180]

Pour s’en convaincre, il est possible de recenser l’ensemble des formes qui pointe en réalité vers un fond. Par exemple si je veux pointer sur la période de Noël, je dispose d’un nombre impressionnant de formes, par exemple en voici une d’apparence simple : 

Noël

Cette forme qui est appelée un mot ne présente pas au niveau de son fond (graphique) une éventuelle image cachée, par contre en le regardant vous avez dû entendre le mot Noël dans votre esprit. Le fond ici est auditif, alors que la forme elle est visuelle. Et cette boucle est bien présente, car si vous ne regardez pas le mot alors vous n’entendez rien.

Un troisième intervenant est donc présent de manière invisible dans cette histoire depuis de début, et cet intervenant c’est vous sous la forme d’un automatisme. La traduction du signe vers le mot et vers sa prononciation s’est faite automatiquement.

On peut se rendre compte de notre participation active en regardant simplement la photo suivante et en se rendant compte que nous nous plaçons de fait dans la posture du photographe.

Figure 70 : Amour inconditionnel

Ici, c’est finalement une sorte de boucle, avec une forme qui est détectée « par vous », et un fond signifiant (ici un paysage de bord de mer) qui est généré « par vous ». Et, quelle que soit la nature de cette forme qui peut être multiple, une boucle est mise en place entre cette forme, vous, et ce fond signifiant qui vient se superposer à la forme. Ici, vous êtes virtuellement en bord de mer, face au soleil. Cette image est comme une sorte de fenêtre sur un ailleurs où vous pouvez aussi vous retrouver de fait.

·         La forme est intrinsèquement neutre, mais elle permet la catalyse du processus.

·         Le fond signifiant est caché dans votre mémoire, qu’elle soit innée ou historique (votre chemin de vie). Le signifiant est soit de nature directe soit construit à partir de bribe d’informations.

·         Un processus, ce faisant passer pour vous, anime le tout en produisant une boucle rétroactive qui maintient cette chimère. Ce processus peut faire évoluer le fond signifiant en fonction des besoins du moment. La forme n’est qu’une sorte de pointeur vers le fond signifiant. Tout comme pour la pancarte, le processus réalise une lecture de la forme, pour en faire sortir le son d’un fond signifiant. 

Pourtant, l’image du vase n’a jamais été un vase et les deux visages ne sont au plus que des profils. Le grand berger n’a jamais regardé son chien, ce menhir n’a jamais été un berger, ce caillou n’a jamais été un menhir, autrement que dans l’imaginaire des personnes qui l’on posées là à cet effet. Je ne suis pas sûr que les atomes qui constituent cette pierre soient intéressés par mon discours. Un sandwich n’a pas d’âme et est simplement le fruit d’une manipulation humaine ayant comme finalité de calmer la faim.

Dans ces différents exemples, on peut constater que la forme a été le fruit d’une manipulation préalable, en vue d’exprimer un fond signifiant, c’est une sorte de pense-bête. Le fait de voir, dans le relief du rocher, un personnage n’est certainement qu’un « effet de bord » de ce processus de codage et décodage des formes qui nous entourent. Un processus qui finit par nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Il nous arrive même fréquemment d’oublier que nous sommes l’initiateur de cette boucle.  

Comme lorsque l'on jette un gros caillou dans la mare, brisant ainsi sa surface pour faire apparaitre de beaux cercles concentriques, inévitablement de cercle en cercle l'instant où les pieds du jeteur seront mouillés approche. Lorsque l’eau recouvrira ses chaussures, il maudira la vague qui vient de le frapper traitreusement.

Cette boucle est une sorte d’encapsulation où la capsule n’est pas forcement de même nature que son contenu. C’est-à-dire que si je me trouve en bord de mer automatiquement certaines Évidences s’imposent à moi. Je trouve par exemple logique d’apercevoir un bateau. Je peux d’ailleurs l’observer et remarquer sur son ponton des caisses contenant des poissons. Sur une de ces caisses je peux lire très distinctement : « Au petit chêne », avec, dessiné à côté, un gros logo où deux lapins courent l’un derrière l’autre. Cela me rappelle certaines scènes champêtres de mon enfance. Un matin, nous avons observé au fond du jardin, passant par le trou du mur, des lapins blancs… Mais avant d’aller plus loin, ce trou a une histoire qu’il faut que je vous raconte. Il y a de cela quelques siècles, un de mes aïeuls était amoureux de la fille du voisin. Malheureusement, une forte mésentente existait alors entre les deux familles. Remontons quelques années en arrière lorsque maitre Jacques, le propriétaire des deux maisons, avait organisé un concours pour faire élire la plus belle poule de ses métayers. En ce temps-là, tous les dix ans, un concours faisait venir des quatre coins du canton les fermiers qui voulaient trouver là une bonne occasion de s’attirer les bonnes grâces des notables de la région. Car gagner ce concours, c’était aussi devenir le fournisseur officiel de ces nobles gens. Il faut savoir que durant cette période il fut de bon ton que d’être considéré comme un maitre ouvrier. Les recueils d’époque nous dressent la liste des corporations et de leur rapport avec la noblesse. Émile Saveur, élu meilleur boulangé de sa région, partait de bon matin, pour livrer à la première heure ses meilleurs clients et, alors qu’il passait devant l’église, il put constater quelque chose d’étrange. Un zouave à cheval, suivi de deux malheureux, enchainés l'un à l'autre, se criait dessus ;

-       Tu vois, je te l’avais bien dit, que cette maison n’était pas abandonnée !

-       Ce n’est pas de ma faute, ce n’est pas de ma faute !

-       Que va-t-on devenir maintenant, il nous emmène aux galères sans jugement !

-       Ce n’est pas de ma faute, ce n’est pas de ma faute !

-       Bien sûr que si, que c’est de ta faute, c'est toi qui m'as entrainé dans cette histoire !

-       C’est le père Janniot qui m’avait affirmé que cette maison n’était plus habitée et qu’il y avait des lapins qui couraient là, sans maitre. Il m’a raconté l’histoire de cette maison où a vécu une vieille femme sans enfant et sans famille qui élevait là quelques poules et des lapins. Cette vieille femme avait la réputation d'être une sorcière, alors à sa mort les gens du village ont préféré laisser tout ceci tomber en ruine plutôt que de venir y fouiller. Un jour, cette femme, alors qu’elle était encore jeune, a soigné un chevalier de passage d’une maladie incurable. Si le chevalier lui a payé son obole et qu'il a passé son chemin, dans le village, les habitants n’ont pas trouvé cela à leur goût et ne lui ont pas pardonné son geste. C’était un de ces chevaliers dont parlent les légendes du pays d’oye. Cet homme avait tellement tué de pauvres gens par le fil de son épée qu’il avait pris le surnom du chevalier à l’épée rouge. Rouge comme le diable. Il avait tellement fait le mal que même le mal l’avait puni en le rendant aveugle.

-       Quel rapport avec cette vieille femme !

-       Eh bien, elle lui a rendu la vue, et a été maudite par les gens du village pour avoir pactisé avec ce démon.

-       Eh bien, pourquoi somme nous emprisonnés et emmenés aux galères alors ! Si ce lieu est laissé à l’abandon ?

-       Pour braconnage sur les terres du seigneur, cria le zouave en éclatant d’un rire sinistre !

Émile Saveur, qui s’était arrêté pour voir ce bien étrange cortège, reprit rapidement sa route vers la maison du comte, où les enfants du seigneur l’attendaient avec impatience. Il nous a reporté cette anecdote que l’on peut lire encore dans les registres de la corporation.

Cette année-là, nos deux familles participaient au concours et chacune d’elles avait depuis plusieurs mois engraissée une poule dans l’espoir de voir leur famille respective, enfin, connaitre un meilleur sort. Malheureusement, le chien des voisins, qui avait été mal attaché, voyant passé un zouave avec deux prisonniers, aboya et rua si fort qu’il cassa sa chaine et courue après les trois compères. Le cheval du zouave prit peur et courut, à bride abattue avec son cavalier sur le dos, à l’autre bout du canton, poursuivi par le chien. Nos deux lascars se retrouvant seuls en profitèrent pour se précipiter dans la ferme de nos ancêtres. Une fois débarrassés de leurs liens, ils aperçurent la poule à concours qui remplacerait bien avantageusement les lapins de la vieille. Ils s’en emparèrent et disparurent de cette histoire.

Il était évident que notre poule était la plus belle et la plus grosse, et tous les honneurs auraient dû nous revenir, à la place, ce fut le voisin et son maudit chien qui remporta le concours et qui depuis engraisse la noblesse de la région.

Depuis ce temps, les deux familles étaient en froid et dans ce pays-là une rancune est tenace et peut durer des siècles. 

Mon aïeul qui était amoureux de la voisine trouva donc une manière simple de communiquer avec elle sans s’attirer les foudres de leurs parents. Ils firent tout simplement un trou dans le fond du jardin qui leur permettait de discuter discrètement. Un jour, s’apercevant que leurs enfants respectifs étaient toujours fourrés dans le fond du jardin, les parents prirent conscience de leurs malheurs et, émus par cette situation, ils se sont réconciliés. Le mariage eut lieu, permettant ainsi aux deux familles de fusionner et de devenir le plus gros producteur de poule de la région.

Depuis ce temps, le trou entre les deux propriétés est resté, en souvenir de cet amour contrarié. Et parfois, on peut y voir passer les lapins qui vivent dans la ruine abandonnée de la vieille sorcière. Au lieu-dit « du petit chêne ». 

Tien, à côté de cette caisse, il y a un marin pêcheur qui fait un signe de la main. Certainement à la personne qui a pris cette photographie.

Mais revenons à notre texte.

Le problème de cette boucle c’est qu’elle nous projette dans une sorte de trou où la forme nous sert de paroi et une fois que le fond signifiant est apparu, il tapisse la forme qui disparait. Notre système de perception est trompé, par cela même qu’il vient de décoder et qui devient la chose perçue. Le fond signifiant devient alors comme un mur qui nous empêche de voir réellement la forme qui n’a plus d’intérêt. Nous avons plongé dans un trou créé par le décodage. Si le décodage est correct et a lieu d’être, alors tout va bien et nos actions, qui vont suivre ce décodage, auront une chance d’être en phase avec ce qui est perçu, ou bien nous réagirons à un fond signifiant incorrect.

Techniquement, notre vision est arrêtée par la matière, mais métaphoriquement la chose perçue s’arrête aussi au fond signifiant. Et, tout comme nous réagissons à nos perceptions comme étant des informations vraies, nous, nous comportons vis-à-vis du fond signifiant comme s’il était réel. Il devient une Évidence et il ne sera pas, dans bien des cas, remis en cause.

Lors de mon séjour dans un hôpital comme infirmier, le simple fait de porter une blouse blanche et un stéthoscope autour du cou me présentait, aux yeux de la plupart des patients que je croisais, comme étant un médecin. J’étais décodé, et l’on me posait des questions pour médecin, il ne venait pas à l’esprit des patients qui me voyaient pour la première fois que j’étais un simple infirmier. S’ils m’avaient rencontré dans une grande surface, au rayon des laitages, ils m’auraient certainement pris pour un contrôleur de l’état sanitaire des produits posés là, même si la présence d'un stéthoscope dans une grande surface peut laisser perplexe un instant.    

Le fond signifiant nous projette dans un contexte qui va nous servir de référence, d’appui, et nous allons nous déplacer mentalement d’appui, en appui, en formant à chaque nouvelle étape une sorte de mur invisible qui nous encapsule de plus, en plus, nous éloignant également de plus en plus de l’information première des perceptions du corps.

Bien sûr, lorsque je vois un arbre, c’est un arbre et s’il n’a pas une particularité, eh bien, j’ai juste un arbre devant moi et c’est tout. Si aucune pensée parasite, associée de près ou de loin à la vue de cet arbre, n’apparait dans mon esprit, eh bien, je suis juste en face d’un arbre. Malheureusement, le simple fait de l’avoir qualifié d’arbre est déjà le signe de la mise en place d’un fond signifiant.

Dans l’histoire de la photo, un peu plus haut dans ce chapitre, j’ai volontairement emboité des histoires pour créer une sorte de plongée virtuelle dans un « trou à histoires » et, arrivé à une certaine profondeur, j’ai fait en sorte de remonter vers la surface en reprenant les histoires dans l’autre sens. Peut-être avez-vous remarqué que rapidement l’histoire du marin et son décor ont quitté votre esprit pour laisser la place à d’autres personnages. Pour autant, les histoires commencées en non finis étaient là, quelque part, en attente d’un complément, ou d’une fin. Pour me faire plaisir, j’ai mélangé deux couches, avec l’histoire des deux voleurs de lapin, et il est possible que vous ayez été surpris de les voir réapparaitre un peu plus loin, alors qu’il avait logiquement disparu avec la fin de l’histoire d’Émile Saveur.

Ce fond signifiant devient pour nous une sorte de référentiel qui se transforme rapidement, une fois validé, en une sorte d’Évidence sournoise. 

Même nos phrases fonctionnent sur le même principe, et vous pouvez observer, de là où vous êtes, sans grand effort de votre part, et malgré le fait qu’il n’y a plus d’image autre que les lettres formant ces mots, et que cette simple phrase, qui se déroule devant vous, de manière linéaire, elle-même formé de ces mots et de ces portions de texte, et séparée simplement par des virgules, et véhiculant un propos sans grand intérêt littéraire, vous maintient dans une sorte d’encapsulation, où chaque nouvelle virgule posée, avec une certaine malice, vous entraine de plus en plus, dans une sorte de trou magique, et nous pourrions poursuivre avec ceci ou cela, encore et encore, et où cela vous mènerait-il, vous êtes le seul maitre à bord de cette phrase, qui se déroule et qui vous roule, et alors qu’autour de vous les choses continues à faire ce qu’elles ont à faire, sans se préoccupé le moins du monde de votre descente, dans ce qui pourrait être appelé la phrase trou, que déjà la surface des choses c’est éloigné de cet endroit-ci, où vous et moi continuons simplement à creuser, encore plus profondément, à votre rythme de lecture, car c’est bien vous qui lisez cette phrase, et vous seul en contrôler le débit, et atteindre le fond de ce texte est le fruit de votre bon vouloir, et alors peut-être trouverez-vous par vous-même, à votre cadence, dans cette simple phrase ce que vous y aurez apporté, je ne suis ici avec vous que pour prolonger, de manière neutre votre descente volontaire.  

Nous passons notre temps à entrer et sortir de fonds signifiants, qui peuvent s’emboiter les uns dans les autres et à chaque nouvelle position dans cet enchainement nous requalifions la nouvelle situation en fonction du fond signifiant précèdent qui est devenu la forme du nouveau fond.

Plusieurs traditions exposent :

« La vérité est une, bien que les sages la voient sous de multiples formes[181] »

 

Lorsque nous désirons acquérir une forme, il est urgent de bien voir qu’en réalité nous désirons un « fond signifiant » et qu’une multitude d’autres formes peuvent aussi bien faire l’affaire. Il est aussi possible de manœuvrer le processus pour essayer de contrôler cette boucle.

« On agit toujours par apport à un contexte, une situation.

Ce n’est pas l’action qu’il faut remettre en question, mais le contexte dans lequel elle est apparue et se déroule.

Le contexte, la situation, est un cadre qui encapsule l’action, lui donnant « un sens », une légitimité.

Si le cadre est remis en question, tout son contenu devient douteux et n’a plus de sens.

Il reste alors l’Être, qui s’était laissé prendre par la limite du cadre, dans laquelle il s’était projeté, croyant être ce cadre.

Il est sorti du cadre, et pour un instant il est : « entre deux eaux ».

Il n’est plus vraiment identifié, mais la situation ne dure pas, car il est sorti d’un cadre, pour en accueillir un autre qui va rapidement l’absorber à nouveau.

Il vient de se réveiller à son nouveau sommeil !!

Mais, il n’est pas ce cadre, cette limite, qui pour un moment apparait dans cette conscience.

Il est cela, qui fait apparaitre le cadre, et lui donne un sens.

La conscience s’exprime à travers l’Être, qui produit ce rêve ou cette réalité, avec une histoire qui se déploie alors en fonction du sens qui se dégage du mental.

Rêve ou réalité utilisent le même tableau blanc, la même conscience pour apparaitre à l’Être, qui alors s’identifie à l’image.[182] »

4.5.3.1.       La chose vue n’est pas la chose

La chose vue n’est pas la chose, l’Image observée est issue de l’observateur et s’affiche dans sa propre conscience. Le problème posé est cette transition entre la chose et son Image, car il est possible lors de cette transition d’incorporer ou supprimer de l’information tierce. Ce qui trouble l’Image de la chose, cette information tierce, est le fruit de nos matrices de décodage qui peuvent être approximatives, voire aberrantes. L’information perçue est affichée dans la conscience et est de plus comprimée pour correspondre à des critères de perceptions et de représentations. Cette compression entraine des effets de bord et des raccourcis analytiques, nommés parfois synthèse[183]. Ne pas compresser, c’est arrêter tout mouvement analytique, tout raisonnement, et rester dans l’instant présent sans mouvement du mental. Mais, arrêter le mental est de l’ordre de l’utopie, car nos capteurs produisent de base une forme d’analyse et de la compression[184]. Nous sommes alors de fait dans une illusion permanente que nous pouvons simplement essayer de réduire au mieux en pratiquant diverses méthodes pouvant augmenter la qualité de la représentation, certains parlent d'hyper conscience.

4.5.4.               Nous descendons de l’arbre

Certaines théories voudraient que nous descendions du singe[185], alors que d’autres proposent l’inverse… Il nous semble évident que nous avons un lien de parenté avec le singe, car sa conformation est très voisine de la nôtre, et bon nombre d’expressions populaires comme « arrête de faire le singe » nous renvoient à cet autre mammifère. Personnellement, je préfère penser que je descends de la licorne, mais bon, admettons. Nous entendons aussi cette blague : « l’homme descend du singe et le singe descend de l’arbre », et cela peut nous faire sourire, car effectivement quand un singe est dans un arbre, eh bien, il va certainement en descendre. Plus sérieusement, la phylogénétique[186] essaie de classifier le vivant par ordre d’apparition et il semblerait bien que les plantes soient arrivées avant nous sur cette Terre. Le dernier ancêtre commun universel ou DACU[187], qui aurait entre 3,5 et 3,8 milliards d’années serait l’origine des origines. Bien sûr, cette théorie de l’ancêtre commun vient en écho du chapitre 4.3.2, « Tout le monde a le même âge ».

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b5/Darwin_as_monkey_on_La_Petite_Lune.jpg/640px-Darwin_as_monkey_on_La_Petite_Lune.jpg

Figure 71 : Caricature de Darwin, reproduite dans le magazine satirique La Petite Lune[188]

Mais notre propos ici ne sera pas de savoir, si : nous descendons du singe ou de l’arbre, ou même de savoir quel est le premier organisme vivant qui a peut-être permis l’apparition des autres et donc de nous-mêmes. Non, dans ce chapitre je veux montrer que nos actions s’inscrivent dans une logique de type arborescente. La vie se déploie en utilisant un système arborescent et ce système est visible dans l’ensemble de nos actions et constructions.

Si nous reprenons la classification phylogénétique du vivant représenté par le dessin suivant, nous pouvons constater qu’il y a bien un arbre dont le tronc est DACU (LUCA en anglais). Mais ce n’est pas un arbre au sens biologique du terme, c’est un arbre de classification du vivant. Les scientifiques qui ont travaillé sur cette recherche du premier organisme ont trié leurs analyses sous la forme graphique d’un arbre. Il leur a semblé naturel de représenter le résultat de leurs recherches sous cette forme, car c’est une sorte d’évidence que de représenter ce type d’informations de cette manière. Nous sommes ici dans une logique de filiation et un élément de l’arbre ne peut pas exister sans au moins un géniteur. La notion d’un apport extérieur, qui serait totalement dé corrélé de l’ensemble lui-même, est difficilement envisageable, il y a forcément des points de connexions. Un enfant, dans le monde des hommes, a un père et une mère, ce qui nous permet de dessiner de beaux arbres généalogiques. D’après ces travaux, nous serions dans la branche des Eucaryotes où effectivement l’on trouve aussi les plantes, mais nous ne sommes pas issus de la branche des végétaux. Nous ne pouvons donc pas dire sérieusement que nous descendons, au sens de la filiation, des arbres.

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Figure 72 : Phylogénie à trois domaines[189]

Mais, mon propos n’est pas de savoir si nous sommes issus des arbres, mais bien de dire que nous descendons de l’arbre. Nous en descendons de manière discrète et subtile en permanence, à l’insu de notre plein gré, en quelque sorte, et nous ne faisons pas que d’en descendre, nous y montons aussi tout autant.

Pour éclaircir mon propos, je vais vous donner un exemple : imaginons que vous êtes chez vous, tranquillement installé, que vous lisez ce texte et qu’il vous faut vous arrêter pour vous rendre chez un ami. 

Voici un résumé de ce que pourraient être les différentes actions que vous allez réaliser.

Vous allez poser cet ouvrage, sortir de la pièce qui vous abritait, vous diriger vers la porte de sortie de votre demeure et parcourir une certaine distance pour rejoindre votre ami. Si votre ami vous attend chez lui, alors il va vous accueillir et vous faire passer la porte d’entrée de son logis, et vous allez, vous installerez dans une des pièces de son habitation.  

Vous serez descendu de votre arbre, et montez dans le sien. 

Attention, ici il n’est pas question de métaphore où j’assimilerais poétiquement une maison à un arbre, mais bien d’un ensemble de structures de types arbres interconnectés entre elles, pour former une structure arborescente d’un niveau supérieur.

Un arbre d’origine végétale se caractérise par un tronc avec des branches interconnectées et, en bout de branche, des feuilles ou des fruits. Logiquement, la structure de l’arbre ne présente pas de branches interconnectées plusieurs fois qui pourraient introduire des sortes de boucles. Une branche n’est connectée à la précédente que par un seul point d’attache. Il est donc possible de quitter une branche à un de ces points d’attache pour en parcourir une autre, mais en poursuivant cette progression dans l’arbre nous ne pouvons qu’arriver au terme d’une branche. Pour atteindre une autre fin de branches, il nous faut faire demi-tour ou bien sauter, comme l’écureuil, de branche en branche. Dans les arbres plus subtils qui nous entourent, des « Passerelles » nous permettent elles aussi de nous déplacer de branche en branche et des boucles sont alors possibles dans la structure.

Si je reprends l'exemple de la maison, avec une porte d’entrée qui va représenter le tronc, je peux facilement visualiser les pièces comme de simples feuilles d’un arbre où les branches sont les divers couloirs et escaliers qui en assurent la distribution. Bien sûr, un logement possède bien souvent des Passerelles, nous permettant d’arriver à certaines pièces, par plusieurs portes. Mais, lorsque vous vous déplacez de votre lieu de lecture vers l’extérieur, vous déambulez dans une structure arborescente. De même, votre maison est identifiée par un ensemble de paramètres qui sont tous de type englobant et peuvent être traduits par une représentation arborescente. 

Si je vous envoie un courrier d’une autre partie du globe, je vais indiquer sur mon enveloppe, votre pays (tronc), votre ville (branche), votre nom de rue (branche), votre numéro de maison (branche), votre nom (feuille). Vous remarquerez que généralement ces informations sont indiquées de haut en bas et que le fruit, c'est-à-dire votre nom, est placé en haut de l’enveloppe, ce qui est finalement logique. Votre adresse est une sorte d’arbre, dont vous êtes le fruit. L’enveloppe sera déposée dans la boite aux lettres de mon quartier, elle sera ensuite collectée par le bureau de poste de ma ville, puis elle sera acheminée au centre de tri du département qui la dirigera vers le pays concerné.

Ici, le tronc commun est la Terre où tous ces arbres, qu’ils soient de type végétal ou bien plus subtil, sont connectés d’une manière ou d’une autre. Nous avons nous-mêmes les pieds bien au sol et, en regardant bien notre corps, on peut entrevoir qu'il est lui aussi une sorte d’arbre.

Figure 73 : Squelette humain[190]

Dans l’ouvrage précédent,[191] je présente un certain nombre de systèmes arborescents et j’essaie de montrer le rapport existant entre notre système mémoriel et nos méthodes de communications. Je vous renvoie à sa lecture pour plus d’exemples. 

Dans autre chapitre, je propose aussi une sorte d’arbre, généré par nous en permanence, que l’on pourrait appeler l’arbre du sens. Cet arbre du sens qui se déploie en nous de manière automatique est une sorte de système récursif où la forme appelle un fond signifiant qui lui-même peut devenir une forme qui appellera un nouveau fond signifiant. Cette notion de récursivité est omniprésente dans le vivant, nous n’y prêtons pas attention et cela est devenu encore une fois une sorte d’Évidence. Nos actions sont, la plupart du temps, suivies d’une réaction qui va venir perturber l’action en cours. Cette perturbation requalifie automatiquement l’action qui va s’adapter pour répondre à la perturbation. Cette suite d’action et de réactions va perdurer jusqu’à la fin de l’action et parfois au-delà. Lorsque vous conduisez un vélo, ou une voiture, la totalité de votre trajet n’est qu’une suite d’action et de réaction qui régule[192] votre conduite. Un feu rouge vous fait freiner et stopper, le feu vert vous fait repartir. Une balle lancée en l’air rebondit sur le sol à plusieurs reprises avant de se stabiliser. On peut aussi parler des ricochets[193] réalisés en lançant une pierre plate de manière tangente à la surface de l’eau, chaque rebond participe à la réitération du nouveau rebond. Ces rebonds s’inscrivent dans un processus récursif, en physique on parle d’amortissement[194]

4.5.4.1.       Chemin de vie

Le meilleur moyen de parcourir un arbre est aussi d’utiliser une méthode récursive. Et pour illustrer ce point, nous allons faire un peu d’analyse et présenter quelques algorithmes.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/09/Baobab_and_elephant%2C_Tanzania.jpg/1920px-Baobab_and_elephant%2C_Tanzania.jpg

Figure 74 : Un Baobab[195]

Un arbre standard est une structure qui comporte quelques règles simples de déploiement :

1.    L’arbre a un point de départ unique.

2.    De ce point part une branche ou plusieurs.

3.    En tout point d’une branche peuvent partir d’autres branches

4.    Une feuille, un fruit, un bourgeon peuvent être placés à la fin d’une branche appelée queue, qui ne contient pas d’autre branche.

5.    Une branche ne se connecte pas dans une branche déjà attachée à une autre branche.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8f/Damson_plum_fruit.jpg

Figure 75 : Quetches (prunus domestica)[196]

Ces règles simples font : que si vous vous déplacez sur un arbre vous êtes continuellement sur une branche où vous pouvez rencontrer le départ d’autres branches. À chaque nouvelle rencontre, vous avez le choix de continuer votre chemin sur votre branche ou bien de poursuivre sur la nouvelle branche. Nous pouvons dire que ces connexions entre branches sont des nœuds. Une fin de branche peut contenir une feuille, un fruit, un bourgeon, ou bien rien. Même si tous les fruits, les feuilles ou les bourgeons ne sont pas au bout d’une mini branche appelée queue, nous considérerons qu’ils ne sont pas la branche, mais connectée à la branche.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/4e/Pear-flower-buds.jpg

Figure 76 : Bourgeon de poirier, attaché directement à une branche[197]

Avec le temps et pour faciliter la codification des portions d’un arbre, les branches ont été nommées différemment en fonction de leurs tailles respectives ou leurs positions par apport au point de départ et les extrémités. Une branchette, une brindille sont des petites branches terminales, le tronc est la partie attachée au point de départ…

Bien sûr, ceci est récursif et la structure d’une feuille est aussi une sorte d’arbre.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/27/Vein_sceleton_hydrangea_ies.jpg

Figure 77 : Ramification des nervures de feuilles[198]

Revenons à nos algorithmes. Le premier problème posé par ce type de structure est de savoir comment faire pour parcourir l’ensemble des branches de l’arbre sans rater un seul de ses fruits ou une de ses feuilles. Malgré l’apparente complexité de cette structure, il existe un algorithme très simple qui permet de le parcourir totalement sans encombre :

Lorsque je marche sur une branche, à chaque nœud rencontré, je rentre parcourir le nouvel élément et lorsque j’arrive à une fin, je repars en arrière (le nœud rencontré) pour continuer mon chemin où je l’avais quitté.

 

Cette proposition de parcours de l’arbre présente la particularité d’être applicable en tous points de l’arbre, et donc en toutes branches. Par contre si vous appliquez cette formule sur une branche quelconque de l’arbre vous ne pourrez pas revenir avant cette branche. Pour parcourir la totalité de l’arbre, il vous faut donc commencer au point de départ unique.

Cette promenade sur les branches de l’arbre va faire apparaitre quelques particularités :

·         Vous avez utilisé la même formule à chaque nœud de l’arbre (récursivité).

·         Vous venez de parcourir en réalité une boucle (chapitre (4.2.13)).

·         Vous être sortie et entrer de branche en branche un nombre égal de fois (chapitre (4.2.6)).

Nous sommes ici dans le monde physique et ce parcours linéaire est obligatoire, tant que vous êtes collé au support que représente la branche. Vous pouvez bien sûr aussi faire cette visite de l’arbre à la manière des écureuils et sauter de branche en branche. Mais si vous voulez scruter l’ensemble de l’arbre, la proposition précédente vous garantit une visite sans encombre.

4.5.4.2.       L’Arbre de la vie

Au quotidien, notre déplacement d’apparence linéaire est en réalité à l’image d’une sorte d’arbre sur lequel nous prenons des branches, des rues, des décisions. Nous ne sommes pas des écureuils, nous ne sautons pas magiquement d’un endroit vers un autre et quand bien même nous prenons un avion pour nous rendre dans un endroit éloigné, et bien ce trajet est lui aussi comme une sorte de « branche aérienne » qui nous emporte à destination, au fruit de notre désir qui nous attend (comme une queue de cerise) au bout du chemin. Cet arbre, de nos choix d’actions, peut avoir plusieurs interconnexions entre branches et la règle numéro 5 qui a été proposée un peu plus haut ne s’applique pas toujours. Il est donc possible de revenir à son point de départ par une autre route, mais cela ne change pas le fait que nos déplacements et nos actions s’inscrivent dans des déroulés de type récursif. Cette capacité de sauter de branche en branche nous permet d’emprunter des raccourcies, des ponts. Quelle que soit la logique de la route de retour, il y a un retour, et ce retour est en fait la fin de l’action. Des actions vont commencer, s’emboiter, se paralléliser et nous devrons les finir. La mort physique est au minimum la fin de l’action du corps. Une question : si nous avons beaucoup de choses en cours, en parallèle, dans le domaine de l’esprit du mental, au niveau de l’action physique cela est-il le cas. Je ne parle pas des choses que nous avons projeté de faire ou commencer de réaliser, mais de nos actions physiques au quotidien. À quels moments pouvons-nous réellement quitter une branche en dehors d’un nœud qui nous offre une dérivation ?

L’arbre est aussi présent dans les labyrinthes[199] qu’il soit physique ou psychique. Voici un graphique représentant le fameux labyrinthe de Chartres :

Figure 78 : Labyrinthe de Chartres[200]

Chaque nouveau retournement ou circonvolution du labyrinthe peut être vu comme une entrée sur une nouvelle branche. Ici, l’arbre est symétrique, car il faudra faire le même chemin dans l’autre sens de branche en branche. Par apport à l’entrée du labyrinthe, nous allons donc récurser de plus en plus dans la structure pour atteindre le bout de l’unique branche, et sortir de la structure ne pourra se faire qu'en retournant sur ses pas.

4.5.4.3.       Le Pont

Nous ne prêtons pas attention à ces ponts et passerelles qui nous permettent au quotidien de franchir des obstacles. Ils font partie du décor et leurs usages nous semblent des plus naturels. Pourtant, ils sont l’unique moyen mis à notre disposition pour étendre notre arbre de cheminement en permettant des interconnexions entre les branches. N’imaginer pas qu’il y en ait d’autres comme : l’avion, le train… Ils sont tous, à leurs manières, une adaptation du saut en longueur, pratiqué par nous autres les humains. Ce saut innocent, qui nous permet de passer un petit cours d’eau, un fossé, ou encore de sauter de branche en branche. Le Pont, qu’il soit physique ou virtuel, nous est indispensable, il nous permet le raccourcit, l’accès à des zones interdites. Contrairement au chemin qui se caractérise par deux bordures qui peuvent être invisibles lors de pratique hors-piste. Le Pont lui implique, par apport à nous, deux bords qui le qualifient. Quand vous êtes dans un avion, ces bords sont dans un premier temps la carlingue de l’avion qui vous abrite, et plus généralement la partie droite et gauche de l’avion qui décrit une courbe complexe dans le ciel. Si nous prenons un pont plus classique, comme un simple tronc posé entre les deux rives d’une rivière, et bien les deux bords sont les limites droite et gauche de ce tronc, et vous pouvez facilement imaginer que si le tronc est étroit, alors cette simple passerelle présente un danger. Parcourir une distance sur une étendue plane ne pose pas de problème particulier et vous pouvez tracer, à votre convenance, le plus jolie des labyrinthes linéaires pour vous rendre d’un point A, à un point B. Mais le Pont lui, ne se laisse pas dompter comme cela, et il vous impose de passer par lui à l’endroit où il se trouve. Un Pont possède : un lieu de départ, un lieu d’arrivée. Et il vous faudra vous rendre à ce lieu de départ. Ne pensez pas que vous allez pouvoir sauter où bon vous semble ce petit fossé, simplement pour me contredire, non, vous sauterez ce fossé qu’a un emplacement où votre énergie personnelle vous permettra d’effectuer cette action, un point c’est tout. Le pont a ses exigences et même s’il peut être naturel, comme un arbre tombé entre deux rives, il implique l’existence d’un départ et d’une arrivée. Une branche est aussi une sorte de Pont, mais qui possède un départ et simplement une fin, et lorsque vous arrivez à cette fin, seuls le retournement ou le stationnement sont possibles. Le nœud entre deux branches est aussi une sorte de pont, de lien, entre deux choses. Le pont est indispensable pour atteindre une zone isolée comme une île, ou encore : trouver une solution a un problème qui tarde à se faire connaitre.

4.5.4.4.       La porte

De tout temps, ces ponts, quelles que soient leurs natures, ont été gardés et protégés comme des choses précieuses. Un pont peut se cacher à vos yeux sous la forme d’un simple passage ouvert, comme, par exemple, un porche. Ce porche, pourtant, définit une limite, un seuil qui vous permet de passer dû dehors au-dedans et vice-versa. Ce seuil est très souvent fortement gardé par une porte qui en bloque le passage. Ce seuil[201] indique une limite, une frontière entre deux zones, en science on parle de l’effet de seuil[202] qui indique l’apparition d’un phénomène. Sortir de l’arbre par un pont est une sorte d’acte magique… qui aura des conséquences. Bien souvent, un fleuve sépare deux pays et les frontières sont alors établies sur les entrées du pont qui permettent de passer d’une rive à l’autre. Passer une porte est donc un acte qui vous propulse dans une nouvelle salle, un nouveau lieu, un Nouveau Monde. Vous êtes sortie du chemin pour prendre une nouvelle route, une zone neutre existe bien souvent entre le point d’entrée et le point de sortie du pont, vous êtes alors dans un « no man's land[203] ». Une fois les deux seuils passés, vous avez accès au contenu des informations de l’autre branche.

Une expérience amusante et simple permet de prendre conscience de cet effet de changement de branche lors du passage d’une simple porte : lorsque vous vous trouverez dans votre habitation, rendez-vous devant une porte de sortie (je sais que ce passage existe), à ce moment-là, arrêté de penser à vos histoires intérieures et soyez attentif à la portion de la pièce où vous vous trouvez. Ressentez le poids de votre corps et la pression de vos chaussures sur le sol. Capter la température de ce lieu en utilisant la surface de votre visage. Parcourrez du regard les murs de cette pièce et les différentes choses qui peuvent y être accrochées, la luminosité ambiante, la couleur des murs. Imprégnez-vous de cette atmosphère qui est la vôtre… Une fois que vous pensez être bien présent, ici et maintenant, conservez cette attention et dirigez-vous vers l’extérieur. Au moment même où votre corps va passer le seuil de votre porte, vous allez être transporté vers un ailleurs, tous vos référentiels précédents vont être modifiés simultanément et vous allez ressentir un passage de porte. Votre conscience va complètement commuter pour assurer le nouveau volume qui vient d’apparaitre. Je vous souhaite de ressentir cette commutation, pour ceux qui ne ressentiraient rien de spécial, qu’il essaie d’être plus présent et de ne pas chercher midi à quatorze heures. Cette prise de conscience est avant tout physique, c’est nos perceptions qui sont modifiées en masse lorsque le corps passe la porte.    

4.5.4.5.       Les interstices

On pourrait penser que les Ponts sont des choses faciles à repérer et que finalement l’histoire de la porte n’est qu’un type de pont comme un autre, avec une longueur entre rives de quelques centimètres seulement. Il nous semble Évident qu’un Pont doit avoir une certaine taille, alors tout le monde n’avait pas forcément assimilé une porte à un Pont. 

Pour ceux qui n’ont rien ressenti de spécial, je leur propose de se rendre dans leur cuisine et de se tenir devant la porte de leur frigidaire, dans le noir. De bien-être présent aux ressenties qu’ils peuvent expérimenter dans cette pièce où, logiquement, ils peuvent encore entendre quelques bruits et ressentir de la chaleur. Lorsque vous êtes bien présent dans ce lieu, ouvrer la porte du frigidaire et avancer votre tête dedans avec précautions, pour constater que vous venez de commuter, votre esprit n’est plus vraiment dans la pièce noire, mais devant un lieu lumineux aux mille et une couleurs.

Alors, pour ceux qui ont réussi à Vivre ce passage du dedans de chez eux au-dehors et qui ont perçu ce fort changement de ressentis qu’ils ignoraient superbement avant de faire l’expérience d’eux-mêmes, je propose une autre expérience.

Cette nouvelle expérience n’est pas dure à réaliser, mais elle demande plus d’attention que précédemment. Son objectif est de prendre conscience de la présence de mini Pont, appelé des interstices, qui se cachent devant vous et que vous ne voyez pas. Personnellement, j’ai pris conscience de leurs existences il y a quelques années, alors que je mangeais de la purée avec une fourchette et que j’étais très attentif à mes gestes. Ces minis Ponts sont très fréquents et il n’y a pas besoins de faire quelque chose de spécial pour les mettre en évidences. Donc, cette expérience peut être réalisée en pratiquant n’importe quelles activités, où il est possible d’être très attentifs à nos gestes. Je vous conseille donc d’éviter de faire cela au volant de votre voiture et de préférer observer vos gestes lorsque vous réalisez une action dans un environnement totalement sécurisé.

Pour obtenir rapidement l’apparition de ces interstices, il faut observer un geste en cours de réalisation et le suivre le plus longtemps possible. Par exemple, je prends de la purée avec ma fourchette et je suis très attentif à la remontée de ma fourchette vers ma bouche. Vous allez rapidement constater qu’il est très difficile de rester attentif à tous vos faits et gestes et vous pourrez observer des coupures, comme des sortes de séquence de cinéma. Votre montée de fourchette ne sera pas fluide et même si vous êtes attentif et super zen, il va arriver un moment où la fourchette va rentrer dans votre bouche, et hop : la conscience va faire une micro-commutation, pour assurer la nouvelle situation. Un autre exemple : vous taper au clavier de votre ordinateur, et hop, vous regarder l’écran, et hop, vous revenez à votre clavier, et hop, vous pensez à votre texte, et hop, vous regarder le clavier, et hop, vous regarder l’écran, et hop, votre main gauche viens gratter votre nez…. Une fois compris le truc, il est facile d’observer une bonne dizaine de coupures par minutes, un conseil ne chercher pas à ralentir vos gestes en les observant, car dans ce cas vous diminuez l’apparition des commutations.

Je ne peux pas faire cette expérience à votre place, je vous laisse donc la réaliser, si vous le souhaitez. Pour ceux qui désirent plus d’information, je les renvoie à la lecture du premier tome de cette série : au chapitre « Des trous dans la raquette » (3.12) où je présente d'autres manières d’observer ces interstices.

Voici un autre exemple de ces coupures discrètes : lorsque l’on regarde un film ce ne sont finalement que des images fixes qui se suivent, mais la conscience les fusionne entre elles et le mouvement apparait. Un film, c'est une suite d'images fixes : une image, une coupure invisible, une image, une coupure invisible, une image, une coupure invisible...

En fait, nous passons notre temps à commuter de branche en branche…

Pour rappel, un Pont possède une entrée et une sortie et une distance entre les deux. Alors, que peut-il bien y avoir dans un interstice, cette sorte de trou noir invisible qui séquence notre quotidien que nous croyons fluide alors qu’il est très séquentiel ?

Que se cache-t-il dans ce court passage d’une séquence à une autre ? Que contient cette faille de conscience ultra rapide entre deux séquences ?

4.5.4.6.       La commutation

Je ne sais pas si vous pourrez répondre aux questions posées à la fin du chapitre « Les interstices (4.5.4.5) », par contre vous pouvez constater en expérimentant votre propre conscience qu’il y a une commutation et que cette commutation s’observe justement à la suite d’un changement de point de vue, d’un passage. On peut aussi observer que cette commutation entraine une sorte d’oubli de la séquence d’avant, pour se focaliser sur la séquence présente. Cela s’explique assez facilement au niveau physique : votre conscience est issue des différentes perceptions qui s’expriment en temps réel. Lorsque vous êtes dans l’entrée de votre maison, vous n’êtes pas dehors. Lorsque vous ouvrez la porte de votre frigidaire, alors que vous vous trouvez dans une pièce plongée dans le noir, une lumière illumine votre décor et votre vision est sollicitée. Votre corps gère le temps réel, et vous croyez à ces informations parce que vous n’avez pas le choix, elles sont de l’ordre de l’Évidence. Nos différents sens physiques nous fournissent de l’information en temps réel, ici et maintenant, une information qui est traitée dans les meilleurs délais, sous la forme d’un feedback dans la conscience. Pourtant la séquence précédente, même si elle n’est plus présente réellement, est toujours là comme un présupposé, une Évidence. Même si le frigidaire éclaire la pièce et qu’il accapare vos sens : vous savez que vous êtes dans la cuisine. La cuisine vous encapsule, la maison vous encapsule, votre quartier vous encapsule… ainsi qu’une foultitude d’autres informations, comme votre sexe, la raison de votre présence devant ce frigidaire, etc. Vous êtes dans une branche de votre vie et d’autres branches, sur lesquelles vous êtes montées, font comme un écho, un bruit de fond en vous. Vous êtes entouré d’une forêt de présupposés divers, qui sont associés à une multitude de sujets différents et tous participent à vos croyances du moment. Il est Évident que derrière le mur de la pièce où vous vous trouvez actuellement, il y a quelque chose et que cette chose vous donne accès à une autre... 

4.5.4.7.       La rupture de séquence

Les séquences se suivent, nous donnant une impression d’un mouvement continu. Or, tout le monde a déjà expérimenté des coupures de séquences. Un exemple simple est celui du nom que nous avons au bout de la langue pour nommer une chose, mais qui nous résiste, et tarde à venir. Ou encore, de dire bonjour à un inconnu en pensant que c’était une de vos connaissances ? Et cette racine au ras du sol que vous aviez prise pour un corbeau…

Une chose apparait, nous voulons la nommer, mais cela ne vient pas… et sans raison le nom réapparait et nous voici libérés. Vous est-il déjà arrivé le matin d’ouvrir le placard à confiture à la place du frigidaire, pour prendre votre… ?

Que se passe-t-il à ce moment-là ? Nous sommes comme suspendus, en attente, dans un « no man’s land », si la situation perdure nous pouvons même avoir une émotion qui apparait, un petit énervement, un léger malaise, nous sommes dans une sorte de trou, souvent appréhendé comme un « trou de mémoire[204] » ... Nous sommes presque dans la même situation que celle qui se présente dans les mécanismes de « ruptures de patterns », qui sont utilisés pour réaliser des suggestions hypnotiques[205], afin de provoquer une transe rapide chez un sujet. C’est une chute en dehors du connu, là où nous n’avons plus de prise… Mais pourquoi chutons-nous[206] ? Nous sommes comme sur la mauvaise branche, quelque chose a rompu le cheminement qui paraissait Évident, entre le point A et le point B. l’Hypnotiseur va alors pouvoir insérer dans les présupposés de nouvelles instructions d’aiguillage, comme « Dors ! ». Une rupture de pattern classique consiste, par exemple, à modifier la trajectoire de votre main, lorsque vous la tendez à une connaissance, pour faire une classique poignée de main. Avant que les deux mains ne se rencontrent, vous saisissez la main de votre interlocuteur à l’envers et vous porter sa main vers son visage en lui disant « Dors ! »[207]. Le décor virtuel a été modifié par l’Hypnotiseur qui a pu, grâce à cet artifice, ré-encapsuler son sujet dans un sommeil. Finalement, quel est le nombre d’encapsulations possibles sans risque de trouble ou d’erreur d’appréciation ? Ces encapsulations étant vues comme des Évidences, elles ne seront pas remises en question par notre mental qui pourra alors se trouver berné.

 

D’autres types de ruptures de séquences plus basiques existent aussi, si vous vous rappelez l’histoire du trou dans le mur d’un chapitre précédent, lors de son écriture j’avais pris la peine d’encapsuler des histoires les unes dans les autres et j’avais aussi pris la peine de les dépiler dans l’autre sens, pour revenir à mon point de départ. Or, au quotidien, il arrive fréquemment que cette symétrie des encapsulations et décapsulations ne soit pas respectée ou tout simplement pas possible. Par exemple, il arrive fréquemment que vous vous posiez une question sans réponse : il vous est impossible de vous rappeler le nom de cette personne, et un peu plus tard la réponse arrive en dehors de sa séquence de dé-encapsulation, malheureusement cette information n’est plus utile. Ici, vous avez de la chance, car la question n’était certainement pas très importante, mais certaines questions posées peuvent perdurer très longtemps, car le système continue de les maintenir, parfois en posant de nouvelles questions métaphoriques. Un grand nombre de nos problèmes psychologiques sont des questions sans réponses, posées lors de notre enfance (ou avant), et qui cherchent encore la sortie. Mes parents m’aiment-ils ? Pourquoi mon frère ou ma sœur ont-ils ce jouet et pas moi ?

Il y a aussi les séquences qui n’ont pas pu trouver leurs places au bon moment et qui essaient de se placer plus tard : vous continuez mentalement une conversion du matin avec un interlocuteur virtuel.

Une séquence incongrue vient d’être activée : votre ami vient de perturber votre structure interne en vous disant une ânerie, et vous essayez par tous les moyens de stabiliser cette structure en réfutant l’ânerie. 

Vous avez pris une passerelle et malheureusement vous tournez en rond, vous ressassez toujours la même histoire dans votre esprit : il faut que je vide la poubelle… il faut que je vide la poubelle… 

4.5.4.8.       L’encapsulation

Se trouver sur une branche, c’est aussi être encapsulé par cette branche. Ceci est bien sûr une métaphore et en réalité, chaque nouvelle séquence qui se présente à nous et à laquelle nous participons nous encapsule. Dans la petite expérience à réaliser (chapitre. 4.5.4.6), nous sommes passés de la capsule de notre couloir d’entrée à la capsule de dehors. En fait, nous passons en permanence de capsule en capsule, avec pour chacune d’elle des caractéristiques qui lui sont propres. Ce sont ces commutations de capsules, en capsules, qui séquencent notre cheminement. Il y a deux types d’encapsulations de base : l’entrée dans une capsule en étant toujours dans la capsule précédente et le passage de capsule en capsule. Lorsque vous êtes « dans la Lune », vous êtes dans une capsule et vous en traversez plusieurs, souvent, sans même vous en rendre compte.

Qui n’a pas vécu cet exemple classique de se retrouver quelque part, sans trop savoir comment il y est arrivé. Vous commencez à rêvasser au volant de votre voiture et vous loupez votre sortie, quelques kilomètres plus loin le décor ne vous est pas familier et vous êtes perdu. Vous participez à une conférence et des idées s’imposes à votre esprit, ces idées forment une capsule autour de vous, que vous enrichissez d’une rêvasserie en rapport, vous êtes sortie de votre capsule par le bruit des applaudissements, qui vous ramène à la capsule de la conférence. La cerise est une sorte de capsule créée et placée en bout de branche par le cerisier, elle contient la pulpe du fruit et son noyau.

Il est possible d’être encapsulé plusieurs fois, mais vous vivez dans le décor associé aux paramètres de la dernière capsule.     

On pourrait croire que certaines capsules sont de l’ordre de l’imaginaire et que finalement elles n’ont pas d’impact sur nous. Dans le petit exercice d’équilibre, proposé au chapitre « Les appuis ne sont pas que de nature physique (4.4.1) », nous avons expérimenté que nos sens, tels que la vue ou l’ouïe, étaient des appuis pour notre corps, alors qu’il n’y avait pas de contact physique. Il est aussi facile d’expérimenter que notre imaginaire est lui aussi un appui et qu’il peut être pris en compte par notre système, pour améliorer notre équilibre.

Si vous reprenez l’exercice précédent, nous pouvons aller un peu plus loin dans l’expérience. Une fois en équilibre, oreilles et yeux fermés, imaginez que vous êtes dans une situation stable, comme dans votre lit ou bien assis sur une chaise. Créer en vous une capsule imaginaire qui va vous servir de décor en lieu et place de ce noir visuel et de ce silence forcé. Expérimenter, chercher, encapsuler vous dans différents décors virtuels et constater les résultats obtenus, avec tel ou tel décor. Inversement, racontez-vous des histoires d’échec, nourrissez des peurs, et constatez le résultat sur l’état de votre équilibre qui vous permet un feedback presque immédiat. Si vous en avez la capacité, faite taire le mental, ne produisez plus d’imaginaire, ignorez même ce qui semble être un équilibre, ne nourrissez pas votre déséquilibre, éviter la résonnance : physique / mental, et laisser le corps agir à votre place, il est tout à fait capable de tenir sur un pied sans votre activité mentale.

Nos perceptions nous imposent un décor, formé par un ensemble de stimuli qui prennent corps, et ce décor change, nous entrainant avec lui. Mais si nous ne sommes pas le décor pourquoi changeons-nous ? Il nous entraine de scène en scène et à chaque nouvelle encapsulation nous jouons notre rôle en résonnance avec lui. Nous formons un corps aux limites étranges.  

 

La cerise tombe sur le sol et elle libère son noyau, dans la terre fertile, produite avec les feuilles du cerisier, la croissance se poursuit, et une structure devient visible, tout comme poussent de nouvelles branches sur l’Arbre, en perpétuelle croissance. Pourtant, pour notre mental une limite apparait entre l’Arbre et cette nouvelle excroissance, qui a comme nœud le sol, au pied de la structure qui l'a laissée se déposer là. Une rupture nous apparait entre l’Arbre et l’Arbre, une limite virtuelle composée d’un concept[208] vient de se mettre en place. Le mot, en nous, a été plus fort que le créateur de cette excroissance, l'arbre, et il vient de perdre tout droit sur cette portion de lui-même.

 

Je ne suis moi-même qu’une récursion de l’arbre des filiations. Je suis une excroissance, un pattern signifiant. Cette saisie du réel, par séparation du tout en partie, n’est que le fait de notre façon d’appréhender le tout, qui nous contient de fait. Mais, il n’y a aucun néant, nulle part (pas de partie), qui validerait une réelle séparation. L’usage des mots sépare le tout en parties, mais cette séparation n’est qu’une sorte d’illusion.

 

Reprenons l’histoire de cette bouteille qui serait à moitié vide ou à moitié pleine ? Évoqué dans un autre chapitre[209]. Il est évident ici que nous avons simplement une chose unique avec deux points de vue différents. Mais c’est aussi une sorte d’encapsulation récursive ou nous trouvons :

 

1.    la bouteille

2.    à moitié

3.    vide ou pleine

 

Au niveau 1 de la capsule : « la bouteille », son contenu ne nous intéresse pas, mais nous fournit une forme qui a une limite.

Au niveau 2 une nouvelle capsule : « à moitié », il n’y a pas encore de question, mais juste un qualifiant définissant une limite de contenue.

Au niveau 3 une nouvelle capsule : « vide ou pleine » qui propose un paradoxe et dont la limite n’est pas encore fixée. Ce choix est virtuel, car ils sont tous les deux identiques dans le contexte de la capsule où ils s’expriment. Mais dans d’autres contextes, vide et plein s’opposent.

Tout à l’heure, j’étais dans mon salon et je jouais de la flute à bec, j’étais dans mon truc et en même temps je me sentais légèrement bizarre, pas à laisse, cette sensation m’a fait émerger une prise de conscience…

Clairement, j’avais le sentiment que je ne devais pas à jouer de la flute à cette heure de la journée ? Mais pourquoi ? Bien sûr, aussitôt une liste des choses permises à cette heure et dans le contexte de ma situation est arrivée à ma conscience, comme une solution sous-entendue à ma sensation psychologique… Mais techniquement, ici et maintenant, rien ni personne ne m’interdisait de jouer de la flute, objet de mon Inspiration du moment… j’étais seul et sans contrainte apparente, mais en définitive faussement libre, le reste de la planète était occupé à ses affaires et cela m’impactait de diverses façons ai-je le droit de jouer de la flute alors que ?

 

Je venais simplement de ressentir, de façon concrète, une partie des liens invisibles que le rêve me présente de diverses manières, pour m’empêcher de vivre pleinement, au quotidien, mon Inspiration… Une grande partie de ces liens ont peut-être un sens, ils me fournissent les éléments d’une « vigilance nécessaire pour rectifier si besoin est une situation ». Nous sommes dans une logique de rapport, et certaines informations sont bien concrètes, mais d’autres ne sont que des chimères qui font pression au quotidien. En fait, ces liens fabriquent comme une structure englobante, une coque, une capsule, qui nous dirigent au quotidien « à l’insu de notre plein gré », nous projetant dans une sorte de rêve éveillé avec des règles propres à la structure de ce rêve. La capsule qu’ils forment de manière invisible autour de nous est comme une prison invisible au mur psychoactif.

 

Suivre son Inspiration demande alors des lâcher-prises importants qu’il faut, pour certains, appréhendés avant même que de pouvoir les réaliser. On ne peut lâcher que ce qui est tenu… voir une chose qui nous tient c’est d’une certaine manière la tenir… encore faut-il la voir, ou l’entendre, ou la sentir, ou toutes autres choses… être au-delà du rêve qui nous encapsule, c’est voir le rêve ou l’avoir vue, pour ce qu’il est, l’expérience, de l’ordre du vécu, me montre qu’il est bien plus large qu’il n’y parait. Et voir autrement, c’est simplement changer son point de vue.

 

Le substrat sur lequel nous évoluons me semble actuellement être fait de la même nature que le rêve, peut-être peut-on parler pour ce substrat du Rêve. Mais, quel est ce Rêve, ou commence-t-il ? Ce qui me fait, et finalement ce que je suis, n’est pas que de l’ordre du physique ou du mental, mais plutôt de l’ordre du programme[210] et ce programme est fait pour rêver. Aussitôt que le programme est auto activé à travers quelque chose, il commence par créer un cadre dans lequel va se dérouler l’action, il définit des lieux, mets en place des éléments de décor et commence à donner du sens : une histoire apparait. Le programme tourne sur lui-même et « existe alors sous la forme d’un rêve », à travers cette boucle qu’il a lui-même provoquée. Les rêves s’emboitent alors, les uns dans les autres, comme des couches d’oignons et l’incarnation se réalise. Il y a un lien entre le Rêve et la Vie qui sont finalement la même chose… Le programme n’est pas visible, mais il se déploie dans tous les sens et toutes les dimensions, seul est visible ce qui s’Incarne. Être au-delà du rêve c’est être dans le Rêve...

 

On peut décoder tout ceci et jouer avec le programme, pour se positionner dans le rêve en fonction du point de vue que l’on en a, ce que je viens de faire d’une certaine manière.

 

Mais bon, tout ceci n’est encore qu’un nouveau rêve qui vient de se déployer… à partir de ce texte et de mes chimères. Sortir du rêve peut passer par l’expérience du vécu par le corps, comme raconté plus haut : « je me sentais légèrement mal à laisse » ce qui a provoqué une « prise de conscience » (une saisie du vécu) éclairante et non pas une analyse intellectuelle.

La Vie se Vie, elle ne se raconte pas sinon c’est de la fiction.

La Vie est Ici et Maintenant et c’est à Vivre

 

Qu’elle est ce jeu d’écritures qui se déploie ici, sinon un jeu de miroir : Je plonge dans mon texte, Je m’y lie, je résonne à certains de mes dits, j’y raisonne, j’écris pour stabiliser la vague, je me lie, je me relie… en fait, je me regarde sur la page noircie de l’écran à travers mon moi trouver dans ces dits… et je m’y projette en écho… cela décrit une sorte de noyade !

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2e/Jeu_de_miroir_%282210455796%29.jpg?uselang=fr

Figure 79 : Jeux de miroir[211]

La Vie Fonctionnelle ou le réel devant nous, et la vie fictive ou le rêve qui se déploie en nous et se place devant nous, voilant le réel… Mais qui a déjà vu le réel ? Métaphoriquement, dans un ordinateur le réel n’est pas visible, il est stocké dans des composants, ils ne servent qu’à produire l’image sur l’écran (rêve).

 

D’où je suis, voir le rêve : c’est être dedans pour le voir, là : un rêve en cache un autre, comme une sorte de système fractale. Plusieurs fois, je suis sorti de mon rêve éveillé, de ma vie du moment[212], le voile à ce moment-là est tombé, comme au petit matin où l’on sort aussi d’un rêve. Mais, c’est un nouveau rêve qui s’est dévoilé pour voir l’ancien. D’où je suis, de réveil en réveil, je vois alors, le rêve du rêve et sa suite de rêves ou de voiles…

Le soir au coucher, j’aime jouer à contrarier mes rêves naissants, pour admirer avec quelle aisance, ils se reconstruisent pour « survivre » et me prendre à leurs jeux enlaçants. En général, ils ont le dernier mot… si j’insiste, ils m’abandonnent…    

Avons-nous une capsule de référence ?

Y a-t-il une branche sur laquelle nous retournons régulièrement ?

 

Un endroit qui nous permettrait de nous isoler et de « remettre les pendules à l’heure », de récupérer. Sur cet arbre de notre cheminement, qui a plus la forme d’un fil aux circonvolutions labyrinthiques, comment pourrait-il y avoir une capsule de référence. Ou bien cette capsule n’est pas un lieu, mais un état, qui nous est loisible de retrouver, comme ces états racines que sont la gaîté, la joie, le bonheur… Malheureusement, le décor de la branche où nous sommes vient interférer avec ces états et bien souvent les conditionne.

4.5.4.9.       L’inconscient

Une de mes premières contributions a été l’écriture en 1993 du logiciel PV3D[213], un modeleur de scènes en trois dimensions (4 avec l’animation), pour le logiciel de raytracing[214] Persistence Of Vision[215]. Ce logiciel a connu un certain succès à sa sortie. Il permet de construire et d’animer à partir d’un éditeur totalement graphique des scènes dites en 3D. Il remplaçait à l’époque, pour la première fois, l’écriture de longs fichiers textes contenant la description des formes et de la scène. Ce logiciel étant dans le domaine public, il a fait l’objet de nombreuses publications.

               

Figure 80 : PV3D[216]

Voici quelques images que j’ai réalisées à l’époque avec le logiciel.

 

 

 

Figure 81 : Des images réalisées avec PV3D

Ces images générées à partir du logiciel sont des sortes « d’hologrammes », créés à partir d’équations mathématiques et de données, qui n’ont rien à voir, en termes de formes et de structures, avec ce qui est perçu, ce qui est affiché sur l’écran. Ces images sont construites dans une logique de vision directe, où la caméra simule les yeux de celui qui regarde. Il était possible de les animer pour faire des mondes virtuels[217].

 

Les images que j’ai mises en exemple contiennent une information symbolique, qu’à l’époque je ne connaissais pas, et sur laquelle je tourne en spirale depuis des décennies, et certainement bien avant sans le savoir. Bien sûr, elles reprennent des images courantes de nos traditions, mais pas seulement… Quelque chose voulait qu’elles s’incarnent… peut-on parler du Soi…

 

Nous retrouvons ici encore un processus récursif :

 

·         Pour que ces images apparaissent, il a fallu au préalable écrire un logiciel permettant leurs incarnations ?

·         Pour que ce logiciel apparaisse, il a fallu au préalable que j’apparaisse, pour permettre son incarnation ?

·         Etc.

 

Où est l’Esprit, qui a désiré l’incarnation de ces images, et pourquoi ce cheminement s’y complexe : écrire un générateur d’Univers, pour juste faire quelques images ?

 

Il y a l’Esprit qui veut incarner quelque chose et l’outil, qui permet l’incarnation dans un environnement adapté. Lorsque j’ai fait le logiciel, je n’avais pas en tête qu’il allait permettre l’incarnation de ces images, qui par ailleurs se sont aussi incarnées sous d’autres formes à travers d’autres outils. Des outils, qui ont eux aussi été réalisés sans intentions de produire ces visuels. Ce qui me laisse penser que le logiciel en réalité a été écrit pour qu'ils apparaissent. L’Esprit a fait s’incarner l’outil qui a permis l’image.

 

Tout cela pour dire que tout ce qui est vu n’est pas forcément le réel, mais simplement une représentation, une sorte d’hologramme d’une chose plus profonde, cachée, inaccessible pour le mental.

 

Je n’ai pas l’information qui me permettrait de dire qu’il y a une logique d’incarnation du minéral, vers le végétal, puis vers l’humain[218]. Par contre sans informations et volonté préalables il n’y a pas d’incarnations. Et l’information d’origine n’est pas forcément une copie conforme de ce qui est vu par un observateur.

 

Je suis pris par mes cogitations, qui sont elles-mêmes un processus d’éveil, qui produit ce que je constate : Quelle est ma racine, quelle est sa logique, comment ça marche ?

 

J’ai remarqué qu’il suffit que je me pose des questions, ou qu’un besoin soit présent, pour que des choses s’organisent… il suffit d’être dans le mouvement pour que la vie s’écoule. La notion d’hologramme est plus large que simplement une image visible en 3D à travers un système qui lui donne vie.

 

·         L’hologramme est le résultat du traitement d’une information par un système, qui va la rendre intelligible pour lui-même.

·         Il y a une information, qui va être représentée sous la forme d’un hologramme par le système, pour le système (coloration).  

·         Le système intègre la mécanique, qui va lui permettre d’appréhender l’information, et de produire son hologramme.

·         Chaque système possède sa propre mécanique, pour faire son hologramme, basé sur l’information et sa loi d’action.

·         Une information traitée, par un système, pour ce système.

·         Le système peut être lui-même un hologramme généré par un autre système.

·         Le corps et l’esprit sont un hologramme d’un système qui a rendu intelligible, pour lui, l’information qu’il représente sous cette forme.

·         L’hologramme que je suis produit des hologrammes pour se représenter l’information… ce texte est un hologramme.

·         L’information semble en dehors du système, mais elle est véhiculée par la récursivité des hologrammes.

 

L’information provient de l’Origine et elle intègre en elle-même le mécanisme qui lui permet de se représenter à elle-même ce qu’elle est.

 

L’interférence c’est le Matériau qui est utilisé pour produire l’hologramme par le système (ici le verbe), et tout ceci étant en boucle, produire un hologramme c’est aussi modifier la représentation de l’information. C’est une sorte de fractale qui reproduit le même motif informatif, mais en le mutant en fonction de la nature de l'air du temps, tout en conservant son autonomie. L’information, le système et l’hologramme ne font qu’un, et tout ceci interagit de manière autonome, de manière fractale.

 

Le système-hologramme veut revenir à l’« information première » pour se stabiliser, et il le fait en se retournant vers la source de ses mutations. Il espère retrouver l’information Unique, l’Origine d’avant les interférences. L’hologramme contient « sa propre loi d'action », qui est une mutation continuelle de La Loi d’Action d’origine.

 

« Mieux vaut pour chacun sa propre loi d’action, même imparfaite, que la loi d’autrui, même bien appliquée.[219]»

 

Les mutations de la Loi chez soi ne sont pas forcément compatibles avec le type de mutations chez un autre, un chat ne s’accouple pas avec un chien. Mais plus le chat et le chien mutent à rebours vers la source Unique, plus ils sont semblables…

 

J’aime bien faire la cuisine sans pensée, mais en observant simplement mes faits et gestes (c’est un truc comme un autre). Le corps travaille et fait preuve d’initiatives non attendues, il y a comme une optimisation des gestes, et ce déroulé automatique surprenant, cette suite d’arabesques opératives fait s’échapper une pensée d’étonnement de l’observateur. Elle n’est pas, pour le « comment faire », mais pour commenter le faire, un peu comme un spectateur qui applaudie, pour signifier sa surprise et sa joie à l’artiste. Et le corps continu son ballet, entre les quatre murs de la cuisine… Une intelligence est à l’œuvre, surprenante.

 

Et qui se ressemble s’assemble...

4.5.4.10.    La résonnance

J’entends par résonnance physique / mentale, énoncée dans un autre chapitre[220], le phénomène suivant : aussitôt que le corps émet un signe de déséquilibre, le mental s’en empare et provoque une régulation du physique. Cette régulation, si elle est incorrecte, comme lors du déploiement d’une peur irrationnelle, peut provoquer l’émission d’une nouvelle alerte par le physique qui n’avait pas besoin de ce coup de pouce. Une résonnance s’installe alors entre le mental, qui prend peur, et le physique qui essaie de garder l’équilibre et en informe le mental. Vous êtes entrée dans une boucle de type effet Larsen[221], déjà décrite dans un chapitre précédent : « Le monde n’est pas dehors (4.2.4) ».

 

 

Accorder, c’est ne faire qu’UN de DEUX. Étant la Vie je suis déjà UN, où est le Deux… il s’exprime ici et maintenant et se demande s’il a raison d’écrire ceci… et cette raisonnance (résonnance) provoque la discorde.

 

Vous avez nourri une boucle de rétroaction qui est un phénomène récursif, et ce phénomène est comme une suite infinie d’encapsulation qui vous sature et vous fait chuter. C’est très proche de l’effet boule de neige. L’effet Larsen est un phénomène qui se déploie à l’infinie[222] et qui peut dans certains cas détruire l’appareil où c’est activé la boucle, il est donc nécessaire de prévoir une échappatoire. Dans l’exemple du chapitre précédent l’échappatoire par défaut c’est d’arrêter l’équilibre, par une chute ou l’ajout d’un nouveau point d’appui. Le mieux étant de ne pas entrer dans la boucle et de traiter la première alerte de façon à ne pas la nourrir. Ici, chacun doit expérimenter par lui-même la technique qui lui convient. Il existe autant de propositions de pratiques de centrage du corps et de l’esprit, basé souvent sur différent type de silences intérieurs, que de tradition[223]

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b2/Amur_Falcon_female.jpg

Figure 82 : Faucon exécutant le Vol du Saint-Esprit[224]

Il est facile, avec ce genre d’exercice simple et un peu d’attention, de constater les phénomènes physiques qui nous soumettent. Il est aussi facile de faire des analogies avec des situations qui leur ressemblent et qui finalement sont très similaires. Par exemple, si vous projetez de réaliser une action et qu’elle représente pour vous une sorte de chose difficile à mettre en place, ceci vous place dans une sorte d’équilibre instable. Si alors vous nourrissez diverses peurs, associées à cette projection, vous risquez de partir en boucle, et de saturer votre esprit de questionnements qui se nourriront les uns les autres. Ce projet risque de devenir un véritable enfer(mement), car vous êtes entrée par l’esprit dans une boucle récursive de réflexion. Ne perdez pas de vue qu’une question appelle une réponse et que certaines réponses reformulent automatiquement une question. Il existe aussi des questions sans réponses, qui nous affligent pourtant de leur désir d’être honorées à tout prix et se reformulent, encore et encore, comme ces situations impossibles, ces traumatismes, où le détenteur de la réponse n’est plus, mais la question elle demeure.

N’interférez pas !

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f1/Interferenz.jpg/1024px-Interferenz.jpg

Figure 83 : Interférence d’ondes circulaires émise par deux sources voisines[225]

4.5.4.11.    Donner du sens

Il nous semble parfois que la manifestation, dans son ensemble, participe à sa manière à cette illusion où cette même illusion nourrit l’illusion… Si je donne du sens aux choses, je m’encapsule et je rentre dans mon rêve, résonance du décor et de mes affects, je suis dans mon illusion personnelle, ma rêvasserie, mes croyances… mais bizarrement, la manifestation semble nourrir ce rêve personnel en nous apportant des synchronicités[226], des coïncidences[227] plus ou moins fortes. Si je me laisse prendre aux jeux des signes, alors le processus s’accélère, un peu comme en hypnose où je vais rentrer de plus en plus profondément dans ma transe. Arrivée à une sorte de paroxysme, la manifestation sera comme en symbiose avec ce rêve intérieur, chaque événement s’inscrira comme un élément moteur du rêve qui lui se déroule à l’intérieur. La limite entre les deux mondes s’efface et certains parleront alors de folie douce, et d’autres de numineux[228]. Mais comment expliquer l’arrivée ou l’apparition concrète, dans la manifestation (hors de notre rêve logiquement), d’éléments réellement en rapport avec ce rêve intérieur ? Il est possible de démonter par la raison certaines de ces coïncidences, afin de répondre à ce questionnement. Un ensemble de mécanismes basé sur les statistiques et le bon sens est proposé par Georges Charpak et Henri Broch dans leur livre « Devenez sorciers, devenez savants »[229]. Mais, j’ai vécu certaines coïncidences, qui sont pour moi définitivement non raisonnables et qui ne peuvent pas être statistiquement le seul fruit du hasard. Elles me semblent bien être liées à une autre dimension, une logique supérieure.

Métaphoriquement, plus je vais donner du sens et plus je vais donner une direction, je vais faire apparaitre une sorte d’énergie (la direction, le vecteur, la flèche…) qui mettra en marche la roue du tourniquet. Certains disent que « La roue tourne, mais que le Centre du Moyeu ne cesse d’être immobile…[230] », c’est une jolie métaphore qui fait apparaitre un mystère : le moyeu est effectivement le centre de la roue, mais ce moyeu est lui-même lié à un appui. Le centre du tourniquet est en appui sur un axe, qui lui-même est lié, d’une manière ou d’une autre, à la Terre, où il se doit d’être dans un rapport particulier. Sur cette sphère où nous nous trouvons, cet appui est perpendiculaire au tourniquet. Une roue est généralement perpendiculaire à son axe, pour un fonctionnement idéal. En tout point du globe les tourniquets seront dans ce rapport et leurs axes pointent vers le même point, le centre de la Terre, qui est le point immobile unique de tous ces tourniquets. Bien sûr, ce point immobile est lui-même mobile par apport au point immobile du Soleil, qui lui-même, etc. Les points immobiles seraient-ils liés entre eux ? Mais alors, où est le centre immobile des centres immobiles ? Si je prends un gyroscope et que je me contente de le faire tourner, il va automatiquement créer une sorte de point immobile qui n’existait pas quelques instants auparavant… Ce point immobile semble lié d’une manière mystérieuse à la roue en mouvement du gyroscope… Inversement, si je place un Obélisque[231] au milieu d'une place (lui-même, formant une droite avec le centre de la Terre), il devient un axe immobile et l'on tourne autour naturellement… nous sommes ici encore dans une sorte d’arbre récursif…

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/de/Ob%C3%A9lisque_de_Louxor..jpg?uselang=fr

Figure 84 : Les deux systèmes en présence ici à Paris[232]

Les signes, du Petit Poucet au fil d’Ariane, sont posés par eux-mêmes pour retrouver leur chemin, ils en sont la source. Les signes sur le chemin sont reconnus par nous-mêmes, par résonnance, par réflexion, ou tout autre moyen, dont nous sommes la source. Si le signe posé volontairement ou non par un autre résonne en moi, peut-être qu'alors : cet autre n’en est pas un… nous avons au moins ce signe en commun… ce signe qui nous lie…

Nous sommes de fait tous reliés à la Vie que nous sommes… nous sommes alors, d’une certaine manière, à l’origine de ces signes…

Lorsque je fais mes courses je recherche, caché dans les rayons du magasin, mes aliments, ceux qui me correspondent, ceux que j’apprécie, ceux qui me signe, en fait : du moi en devenir… ou bien du moi tout court…

Des artistes, de toutes époques, ont posé une multitude de signes, volontairement ou non et inexorablement : ils attireront ceux qui résonnent à leur vue. Ce qui est cocasse : c’est que visiblement nous ne sommes parfois que les porteurs de valise de ces lumières qui alors d’une certaine manière se joue de nous. Nous pensons parler d’une chose et c’en est une autre, cachée à l’intérieur, comme la chimère dans la feuille, que nous véhiculons… Comme Zeus qui se transforme en cygne pour séduire Léda… Plus énorme encore est le nombre de ceux qui ne se connaissant pas, sont pourtant reliés ensemble par ces signes posés là et qui peuvent à l’occasion, à travers eux, leur permettre de se reconnaitre.  

Un signe incarne une certaine lumière, une faible lueur, perdu dans le noir des ténèbres qui l’entoure…

Mais, cette faible lueur, aussi faible qu’elle puisse être est aussi comme un phare qui indique le port aux navires perdus au milieu de la tempête.  

Et, ne nous trompons pas, cette faible lueur est alors ce qui relie tous ces navires qui n’ont pas encore sombré, formant comme un cercle invisible aux contours sinueux.

Ils ne sont déjà plus vraiment perdus, un espoir a commencé à naitre au cœur de chacun, nourri par cette simple lueur.  

Malgré leur position inconfortable, perdue au milieu des vagues, voués à une perdition qui se voulait certaine, vient de naitre au plus profond d’eux-mêmes un espoir.

Un simple point au loin qui change tout et qui rayonne maintenant en leur être...

Chacun de ces rayons, partant de ce simple point, cette faible lueur, touchant un navire à la dérive va le ramener à elle, comme avec une corde invisible, mais une corde sure et bien réelle.

Et chaque nouveau navire, qui rentrera sain et sauf au port, alimentera de son rayonnement intérieur activé cette lueur qui deviendra un Soleil.

Un Soleil d’Amour qui éclairera de plus en plus fortement ces ténèbres...

Faire silence en soit et disparaitre pour apparaitre… il y a toujours pour la raison quelque chose derrière la chose… arrivée a rien… source du reste… il faut bien mettre quelque chose… mais on oublie que la raison, raisonne, et qu’elle utilise pour raisonner des mots qui eux décrivent des choses… alors il y a un bug…

4.5.4.12.    Le rêve

J’ai beau observer, je ne vois « qu’un rêve » qui se déploie dans toutes les directions.

Être au-delà du jeu de ce rêve ?

Je suis issu de ce rêve… il est mon substrat, et je le constitue : si je donne du sens, alors j’accélère le rêve en le pénétrant, si je ne donne pas de sens, alors je suis rêvé, ou éveillé au rêve qui me rêve…

Les choses sont ce qu’elles sont, avec ou sans notion… le rêveur est l’éveillé… le bon ou le mauvais côté… avec ou sans notion… ce sont des sortes de dualités…    

Nous pouvons jouer avec l’illusion, dans les limites de ses règles, être rêve et en même temps joueurs du Rêve, pour être Rêve…  

Le rêve se déploie en couches successives, chaque couche générant ou entretenant la suivante (dans toutes les directions). Métaphoriquement, je suis entre deux couches, et je peux jouer avec.

Rester dans une des couches, et observer la suivante, ou même l’entretenir, c’est jouer avec le rêve (comme dans un rêve lucide), et le diriger. Un peu comme lorsque l’on fait une blague à un ami en lui racontant une histoire pour le piéger, et le faire rire.

 

Savoir qu’il y a toujours une couche, avant ce contenu, où je suis, et y retourner, c'est s’éveiller, et constater le rêve de la couche d’où l’on vient (comme au matin, au sortir d’un rêve). Un peu comme le héros de théâtre, qui sortant de scène, quitte son rôle de chevalier, et retourne à son rêve d’être acteur.    

Le rêve du sommeil de ma nuit, ou le rêve de ma veille du jour ne sont pas très différents. Ils s’adaptent simplement aux règles limitatives du milieu, où se situe l’action. Mais ils utilisent les mêmes mécanismes, et le rêveur, qui rêve, peut constater son rêve (2) de son rêve (1). Le rêveur, s’il a les clefs des rêves, peut alors sauter d’un rêve à l’autre : il est rêve, qui rêve ses rêves… Mais l’encapsulation est très rapide, et même en étant vigilant, rapidement, tel est pris, qui croyait prendre, et l’oubli du rêve d’origine nous laisse dans le rêve du moment…  

Toutes actions nous projettent dans un rêve de notre rêve, et le jeu, puisqu’il faut bien être ce que nous sommes c’est peut-être alors tout simplement : de générer par le rêve, le meilleur des rêves, pour le rêveur… ; ou de laisser faire le rêve qui nous rêve, car le rêve ne veut pas perdre le rêveur qui le constitue...

 

Je suis le rêve, m’utilisant comme rêve, pour être rêve…

 

Comment sortir de ce que nous sommes ?

4.5.5.               Le scribe

Nous passons notre temps à dire des choses comme : « moi je », « je suis ceci », « je suis cela »… et il nous semble évident que c’est nous qui faisons ce commentaire en parlant de nous.

Moi je prétends que tout ceci n’est que l’œuvre d’un scribe qui nous accompagne et passe son temps à annoter ce que le vrai Ludovic réalise. Ceci est un peu complexe à démontrer, car ici les mots sont nos ennemis et très rapidement tout ceci va devenir difficile à suivre. Mais bon, tentons l’aventure…

Par exemple lorsqu’il dit : « je suis dans la salle de bain »

Eh bien, cette simple phrase n’est qu’une annotation de sa part qui indique que je suis dans la salle de bain et que pour en faire un commentaire il utilise le terme « Je », pour me qualifier. Ici, le terme « je » est comme une sorte d’étiquette lui permettant d’exprimer un descriptif de l’action en cours de réalisation. En aucun cas, cette phrase n’a un rapport quelconque avec l’action, elle n’y participe pas directement, c’est juste une description. S’il dit : « je suis dans la salle de bain » et que « je » se trouve dans le salon, la phrase aura été prononcée sans pour autant me propulser dans la salle de bain. La partie de moi-même qui vient de dire cette phrase est juste un commentateur, ce n’est pas vraiment moi, c’est une sorte de hautparleur qui lit une étiquette d’un genre un peu spécial. Une réalité me positionne dans la salle de bain où je réalise une action et mon scribe interne commente la chose. Une étiquette vient d’être posée sur une réalité. Je ne suis pas ce qu’il dit que je fais, d’où l’idée que ce commentateur n’est pas moi, mais une sorte de scribe qui passe son temps à annoter l’ensemble de mes actions. Là où cela devient plus dur à suivre, c’est que : tout comme mon nom m’a été donné par mes parents et que je ne l’ai pas choisie, ici le scribe visiblement m’a appelé « je », alors que je n’ai rien demandé non plus.

Alors, la question se pose maintenant de savoir qui écrit ce texte, lui ou moi ?

Quelqu’un d’extérieur pourrait d’ailleurs écrire ce texte en utilisant le terme « je » et signé Ludovic, et je ne serais jamais au courant de l’existence de ce texte. Bien sûr, « je » peux aussi écrire ce texte et ensuite « je » peux oublier qu’il l’a écrit (tien le scribe rédige aussi ce document).

L’observation de ce petit jeu a été réalisée durant un temps assez long et il a été décidé de demander au scribe d’arrêter son travail d’annotation, pour voir quelles en étaient les conséquences. 

La première remarque qui est apparue, et qui n’est pas de mon fait, c’est que le scribe ne tient pas vraiment à arrêter ce travail, et qu’il n’est pas facile de le réduire au silence. Ici, j’utile le terme : « il », car il n’est pas « je », je c’est moi, même si, lorsqu’« il » commente, « il » prétend être « je ». Cela peut demander quelques années pour obtenir le silence de sa part, « il » est comme autonome et trouve toujours une bonne excuse pour faire un commentaire. Enfin, après un certain temps (essayer vous verrez bien), il est possible de réaliser des actions sans que le scribe en fasse le commentaire. 

Alors, bizarrement, ces actions sont réalisées en silence de manière tout à fait naturelle, simplement le corps bouge et assure l’action. Il est même très surprenant de voir le corps bouger sans ordres ou commentaires du scribe. En fait, nous faisons déjà toute la journée des actions sans y prêter attention, et tout ceci est banal. On remarque vite que le scribe n’est pas vraiment multitâche et qu’« il » ne sait faire qu’un commentaire à la fois. Ce qui fait que : s’« il » commente un truc comme une chose faite dans le passé, ou une chimère à faire dans le futur, « il » n’est pas capable de commenter en même temps l’action en court. Tout ceci n’empêche pas l’action en court de se dérouler, une action qui peut être complexe, comme conduire une voiture, alors que le scribe lui est en train de visionner une rêvasserie. Le scribe passe son temps à étiqueter de manière verbale les choses qui passe par nos sens, c’est aussi lui qui ne peut pas s’empêcher de lire toutes les pancartes qui passent devant nos yeux… Faire taire le scribe, c’est prendre conscience d’un silence intérieur surprenant, qui peut parfois se marier avec un silence extérieur, pour former un silence global appréciable. L’action peut alors se dérouler dans un silence simplement habité du bruit généré par l’action elle-même. Quelle joie de jouer de la musique sans entendre le scribe dire le nom des notes et commenter les altérations et passages difficiles.

Plus bizarre encore : les actions non commentées par le scribe n'ont pas l’air d’être correctement mémorisées, comme si le scribe avait, en plus, un rôle de gardien des souvenirs. Ou bien, que c’était lui qui d’une certaine manière : participait au rangement des actions annotées. Un peu comme s’« il » assurait aussi le rangement de ses annotations, pour plus tard nous permettre de retrouver les souvenirs qui y sont attachés. 

Pour preuve que c’est le scribe qui fait des interprétations : parfois, des commentaires intérieurs sont réalisés entre lui et moi. Des conversations sur divers thèmes sont régulièrement entendues et entretenues. Ce ne sont pas vraiment des commentaires, mais plutôt des sortes d’analyses, parfois des débats intérieurs, pour savoir, par exemple, quelle est la meilleure façon de faire ceci ou cela et bien d’autres sujets. Il peut même arriver que le scribe invite d’autres commentateurs et nous voici parties dans une sorte de rêvasserie à plusieurs.

Parfois, le scribe s’impose avec ses conseils, ne fait pas ceci, ne fait pas cela, ne met pas cela à ta bouche, ça, c’est bien, etc.

L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs, tout comme l’histoire de ma vie qui est décorée de souvenirs qui font sens dans ce sens. L’histoire évolue en fonction des points de vue des historiens et des nouvelles découvertes. L’histoire des Gaulois, telle qu’elle se présentait au XIXe siècle, n’est plus celle de l’histoire des Gaulois du XXIe siècle. Bizarrement, l’histoire du XXIe serait plus précise que celle du Xe siècle ? Comment prendre au sérieux le biographe qui imagine la vie de son sujet de thèse en analysant « ses excréments », même s’il est exact qu’il a mangé de la purée à telle ou telle date, comme le précise ce menu royal.

4.5.6.               Le mécano

La plupart d’entre nous passent leur temps à construire des châteaux en Espagne ou à refaire le monde à travers des pensées diverses. Le scientifique lui va essayer de percer les secrets de l’univers, qui n’ont de secret que le fait de ne pas avoir encore été perçu ou compris, en faisant des expériences. Moi, j’essaie en écrivant ce texte de faire émerger des réponses, en l’utilisant comme médium. J’y dépose quelques-unes de mes pensées et analyses et j’espère qu’elles vont croitre vers des réponses. Ce document est comme un bol qui contiendrait un jus qui se veut comestible. Mais comment exprimer des intuitions, des choses à la limite du mur des Évidences qui en bloque le passage ?

Je dispose en tout et pour tout d'un ensemble d’une trentaine de signes, les lettres et signes de ponctuation, qui me permet de construire, grâce à des assemblages plus ou moins discrets et des règles de grammaire, ce texte, que vous pouvez lire en ce moment. Je ne parle pas du problème engendré par votre lecture qui sera colorée par vos affects, et qui va certainement intégrer, dans ce texte, des choses qui n’y sont pas et passer sous silence d’autres qui y sont. Même s’il parait Évident que le langage nous permet d’exprimer à peu près tout et de fournir une image fidèle de ce que nous voulons exprimer. Il permet d’honorer notre désir de communiquer. Il est aussi Évident que nous ne pouvons pas exprimer des choses non couvertes par ce gigantesque mécano qu’est le langage. Nous savons déjà, par exemple, qu’il est complexe d’exprimer un goût, ou une odeur. Bien souvent, nous ne disposons pour ce type d’information que de comparatif très sommaire. Reconnaitre le goût de la poire et simplement dire à son interlocuteur : « ceci a un goût de poire » est extrêmement réducteur.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/fc/Eight_varieties_of_pears.jpg/1920px-Eight_varieties_of_pears.jpg

Figure 85 : Des poires ![233]

 

Il est Évident, même si tout le monde n’en est pas conscient, que « la carte n’est pas le territoire ». Le langage modélise ce que nous appelons le réel, même si certains mots ou expressions renvoient à des choses totalement abstraites. De facto, toutes les modélisations sont basées sur l’utilisation de modèles[234] qui ont pour premier objectif de réduire un ensemble à des unités de références. Cette compression introduit inévitablement des erreurs de décodages, qui ouvrent la porte à une forme de poésie.

« Quand mon verre est vide, je le plains. Et lorsqu’il est plein, je le vide[235] »

Il était une fois,
Dans la ville de Foix,
Une marchande de foie,
Qui vendait du foie...
Elle se dit : Ma foi,
C'est la première fois
Et la dernière fois,
Que je vends du foie,
Dans la ville de Foix.[236]

 

Mon propos, ici, n’est pas de parler des problèmes de communications entre individus, mais de prétendre que si vous jouez avec un mécano, vous ne pourrez construire que ce que les pièces du mécano vous permettent de faire. S’il vous manque une pièce pour réaliser votre tour Eiffel, eh bien, elle ne verra jamais le jour. Les scientifiques ont bien compris ce problème et ils ont créé une foultitude de signes et de symboles pour mettre en place le cadre de leurs cogitations. Pour construire une maison, il est nécessaire de disposer de matériaux de construction. Une fois que le cadre, virtuel ou concret, constitué des éléments de construction est établi, l’esprit ou « la machine », qui s’y trouve enfermé, peut déployer ses branches. Il faut simplement que les éléments et règles du modèle soit viables, au regard de pourquoi ils ont été conçus. Dans un ouvrage précédent[237], une simple fourchette nous sert d’exemple pour présenter une pièce d’un mécano étant à lui seul l’objet, la fonction et le mode d’emploi.

 

Le langage, contrairement à ce qui semble Évident, n’est pas forcement constitué que de signes, de mots et d’une grammaire. Le langage c’est ce qui permet d’élaborer un dialogue exprimant des idées (qui dit dialogue[238] dit deux), mais nous pouvons aussi observer que nous élaborons des idées en utilisant des éléments fonctionnels de notre décor extérieur et intérieur. Trouver une solution à un problème passe rarement par un dialogue, qui serait fait simplement de mot ou de concept. Bien souvent, il va nous falloir accumuler de l’information présentée sous divers aspects, tels que des souvenirs, des savoirs, des éléments d’un décor qui fait sens… et ces différents éléments vont s’assembler entre eux pour produire la solution. Cette alchimie créatrice est parfois traduisible par une simple action, mettant en œuvre ce qui est apparu, sans aucune verbalisation. Tout est information et informationnel, et sera capté par nous-mêmes, pour nous-mêmes, afin de résoudre notre bon déploiement. Finalement, un arbre ou un simple caillou nous parle à sa manière et, en fonction de notre besoin du moment, pourra nous fournir une information qui nous permet un essor. Bien sûr, l’arbre ne soliloque pas et si vous placez un magnétophone à son tronc vous n’enregistrerez que le bruit du vent. La vision de la chose interpelle en nous par métaphores, analogies, isomorphisme[239], ou tous autres principes, un commentaire, une action, une traduction de la chose perçue. Nous sommes dans la même logique qu’avec la pancarte (voir chapitre 4.3.1 « Demain, n’existe pas »). La chose perçue est le fond signifiant que fait émerger la forme. Une autre forme nous aurait peut-être fait dire la même chose. Bien souvent, l’air du temps fait émerger, à plusieurs endroits du globe, en même temps, des idées qui ont révolutionné la condition humaine. Une pression psychologique sur un groupe va faire émerger des solutions, pour réduire cette pression. Un problème est métaphoriquement la graine de la solution, car s’il n’y a pas de problème il n’y a pas besoin de solution, cela nous renvoie à l’expression :

 

« La réponse est contenue dans la question ».

 

Nous retrouvons ici, avec cette expression, une boucle récursive, déjà rencontrée dans d’autres chapitres.

 

Notre logique ainsi que notre capacité à analyser sont circonscrites par les pièces du jeu de construction et les modes d’interconnexions du mécano qui nous sert de référence.

 

Depuis toujours, les hommes cherchent des grilles de lectures du monde, leur permettant de synthétiser l’ensemble des choses existantes. Compresser l’information, émanant du réel, vers une qualification permet d’isoler les parties et est une des clefs du processus d'analyse. Dissocier le tout en partie permet aux processus analytiques et à l’imaginaire de construire du nouveau à partir de briques isolées. Déconstruire pour pouvoir construire. La mise au point de grille de lecture est aussi l’émanation des processus de classifications. Et ces classifications aboutissent à des qualifications, des appareillements, des filiations temporelles ou fonctionnelles. Nous avons déjà vu dans un autre chapitre que cette grille peut rapidement se transformer en arbre.

 

Dans les ouvrages précédents, nous avons présenté plusieurs grilles de classifications basées sur des relations fonctionnelles humaines et Universelles. Voici un rapide résumé ainsi que quelques nouveaux exemples pour illustrer notre propos. Nous vous renvoyons à la lecture des ouvrages précédents, pour plus d’informations concernant la genèse de ces grilles[240]. Pour des raisons de logiques et de mode de constructions, ces grilles ont été présentées comme des matrices.

4.5.6.1.       Le contenu et sa qualification (Dodécalogie)

La grille Dodécalogique, proposée par Emmanuel Yves Monin[241], est basée sur le constat que l’Univers est construit sur la base des quatre éléments métaphorique : Terre, Eau, Air, Feu et que nous avons à notre disposition trois niveaux de traitement de ces quatre éléments : physique, émotionnel et mental, ce qui nous donnent 12 cases qualifiantes. Il y aura par exemple les cases : terre/physique – terre/émotionnel – terre/mental. La Dodécalogie est un système mémoriel, un temple de mémoire, qui a la particularité d’être proche de la structure fonctionnelle (psychosomatique) de l’humain tel qu’elle a été présentée dans le deuxième tome de cette série d’ouvrage. C’est une grille qui permet de classer les choses en fonction de nos affects, qui sont en rapport direct avec nos besoins vitaux et nos trois plans de résolutions[242]. Cette grille présente l’avantage de pouvoir tout classer puisque tout peut y trouver sa place en fonction de nous-mêmes et de notre relation avec les choses. Nous analysons le monde de manière consciente ou inconsciente en grande partie en fonction de cette grille, qui est le reflet de nos différents centres possibles de raisonnement, qui sont eux-mêmes complètement associés à nos besoins énergétiques. Les différentes cases de références de cette grille sont des sortes d’appuis pour la raison, la logique, et elles participent donc à la construction de notre cohérence et de notre maintien dans le cadre qui nous entoure. Elle est légitime, à nos yeux, car elle s’appuie elle-même sur nos références fonctionnelles irréductibles. Bien sûr, il suffirait que l’humain soit Soumis à une nouvelle contrainte, comme la reproduction, non réductible à une des quatre précédentes, pour que cette matrice devienne du : 3 x 5 = 15, ou du : 4 x 4 = 16. Cependant, par raisonnement et prise de conscience diverse, exposée dans les ouvrages précédents[243], qui décrivent les modes de fonctionnement de la couche physique, j’en arrive à la conclusion que cette grille est une sorte de matrice qui nous sert à tous de référence, et que sa compréhension est une porte vers une certaine libération de nos affects erronés. Pour moi, les quatre éléments n’y sont qu’une métaphore de nos besoins vitaux essentiels, qui eux s’expriment de façons concrètes et « réelles » à travers nous.

 

·         Terre   – nutrition

·         Air       – Respiration

·         Eau      – hydratation

·         Feu      – Volition – lumière - mouvement

 

Cette grille est commune à l’ensemble de l’humanité, car elle n’est pas réductible à une tare physique et concerne l’ensemble des humains et la majorité des organismes vivants. Nous sommes tous liés à elle par les besoins de la chair. Cette grille est un outil opératif en ce sens qu’elle permet de réduire les choses complexes en des primitives simples qu’il est alors plus facile de traiter. C’est le propre de tout système qui permet une synthèse. L’humain a besoin de synthétiser le complexe pour pouvoir appréhender son monde. À contrario, il est parfaitement capable de complexifier son monde en partant de choses simples.

La graine peut pousser, s’épanouir et revenir à l’état de graine. Cette grille est un appui naturel pour la mémoire, et peu devenir un temple de mémoire[244] pour celui qui médite dessus, à l’image du zodiac, ou tout autre système de lieu, ces douze cases peut servir de lieux virtuels de référence à l’ensemble de nos souvenirs. En fait, cette grille est un système de codage, d’ordonnancement… Personnellement, je pense que notre racine mémorielle n’est pas exactement cette grille, mais que c’est notre corps qui est notre temple de mémoire de base. Certains ont fusionné les deux comme ici :

 

Figure 86 : Très Riches Heures du duc de Berry[245]

Mais, les besoins vitaux sont une des composantes du corps, car sans eux : pas de corps, alors bon... cette grille est liée à nos sources énergétique et au lien que nous avons avec ses sources.

Nous sommes liés de fait à notre monde, et cette grille Dodécalogique est aussi l’image des liens que nous entretenons avec lui. Ces soumissions aux besoins vitaux qui vont s’exprimer sur les trois plans sont comme des chaines qui nous lient à la matière. Rester dans une vision égo centrée nous fait tourner en rond, car inévitablement nos raisonnements basés sur nos perceptions nous renvoient à nous-mêmes et à nos capacités à appréhender le monde. Nous sommes en permanence dans un cadre qui n’est que l’expression des limites de nous-mêmes et qui formate l’ensemble de nos observations. L’ensemble des contenus que nous observons et classons par exemple dans une grille Dodécalogique n’est alors que des interprétations de nous-mêmes.

L’ensemble de mon propos précédent n’est lui-même que l’expression du cadre de ma réflexion, qui elle-même est le fruit de mes limites, des limites qui sont formées par les parois réfléchissantes de la vitre de mon miroir (ma conscience). Il est certain qu’aussitôt que mes limites bougeront mon cadre sera changé et que ma réflexion sera différente. Mais attention, même s’il apparait que plus grand est le miroir, plus grande est l’image, nous avons déjà vu que la taille du miroir n’est en rien en rapport avec ce qu’il peut contenir… et qu’un Point c’est tout. C’est en cela que je suis en permanence dans une forme d’illusion, la Maya, encapsulé dans mon rêve… et que pour changer de rêve il me suffit de déformer le cadre en jouant avec les limites. Si les limites physiques sont trop dures à déplacer, il me suffit de déplacer celle du mental, qui elle est bien plus facile à bouger…

La pratique de la Dodécalogie, qui consiste pour un sujet donnée d’en retrouver les douze expressions, est certainement une manière d’harmoniser ces limites. Elle est aussi en lien avec la dualité, qui peut la transformer en deux grilles de 12 opposés, à l’image des 24 heures de nos jours. Trier des choses dans des cases c’est aussi porter un jugement et d’une certaine manière fractionner le tout.

Quoi qu’il en soit, quelle que soit la vérité sur ce sujet, je constate concrètement sur moi-même et par moi-même que cette compréhension que j’essaie d’exprimer ici m’a d’une certaine manière libéré d’une partie de mes affects, par un recentrage sur la source et une meilleure perception du sens que je donnais aux choses. Concrètement, cela m’a permis de calmer des contenus erronés et à produire moins de frictions (émotionnelles), même si ce n’est pas uniquement cet entendement qui a participé à ces modifications.

4.5.6.2.       Matrice des besoins vitaux

Concernant cette matrice de décodage, ce que j’ai essayé de montrer, dans les ouvrages précédents, c’est que cette grille est directement issue de notre fonctionnement de base, notre structure fonctionnelle et qu’elle n’a rien de théorique. Ma réflexion première part du constat que nous somme soumit par des besoins vitaux, il y en a quatre principaux d’identifier, qui s’exprime au niveau physique par : manger, boire, respirer, et dormir. Il s’exprime alors sur les deux autres niveaux que sont l’émotionnel et mental par des métaphores. Les trois niveaux physiques / émotionnels / mental sont aussi des modes de fonctionnement de l’humain. Associé aux quatre besoins vitaux, il y a aussi un cycle d’inspire et d’expire, qui produit une sorte de dualité qui s’exprime par exemple par les couples : plein-vide, affamé-rassasié, gonflé-dégonflé, addition-soustraction (en final le bien le mal, la dualité)…. Le problème c’est que nos actions sont essentiellement des métaphores des besoins vitaux, et que cela nous égare dans des réalisations chimériques. Cela forme aussi une grille de décodage de l’ensemble de nos réalisations, appelons cette grille : « Grille BV », pour la différencier de la grille Dodécalogique.

 

La « Grille BV » est en fait le reflet de l’expression de nos besoins vitaux (les énergies nécessaires) appréhendés par nos trois plans d’existence, elle est donc une représentation existentielle de nous-mêmes. Elle est aussi l’expression de quatre sources d’énergies qu’il faut capter, pour survivre au quotidien. Sans ces énergies de base : pas de vie, ma vie. Je n’ai pas le choix de préférer une colonne à une autre, car toutes sont indispensables.

La « Grille BV » qui est nous-mêmes, et pas des concepts, nous explique que nous n’appréhendons le monde qu’à travers nous-mêmes, et que nous classons tout en fonction de cette grille qui est essentiellement vitale et de type ressource pour notre édification. En fait, nous recherchons de l’énergie pour vivre et tout est décodé dans ce sens. Malheureusement, au niveau mental les sources sont appréhendées de manière métaphorique et nous recherchons notre nourriture dans tout et n’importe quoi… ceci pouvant aller jusqu'à des addictions et parfois la mort… La « Grille BV » est une aide, pour se libérer d’addiction, par un recentrage sur les besoins réels de l’individu, afin de reprendre conscience des fondamentaux de notre vie et de son maintien en état.

La « Grille BV » fait apparaitre qu’il existe d’autres besoins vitaux qui ont été laissés de côté, comme la reproduction, et ces autres besoins vitaux non pas comme métaphore : Terre – Eau – Air – Feu. La « Grille BV » est donc plus complexe que 3 x 4 = 12 et offre des surprises.

Il n’en reste pas moins vrai que : Terre – Eau – Air – Feu, sont des métaphores et que la grille Dodécalogique est bien sûr correctes, c’est juste une perception différente de l’origine, de la source de cette grille. Avec la « Grille BV » la source de ma perception du monde c’est moi-même et ma structure universelle, avec la Grille Dodécalogique c’est plus conceptuel, car les références semblent en dehors de moi, plus universelle.

Cette notion de sources métaphoriques associées aux besoins vitaux est utilisée par une quantité de réalisation. Les quotidiens par exemple sont des sources métaphoriques avec un débit d’un nouveau journal tous les jours. Certains y viennent donc certainement pour se nourrir virtuellement (en esprit). Cela peut paraitre un peu réducteur, car la qualité du contenu des articles n’est pas mise en avant, mais dans les journaux on trouve de bonne et de mauvaise source, il y a du choix.

Pour que quelque chose marche (puisse vivre) réellement ou métaphoriquement, il doit posséder d’une manière ou d’une autre au minimum les quatre sources en lui.

Pour qu’une information soit satisfaisante (bonne et complète), elle doit diffuser métaphoriquement les quatre sources, ce qui explique certaines constructions de textes.

Etc...

Mais ces grilles, la Dodécalogique ou la « Besoin Vitaux », qui sont très semblable, reste des systèmes de classement du monde qui nous entoure, elles permettent de qualifier l’ensemble des contenus. Les percevoir nous permet de réduire tout ce qui nous entoure et d’élargir la conscience à un autre niveau de compréhension.

Mais, il y a aussi les grilles issues de nos capteurs sensoriels qui, de la même manière, nous formate, non plus en terme de contenus, mais en terme de méthode de transfert de l’information entre formes (les liens – la communication).

4.5.6.3.       Le transport du contenu (Septénaire)

Une autre façon d’appréhender ce rêve (donner du sens au contenu) est de voir les liens, les connexions, les transferts, qui existent entre les choses et la manière dont tout cela est entrelacé. Nous sommes alors au niveau des structures et non plus dans les contenus, qui eux ne peuvent être qu’interprétés. Nous sommes ici dans le monde des formes premières, des formules mathématiques, des modèles, des protocoles, des lois, des principes. Dans un ouvrage précédent,[246] je m’attarde sur le modèle qui interconnecte les choses entre elles. Qu’est-ce qui permet l’entrelacs… comment les choses communiquent et se lient entre elles …

Cette étude fait alors apparaitre une structure 3 + 4 = 7 formant une sorte de septénaire (plus ou moins deux en fonction de son domaine d’application[247]). Bizarrement, cette structure est, elle aussi, le reflet de notre capacité à appréhender le monde, à communiquer avec, à nous lier à lui, à fusionner. C’est aussi, là encore, une histoire de capacité mémorielle qui apparait. C’est une nouvelle grille de lecture (plus simple) qui se déploie en deux parties distinctes avec 3 couches basses qui forment l’universelle (partagé par tous – visible – le contenant - fixe) et 4 couches hautes qui forme l’individuelle (intérieure – invisible – le contenue-changeant). Cette matrice véhicule la matrice Dodécalogique sous la forme d’une information. Mais cette structure peut-être déployer à d’autres modèles que le référent humain et elle est concrètement utilisée au quotidien par des disciplines qui sont d’un autre ordre, elle est d’un usage transcendant. Elle est un modèle qui semble plus Universel, car non associé à des besoins vitaux qui implique une existence. Elle est à la base de l’ensemble des communications à tous les niveaux. Par exemple, Internet, qui l’appelle modèle OSI[248], ou TCP/IP, fonctionne grâce à elle. Elle structure les mécanismes mémoriels, elle sous-tend le verbe (le langage) et son déploiement, elle est fractale et forme des sortes d’octaves... 

4.5.6.4.       Exemple : La matière

Voici un exemple de la présence de ces matrices dans quelque chose d’Universel, la matière, tel qu’elle a été classifiée par la grille de lecture de Mendeleïev et son fameux tableau périodique des éléments[249]. Elle trouve aussi sa place dans cette structure 3 + 4 = 7 d’une manière précise. Loin des particules fantômes fabriquées en laboratoire nous savons, depuis maintenant bien longtemps, par la chimie et avant elle l’alchimie, que la matière est un assemblage d’atomes (ou de sous éléments) et que cet assemblage est fait de liens biens réels pour le chimiste… il dispose même d’un système de notation, les formules brutes, qui fait état de ce Lego géant des molécules[250].

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/18/Ouroboros-benzene.svg/452px-Ouroboros-benzene.svg.png

Figure 87 : L'Ouroboros de la vision de Kékulé lui aurait inspiré la structure cyclique du benzène[251]

Le benzène est un composé organique de formule brute C6H6

 

 Le tableau Périodique des éléments nous apprend que la matière est soumisse à des contraintes dans le cadre de sa communication, sont interaction, les liens entre éléments sont soumis à la capacité offerte par chaque atome de s’assembler entre eux. Chaque atome élémentaire possède une capacité de connexion maximum appelée valence[252],  et une période[253] qui définit le nombre de « couches électroniques » qui ont permis de les représenter dans un tableau structuré.

 

·         Valence 0 :

o    Valence 0: He, Ne, Ar, Kr, Xe, Rn

·         Valence 1 : univalent ou monovalent

o    Valence 1: H, Li, Na, K, Rb, Cs, Fr, Cu, Ag, Au, F, Cl, Br, I

·         Valence 2 : bivalent ou divalent

o    Valence 2: Be, Mg, Ca, Sr, Ba, Ra, Zn, Cd, Pt, Hg, Sn, Pb, O, Si, Se, Te, C,

·         Valence 3 : trivalent

o    Valence 3: Al, Au, Fe, Co, Ni, Cr, Mn, Cl, Br, I, Ga, In, Tl, N, P, As, Sb, Bi, Cr, Po

·         Valence 4 : tétravalent

o    Valence 4: C, Si, Ge, Sn, Pb, S, Se, Te, Pt, Ir, Mn, S

·         Valence 5 : pentavalent

o    Valence 5: Bi, Sb, As, P, I, Br, Cl

·         Valence 6 : hexavalent

o    Valence 6: Te, Se, S, Mn, Cr

·         Valence 7 : heptavalent

o    Valence 7: Mn, Cl, Br, I

·         Valence 8 : octovalent.

La période de 8 n’est qu’une hypothèse et n’a pas été observée à ce jour. La matière ne possède donc que 7 types de liens pour fabriquer les formes (la matière). C'est-à-dire pour communiquer avec elle-même, et former des structures plus complexes, à l’image de nos 7 notes de musiques…

 

La matière aussi peut se caractériser par un simple ensemble de 7 paramètres utiles, pour coder nos mesures et qui forment le système métrique[254]

 

 

Figure 88 : Les 7 paramètres de base du système métrique

 

De manière identique si nous voulons décrire un événement qui s’est finalement déroulé dans la matière, il nous faut répondre au minimum à 7 questions résumées par l’acronyme (QQOQCCP[255]) qui est utilisé depuis la nuit des temps.

 

 

Mais ce tableau de 7 questions en cache un autre de 12 cases[256]  !

En colonne, la réponse aux 4 questions est complétée par la réponse aux 3 modalités : Comment ? Combien ? Et Pourquoi ?

Ce qui est marrant c’est que le tableau « Périodique » a lui aussi été découpé en 12 types d’éléments qui définissent des contenus[257], des profils, mais ils répondent eux à des critères de classifications (humain), alors que les 7 valences elles sont de l’ordre de l’Universel, du constat, et elles soumettent les éléments lors de leurs associations :

 

 Parmi les 12 cases de classification, la case « Éléments non classés » représente des chimères (FEU-MENTAL ?), qui auraient une période de 8 (il fallait peut-être que cette case existe pour les classificateurs) :

 

« Les éléments de la période 8 sont les 50 éléments chimiques hypothétiques de la huitième ligne — ou période — du tableau périodique des éléments, dont aucun n'a jamais été observé à ce jour[258]. Leur étude relève de la physique nucléaire voire de la physique des particules plutôt que de la chimie , car il s'agit pour l'heure de parvenir à les synthétiser, puis à les détecter.

Si l'on parvenait à en produire des quantités suffisantes pour pouvoir en étudier la chimie, ces éléments présenteraient certainement des comportements différents de ceux des périodes précédentes en raison d'une configuration électronique altérée par des effets quantiques et relativistes devenant sensibles à ces niveaux d'énergie, tels que l'électrodynamique quantique, ou encore le couplage spin-orbite, qui divise les sous-couches périphériques en recomposant la répartition des niveaux d'énergie pour former de nouvelles sous-couches apparentes sans rapport avec la périodicité observée pour les éléments de numéro atomique inférieur. »[259]

 

On peut même y retrouver une spirale comme nous le montre Theodor Benfey[260] :

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8e/Elementspiral.svg/870px-Elementspiral.svg.png

Figure 89 : Tableau périodique en spirale de Theodor Benfey[261]

Cette spirale nous montre aussi que les éléments sont alignés et forme une chaine à l’image des jours qui passent, des notes de musiques, des couleurs de l’arc-en-ciel…

 

J’ai peut-être été un peu long et confus dans cette explication…

Je veux simplement faire remarquer que d’un certain point de vue la matière s’inscrit dans ces différentes matrices, qu’elles soient Dodécalogique ou Septénaire. À l’image des notes de musique, et tant d’autres choses…

En fait, si je regarde la matière de mon point de vue (moi l’humain), alors je peux la qualifié à travers une matrice Dodécalogique, car je l’exprime à travers ma grille de perception. Alors que si je l’observe d’un point de vue pratique, hors de moi, Universelle, elle est une suite de septénaire.

 

Ce qui est remarquable, c’est que : si la matière est vue comme ma matière par l’observateur que je suis, alors elle est Dodécalogique, et que : si je l’exprime de manière Universelle, elle est une suite de 1-2-3-4-5-6-7-1-2-3-4-5-6-7… qui forme une sorte d’onde. Nous sommes dans la physique quantique, où la matière prend forme si je l’observe, alors qu’elle se déploie cycliquement comme une onde s’il n’y a pas intervention de l’observateur.

4.5.6.5.       Notre rapport aux matrices

Les Lois de l'existence sont perçues à travers « nous-mêmes », qui sommes l’outil direct de la découverte. Toutes ces Lois sont en relation directe avec « nous-mêmes », car elles ne peuvent être découvertes qu’à travers notre existence. Toute recherche fera apparaitre des matrices de codages et de décodages des Lois de l'existence, reflets de nos besoins (ressources), de nos interfaces (perceptions), et des Lois universelles, ce qui nous permet de nous connaitre « nous-mêmes » de plus en plus finement. Les matrices mises en place vont compresser l'information et dissoudre d'une certaine manière la Maya, l’illusion, en la synthétisant. Cela génère une sorte de mouvement de la « conscience » vers un point d'émission, une remontée vers la Source... Mais toutes matrices de codage et de décodage ne sont aussi que des interfaces entre « nous-mêmes » et l'existence, et elles sont donc adaptées à « nous-mêmes », car elles s'interfacent entre l'existence et « nous-mêmes ». C'est une sorte de boucle ou l'observateur est l'observé. L’observateur s’enferme dans les limites de son observation qui devient sa nouvelle base de réflexion à partir de laquelle il observe encore, et ce mode est récursif. Nous sommes, avec ces matrices, ces grilles de décodages, devant le même phénomène que la vision du profil du menhir du Grand Berger, sur le menhir, sur le rocher, sur l’agrégat de matière, sur cette espace, une fois qu’elles ont été posées comme fond signifiant, elle s’impose de fait, car elles sont le sens qui nous sert de référence finale.

Le réel est incommensurable et nous le projetons, à travers le petit bout de la lorgnette de nos sens matriciels, dans notre conscience, comment ne pas le trahir ?

Vous regardez le texte, sur la pancarte, dans le rectangle, et sans aucun réel effort (si vous avez appris à lire), vous entendez une phrase dans votre esprit, qui vous signifie le contenu du texte, le mental s’en empare et vous enrichissez le sens. 

« Danger, Lion en Liberté »

La compression, opérée par l’usage automatique des matrices, est, elle aussi, une sorte d’illusion. En ce sens, qu’elle fait disparaitre le contenue (la forme première – tenue avec), pour en donner l’essence (le sens). Rien ne nous prouve que ce sens est juste et que la matrice utilisée est viable, dans le contexte où apparait le contenu. Elles présentent cependant l’avantage de réduire, à la dimension de nos capacités, l’information, qu’il nous est alors possible de raisonner.

 

Figure 90 : Le Graal (3) contenant mon Futur (4), en appui sur la Terre et ouvert vers le Ciel.

En fait, « l’illusion nourrit l’illusion » et cette formule est récursive.

 

Illusion[262], illumination[263]

 

Faire fi des formes et des matrices nous donne simplement à voir ce qui est devant nous. Aucune différence en cela, et seule la matrice va changer, qui n’est qu’une proposition, une illusion de plus.

Nous sommes au cœur du problème, sans cœur ni problème.

La Dodécalogie est cependant un outil de décodage formidable[264] ! Mais peut-on parler d’outil, lorsque nous sommes l’argile qu’Il le façonne, le décodeur n’est-il pas aussi l’encodeur ?

 

Un « point de vue » est finalement mon point immobile, l’emplacement du moment, autour duquel se déploie ma roue de visions. Ce « point de vue » est immobile et mobile à la fois, car si d’instant en instant, il est le centre qui me caractérise sur tous les plans, ce centre peut se déplacer dans la matrice de décodage, au gré de mon cheminement intérieur. Pour arrêter la roue faudrait-il être en dehors de la matrice ? Cheminer vers sa limite et passer par le trou d’une aiguille vers un autre côté invisible un « au-delà de l’espace-temps » ?

 

Il y a quelque temps, je regardais avec un spectacle de Francis Cabrel, il attendait son heure depuis un petit moment, dans les rayons de ma bibliothèque… Le spectacle se déroule de manière classique et à la fin les spectateurs demandent un bis, Francis Cabrel se fait « un peu prier » et finalement entonne : « Je l'aime à mourir ». Les spectateurs joignent leurs mains en l’air et se mettent à onduler au rythme de la chanson. Il est alors leurs points de mire unique, l’axe immobile qui les relie tous, depuis ces cercles concentriques qu’ils forment. Alors de ce point sort une énergie qui anime ces ondulations et fait vibrer les cœurs. Une caméra saisit la scène, voyant cela, hors de tout contrôle, des larmes se sont mises à couler le long de mes joues, j’étais moi aussi dans le cercle… instant magique…

Ce texte et ces différents ouvrages forment eux aussi une sorte de roue en rapport avec ces matrices qui, d’impulsion en impulsion, essaie de couvrir une surface virtuelle, pour que l’axe, que je suis, trouve sa place et puisse se fixer sur ce nouveau terrain. Cet axe qui cherche sa place est celui de mon mental qui essaie de circonscrire un périmètre, il construit une illusion, une image, pour se faire croire qu’il apparait dans le décor que forment ces écrits. Il cherche son rôle et commence à placer confusément dans le décor, que forme les chapitres, un ensemble de graines qui pourront lui être utile… mais en fait, il est le joué de cet au-delà qui lui sais pourquoi tout ceci est, il lui faut lâcher prise et laisser faire la magie de la vie. Mais bon, j’aime bien observer ces déambulations du mental dans ce labyrinthe, pour essayer d’en saisir la finalité et trouver la justesse.

Lorsque je remonte, vers ce qui me semble être ma source, je vois un principe de vie qui m'habite, comme il habite toute chose qui se déploie... je l'utilise au quotidien (je le laisse faire), car il est plus efficace que mon mental.

4.5.6.6.       Émergences

Bien souvent, nous pensons, et il nous semble Évident que les idées qui émergent dans notre esprit nous appartiennent. Elles sont nourries de souvenirs personnels, de réflexion ou d’analyse qui nous ont demandé des efforts intellectuels.

 

J’avais pris l’habitude, à une époque, de mettre à la question ces émergences et prises de conscience qui apparaissent, comme magiquement, au petit matin. Bien souvent, j’y ai trouvé la trace, plus ou moins bien camouflée, d’un travail intérieur, utilisant des matériaux glanés ici et là, masqués par des souvenirs personnels en résonnance avec eux.   

 

Une prise de conscience, un matin[265] (chronologiquement faisant suite à la lecture d’un livre « le jardin d’un chevalier[266]»  et après la lecture d’un ouvrage de Régor : « Du tissage des formes aux entrelacs de la vie [267]»), m’a fait remarquer que l'action d’inspire et d’expire était présent dans l’ensemble des fonctions vitales (manger, boire, respirer, « bouger/volition »), ce qui m’a donné un ensemble de quatre « Soumissions pulsées », non réductibles[268]. Des pensées, des souvenirs, des idées, des métaphores… personnels sont venus éclairer ce qui était devenu dans mon esprit un tableau de quatre colonnes, se dupliquant sur différents plans d’existence (trois). La lecture des deux ouvrages précédents ne semblait pas avoir de lien direct avec cette prise de conscience, d'ailleurs j'en avais oublié la lecture. Ayant focalisé mon esprit sur ce travail, qui est devenu passionnel (rédactionnels, prise de notes, prises de conscience diverses), rapidement l’extérieur s’est manifesté, pour apporter sa contribution à ce déploiement de diverses manières. Douze cases venaient de prendre forme sur le papier, avec l’avantage d’une réalité intégrée en moi, par les prises de conscience précédentes. Après avoir bien cogité ce qui me semblait être un travail personnel, j’ai alors commencé avec intérêt la lecture de l’ouvrage d’Emmanuel[269] mis en commentaire dans l’ouvrage de Régor et que j’avais commandé.  

 

cid:image002.jpg@01CEE600.FFF7A010En fait, en lisant les ouvrages précédents, j’avais intégré un ensemble d’informations qui ont été stockées en moi. Elles ont été mélangées avec d’autres, déjà présentes, et ont formé une " logique " qui a été « incubée » par mon esprit de manière inconsciente. Arrivé à un certain stade de maturation intérieure, variable en fonction des données et des événements extérieurs non contrôlables[270] qui les nourrissent, mon « esprit » à utiliser un moment propice pour émettre, sous la forme d’une prise de conscience (d’une pensée, une idée…), le résultat de ce travail intérieur. Lors de l’apparition de ce résultat, il a été associé à des choses personnelles, sous des formes métaphoriques et analogiques, qui ont fait disparaitre les éléments importés ayant peut-être provoqué ce travail intérieur. Les références extérieures (stocké à l’intérieure) ont été camouflées par des choses métaphoriques et d’ordre personnel. On croit alors que l’on est l’auteur de cette prise de conscience, et c'est une Évidence pour nous, car c'est à travers nous que l'idée est apparue. Mais, à ce moment-là, ces références visibles sont sorties de nous et de notre expérience, les vrais référentiels ne seront mis en avant (pas toujours) que sous la forme de souvenirs qui viendront corroborer la prise de conscience. Nous nous leurrons… et nous nous attribuons des choses qui ne sont que des analogies ou des métaphores d’autres données que notre « esprit » a enfin intégrées[271]… C’est une sorte de processus d’intégration qui pourrait se résumer par : « j’y crois parce que cela vient de moi », mais en fait ce n’est qu’un reflet reconstruit… un jeu de miroir… dont l’origine, nous échappe… mais qui trouve sa source dans ce qui nous entoure depuis toujours. Bien sûr, je ne suis pas totalement transparent à tout ceci, et j’ai aussi ma part de réalisation dans ce travail, qui peut être de l’ordre de la synthèse inconsciente ou même de la création pure. Mais, il faut relativiser, et prendre conscience que nos différentes productions n’existent qu’à travers une somme de travaux postérieurs. Des travaux qui nous ont touchés de différentes manières, pour enrichir la croissance de la connaissance. 

 

« Le vrai problème, tant pour le patient que pour le thérapeute, c’est que le conscient essaye de faire ce que l’inconscient sait faire mieux que lui.[272] »

 

Finalement, l’adage[273] « Nul ne peut s'accoucher tout seul » est à prendre sérieusement en considération, d’ailleurs ma mère a fait ce travail pour moi il y a bien longtemps, je ne sais pas si cela aurait été possible sans elle (mais elle n’était pas seule). Nous passons notre vie à accoucher de l’instant présent, et nos actes ne sont que des réponses à des interactions que nous offre la vie. Ce texte lui-même accouche du précédent et ainsi de suite… la vie n’est qu’accouchement… déploiement continuel et infini d’un long fil ininterrompu.

 

Par « l’auto-analyse », l’introspection, l’analyse... j’ai constaté, à mainte reprise, que : malgré l'idée que je croyais que mon travail était de mon cru, il n’était en réalité qu’une information collectée préalablement ailleurs, et remaniée de manière subtile par ma psyché. C’est une sorte d’alchimie, ou un processus inconscient réalise des synthèses des enseignements reçus de manière directe ou indirecte et les transforme en prise de conscience, en idées, en pensées. Lorsque la prise de conscience perce, en nous et par nous, elle est perçue et vécue de l’intérieur, elle est donc pour la Raison classée comme une chose personnelle. Alors, qu’elle n’est en fait, bien souvent, que le résultat d’une maturation et d’une transformation des référentiels acquits. L’accoucheur est celui qui place, consciemment ou non, les graines de la future émergence dans celui qui va accoucher. Mais, seul celui qui va accoucher peut accoucher de ces graines et, par un artefact sournois, il s’en octroie la genèse et la pérennité, n'ayant pas conscience du rôle de l'accoucheur.  

 

J’ai le sentiment que la Grâce est elle aussi un mécanisme de ce type. Mais notre dieu intérieur prend le temps qu’il faut pour réaliser ses synthèses, et il doit se présenter une occasion pour qu’elle puisse accoucher et fleurir.

 

Il est certain que ce chapitre dont je viens d’accoucher n’est pas le fruit de mon seul travail, de ma seule réflexion mentale personnelle, mais bien le fruit de la Maturation inconsciente des différents enseignements croisés sur ma route et cela sous toutes les formes possibles.

 

Pour qu’il y ait quelque chose qui pousse, il faut mettre des graines en terre, et les graines ne viennent pas de la terre elle-même, mais bien des plantes alentour. Nous sommes tous des semeurs de graines à notre manière, et vous en êtes un vous-même.

4.5.6.7.       Trouve

Il nous semble évident que c’est en cherchant que l’on trouve…

 

Moi je prétends le contraire : c’est en ne cherchant plus que l’on trouve. Lorsque l’on observe, avec attention, les mécanismes d’apparitions des idées, des solutions, nous pouvons constater qu’ils suivent un cheminement récurrent. Ce cheminement possède environ quatre étapes qu’il est possible de constater sans grand effort d’observation. Bien sûr, ici rien n’est écrit dans le marbre et certaines étapes peuvent ne pas être nécessaires. Mais dans bien des cas, nous avons le cheminement suivant :

 

1.    La préparation 

·         C’est le point de départ du processus. C’est la rencontre avec la problématique qu’il va falloir résoudre. Le terme problématique est ici employé au sens large et couvre aussi bien un problème complexe de mathématique que la simple recherche du nom d’une personne connu. Cette première phase va consister à accumuler des données sur le problème. Il y a problème simplement parce que la réponse n’a pas été directement trouvée par un souvenir ou une « idée rapide ». La volumétrie de collecte de données nécessaires est en rapport direct ou indirect avec le problème et dépend de paramètres difficilement quantifiables.

2.    L’incubation

·         Si la phase précédente n’a pas donné de résultats, le chercheur va arrêter sa recherche, il a failli. Il oublie ce problème ou tout du moins passe à autre chose qui accapare son attention. Il a lâché prise, volontairement ou non, et : sa conscience et son mental traitent d’autres sujets.

3.    L’illumination, le insight[274], le Eureka, le Tilt, le, mais c’est bien sûr !

·         Après un certain temps, non négociable, alors qu’il ne pensait plus à cette recherche, il va recevoir, sous différentes formes, des résolutions potentielles. Elles vont lui apparaitre soudainement, la solution exacte du problème peut aussi paraitre comme une sorte d’évidence. Mais cette information apparait sans processus analytique conscient préalable. Une solution apparait, ou simplement l’idée d’une nouvelle piste à explorer, « comme si » : un autre lui-même, avait continué à travailler sur le problème de manière inconsciente.

4.    La vérification

·         Le trouveur met en œuvre la solution qu’il vient d’entrevoir, ou bien réitère la nouvelle expérience, pour vérifier que cette idée est la bonne.   

 

Si l’idée reçue n’est pas la solution, mais une nouvelle piste, il est possible qu’il y ait une sorte de boucle qui se mette en place, mais de réitération en réitération, la solution, si elle existe, devrait apparaitre.

 

Dans ce cheminement, la phase mystérieuse est l’incubation, car elle fait appelle à une zone d'inconscience où il nous apparait qu’un processus différent de ceux utilisés par notre mental est à l’œuvre. Il est en effet difficile de prétendre que quelque chose dans notre inconscient est à l’œuvre et qu'il pratique une forme de réflexion mentale, de raisonnement… cette opération est réservée dans notre logique à « JE », et « JE », dans ce cas-là, n’est pas celui qui a réalisé l’analyse, donc c’est un autre.

Ces observations, qui ont donné lieu à des travaux, ont été utilisées pour essayer d’expliquer les mécanismes de ce « travail souterrain », qu’il est difficile de nier. Des psychologues du mouvement dits « de la Gestalt[275] » ont élaboré un modèle d’apprentissage par l'intuition qui utilise ce mécanisme cognitif. De manière détournée, les publicistes utilisent eux aussi ce processus pour nous faire adhérer à leurs produits. 

 

« Le public pense tout seul ce qu'on lui dicte.[276] »

 

Souvent, l’illumination est perçue comme quelque chose de vrai, de véridique… il est donc plus fort de faire passer un message, qui apparaitra, dans l’esprit d’un individu, de cette manière que de directement donnée une information qui pourrait être remise en question par le mental. L’usage des contes, par exemple, est une bonne manière de faire remonter à la conscience de celui qui les écoute, de manière détournée et temporellement décalée, des analyses de situations. Comme présentées dans le chapitre « Émergences (4.5.6.6) », les données associées à cette illumination sont bien souvent de natures personnelles et le conte disparait pour laisser la place à des situations concrètes. Le sujet est alors berné, car il pense que cette révélation est le fruit de son expérience et il l’accepte sans esprit critique. Le doute, qui aurait pu être introduit par une information tierce, n’est plus possible, car ici il a été remplacé par des données personnelles qui font preuve.  

Le terme d’illumination est peut-être un peu fort, mais un constat peut être facilement fait concernant cette période d’incubation, de lâcher-prise, qui aboutit à un résultat sans travail intellectuel apparent. Et en fonction de la « taille » du problème posé, cette illumination sera soit une simple étincelle de lucidité, un éveil spirituel[277], ou encore toute autre chose de l’ordre de la libération. 

Plus sournoisement, il serait bon de s’arrêter un instant sur ce protocole et de regarder si finalement cette période d’incubation n’est pas toujours présente, même si parfois elle est très courte, si courte qu’il ne nous semble pas qu’elle existe. Quand vous cherchez le nom d‘un ami par exemple, il est évident qu’il n’y a pas de la part du mental un travail quelconque, mais simplement un désir, un besoin, une intention de posséder ce nom, pour en faire usage. Lorsque notre mémoire fonctionne correctement, le nom arrive de suite, l’incubation nous semble inexistante. Si l’arrivée du nom dans votre conscience résiste, nous essayons d’agrandir le nombre de données en relation avec cette personne afin de faire apparaitre son nom. Si cela ne marche pas, nous lâchons l’affaire et nous disons : « ça ne fait rien, cela me reviendra ». De toute manière, nous pouvons utiliser un nom bouche-trou, comme truc ou machin. Nous lâchons prise, et alors après un certain temps[278], le nom nous revient sans aucun effort apparent. En fait, pour retrouver un nom il n’y a pas d’effort physique ou intellectuel à faire ! Nous sommes soumis à notre mémoire, qui fonctionne sur un modèle très similaire[279]. Si cette période d’incubation est non réductible, cela veut dire aussi qu’en réalité ce n’est pas directement le processus intellectuel, le mental, qui trouve les solutions, mais l’inconscient, le conscient ne serait alors là que pour invoquer l’inconscient en posant une intention structurée (la résolution du problème) et en fournissant un ensemble de données, qui, au vu du conscient, doivent permettre de résoudre le problème. Le terme incubation fait d’ailleurs référence à une pratique divinatoire de l’Antiquité, dans laquelle les chercheurs[280] passaient la nuit couchés (incubare[281]) dans le temple d’Esculape[282].

 

La question alors est de savoir s’il est vraiment nécessaire de chercher intellectuellement, pour répondre à un besoin ?

 

Comment poser un problème dans les meilleures conditions, pour qu’il soit résolu de manière transparente, sans effort analytique ?

Quel doivent être le type et la quantité des données nécessaires, pour enclencher et résoudre avec un temps d’incubation court le problème de manière transparente ?

À quel moment est-il judicieux de lâcher-prise, pour provoquer, en un temps incertain, une réponse automatique au problème posé ?

 

Comment arrêté d’être un chercheur, pour devenir simplement un trouveur ?!  

 

Le plus simple, c’est de voir par soit même si : en arrêtant l’analyse d’un problème et en passant à autre chose, des solutions apparaitront par la suite. L’expérimentation personnelle est ici de mise, pour peut-être changer de statut et passer du titre de chercheur à celui de trouveur.

 

« Des chercheurs qui cherchent on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche »[283].

4.5.6.8.       L’écoulement

La Vie est un déploiement du UN vers le Multiple, ça coule de Source, si le multiple se retourne en soit, il s’élève et retourne vers le UN, l’Essence-Ciel, c’est le sens anagogique, il n’y a que le UN sous diverses représentations, la Source UNique produit le multiple.

 

Figure 91 : Poigné corne d’abondance[284]

Le cheminement vers la Source produit aussi du multiple, à l’image de ce texte et des autres et de tous les écrits des uns et des autres. L’auteur portant son regard en lui est attiré par/vers la Source, et cheminent, il produit son multiple et devient alors source de référence. Il vampirise la Source et parasite les autres ruissellements. La Vie se déploie du Un vers le Multiple et du multiple vers le UN à l’image de cette poignée qui permet d’ouvrir le Tiroir. La poignée n’est pas ici mise au hasard, elle est toujours au centre, pour faire le juste geste du moindre effort et que le tiroir coule de source, cela n’est pas une humaine invention, mais une conséquence de la nature de cette source.

 

 

À l’image du tiroir et de son gardien poigné, derrière la source : le réservoir, en attente d’être vue (et désencombré peut-être)…

 

La source que je suis vient encore de fuir… vers le multiple, c’est ma nature !

 

Ce document n’est pas l'écriture de la Vérité, mais de « vérités relatives », ou plutôt des cohérences qui sont simplement liées à une structure de pensée du moment, raisonnée par l’intellect et un peu d’intuition.

 

C’est une sorte de formule du genre :    

             

 Si [tout est cohérent dans mon intellect] alors [c’est « la vérité 1 »]

 

Formule qui introduit le problème suivant :  

    

Si [un nouvel élément vient s’ajouter à la structure tout] alors [la cohérence est touchée].

 

Avec comme résultat :         

                                       

Si [la cohérence est touchée] alors [c’est au mieux (+) toujours « la vérité 1 »] ou [au moins (-) une nouvelle « la vérité 2 »] ou [au pire () une « non-vérité »]

 

J’écris, je discute, je respire, je voyage, je visite, je code des programmes ou tous autres choses, dans une optique un peu différente que la computation intellectuelle. La Vérité est en moi, mais comment la faire sortir… j’ai constaté que la raison et la logique n’étaient que des moyens parmi d’autres pour trouver des réponses. Un correspondant me propose dans un Email : « En cessant de chercher dans l'extérieur ce que l'on ne peut trouver que dans l'Intériorité. " Lis, lis, relis et tu parviens " » et effectivement je constate qu’il y a d’autres processus que le raisonnement intellectuel, pour comprendre et faire face au monde qui nous entoure. L’intériorité travaille en permanence à la résolution de tous les besoins vitaux qui lui sont soumis. La pression créer par le besoin, nourri par des lectures, des conversations, des écrits, des actions, active ou sur-active « l’intériorité » qui va alors travailler en tâche de fond (de façon transparente pour le conscient) et apporter des réponses, via tous les canaux possibles de communication, soit par l’intérieur (pensée, idées, prise de conscience…) ou bien par l’extérieur.

C'est-à-dire aussi que la lecture d’un ouvrage ne s’arrête pas à la dernière page, mais qu'elle continue à la première page du suivant. Que deux livres qui non pas de rapport apparent sont intimement lié et se complète, que deux événements de nature très différente parfois n’en font qu’un. Qu’une discussion avec un passant qui cherche son chemin est liée à une conversation de la veille, etc. Alors, c’est le jeu de la magie de la Vie… Le besoin est alors une sorte de graine qui pousse de l’intérieur, en utilisant l’extérieur, et toute ressource possible pour arriver à l’éclosion de la fleur et la production du fruit. Écrire un essai, ou même rédiger ce document, c’est faire comme le jardinier qui arrose son jardin pour voir éclore sa rose.

4.5.7.               L’information

L’Information semble avoir besoin de s’incarner dans des structures, ce qui est mis dans les boites noires[285] doit répondre à des logiques, des cohérences, sinon un nœud apparait, et il met en danger l’ordonnancement des boites, la bonne tenu de « l’hologramme ». Certains nœuds sont faciles à dénouer, et nous disposons de divers mécanisme physique et psychologique pour cela[286]. D’autres sont plus complexes à résoudre, voire impossibles, car la logique qui nous habite (le filtre) est prise en défaut[287].

 

Un trauma est un bon exemple : je réalise une action et cela met en péril ma structure, mais je ne peux pas revenir sur ce qui a été fait, alors, un nœud fonctionnel s’installe et m’étouffe. Dans ce cas, il faut sortir du cadre[288] pour s’alléger. Cette sortie du cadre va passer par une nouvelle incarnation, une nouvelle expression, une réécriture du contexte de l’Information à travers de nouvelles structures susceptibles de corriger celles en défauts. Le substrat qui nous fonde étant une forme de Rêve tout est possible, mais cette sortie du cadre n’est pas forcement rationnel au regard des anciennes structures qui servent d’appuis. Faire la paix avec un mort, trouver la source d’un dysfonctionnement dans une vie antérieure, aller chercher dans le monde d’en bas ou d’en haut, mourir avant de mourir, se libérer du moi, sortir de la dualité, prendre un cachet, etc. sont des solutions pour sortir du cadre classique et libérer le nœud. D’une certaine manière, tout est vrai, puisque le substrat est du rêve…

 

Mais tout ceci n’est qu’un jeu de structures avec des règles… certaines sont liées aux lois de la matière et d’autres aux mondes du rêve, les deux sont en correspondance. Peut-être à l’image du monde de l’esprit des « éons » dont parle Jean E Charon[289], et qui serait contraint par certaines lois de la matière.

L’histoire de l’humanité n’est qu’une réitération continuelle du jeu de ces structures à tous les niveaux. Le Mahâbhârata[290] par exemple en décrit le scénario, mais un simple cancer en reprend aussi les grandes lignes, ou bien encore les sculptures des façades des cathédrales.

 

Figure 92 : Portail central de la Cathédrale de Bourge remise en état : (prise le 30 mai 2014)

Tous les textes décrivent les mêmes Structures à travers des contenus plus ou moins convergents. La Dodécalogie propose une structure, une grille de lecture, la logique des complémentaires en est une autre, la dualité encore une, le miroir, etc. J’en propose d’autres dans mes différents écrits[291] et j’essaie de montrer qu’elles se réitèrent à tous les niveaux. L’intuition est une sorte de flirt avec ces structures…

 

Ce qui m’a l’air important ce n’est pas les différentes mémoires et leurs contenus présents, passés ou antérieurs, mais la manière dont l’Information y est structurée en rapport avec ces structures Universelles formant une sorte d’harmonie.

 

Le mandala est une des représentations « graphiques » de ces structures Universelles. Toutes ces représentations sont psychopompes, car elles sont en résonnance directe avec la source, l’Information[292]

 

L’Information c’est la formation du UN, la mise en forme du UN, elle ne peut être qu’unique et donc non localisée dans la mémoire où il n’y en a simplement une copie, ou bien une représentation. L'Information c’est ce qui nous Unit, nos mémoires c'est ce qui nous différencie. De la même manière, un individu peut être une sorte de mandala, s’il incarne l’Information de manière Universelle ou satisfaisante, sans trop de coloration. Des connexions vont alors pouvoir se produire entre individus qui vont obligatoirement se reconnaitre via cette Uni-vers-elle.

 

Lorsqu’il y a discussion entre parties, les mécanismes classiques font appel à la mémoire, aux souvenirs, pour étayer le dialogue et valider les propos. Ce mode est égo centré (géo centrée) puisqu’il fait référence à l’expérience de l’individu qui parle, il parle par sa preuve. Deux feuilles parlent de la pluie et du beau temps qui se sont présentés à elles…

 

Si le référentiel n’est plus en rapport avec la mémoire et le souvenir, mais est en résonnance avec les structures Universelles, alors le mode de la discussion est très différent. Deux feuilles constatent qu’elles reçoivent de leur branche commune de la sève…

 

« En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort [293]».

 

Je semble être de fait une structure, qui capte l’Information et qui la filtre, pour en faire un contenu coloré. Mais, depuis le tout début, je suis déjà l’Information, alors en fait : je la projette en fonction de ma matière, des éléments, qui me composent, et qui vont colorer le décor du lieu. Ce contenu coloré va être mis en forme par un ensemble de logiques, à moi de produire une bonne luminosité. Nous sommes tous de base cette structure Universelle, elle est Unique, mais elle va se réitérer dans des structures différentes, en fonction des lieux, des ressources, des historiques. Elle va répondre à des contraintes, être formaté par la Matière, la chose partageable du lieu, et de diverses Manières, nous faire feuille unique, parmi d’autres feuilles uniques, et pourtant si semblables via le tronc Unique de l’arbre Unique.

Il me semble que la finalité est simplement d’être en harmonie avec nous-mêmes ici et maintenant. Nous étant le Tout.

C’est ici que nous sommes, c’est donc ici qu’il faut faire…

4.5.8.               Je me promène

En fait, nous voyageons de A vers B et il apparait alors un cheminement, un mouvement, avec une histoire qui se déroule, c’est l’histoire de notre vie. L’histoire se multiplie à l’infini et chacun a la sienne, mais elles restent cloisonner par des contraintes qui les colorent, et alors le mental peut leur donner un type, un genre, qui lui sert de grille de lecture[294]. Le cadre où nous cheminons et son décor participe à cette coloration, ainsi que nos attributs physiques et mémoriels. Les histoires sont alors d’apparence toute différente, même si leurs colorations, liées aux contraintes, nous permettent de les classer par genre. Ce classement nous permet de nous situer dans l’ordre des choses, c’est un processus mémoriel. Cependant, si l’on porte un regard sur notre histoire on observe des points singuliers qui marquent des passages et permettent de relancer l’histoire avec une nouvelle interprétation. Ces points singuliers n’ont pas l’air d’être en rapport avec le cheminement, mais avec des processus opérationnels incontournables.

 

Ceci nous formate avec des choses simples, transcendantes, et concerne tous les processus…

 

Mais, ce sont aussi des contraintes qui se présentent dans une logique de suites, de chaines de causalités. Elles proposent une sorte d’équation, du type : pour que faire ceci, il nous faut cela. Et ces étapes, formatent de fait notre cheminement quel qu’il soit. Du coup (le choc), ces étapes deviennent comme des portes, des passages, des gites d’étape, des demeures, d’où nous pouvons continuer notre histoire de vie vers la suivante[295].

 

Ces suites d’étapes transparaissent dans presque tous les déploiements de la vie et ne concernent pas uniquement le cheminement de l’humain. Elles ont alors un caractère Universel et inclus de fait une justesse. Elles ne sont pas l’histoire, qui peut être interprétée, jugée, qualifiée, par le mental dualiste, mais la structure intime du chemin où se déroule l’histoire. Et cette structure n’est pas vraiment négociable, elle coule de source… Aller de A vers B implique de se fondre dans cette structure, qui de toute manière nous entraine avec ou sans notre accord.

 

Ces propos sont un peu banals et ont déjà été dits, mais c’est justement le propre de ces étapes : elles se réitèrent et deviennent des cycles qui se répètent, et cela laisse alors apparaitre un nouveau phénomène. Un regard transcendant nous fait retrouver les octaves qu’Ouspensky[296] décrit dans son témoignage en une multitude de mouvements et de choses. Allant du plus intime de la matière, à un ensemble d’activité intellectuelle, en passant par nos perceptions de base. Néanmoins, cette réitération d’octave en octave n’est pas que la redite de la chose déjà dite, mais l’évolution du cercle précédent dans un nouveau cercle à son image, ce qui va produire comme une spirale évolutive ou involutive, une sorte de vortex, un tourbillon[297] dont je suis l’axe.

Figure 93 : Tableau de la loi des octaves de John Newlands[298]

En attendant, un tourbillon possède des propriétés, il est un peu comme un trou noir qui attire à lui ce qui passe à sa portée. Et il me semble qu’ici il y a un mystère, car ce vortex poétique, que je déploie ici comme étant le moteur de mon cheminement, semble activement attirer à lui uniquement les éléments qui le nourrissent, pour lui permettre de faire un nouveau tour de piste... Un peu comme ces exemples, utilisés dans ce document, qui se trouvant à proximité ont été attirés par le tourbillon que j’anime par mon cheminement (le déploiement de ce texte) et qui sont devenus malgré eux des acteurs de l’histoire de ce texte. Dans cette histoire, où nous évoluons, le tourbillon semble attirer à lui les semblables, dans une logique qui parfois m’échappe et qui est de l’ordre du magique… c’est ce qui me fait dire que tout ceci a comme substrat le Rêve et non pas la matière.

 

Il y aurait alors, une sorte d’intelligence qui anime la structure à l’insu des histoires locales qui s’y déroulent. Le Rêve du rêve. Une Histoire d’un autre ordre, invisible, cachée, qui essaierait de se frayer un chemin à travers l’histoire du quotidien. Une histoire plus Universelle, à l’image du septénaire. Humanisant cette prise de conscience, nous faisons alors apparaitre un autre personnage qui nous habiterait et qui serait le chef d’orchestre de cette affaire en nous : nous voici deux. Plus nous nous approchons de ces structures et plus le tourbillon semble prendre de la vitesse, alors faire un mandala ou toucher de près ou de loin à cette intimité devient opératif.

 

 

La spirale ne va, ni ne vient, elle est de toute éternité, elle s'exprime à travers l'individu qui s'incarne en glissant dessus.

Elle est ce qui nous porte, et nous transporte.

Mais, point de vue, du point de vue de l'individu, pour qui tout point de vue est une croyance en ce qui est vu.

Mais, la spirale transporte à son insu « le point de vue, devenu individu », et le fait évolué de spire en spire...

Sur la spirale de la légende, nous incarnons le héros de notre cœur, à l'insu de l'individu qui vie dans sa tête.

Lorsque j’ai vu la spirale, je l’ai cherché et trouvé partout…

Un de mes chats m’a accompagné durant presque un an, tous les matins dans la salle de bain. Il n'attendait qu'une chose : que je retire la bonde du lavabo... Alors, il sautait sur le meuble, regardait la spirale et finissait par se jeter, la patte la première, dans le trou vers lequel l'eau avait disparu. Il était tellement concentré sur ce mystère que même si le robinet continuait de couler et que cela lui mouillait la tête, il essayait quand même de voir par la patte.

 

Ici, il a aussi essayé de percer ce mystère sur l’évier de la cuisine.

 

Figure 94 : Noisette au fond du trou

4.5.9.               Tout est parfait

Il nous semble évident que tout ne vas pas comme cela devrait être et très souvent : nous sommes insatisfaits d’un résultat[299]. Un des sports mondiaux le plus pratiqués est certainement de se plaindre de ceci ou de cela. Nous sommes d'éternels insatisfaits. 

Moi, je prétends qu’au contraire tout est parfait et que cela est heureux, car sinon nous n’existerions probablement pas. J’ai déjà déployé ce sujet dans un ouvrage précédent[300]. Mais, cette contre évidence à toute sa place dans ce document, et, je vais donc me permettre de reformuler ici mon propos. 

Cette sentence : « tout est parfait » n’est vrai que si l’on se place au niveau physique, mais elle devient floue au niveau de l’esprit humain, équipé d'un Moi et d'un égo dualiste.

L’ensemble des choses qui nous entoure répond à des lois et des règles que la science essaie de capturer par les mathématiques ou tous autres systèmes de codage du vivant. En vérité, quoi qu’il arrive dans le monde matériel, cela arrive parfaitement au sens physique. Par exemple : si je jette un caillou en l’air, il se dirigera ensuite vers le sol. À aucun moment, il ne remontera dans l’air, sauf si l’attraction terrestre est modifiée localement, alors dans ce cas le caillou remontera et cela sera parfait, parce que l’attraction terrestre du lieu aura été modifiée. Il n’y a pas de surprise, au niveau matériel, jamais : cela se déroule comme cela doit se dérouler.

Tout ce qui se passe au niveau physique est intrinsèquement parfait… et la science exploite cette information pour essayer de codifier l’Univers et son fonctionnement. Même si certains mécanismes semblent produire des résultats aléatoires[301], cet aléatoire est le fruit parfait du mécanisme qui le met en œuvre et il n’est alors pas si aléatoire que cela. Avant la Seconde Guerre mondiale, Émile Borel a proposé un paradoxe qui porte son nom[302] selon lequel la définition du hasard est par nature impossible.  

Le terme parfait n’exprime pas ici une dualité, mais un fait. Nous exploitons ce fait en permanence de manière inconsciente et tout ce que nous fabriquons utilise cette évidence mise en équation. C’est une telle évidence que nous ne la voyons pas. Nous ne la voyons pas, parce que nous apportons continuellement un jugement, un fond signifiant, sur l’action qui se déroule, alors que cette pensée qualitative n’a rien à voir avec ce qui se déroule de manière parfaite. Je peux avoir le jugement suivant : « il est idiot de jeter un caillou en l’air ». Mais, cela n’a rien à voir avec le fait que je jette un objet en l’air, je sais, parce que c’est une évidence, que si je jette un objet vers le haut, avec l’énergie apportée par mon geste, l’objet va monter avant de redescendre vers le sol. Cette évidence me cache le fait que ce qui se déroule se passe parfaitement comme cela doit se passer, si je fais ceci ou cela et que c’est pour cela que je le fais. Lorsque je fais quelque chose, je peux être insatisfait du résultat, mais il n’est que le fruit de mon geste. Le fait de savoir, si le geste est bon ou pas, n’a pas de sens, dans tous les cas le résultat est en fonction du geste réalisé et il est réalisé parfaitement en fonction des paramètres du geste. À aucun moment, la matière ne se met à faire ce qui lui plait, le caillou ne s’est pas projeté en l’air tout seul.

4.5.9.1.       Un peu de poésie

La matière est dans un perpétuel mouvement, qui forme une sorte de croissance, et ce mouvement est parfait. Si j’interviens, par l’action, dans ce mouvement, je me contente de le rediriger vers un autre résultat, mais tout cela sera parfaitement exécuté sans aucun état d’âme. Cela fonctionne tout seul. Si je jette un caillou, il suit une trajectoire, il monte et tombe sur le sol, il ne reste pas en l’air. Mon geste n’est peut-être pas en phase avec mon intention de résultat, mais il donnera ce qu’il doit donner, étant donné que tout est parfait en termes d’exécution. Il n’y a pas de notion de dualité à ce niveau-là. C’est même à cette condition que la vie est possible, parce que ce sont ces faits, cette réalité : que tout est parfait, qui permet aux choses de tous ordres de croitre.

En fait, dans un monde parfait, fait par les faits, il est difficile de produire des non-faits. Alors, toute création n’est en réalité qu’un nouveau fait du fait. Si sur Terre, je jette un caillou en l’air, il va retomber, il n’y a pas là d’acte créateur, mais, une action réalisée à travers les lois d’actions.

Ce n’est pas l’inspiration au sens classique qui guide l’homme, mais le fait que tout est parfait et que cette perfection s’impose de fait lors du faire :

Je passe mon temps à écrire des programmes pour répondre à des besoins. Avec les années, il est devenu pour moi évident que le code source qui est produit est totalement Soumis à cette perfection. J’ai simplement parfois le choix entre plusieurs chemins, et en fonction du chemin pris, des faits (sous la forme de bug) vont venir modifier mon cheminement. Une fois le code du programme opérationnel, je constate que certaines variables se sont imposées de fait, et qu’il est impossible de ne pas les utiliser. J’utilise même cette approche pour que le code se déploie tout seul, pour qu’il coule de source (à travers le trou, laisser par cette approche de laisser-faire)... c’est moins fatigant.

 

Je suis soumis à cette perfection que m’impose la création. Cette perfection est une évidence que nous ne voyons pas mentalement, mais qui est intégrée en nous et nous constitue, et elle est de toute manière non contournable.

Je suis en perpétuelle recherche d’un équilibre, mais je ne suis pas le seul, tout le monde et toutes les structures « holographiques » sont concernées. Alors l’expression : « L'idée est dans l'air », est un reflet d’un déséquilibre, que la structure holographique société, est en train d'expérimenter, et qui ne peut être résolue qu’à travers la perfection de la création. Et, la bonne idée qui « est dans l’air », tout comme la variable de mon code va s’imposer, car la perfection implique un mode opératoire, une loi d’action, qui s’incarnera sous la forme de cette idée. Le fait que « L'idée est dans l'air » est le signe que la structure holographique concernée s’est mis en mouvement, pour respecter la perfection de la création. Une chose est intéressante ici, c’est que « l’idée qui est dans l’air » concerne une structure holographique qui n’est pas directement liée à celle qui a l’idée, ce qui montre que les structures holographiques ont entre elles des lois d’actions, et qu’elles sont liées pour former un tout.

Les lois d’actions préexistent (incréée), et elles ont permis la création, qui est rétroactivement soumise aux lois, pour ne faire qu’un. Elles sont invisibles, mais s’expriment en permanence à travers toutes les incarnations, elles sont donc observables à travers l’évidence de ce que nous sommes et appréhendons.

L’hologramme transcendant qui forme le tout est la conséquence de ces Lois, qui sont elles-mêmes l’hologramme source. 

L’inspiration est un accès, pour un temps, à une nouvelle transcendance holographique, qui va permettre une nouvelle incarnation, pour rester dans la perfection dont nous ne pouvons sortir.

Le terme perfection utilisé ici n’a rien à voir avec le fait d’être gentil ou méchant, il est hors dualité et n’inclus pas la notion de choix. Les sentences : « respecté », « rester dans la perfection » sont elles aussi des leurres, car il n’y a pas de choix, le caillou va tomber là où il doit et pas ailleurs.

Ce qui prit au premier degré nous éloigne de « la loi suprême » : « La Loi suprême est l'absence de lois », mais bon…

 

5.  L’information (le sujet)

Il nous semble évident que l’information que nous recevons de nos sens est bien là où il nous semble qu’elles se trouvent. Si je vois un vase devant moi, même s’il est affiché dans la boite magique de ma conscience en lieu et place du vase réel, il est devant moi. Si je tends ma main vers ce vase, eh bien, mon sens du toucher va me confirmer sa présence. En fait, je ne me pose pas la question de savoir si ce vase est là ou non, il est là de toute évidence.

Avec ces années de cheminement dans différentes directions et la masse informations collectées sur tels ou tels sujets, des questionnements sur la nature de l’information brute qui forme notre réalité ont émergé en moi. Plus précisément, la nature de l’information et de son rapport avec nos perceptions. Très clairement, en synthétisant de façon cohérente l’ensemble des informations collectées, des questionnements sur ce que nous appelons la réalité sont apparus, qui remettent en cause l’évidence du positionnement supposé de cette information. Étant programmeur, et ayant réalisé différents travaux de simulation de monde virtuel, certaines évidences s’imposent à moi, et au premier abord elles ne correspondent pas aux idées communes que nous nous faisons, pour ce type de sujet. L’évidence de notre présence au milieu d’un lieu, où nous pouvons interagir, ne résiste pas à certaines analyses et pratiques millénaires, qui semblent elles nous montrer : qu’il y d’autres modes d’interaction avec notre environnement.

Des pratiques telles : que la divination, le « Remote Viewing[303] », la voyance, la médiumnité, la sorcellerie… même si elles sont sujettes à critiques, perdurent sous différents aspects depuis la nuit des temps.

Tout le monde sait qu’il est possible d’avoir des hallucinations, soit d’apport d’informations dans le réel, soit de suppressions d’informations[304]. Une hallucination peut être quelque chose de très banal et tout le monde vie ce phénomène de conscience, sans trop y prêter attention. Par exemple, vous pouvez croire voir un oiseau au loin qui n’est en réalité qu’une simple racine. Bien sûr, si vous voyez un lutin sur votre chaise, vous allez commencer à vous rendre compte que quelque chose ne va pas. Mais si l’hallucination est crédible, cohérente, alors elle passe totalement inaperçue. Pour rappel, l’information perçue dans notre conscience est une reconstruction fidèle de l’information captée par nos différents organes des sens. Un adage nous dit : « traduction, trahison »… et c’est bien là un des problèmes qui nous préoccupent.

« Celui qui traduit littéralement est un faussaire, celui qui ajoute quelque chose est un blasphémateur[305] »

5.1.   Le questionnement

Considérer que nos sens nous fournissent une information complète et que notre traduction soit correcte n’explique pas les cas spécifiques, classés généralement dans le paranormal, ou les dysfonctionnements des sens de l’humain.

Différentes questions sont venues frapper à la porte de mon esprit :

·         L’information captée par nos sens se trouve-t-elle bien là où nous pensons ?

·         Quel est le rapport entre l’information réelle et la projection dont nous disposons dans notre conscience, ou même le rapport que peut nous fournir un appareil de mesure ?

Un des processus de base de l’analyse de l’information, perçue ou capter, est une logique d’isomorphisme plus ou moins complexe, qui nous permet de reconnaitre et de décoder l’information qui se présente à nous comme étant une chose reconnue[306].

Nous n’appréhendons le monde qu’à travers des structures internes, que nous défendons, même si elles sont parfois fausses. Nous avons continuellement besoin d’un cadre de référence, pour poser les bases de notre raisonnement. Ces structures internes incluent notre personnalité, notre égo et tous les systèmes fonctionnels qui nous servent de référence.

Nous naviguons d’encapsulation en encapsulation de tous ordres qui sont, de base, considérée comme des cadres où nous évoluons et où nous allons automatiquement chercher une cohérence structurelle. Les mécanismes utilisés par cette recherche seront majoritairement de types analytiques, analogiques, métaphoriques. Il doit exister un isomorphisme[307] entre les données, conscientes ou inconscientes, qui sont déjà validées en interne. Ces données seront à la fois des informations brutes et des métas modèles réels ou fictifs, conscients ou inconscients.

De nombreuses études montrent que certaines pratiques permettent d’être dans une interaction relative avec l’information en dehors d’un contact direct. Même si toutes ces pratiques sont en général de l’ordre du subjectif comme la radiesthésie, la voyance…

Pour qu’une chaise soit stable, il lui faut au minimum trois pieds, le quatrième pied est optionnel, cela s’applique aussi à une voiture avec ses roues. Cette structure de stabilité en trois points est vraie métaphoriquement pour tous les systèmes présentant un besoin d’équilibre. Certains praticiens vont alors réutiliser cette information et construire une procédure s’appuyant sur trois pieds virtuels, afin de répondre à cette règle démontrée dans un autre plan de réalisation. Nous entrons dans le monde de la correspondance, des actes magiques, des croyances… où des structures métaphoriques deviennent le lieu d’actions métaphoriques à destination du monde, de notre réalité.

Comment est-il possible qu’il existe des multitudes de structures imaginaires, images métaphoriques, qui sont utilisées en rapport avec l’information réelle, objet de son usage, cela depuis la nuit des temps ? La plupart des procédures de divination sont basées sur l’acquisition d’une structure dans laquelle va se dérouler la divination. Il existe pour l’ensemble de ces pratiques, parfois très différentes, une méthode, même subjective, qui permet à l’usager de réaliser son travail. Ces méthodes s’inscrivent dans des protocoles souvent très stricts où l’on peut constater que l'action envisagée dans la réalité passe par l’intermédiaire d’un tiers symbolique qui va traiter une information non accessible directement.

Il serait vain d’essayer de démontrer la réalité et la pertinence de ces différentes pratiques. Ce n’est pas ici mon propos, et je ne veux pas entrer dans un débat sur les réalités du paranormal et des phénomènes occultes. Ces différentes pratiques qu’elles soient reproductibles ou non, subjectives ou non, ont simplement semé le doute en moi. Cette Évidence, qui nous habite, concernant notre proximité avec la chose perçue serait-elle fausse ? Le doute étant métaphoriquement une graine, s’il s’est planté dans le terreau de l’Évidence, alors des idées diverses vont germer à intervalle régulier, pour essayer de créer une structure plus cohérente qui essayera d’englober toute l’information, afin de la rendre plus juste. Ces idées sont comme des fleurs qui essaient de trouver leur place sur le terreau de l’Évidence. La structure a été touchée par ces doutes et il est important pour le système de la remettre en état, pour continuer à appréhender le monde, dans sa réalité la plus parfaite.

Pour répondre à une question qui résiste, le plus simple est de collecter de l’information sur le sujet, d'incuber ces données à travers différents lâchés prises et d’attendre des réponses. Les réponses peuvent apparaitre d’elles-mêmes, comme des émergences, sans crier gare. Il est aussi possible de poser un certain nombre de postulats en cohérence avec la synthèse analytique des données accumulées. Ce double travail va accélérer la germination, bien que ceci soit subjectif, car la graine germe quand elle veut.

Simplement, je constate que : si je créer une structure, en rapport avec une logique, telle que proposée dans le paragraphe précédent, alors cette structure va devenir active et qu’il en sortira quelque chose. Pour travailler et mettre à la question ces doutes, je vais donc mettre en place une structure constituée de postulats. Les différents postulats qui vont être posés ne sont pas de la mathématique et ils peuvent parfaitement présenter des illogismes entre eux. 

Ces postulats ne sont pas à analyser en termes de vérité ou de cohérence. Ils sont des postulats de départ issus de la germination de donnée qui ont incubé. Ces postulats forment une structure dans laquelle va se dérouler un processus de mise au point, d’ajustement. Cette structure n’a pas vocation à correspondre à des croyances ou à des faits. Elle est simplement un ensemble de propositions, qui ont pour but de déployer des réponses encore invisibles. Ce qui va suivre est donc, en quelque sorte, de la science-fiction. Dans le mot science-fiction, il y a le mot science, qui nous renvoie à une certaine cohérence analytique, et le mot fiction, qui laisse libre cours à des propositions qui peuvent tout à fait être irrationnelles. 

Donc, à partir de maintenant, tout ce qui va suivre sera le résultat d’un déploiement en direct sous vos yeux. Nous sommes vous et moi actuellement dans l’expérience, et je ne sais pas plus que vous qu’elle sera la suite de ce texte. Bien sûr, j’ai déjà quelques idées pour les postulats et j’ai donné la direction que je vais suivre, mais nous sommes présentement dans l’expérimentation.

5.2.   Postulats (la graine)

Voici donc une suite de postulats qui vont nous servir à déployer notre fiction.

·         L’Information réelle (IR) est unique et se situe en dehors de l’espace-temps dans une structure d’accueil (SA) spécifique dite : structure racine (SR).

·         L’Information réelle (IR) ne peut pas s’exprimer s’il n’y a pas une structure d’accueil (SA) permettant à l’Information réelle de se déployer sous la forme d’une information apparente (IA). 

·         Un observateur (OB) est une structure d’accueil (SA) en relation avec une autre structure d’accueil (SA).

·         L’information apparente (IA) dépend des règles (RE) de la structure d’accueil (SA) de l’observateur (OB) et, il y a autant de (IA) que de (OB).

·         Toutes formes, physiques ou mentales, formées par l’observateur (OB) sont des structures d’accueil (SA), où s’exprime l’Information réelle (IR), sous la forme d’information apparente (IA). 

·         Le déploiement (DE) s’exprimant dans la structure n’est pas réductible à l’ensemble des parties de la structure.  

·         Toutes structures (SA) permettent le déploiement (DE) sous la forme d’émergence (EM) d’information apparente (IA).

·         Ce qui « anime le déploiement » (AD) n’est pas de l’ordre de l’espace-temps.

·         Le déploiement (DE) modifie l’Information réelle (IR), mais l’information apparente (IA) ne répercute pas forcément la modification pour l’observateur (OB), en fonction de la structure d’accueil (SA) utilisée pour réaliser le déploiement (DE).

·         Des structures d’accueil (SA) peuvent être en dehors de l’espace-temps.

·         Il est possible d’agir sur l’information réelle (IR) en animant le déploiement (AD) via la structure d’accueil (SA). 

·         La capacité d’interaction de la structure d’accueil (SA) avec l’information réelle (IR) dépend de la qualité de cette structure (SA) et de la précision de l’animation du déploiement (AD).

·         Un nombre illimité de structures d’accueil (SA) peuvent être en relation avec l’information réelle (IR).

·         Chaque structure d’accueil (SA) peut représenter l’information réelle (IR) selon les règles (RE) propres à cette structure d’accueil (SA). 

·         Une structure d’accueil (SA) peut évoluer et modifier ses règles (RE) de traitement de la représentation (IA) de l’information réel (IR).

·         Il existe un isomorphisme qui maintient la cohérence entre l’information réelle (IR) et l’information apparente (IA), résultant du déploiement (DE) en fonction de l’animation (AD), régie par les règles (RE) de la structure d’accueil (SA). 

·         Une structure d’accueil (SA) peut intégrer d’autres structures d’accueil (SA) sans aucune limitation d’encapsulation.

·         L’information apparente (IA) peut être produite à partir d’informations réelles (IR) d’apparence dissociée. 

·         La nature du lien entre l’information réelle (IR) et les structures d’accueil (SA) est en dehors de l’espace-temps 

·         Si la présence de la structure est indispensable, par contre rien ne prouve qu’elle soit opérative et efficace. 

·         L’ensemble de ces postulats est une structure d’accueil (SA).

5.3.   Déploiement (la germination)

L’ensemble de ces postulats est une structure d’accueil (SA) où se déploie (DE) une information apparente (IA) issue d’une information réelle (IR) que j’anime (AD) en tant qu’observateur (OB) actif (OA), en suivant les règles de ma logique (RE) structurelle (SA). Cette animation (AD) produit des émergences (EM), qui viennent modifier l’information apparente (IA) et la structure d’accueil (SA) représentées par ces postulats. L’isomorphisme entre l’information réelle (IR) et l’information apparente (IA) devient plus précis, il y a un mécanisme d’ajustement (AD) en œuvre à travers cette récursivité. 

 

Les postulats ont été posés les uns après les autres, en exprimant le contenu des différentes émergences précédentes, qui ont donné lieu à l’idée de poser des postulats.

 

Aussitôt que quelques-uns de ces postulats ont été posés, de nouveaux postulats sont apparus, pour parfaire l’ajustement global des premiers. Ce processus est récursif et à chaque nouveau postulat émergeant, posée dans la liste et donc interagissant avec elle, une recomposition des postulats déjà posés a été réalisée. Afin d'assurer un besoin de cohérence fonctionnel de la structure d’accueil de l'observateur. Ce mécanisme récursif, animé par le besoin de cohérence de la structure d’accueil, est mu par un isomorphisme avec ce qui doit émerger, et qui est encore en dehors de l'espace-temps et de la structure d’accueil (SA) en cours de construction. S’il existe une information réelle (IR) concernant les questions posées plus haut[308], elle se situe actuellement dans une autre dimension, et elle a l’opportunité de pouvoir émerger à travers cette structure d’accueil animée par ce déploiement.

L’isomorphisme, en action avec l’information réelle (IR), qui se précise à travers l’émergence de ces postulats, va s’affiner durant toute la rédaction de ce document. La rédaction devient alors le moteur de l’animation de cette structure d’accueil. Nous sommes dans une sorte de paradoxe, car ce document, qui est censé donner une réponse aux questions posées, est en fait écrit pour faire apparaitre les réponses qui n’existent pas, de manière formelle, au départ de ce rédactionnel. Chaque nouveau postulat, ou écrit, pouvant modifier le texte déjà posé dans un souci de cohérence.

La notion d’émergence va nous fournir un nouveau matériel qui n’est pas forcément quelque chose de préalablement connu ou de logiquement déduit. Il est possible que cette émergence soit un artefact ou une illusion, mais elle est le fruit d’un processus réalisé en dehors du mental analytique. En général, une émergence s’impose à nous en des termes de cohérence, et elle est généralement perçue comme une illumination, voire une vérité. Effectivement, l’émergence est le résultat du traitement, à un niveau inconscient, des différentes informations apparentes déjà collectées. Cependant, rien ne nous empêche de penser que le processus, qui permet à l’émergence d’apparaitre, accède à des informations, qui ne sont pas apparentes, comme des souvenirs oubliés par le conscient, ou même qu'il dispose d’un accès à l’information réelle, où des représentations de cette information réelle au plus proche d’elle.

L’expérience nous montre, tous les jours, que nous n’avons pas réponse à tout, et que cet accès, à l’information réelle, est soumis à certaines règles. Nous posons ici cette question :

Mais, quelles sont les règles d’accès à l’information réel ?

Les postulats, déjà posés, essaient de répondre à cette question qui vient d’émergée et cette réitération du questionnement attise l’animation du déploiement.  

Figure 95 : Itérations récursives des postulats

Au moment même où je tape cette phrase sur mon clavier, je ne sais pas quelle sera l’information apparente qui émergera de ce texte. Il faut que j’accumule de l’information apparente (IA) pour nourrir cette structure qui alors pourra croitre vers un ailleurs que je ne connais pas encore.

Un nouveau postulat est formé d’une information apparente (IA) collectée par l’observateur (OB) qui encapsule la structure d’accueil (SA) où se déroule l’animation. Cette nouvelle information apparente (IA) et sa structure d’accueil (SA) viennent s’encapsuler dans la structure d’accueil (SA) maintenu par l’observateur.

Poser un nouveau postulat (AD), c’est mettre en résonnance notre structure d’observateur (OB) qui accueille (SA) ce postulat. Cette résonnance perturbe l'ensemble des structures d’accueils déjà collectés qui vont devoir se stabiliser en produisant un isomorphisme cohérent. 

Plus la structure d’accueil de l’observateur (SA) va encapsuler d’information apparente (IAx) et plus l’information apparente (IA) résultante va être en symétrie avec l’information réelle (IR). Et, des émergences, issues de l’ensemble, qui sont plus que ses parties, produiront alors une image apparente de plus en plus proche de l’information réelle.  

Les informations apparentes (IA) nouvelles qui vont venir s’encapsuler dans la structure d’accueil de l’observateur peuvent venir : soit d’émergence[309] interne, fruit de l’incubation issu de cette même structure d’accueil, soit de l’extérieur à travers tout type de structures d’accueil[310].

Nous posons ici un autre postulat basé sur l’observation de ce qui vient d’émerger :

·         Plus l’information apparente (IA) de la structure d’accueil (SA) est proche de l’information réelle (IR), plus les émergences internes en rapport et les informations apparentes externes qui apparaissent pour s’encapsuler sont nombreuses.  

Il nous semble qu’un processus mystérieux attire vers la structure d’accueil, maintenu par l’observateur, les structures d’accueil des informations apparentes en résonnances avec le thème.

5.3.1.               Un exemple rationnel

Lorsque je regarde un vase (OB-AD), ce vase que je vois devant moi est l’information apparente (IA) que ma structure d’accueil (SA - mon corps, mes sens) me donne à voir de l’information réelle (IR) qui émerge, via la structure d’accueil (SA – la matière formant le vase) placé dans mon décor. 

L’information réelle (IR) du vase n’est pas visible directement, elle s’exprime à travers la forme du vase posé devant moi. La matière composant le vase n’est pas un vase, elle incarne (information apparente) un vase. 

Ici, il y a une sorte de boucle, car la notion de vase n’est pas donnée par la forme elle-même, mais par sa reconnaissance et le sens donné par l’observateur, qui qualifient la forme de vase. 

5.3.2.               Un exemple irrationnel

Alexis Didier[311] qui a vécu au XIXe est considéré comme le plus grand voyant de son siècle. Voici un extrait d’un des nombreux contre rendus existants le concernant.

Alexis se rend en Angleterre à plusieurs reprises pour des séries de démonstrations données, la haute société de l'époque manifestant un intérêt très vif pour les phénomènes paranormaux. Comme exemple, on peut citer longuement un cas qui nous est rapporté par un aristocrate anglais, le révérend Chauncy Hare Townshend[312]. C'est ainsi que Townshend raconte sa rencontre avec Alexis Didier[313].

 

« Dès que Marcillet a été parti, j’ai commencé à tester la clairvoyance d’Alexis, pour ce qui concerne la vision des endroits éloignés. Je lui ai demandé s’il voulait visiter ma maison par la pensée. Il m’a dit aussitôt : " Laquelle ? Car vous en avez deux ! Vous avez une maison à Londres, et une autre dans la campagne. Par laquelle voulez-vous que je commence ? " Je lui ai répondu : « par la maison de campagne ». Après une pause, Alexis a dit : " j’y suis ! «. Alors, à ma surprise, il a ouvert grand ses deux yeux, et a porté autour de lui un regard fixe. [...] « Je vois, dit-il, une maison d’importance moyenne. Il s’agit d’une maison, pas d’un château. Il y a un jardin autour. Sur le côté gauche, il y a une maison plus petite, sur la propriété. » [...] « Maintenant, ai-je dit à Alexis, quel paysage voyez-vous ? » - De l’eau, de l’eau, répondit-il avec précipitation, comme s’il voyait le lac qui, en effet, s’étale sous mes fenêtres. Puis : " Il y a des arbres en face tout près de la maison». Tout cela était exact. " Bon, lui dis-je, nous allons pénétrer dans le salon. Qu’y voyez-vous ? » Il a regardé autour de lui ; et il a dit (quand je ne me souviens plus des mots exacts, je les donne en anglais) : " Vous avez de nombreux tableaux sur les murs. [...] L’un représente la mer, l’autre est un sujet religieux. [...] Il a y a trois personnes sur le tableau - un vieillard, une femme, et un enfant. Est-ce que la femme serait la Vierge Marie ? (Il s’est interrogé à haute voix, comme s’il réfléchissait). Non ! Elle est trop vieille. Il a continué de la sorte, en répondant à ses propres questions, pendant que je restais parfaitement silencieux. La femme a un livre sur ses genoux, et l’enfant montre avec ses doigts quelque chose qui se trouve dans le livre ! Il y a une quenouille dans l’angle. Effectivement, le tableau représente sainte Anne en train d’apprendre à lire à la vierge Marie, et tous les détails de la scène étaient corrects. [...][314]"

 

Je ne cherche pas à savoir si ce témoignage est vrai ou faux, ce qui m’intéresse ici c’est uniquement le témoignage. Je sais déjà que toute discussion sur la réalité du phénomène exprimé plus haut nous amènerait à un rejet pseudo scientifique. Car justement, il serait basé sur la logique des Évidences que nous cherchons à dépasser. Donc, ce témoignage, structure d’accueil, est une information apparente et je l’ajoute aux autres.

Ceci nous donne un nouveau postulat :

·         S’il existe un témoignage sur un sujet, il doit être considéré comme une information apparente (IA) et il vient enrichir la structure d’accueil. Je fais confiance au processus d’incubation pour démêler le vrai du faux à ma place.

Ici, le voyant a accès à une information apparente (IA), se trouvant hors de portée de ses sens physiques et de son corps. Logiquement, sa structure d’accueil (SA) n’est pas capable de faire émerger l’information apparente (IA) qui se trouve en dehors des règles de sa structure. Il existe peut-être des règles de cette structure qui nous sont inconnues, que connaissons-nous de notre corps et de ses organes des sens. Alexis Didier utilise une structure d’accueil qui nous est inconnue et qu’il a encapsulée, pour faire émerger cette information apparente qui pointe vers une information réelle.

Aparté - Émergence :  1 - le magazine Nexus

Ici, je vais faire un aparté[315], qui est en réalité la suite de ce texte, mais qui l’éclaire d’une manière particulière.

Lorsque j’ai abandonné la rédaction de ce chapitre, j’avais l’intention de donner un exemple de vision à distance et une vague idée de retrouver dans mes archives quelques documents collectés il y a quelques années.

J’ai été faire mes courses et j’en ai profité pour aller faire un tour au rayon librairie pour consulter les magazines. L’expérience m’a montré qu’il y a un fort potentiel pour que des informations apparentes y soient disponibles, pour venir enrichir un travail en cours. Effectivement, le nouveau numéro d’un magazine[316] que j’ai l’habitude d’acheter propose un article spécial de plusieurs pages sur la vision à distance ?[317]

Je ne cherche pas à savoir si c’est une coïncidence, un hasard ou tous autres caprices liés aux synchronicités. Je note simplement que de l’information est apparue en relation avec un sujet dont je cherchais des références. L’apparition de cette information vient nourrir le postulat posé précédemment et le contenu de l’article apporte de l’eau à mon moulin. Quel que soit le sens à donner à cette anecdote, les faits sont là : je dispose du matériel attendu, et bien plus, et il va venir enrichir (comme prévu) le contenu de ce document.

5.4.   Déploiement (la première tige)

Quel que soit votre avis sur la teneur des postulats, ce qu’il faut comprendre, c’est qu’ils sont en réalité le reflet, l’information apparente, de ma structure d’accueil interne. Ils sont la synthèse de ce que je pense de tout ceci. Et ils s’ajustent par itération en modifiant dans le même temps ma structure interne et vice-versa. Il y a un lien direct entre cette structure de postulats et ma structure interne d’observateur. D’une certaine manière, ils sont le reflet de mes croyances qui s’ajustent, au fur et à mesure que la structure se construit.

Cette structure est, ce qui reflète le mieux, à un moment donné, ma capacité à être en résonnance avec le thème. C’est donc « pour moi » le bon outil, que je vais faire évoluer à travers ce travail récursif. Ce processus est très similaire à celui présenté dans le chapitre « La mémoire ce n’est pas nous (4.4.10) », où il est exposé la reconstruction d’un souvenir par étapes, à partir d’informations internes et externes qui viennent modifier ma structure d’accueil, à chaque nouvelle itération de l’ensemble des participants.

Vous avez peut-être des problèmes d’acceptations ou de compréhension concernant certains de ces postulats. Mais comme dans l’anecdote du souvenir évoqué plus haut, vous êtes en quelque sorte le personnage extérieur pris dans cette histoire et cette structure n’est pas la vôtre, elle ne vous permet pas la connexion avec l’information réelle. Cependant, la question ici est d’ordre universel, et elle vous concerne donc aussi. Il faut que vous l’appréhendiez et que vous fassiez les modifications nécessaires, pour qu’elle corresponde à votre structure interne personnelle. Vous devez faire vos ajustements, à partir de vos propres émergences, représentées ici par votre désaccord, afin d’être en symbiose (isomorphe) avec votre propre structure interne. Si mes propos, qui sont aussi de l’information apparente qui émerge, viennent bousculer votre structure, alors elle va s’ajuster.

Pour moi, à un moment donné, c’est la bonne structure et donc le bon outil pour faire sortir des émergences internes ou externes. Je ne doute pas de mon travail, alors une porte s’ouvre. Si j’en viens à douter d’un postulat, ce qui perturberait la structure, automatiquement, des émergences correctives vont apparaitre, pour que la structure retrouve une stabilité et redevienne opérationnelle (à son niveau). Le doute qui est apparu est lui-même une émergence corrective. Tout ceci ne veut pas dire que je détienne une vérité et que la structure me permette d’arriver à mes fins, elle est juste quelque chose que je peux déjà, dans l’état, utiliser au mieux de mes intérêts. Tout ceci est simplement la description de nos processus de réflexion habituels. Mais avec les postulats posés dans ce document, j’ai permis l’ouverture des possibles, en considérant l’ensemble des faits mis à ma connaissance, sans les restrictions de la logique du mental.

Ce qui est réalisé est une sorte d’exercice de « vision à distance », comme proposé dans l’article du magazine. Ce qui est cherché, c’est la réponse aux différentes questions (apparentes) posées au début de ce chapitre. Je cherche la réponse à des questions, en possédant déjà une grille ou une structure minimum que je vais enrichir. Certains diront que la question en elle-même est la première structure d’accueil, et qu’elle contient déjà en germe l’information réelle (la réponse attendue).

Je vais « canaliser » des émergences qui sont des sortes de réponses intermédiaires ou finales qui se trouvent métaphoriquement à une certaine distance, elles sont en dehors de mon champ de perception. Si je cherche, quelque chose, cette chose, pour la logique, est à une certaine distance de moi, même si en finale mes lunettes sont simplement posées sur mon nez. C’est cette notion de distance virtuelle qui me fait dire que nous sommes dans un processus de « vision à distance » (de « remote viewing »). Où, malgré ce que nous pourrions penser, il n’est pas nécessaire de visualiser dans son esprit la fantomatique image d’une chose cachée, comme nous le propose Alexis Didier dans l’anecdote transcrite plus haut. Nous sommes déjà tous des voyants à notre manière et nous passons déjà tous notre temps à invoquer notre mémoire en permanence, sans nous rendre compte que nous réalisons simplement un acte de type magique. Il nous est tellement Évident d’utiliser notre mémoire qu’il ne vous vient pas à l’esprit que c’est un acte de voyance accompagné d’une invocation. Nous pouvons juste remarquer que parfois notre invocation n’est pas honorée et que le nom de notre collègue nous échappe, il reste à distance de nous, caché dans un lieu tenu secret. Il y a de bons et de mauvais magiciens de la mémoire. Contenues par l’Évidence que notre mémoire est seulement nôtre, nous n’invoquons que des informations que nous croyons y trouver.

Aparté - Émergence :  2 - Magazine Cerveau, Science & Conscience[318]

Lors de ma visite chez le libraire, j’ai aussi acheté un deuxième magazine qui contenait une information recherchée lors de la rédaction d’un chapitre précédent. Cette information avait été entrevue le mois passé, en lisant un autre quotidien, et je voulais le retrouver, pour illustrer ce chapitre. À l’ouverture de ce magazine, je suis tombé directement sur un article qui, justement, reprenait cette information avec plus de détail. J’ai donc acheté ce document, pour me simplifier la vie et ne pas avoir à rechercher la référence dans la pile de mes imprimés. De retour chez moi, j’ai parcouru les différents articles et j’ai découvert une autre rubrique (IA) illustrant, d’une certaine manière, les postulats posés ici et donc de nouvelles informations apparentes qui vont certainement enrichir cette structure d’accueil qui évolue devant vous.[319]

Bien sûr, c’est moi qui écris tout ceci et c’est moi qui vais chercher des magazines, je fais en quelque sorte les questions et les réponses. J’ai acheté ces revues parce qu’elles contenaient une information en résonnance avec ce travail. Mais, il faut bien comprendre que c’est l’observateur qui assure l’animation de la structure d’accueil, à partir des informations apparentes qui émergent. Et consulter, par exemple, un dictionnaire pour collecter une information sur un sujet n’est pas une démarche très différente que d’aller dans une librairie. Simplement, en consultant un dictionnaire nous sommes sûrs qu’une information va émerger, puisque le dictionnaire est justement une structure d’accueil ajustée, depuis très longtemps, pour répondre à des questionnements.

Le dictionnaire est comme un Tarot de l’homme moderne, on y trouve tous les détails concernant les différents mots existants, mais pour les autres maux qui nous taraudent le Tarot reste encore un bon outil.

Nous pensons contrôler le processus en consultant un ouvrage de référence et cela masque la réalité du mécanisme d’émergence. Avec ces pratiques, Il devient évident que pour trouver une réponse il faut aller chercher une référence où un spécialiste et nous occultons, du fait de cette évidence, les autres modes de collecte. Perdu dans la jungle, face à un questionnement ou un besoin, vous ne trouverez pas une borne Internet ou une bibliothèque pour vous accompagner dans vos cogitations. Pourtant, il y a de fortes chances pour que des réponses émergent, en vous ou autour de vous, et elles vous aideront, je l'espère, à résoudre vos besoins.

Ici, nous utilisons des procédés identiques, mais la structure d’accueil est beaucoup plus large, l’univers entier, nous compris, est une sorte de dictionnaire qui renferme l’information. Il apparait alors un nouveau mode de collecte de l’information qui n’est pas le fait uniquement d’une volonté consciente et de quelques sources possibles d’information. Oui, je vais à la librairie. Oui, il y a de fortes chances de croiser un magazine en rapport avec ma quête, mais ce lieu n’est pas un dictionnaire et ce qui émerge n’est pas de l’ordre de l’Évidence. Ce lieu est une structure d’accueil, déjà mise en place, pour apporter de manière régulière de l’information sur diverse sujet. Métaphoriquement, une librairie avec ses périodiques est une source où je peux venir m’abreuver[320].

Ici, j’ai été au-devant de l’information, tout comme je sais qu’en ouvrant un dictionnaire j’ai des chances de trouver des réponses, mais il est possible que l’information apparaisse de manière toute différente. Elle peut apparaitre à travers une simple discussion avec des amis ou en regardant le contenu d’une affiche sur le bord de la route. Personnellement, j’aime bien aller flâner dans les vides greniers et les brocantes, d’où régulièrement émergent des informations apparentes sur des thèmes qui ont été invoquées de diverses manières. Ce sera un objet signifiant, un livre sur un sujet en cours d’animation. Parfois, c'est juste une rencontre avec une personne qui m’interpelle, pour un propos futile, et que j’écoute avec attention, afin de comprendre le sens de cette rencontre… bien souvent, il est sans le savoir, le vecteur (structure d’accueil) d’une information attendu qu’il va faire apparaitre, à l'insu de son plein gré.

Nous sommes au-delà du rationnel et l’analyse logique n’a qu’une place relative dans tout ceci. Ce qui est recherché c’est une méthode empirique efficace pour capter l’information réelle recherchée. 

Les voyants disposent de support comme le Tarot, la position des astres, et bien d’autres structures d’accueil. Il existe de très nombreux ouvrages qui essaient de démontrer le bienfondé de telles ou telles structures. Ce que nous recherchons ici, ce n’est pas la symbolique de telles ou telles structures, mais à faire émerger le mécanisme global d’accès à l’information réelle. Nous pouvons poser comme postulat :

·         La structure d’accueil (SA) est quelque chose qui doit être en cohérence avec l’objet de l’information recherché.

Cette structure doit présenter un isomorphisme de cohérence entre nous et le sujet traité. Nous ne devons pas douter de la structure, elle doit être sans reproche, sans aucun doute. Elle doit être au plus près de la logique qui nous habite et si quelque chose ne nous semble pas claire : il faut creuser ce doute et ajuster la structure en conséquence. Nous devons avoir, au minimum, la croyance qu’elle est la meilleure possible pour réaliser cette animation, sans aucun doute pour nous.

·         La structure d’accueil doit être une Évidence !

L’Évidence devient alors la qualité recherchée pour valider la structure et passer au-delà… il n’y a plus besoins de preuves la concernant.

Une structure d’accueil comme le jeu de Tarot va être en résonnance avec son usagé que si, « pour lui », il est Évident que cette structure est la bonne, pour entreprendre son animation en fonction des règles qu’il a posées (tirage des cartes), afin d’obtenir des émergences en rapport avec les questions posées à travers la structure.

Une émergence n’est pas uniquement une chose qui va arriver dans notre esprit sous la forme d’une pensée, d’un souvenir, d'un son ou d'une image… Nous avons déjà posé que cela pourrait être représenté par une information apparente reçue de l’extérieur. Cette information n’est pas forcement de l’ordre du signe qui demande une interprétation, mais peut être très concrète, comme un article de magazine.

Allons plus loin, et posons qu’une émergence peut aussi être un déploiement d’une information apparente contenu dans une structure d’accueil qui sera alors modifiée. Nous passons de la notion de « vision à distance » à celle « d’action à distance ». C’est-à-dire qu’à travers une structure d’accueil nous allons agir sur l’information réelle et donc modifier les informations apparentes qui la représentent.

Nous sommes ici par exemple dans les actions à distance des radiesthésistes sur photos ou encore les actions à distances des sorciers[321] ou des mages.

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Figure 96 : Cahier de jeteur de sort XIXe siècle[322]

L’utilisation des structures d’accueil n’est pas que consultative, mais peut aussi être opérative. Accéder à l’information réelle c’est avoir le pouvoir de modifier les occurrences représentées par les informations apparentes. Depuis la nuit des temps, l’ensemble des religions intègre la gestion de ces pratiques, que bien souvent elles pratiquent elles-mêmes, et elles en définissent de même les limites admissibles pour les croyants. Toutes les religions ont pratiqué une « chasse aux sorcières[323] » sans merci.

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Figure 97 : La destruction par le feu d’une sorcière[324]

Bien sûr, si vous prenez la photo d’une personne (cette photo est une structure d’accueil), le fait que cette personne vieillisse ne modifiera pas l’image sur la photo, elle restera identique. Un postulat précédent précise déjà qu’en fonction des règles de la structure, l’information apparente reflètera plus ou moins bien l’information réelle. Un médium[325] pourra cependant dire en regardant cette photo ancienne qu’elle est l’état de santé actuel de cette personne[326].

La structure d’accueil doit même permettre de modifier l’information réelle et de produire des choses logiquement impossibles pour nos Évidences bien ancrées, comme faire des lévitations de table.

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Figure 98 : Le médium Eusapia, contrôlée par Alexandre Aksakof en 1892[327]

Aparté - Émergence :  3[328] – ma femme entre dans le bureau

Ma femme vient de rentrer dans mon bureau et me demande ce que je fais, je lui présente ce chapitre sur l’information. Je lui explique que je suis en train de rédiger un texte qui doit répondre à des questions. Que pour faire cela j’ai posé des postulats, afin d’avoir une structure d’accueil qui va faire émerger des informations apparentes. Tout ceci est un peu confus pour elle, alors je lui lis les premiers postulats. Elle me dit qu’elle lit actuellement un livre où une personne décrit une EMI, cela parle aussi d’informations venant d’ailleurs. Elle me précise qu’elle a trouvé le nouveau magazine que j’avais laissé trainé et qu’en feuilletant les articles elle a été étonnée de trouver un article sur le EMI en résonnance avec son livre. Je lui explique qu’actuellement elle est pour moi une émergence dans ce processus et qu’elle vient d’enrichir la somme des informations apparentes que la structure de postulats est en train d’attirer.

5.5.   Structures d’accueil

Les premiers postulats posés proposent de disposer d’une structure d’accueil pour réaliser une copie de l’information réelle vers une information apparente. Cette structure d’accueil sera le référentiel de l’observateur qui pourra alors porter son attention animatrice sur une forme (la structure) qui déploie l’information recherchée ou déjà émergée.

 

Notre corps est de fait une structure qui accueil notre esprit à la matière et, à travers nos sens et leurs mécanismes, nous disposons d’un accès à une représentation que nous appelons la conscience. Nous avons déjà proposé que cette représentation ne se situe pas dans l’espace-temps,[329] mais dans une autre dimension.

 

Une bouteille que je regarde serait-elle une représentation matérielle d’une information invisible. Si je place cette bouteille dans une valise, l’information apparente sera modifiée et les coordonnées positionnelles de la bouteille modifiée. Elle est devenue invisible pour ma structure d’accueil qui ne dispose pas des règles nécessaires pour la faire émerger. Si la valise passe sur un tapis de portique de détection[330], comme dans les aéroports, alors le contrôleur pourra voir sur son écran la bouteille. Cette bouteille qu’il voit affichée sur son écran est la même que celle perçue en utilisant mon corps, avant que je ne la mette dans la valise. Mais, l’information apparente qui a émergé sur l’écran est maintenant très différente. 

 

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Figure 99 : X-Ray d’une valise[331]

La structure d’accueil utilisé pour faire émerger une information apparente de la bouteille n’est plus mon corps, mais un assemblage de structure, composé de mon corps et du système électronique du portique. On pourrait penser que dans tous les cas le corps nous sera indispensable pour visualiser la bouteille, mais il est possible d’écrire un programme qui analysera la présence de la bouteille dans le sac et qui, en cas de détection positive, déclenchera une alarme. Le contrôleur n’a plus besoin d’utiliser sa vue pour voir la bouteille, il peut faire confiance aux règles de fonctionnement de la structure d’accueil du portique et il attend d’entendre une alarme. L’information apparente sera alors un simple son, codé dans une structure d’accueil « mécanique-électronique ».  

 

Dans cet exemple, que je regarde la bouteille avec mes yeux, avec une caméra spéciale ou simplement avec mes oreilles. J’observe à chaque fois des informations apparentes et si je veux modifier la structure d’accueil qui permet l’émergence matérielle de la bouteille il faut que j’agisse sur cette structure. Frapper l’écran, me boucher les oreilles ou encore fermer les yeux ne produira pas la destruction de la bouteille. Il faut que j’agisse, non pas sur la chose observée, mais sur sa structure.

 

J’ai posé, en tête de cet ensemble de chapitres, que nous étions dans une forme de fiction et que cela nous permettrait de sortir du cadre des évidences. Ce qui suit est donc de la science-fiction comme d’ailleurs l’ensemble de cet ouvrage.

 

Si nous voulons vérifier les postulats qui ont été posés, il serait intéressant d’agir, n’ont plus sur la structure d’accueil, pour faire disparaitre l’information apparente, mais d’agir directement sur l’information réelle. En effet, si je joue sur l’information réelle de la bouteille, alors en fonction des règles des différentes structures d’accueil, elles devraient automatiquement reporter les modifications réalisées sur l’information de référence. Nous savons déjà qu’une photo prise à une certaine époque est figée, alors si nous avons pris des photos de la bouteille par le passé, le fait de jouer avec son « essence » n’aura logiquement pas de répercussion sur l’image qu’elle contient. Nous pouvons déjà vérifier cela facilement, en regardant des photos d’enfances, qui nous représentent plusieurs années en arrière et non pas avec notre visage actuel. Le plus simple dans un premier temps est de déplacer la bouteille de l’emplacement qu’elle occupe pour constater que : quelle que soit la structure d’accueil utilisée pour la rendre apparente, elle va répercuter ce déplacement, qu’il soit visible ou non. Si je déplace la valise, la bouteille va bouger, je pourrais l’observer sur l’écran de contrôle, mais si je regarde directement la valise je ne verrais rien.

 

En fait, j’ai la possibilité de rentrer en contact avec l’information réelle, uniquement, si j’ai une structure d’accueil qui le permet. Cela est, je pense, Évident pour tout le monde.

 

Cependant, cela veut aussi dire que j’ai accès à toute l’information réelle à partir du moment où j’ai, à ma disposition, une structure adapter à l’action que je veux entreprendre. Ici, l’expression « toute l’information réelle » fait référence à l’ensemble de ce qui existe en terme d’information dans : « l’infinie et au-delà ». Je veux voir les anneaux de Saturne, alors je me procure un télescope de fort grossissement. Je veux discuter avec mon ami qui habite à l’autre bout du monde, alors je prends mon téléphone. Je place entre moi et l’information une structure, que je sais efficace, qui me permet d’atteindre cette information. Je suis déjà équipé à la naissance de plusieurs outils de base. Mes yeux sont une structure qui me permet de capter l’information devant moi et mon cerveau est une autre structure qui me permet d’exprimer cette information dans ma conscience.

 

Nous utilisons au quotidien ces structures et tout cela est évident. Dans cet exemple, je sais que la bouteille est dans la valise, je n’ai pas vraiment besoin de la voir. Si je prends une boite en carton, de bonne taille, fermée par un couvercle, je peux imaginer qu’il contient ma bouteille. D’ailleurs, si une personne de confiance me dit qu’il contient ma bouteille, il y a peu de raison pour que je ne la croie pas. Je ne sais pas dans quelle mesure cette boite en carton me permet d’interagir avec la bouteille, mais c’est une structure d’accueil possible pour ma bouteille.

                                                                                                                                 

L’idée, qui se dégage de cette remarque, serait d’utiliser des structures moins évidentes que celle utilisée précédemment. Des structures en relation plus subtile avec la bouteille. Même s’il parait idiot d’utiliser une boite en carton, pour interagir avec la bouteille en plastique, il n’en reste pas moins vrai qu’une boite en carton peut contenir la bouteille, il y a donc un certain lien, même très faible, entre la boite et la bouteille. Autre exemple, si je prends une feuille de papier, je peux facilement dessiner dessus ma bouteille et transmettre ce document à la police, pour qu’il la retrouve. Mon dessin pointe sur l’information réelle au même titre que l’écran de l’ordinateur. Si mon dessin est très précis, cela facilite les recherches, bien sûr avoir une photo était préférable. Avec ces simples exemples, on entrevoit qu’il y a bien une information réelle[332] et une multitude de représentations de cette information. La vision que je peux avoir de la bouteille qui apparait dans ma conscience n’est pas très différente de celle qui apparait sur l’écran du contrôleur X-ray. Dans cette anecdote avec le chanteur Françis Cabrel[333] , contée dans un autre chapitre, il y avait plusieurs milliers de consciences pointant vers le chanteur, et moi-même, je regardais un écran de télévision, qui pointait vers lui dans le passé, cela ne m’a pas empêché d’être touché par ce qui s’était passé ce jour-là durant ce spectacle. 

 

Revenons à notre boite en carton, et constatons que techniquement elle peut contenir une multitude de choses. Des choses qui peuvent réellement s’y trouver et des choses qui pourraient s’y trouver. Cette boite est un potentiel réel d’accueil d’une multitude de choses. Que la chose soit sous sa forme apparente la plus réaliste ou non, dans la boite il est possible de déposer un nombre incroyable d’informations apparentes. Par exemple, je peux placer dans ma boite, une bouteille, une photo de ma bouteille, ou un simple gribouillis. Si nous revenons sur le premier postulat posé, il nous propose que de toute manière : l’information réelle de la bouteille se trouve en dehors de l’espace-temps, elle n’est donc pas dans la boite qui n’en contient qu’une expression. Par exemple, si je possède un fichier mp3 d’une chanson de Francis Cabrel, que je peux écouter avec mon téléphone portable. Je peux en faire des copies, pour l’écouter sur un autre équipement. Où sera l’information réelle dans ce cas ? Ce fichier mp3 que j’utilise est déjà une information apparente d’une capture d’information réelle qui se situe dans le passé. De plus, mon téléphone portable n’utilise pas le fichier mp3 directement, mais en fait une lecture, pour décoder l’information qui y est contenue, afin de l’exprimer dans les écouteurs de mon casque audio.

 

Autre exemple, il y a le long de nos chemins de campagne des milliers de croix, faites de toutes les matières possibles, et dans les églises des milliers de tableaux représentent, eux aussi, la même scène[334]. Aucune de ces œuvres n’est réellement identique à une autre et pourtant, elles semblent bien toutes rendre apparente une information commune.

 

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Figure 100 : Pietro Perugino's depiction of the Crucifixion as Stabat Mater, 1482[335]

Où se trouve l’information réelle que représentent ces œuvres ? Que viennent chercher les croyants, ou même les simples passants, en se rendant dans ces lieux ? Pourquoi réaliser ces représentations ? Le modèle original de ces représentations devait certainement être différent, lequel est le plus ressemblant à l’original ?

 

Nous avons besoin de représentation, une chose non représentée, même mentalement, n’existe pas pour nous. Mais toute représentation pointe-t-elle sur l’information réelle ?

Ici, l’information réelle n’est pas la bouteille que vous pouvez voir ou le Christ sur la croix, mais l’information réelle qui a permis à cette représentation d’exister. Si je prends une photo de ma bouteille et que je la montre au policier, alors ils pourront faire une enquête la concernant. Si je fais un dessin, vous trouverez toujours au moins quelqu’un pour vous dire ce qu’il représente.

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Figure 101 : Première image du test de Rorschach[336]

Une forme concrète ou conceptuelle apparaissant dans notre conscience (structure d’accueil) est obligatoirement une information apparente issue d’une information réelle. Depuis des millénaires (et peut-être plus) nous essayons de décoder ce qui se présente à nous. Toute représentation, même la plus simple, comme un rapide croquis, donné par exemple à un de vos amis, pour se rentre à un rendez-vous, pointe sur quelque chose, si ce n’est au moins lui-même.

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Figure 102 : Croquis de lion (1980), encre de Chine sur papier, par Frans Koppelaar.[337]

Lorsque nous regardons ce croquis de lion, cela pointe dans l’ensemble de nos souvenirs et nous ne voyons pas un ensemble de traits, un gribouillis, mais bien un lion dans une certaine position. Ces souvenirs pointent eux vers d’autres représentations qui en finale pointe, même si vous n’en avez jamais vu, vers un vrai lion, qui lui-même pointe vers le Lion.

 

Depuis la nuit des temps, l’homme a attribué à l’information apparente la capacité d’interagir avec l’information réelle. Le chasseur dans la savane peut tuer le lion, quand est-il du lecteur que vous êtes qui ne dispose que du croquis du lion. Que se passerait-il si vous frappez le croquis avec une arme ? Comment le savoir ? Le résultat de votre action est-il en rapport avec la qualité de la représentation ? S’attaquer à un croquis est peut-être moins efficace que de s’attaquer au lion de chair et de sang. Mais qu’est-ce qui nous prouve que l’information réelle qui se trouve derrière le croquis, tout comme derrière le lion de chair et de sang, n’est pas impactée par cette action ?

 

Aparté - Émergence :  4[338] – une émission de radio

Hier en rédigeant ce texte il m’est revenu en mémoire une anecdote concernant les statues grecques représentant leurs dieux et que l’on disait comme vivantes. Je me suis dit : « tien, il faudrait que je retrouve un passage de texte reprenant ce thème » et je suis passé à autre chose. Ce matin, l’envie me prends, en allant faire mes courses, d’écouter la radio dans mon automobile[339]. Après quelques secondes d'écoute du dialogue d’un intervenant philosophant sur la beauté, il cite un texte où il est à peu près dit[340] : « après que Phidias[341] ait sculpté son Zeus, les habitants qui venaient le voir en étaient émerveillés, car il était comme vivant »… de retour chez moi je fais une recherche internet sur « Phidias Zeus » et je trouve des références[342].

 

Image illustrative de l'article Statue chryséléphantine de Zeus à Olympie

Figure 103 : Zeus Olympien. La statue d'or et d'ivoire de Phidias dans le principal temple d'Olympie.[343]

Cette statue n’existe plus et ce croquis (Figure 103) est une gravure tirée de l’ouvrage « Le Jupiter Olympien ou l'art de la sculpture antique » par Quatremère de Quincy[344] au XIXe siècle, pour reconstruire, en vos esprits, cette œuvre qui n’existe plus physiquement. Ici, nous voyons une information apparente d’une information réelle qui logiquement n’existe plus… mais en est-on bien sûr ? Nous voyons une gravure, mais en même temps elle n’est là que pour représenter une œuvre que ce dessin n’est pas.

 

Revenons à ces croquis. De tout temps les hommes ont utilisé des représentations pour leur permettre de visionner de l’information et la rendre ainsi transmissible. Des générations de graveurs ont enrichi des ouvrages d’œuvres qui étaient plus le résultat de leur imaginaire que d’une réelle volonté de montrer le vrai. D’ailleurs le vrai existe-t-il toujours, dans certains cas de figure nous pouvons nous poser la question, qui a réellement déjà vu une licorne ou un dragon ?

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Figure 104 : Armoirie britannique[345]

Et pourtant, un simple croquis de Licorne sera reconnu par la majorité des individus. De toute évidence, les représentations de cet animal doivent bien pointer sur quelque chose de réel. Une chose qui n’est peut-être pas possible de capter par la vue et qui est alors représenté à travers des formes assurant sont émergence de façon adaptée. De la même manière que mon croquis de bouteille ne ressemble pas trop à ma bouteille, mais en est tout de même une représentation. Bien sûr, d’autres types de matérialisation de la licorne est possible, comme ici avec ce faux squelette réalisé dans un zoo allemand, qui est une structure d’accueil d’un autre genre pour une information apparente de licorne.

 

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Figure 105 : Faux squelette de licorne[346]

5.6.   Structures actives

Nous abordons ici des pratiques où, en utilisant une structure d’accueil adéquat, on va chercher à agir sur une information apparente située en dehors de nos capacités de perception, afin d’obtenir un résultat.

 

Dans un chapitre précédent,[347] il a été évoqué la capacité d’action d’une structure d’accueil. Il est évident que si je marche sur ma bouteille en plastique, je vais la déformer, l’information réelle associée à cette information apparente[348] sera elle aussi modifiée. Si je marche sur mon croquis de bouteille, qu’elle va être mon impact sur l’information réelle de ma bouteille que représente mon croquis ?

 

Cette question peut sembler loufoque, mais elle occupe pourtant une large place dans l’esprit de l’homme depuis la nuit des temps. Quel est l’impact que peut avoir une action sur un simple dessin de gibier, réalisé par un humain dans une grotte[349]. En quoi une action sur le dessin pourrait-elle avoir un résultat sur l’information réelle du gibier ? Est-il possible d’agir à distance sur le gibier en utilisant une simple information apparente qui pointe sur lui ?

 

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Figure 106 : Chevaux, aurochs et rhinocéros[350]

Dans certaines cultures, il n’est pas bien vu de prendre des personnes en photos, car justement ces croyances perdurent. Dans un certain sens, une simple affiche sur le bord de la route est déjà une pratique qui cherche à obtenir un résultat. Le publiciste recherche à vous transmettre une envie, un désir d’achat ou d’action, il utilise pour cela des principes de psychologie plus ou moins subtils et parfois des structures symboliques magiques. Avec ces pratiques publicitaires, la structure d’accueil est censée être vue par le sujet, afin d'être opérative. Le publicitaire cherche à pénétrer votre structure d’observateur, afin de la mettre en vibration, en résonnance, avec le contenu de l’affiche. Il part du principe simple que vous allez devoir décoder le contenu de son affiche et que ce décodage va automatiquement toucher à votre structure d’accueil, puisque le décodage ne peut être fait qu’à partir des éléments qui constituent votre structure. Toute information décodée va être traitée par une logique d’isomorphisme, et cette logique recherchera une stabilité entre : le perçu et vos contenus de référence (vous-même). Il y a deux principes de base : l’expire et l’inspire[351] et par analogie l’addition et la soustraction. Vous cherchez inconsciemment à croitre, mais il faut savoir expirer, pour pouvoir prendre plus…   

 

Dans le cadre de pratiques magiques[352], la structure d’accueil, qui est alors appelée un rituel, est censée permettre d’agir à distance à l’insu de l’information apparente. Il existe des milliers d’ouvrages sur la magie, dont les plus anciens remontent au tout premier écrit, et qu’elle soit noire, blanche, rouge, bleue… en fait, peu importe, elle aura en général, pour objectif de modifier, par différentes techniques (règles), les données de l’information réelle. Ce qui se répercutera de facto sur l’information apparente qui lui est le plus directement attachée. Le praticien doit trouver une représentation, ou une structure d’accueil, qui lui permettra d’agir sur sa cible. À l’image d’une émission de radio qui est transmissent à distance, et qui touchera l’auditeur qui l’écoute. Comme ces voitures électriques qu’il est tout à fait possible de contrôler à distance, avec un simple boitier. La magie fait déjà partie de notre quotidien et la banalisation des téléphones portables et autres outils de communications nous fait oublier qu’ils participent à notre transformation. Comment expliquer qu’un coupeur de feu[353] puisse intervenir à distance sur un patient qui n’est pas au courant de son intervention ? On peut nier la réalité de tous ces procédés, et les reléguer au rang des superstitions et autres niaiseries. Dans notre fiction, ils trouvent naturellement leurs places dans notre structure composée de postulats.

 

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Figure 107 : Poupée vaudou avec 58 aiguilles plantées dans le corps[354]

Taper du pied sur le croquis de ma bouteille en plastique modifie-t-il l’information réelle, invisible, qui la maintient sous la forme d’une structure apparente ? J’ai beau taper du pied sur ce pauvre dessin, il ne me semble pas voir la bouteille changer d’aspect. Je ne dispose pas des outils d’analyses nécessaires, pour vérifier, si au niveau moléculaire ou même atomique, mon action réalisée sur le dessin a une répercussion concrète. Mais, avec mes moyens humains de contrôle, il me semble évident que la bouteille est toujours bien là, alors que mon croquis lui n’est plus qu’un souvenir… Pourtant, ce souvenir est lui encore une information apparente de la bouteille.   

 

Est-il possible d’agir à distance directement sur la matière ? La psychokinèse ou psychokinésie[355] nous propose des expérimentations et un débat d’idées. La physique quantique elle nous propose que l’observateur induise de fait l’observation, mais qui regarde des atomes et des ondes ? Certains démonstrateurs, comme Jean-Pierre Girard[356], se soumettent à des expérimentations diverses, dans des environnements sous contrôles, depuis des décennies, afin de montrer leurs réalités. Les uns et les autres donnent leurs avis, qui sont basés sur on ne sait trop quelles données. Des scientifiques, qui ont réalisé ces contrôles lors des expérimentations reste sur leurs idées, alors que d’autres réalisent des écrits de confirmation de l’existence d’un phénomène… Quel peut bien être l’enjeu pour celui qui dit avoir vu de croire ou de ne pas croire à ces phénomènes ? Ce qui est vu, même par une machine, n’aurait-il aucune valeur réelle ? Hormis le fait d’avoir à rendre des comptes, vis-à-vis de la société, pour ses prises de position, Il se pourrait bien qu'inconsciemment, nous sachions pertinemment que l’information apparente n’est pas l’information réelle et que ce qui est vu n’en est qu’une représentation. L’expression populaire : « J’y croirais quand je le verrais ! », elle-même, n’est finalement qu’un leurre que nous utilisons, pour sortir notre esprit d’un embarrât trop grand à assumer, alors quand nous voyons l’improbable nous sommes pris au piège. Tous nous portent à croire qu’il est possible d’interagir de diverse manière à distance, mais l’évidence de notre vécu quotidien continu a filtré cette possibilité comme une impossibilité. Et Mr Girard, comme beaucoup d’autres, pourra continuer à nous démontrer de diverses manières ses talents, dans un but de partage, mais rien n’y fera, car il y a des évidences qui sont coriaces à dépasser. Comment négocier avec une croyance de norme qui s’impose comme une évidence, il est bien difficile de dépasser nos limites, pour appréhender le tout autre...   

 

Pour les besoins de notre fiction, nous allons prendre en compte cette possibilité d’action physique à distance et essayer de voir qu’elle est la structure d’accueil qui permet son expression.

 

Si je fais un croquis de ma bouteille et que je le détruis, avec l’intention d’avoir une action sur la bouteille mise en relation avec le croquis, je doute que la bouteille montre dans le même temps une quelconque marque de mon action. Il est évident que lorsque nous réalisons une action sur la représentation d’un objet il n’y a pas d’effet visible sur l’objet lui-même. Il est d’ailleurs très facile de réaliser cette expérience pour s’en assurer. Même si la physique quantique nous parle d’intrication[357] en temps réel, elle semble être régie par des règles bien précises.  

 

Par contre, il ne faut pas négliger cet autre aspect des choses qui est le déploiement de tout élément de l’Univers. Tout est en perpétuel mouvement et l’Univers entier n’est qu’un déploiement de lui-même, dans lui-même, pour lui-même. Une plante ou un être de chair et de sang sont dans un mouvement qui les entraine, pour nos yeux, de la graine qui germe à la mort. Ce déploiement permanent qui caractérise l’ensemble des êtres et des choses peut-il être perturbé, par une simple intention portée contre lui, à travers un support de concentration que serait une structure d’accueil, en isomorphisme, même imaginaire, avec la cible souhaitée ? Si la bouteille n’est pas impactée directement, est-il possible d’influencer son déploiement, à son échelle[358]… ? 

 

Je pense que bien peu d’étude concernant l’action à distance sur des bouteilles plastiques ait été réalisée, afin de nous aider à rédiger ce document. La plupart des pratiques de ce genre sont plutôt liées au déploiement de l’humain ou du vivant, qui possède un cycle de croissance à notre échelle. Le chaman[359] cherche à modifier l’ordre des choses dans un contexte de médiation entre les êtres humains et les esprits de la nature, ou tout simplement le déploiement de la vie, rarement il cherche à modifier une bouteille en plastique. Lorsque nous nous rendons chez un praticien, quelles que soient sa méthode et son école, nous y allons pour que notre état ou notre situation s’améliore. Nous voulons que la vie se déploie à notre avantage.

 

La lecture d’ouvrages, comme la série, « Enquête sur les hommes du Don », que nous propose Dominique Camus[360], nous fournit le cadre des possibilités offertes par les mécanismes d’actions à distance utilisées par les sorciers et nous présente un ensemble de structures d’accueil déjà utilisé par de très nombreux praticiens. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, il y a une littérature abondante, car l’humain cherche depuis toujours à maitriser son futur, qui n’est que le déploiement de son cheminement terrestre. 

 

L’objectif de ce document n’est pas d’énoncer un ensemble de pratique, pour réaliser des actions sur nos congénères, mais simplement d’essayer de faire apparaitre que certaines des évidences, qui nous habitent, ne sont finalement, elles aussi, que des croyances. Croire que les idées que nous avons sont les nôtres ou encore que vous trouvez ceci ou cela par hasard n’est peut-être pas si évident que cela. Et sans proposer que tout soit écrit d’avance, il est intéressant d’aller voir de plus près tous ces moments magiques de notre quotidien, pour essayer de percevoir, s’ils ne s’inscrivent pas dans un mouvement d’ordre supérieur. Pas un mouvement dicté par une intelligence supérieure, mais simplement un mouvement créé par nos intentions et actions, en relation avec l’ensemble de l’Univers. Cet Univers dont nous ne pensons n’être qu’une partie, du simple fait de la limitation de nos perceptions. Nous envisageons sans aucun problème que les cellules qui composent notre corps font partie de nous-mêmes, alors que rien en nous ne prouve qu’elles aient conscience de notre existence et nous rejetterions l’idée que nous pouvons nous-mêmes être simplement une partie d’une chose plus grande qui nous considère comme sienne. Je ne parle pas ici de l’appartenance à un pays, mais de notre participation à l’Univers lui-même dont nous sommes, de fait, une partie agissante. Si certaines de vos cellules sont attaquées par un virus, vous allez tout mettre en œuvre pour vous libérer de ce mal. Si vous réalisez des actions au sein de l’Univers il se pourrait bien qu’il réagisse de même dans toutes les directions. Si un fantasme me traverse, je peux physiquement constater qu’il provoque en moi des réactions physiques. Alors, si je porte des intentions, via une logique opérative, en direction de cette partie supérieure, pourquoi n’y aurait-il pas une réaction de cette parte, pour simplement honorer le besoin de la partie basse qui forme elle aussi l’ensemble. Il n’est pas possible de dissocier le tout de ses parties, car les parties sont le tout.

 

« Quel est donc l'être véritable ? C’est celui qui existe de toute éternité, qui n'a ni origine, ni terme, à qui le temps ne fait éprouver aucune vicissitude. Le temps, cette durée mobile, qu'on conçoit sous l'idée du mouvement, qui s'écoule sans cesse, et ne peut être fixé, est comme l'espace où commencent et finissent toutes les générations. Les différentes dénominations sous lesquelles on l'exprime, d'antérieur, de postérieur, de futur et de passé, sont un aveu de sa non-existence ; car il serait absurde d'admettre (392f) comme existant ce qui n'est pas encore ou ce qui cesse d'être. Lorsque, pour nous former une idée du temps, nous voulons nous fixer au moment présent, il échappe à la pensée et la raison s'y perd. Il se divise en passé et en avenir, et nous sommes forcés, malgré nous, de ne le voir que dans ce partage. Or la nature, qui se mesure par le temps, n'est pas plus facile à saisir que le temps même, puisqu'elle n'a rien de permanent, rien qui ait une véritable existence. Toutes les substances qui naissent et périssent en elles, sont nécessairement (393a) confondues avec le temps ; mais ce qui est réellement, on ne peut pas dire qu'il a été ou qu'il sera. Ces termes désignent un passage d'un état à un autre, un changement, une révolution qui ne peut avoir lieu que dans ce qui n'a point une véritable existence.

Dieu est donc nécessairement, et son existence est hors du temps. Il est immuable dans son éternité. Il ne connaît pas la succession des temps : il n'y a en lui ni temps antérieur, ni temps postérieur, ni rien de récent. Seul il EST ; son existence est l'éternité, (392b) et par la raison qu'il EST, il EST véritablement. On ne peut pas dire de lui qu'il a été, qu'il sera, qu'il a eu un commencement et qu'il aura une fin. Voilà sous quelle dénomination il faut reconnaître et adorer cet Être suprême, à moins que nous n'adoptions cette formule de quelques anciens : Vous ÊTES UN. » Plutarque[361]

 

Nous nous réunissons tous les quatre ans pour assister aux exploits d'athlètes qui cherchent à dépasser des limites et tout le monde applaudit à chaque nouveau record. Nous cautionnons ces nouveaux records du monde, comme de nouvelles limites pour le corps humain, sous-entendus nous-mêmes, en espérant qu’un autre les dépasse à nouveau. Nous avons en France le record du monde de longévité de la vie humaine, en la personne de Jeanne Calment[362] qui a vécu 44 694 jours soit 122 ans, 5 mois, et 14 jours… cela nous rassure !

 

Certaines limitent concernant l’usage de la mémoire ou encore des capacités à utiliser notre logique et notre raison sont aussi prisées. Nous avons des champions du monde du jeu d’échecs[363] et de joute mémoriels.

 

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Figure 108 : Enluminure, liber de Moribus, vers 1300[364]

Mais, quand il est question des limites des autres capacités de l’être humain, tout cela devient plus obscur et secret. Il ne faut pas comparer le pouvoir apporté par un jet de javelot[365] et la capacité à porter une action à distance.

 

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Figure 109 : Barbora Špotáková[366]

Réaliser des actions à distance est, depuis toujours, le lot d’un petit nombre d'individus proche du pouvoir. Et dans ces milieux, la discrétion et le secret sont eux aussi des disciplines.

 

Aparté - Émergence :  5[367] –L’encyclopédie de la divination

J’ai acheté il y a plus de dix ans, dans une brocante, une encyclopédie de la divination[368] que j’ai rapidement feuilletée à l’époque, avant d’en remettre la lecture à plus tard. En rédigeant un des chapitres précédents de cet ouvrage, il m’est venu à l’idée de la sortir de ma bibliothèque, pour y trouver quelques exemples de structures d’accueil divinatoires. Cet ouvrage est très richement accompagné de visuels et présente plus de 200 structures divinatoires. Je n’ai pas donné suite à cette idée un peu par fainéantise, ce document est situé dans un local excentré de mon bureau de travail et actuellement il y fait froid, car nous sommes en hiver. Ce matin, je cherchais mon cahier de notes, mais après quelques recherches, je n’avais toujours pas réussi à mettre la main dessus. Après avoir demandé aux uns et aux autres s’ils avaient vu mon cahier, ma femme m’a proposé d’aller voir dans mon ancien bureau qui nous sert parfois de dépôt pour les ouvrages qui trainent dans l'appartement. Ce local accueil ma bibliothèque contenant des ouvrages de référence et il me sert aussi à entreposer des statuettes achetées lors de mes déambulations dans les vides greniers. Après un rapide coup d’œil dans ce bureau, je constate que mon cahier ne s’y trouve pas, mais un trou dans la suite de mes statuettes logées sur une étagère en hauteur attire mon regard. J’interpelle ma femme et lui demande si elle a touché au contenu de cette étagère. Après une réponse négative, j’en arrive à la conclusion que quelqu’un m’a pris cette statuette. Je râle un peu, mais par acquit de conscience et parce que cela me semble improbable, je fouille dans les cartons qui jonchent le sol et j’y trouve rapidement ma statuette manquante. Bon… En quoi cette anecdote nous intéresse-t-elle ? Eh bien ! le trou, laissé par l’unique statuette qui est tombée de l’étagère, je ne sais pourquoi, ni comment, dans un carton vide placé là, est justement placé devant cet ouvrage. Les autres statuettes n’ont pas bougé d’un millimètre et l’étagère est en hauteur. J’ai donc sans plus attendre commencé la lecture de ce livre et effectivement sa préface me conforme dans l’idée qu’il gagne à être consulté, dans le cadre de ce travail.

Encore une fois, nous sommes avec cet aparté dans le domaine du subjectif, d'une histoire créée à partir d’un non-événement… c’est moi-même qui décide de raconter cette anecdote et je lui donne une connotation. J’oriente le propos vers ma grille de lecture du moment. Je donne du sens en fonction de mes centres d’intérêt. Je dispose d’un fait et d’un souvenir concordant et j’en profite pour me (vous) raconter une histoire. Cette histoire est difficile à contredire, car tout ici est vrai, sauf le sens donné à cette histoire qui n’est que de l’imaginaire. C’est moi qui induit qu’une intention improbable est provoquée la chute, pour de sombres raisons, d'une statuette parmi d’autres, découvrant à la vue, un ouvrage qui avait fait l’objet d’un désir, d’une intention préalable ?

 

 

Figure 110 : Prêt à sortir : lit moi ou encore le jeu des différences !

Je pense avoir trouvé, la cause de la chute de cette statuette. Elle est certainement due au glissement d’une barre de bois, qui en tombant a dû frôler la statuette et entrainer sa chute. Je peux m’expliquer la raison du glissement de cette barre, et je peux bien sûr, là aussi, me (vous) raconter une histoire, mais nous allons en rester là.  

 

Ces limitations qui semblent très différentes entre les individus nous fournissent la frontière de nos capacités humaine. Une frontière que nous voulons voir de plus en plus étendue. Elle aussi doit croitre comme tout le reste. Mais bizarrement, certaines limites nous dérangent et il n’existe pas de championnat du monde de jeteur de sort, qui voudrait d’ailleurs être la victime consentante de ce type d’exploit. Il est bien plus simple de jeter un javelot et de mesurer la distance parcourut par ce bout de bois pointu, que de chercher à savoir à quelle distance il est possible de jeter un sort piquant. Tout ceci a de tout temps été marqué du sceau du secret.

5.7.   Essais d’interactions

Ce chapitre va essayer de faire apparaitre la genèse d’évidences, pour ce faire je vais vous livrer quelques expériences que je réalise depuis plusieurs années.

5.7.1.               Trouver des jetons

Il y a quelques années, constatant des synchronicités et coïncidences diverses, et après la lecture de quelques ouvrages sur le sujet, j’ai voulu engager une procédure, pour voir si tout ceci était le fruit du hasard, le fruit d’une illusion de soi-même vers soi-même, ou bien si l'on pouvait considérer qu’il y avait quelque chose d’autre. La première idée qui m’est venue à l’esprit a été de trouver des jetons de caddie en forçant le destin. J’ai donc mis en place une simple intention d’en trouver. La structure d’accueil était mon environnement immédiat, l’intention celle de trouver des jetons de caddie, et l’animation de l’ensemble, de faire l’effort de regarder par terre si j’en voyais. J’étais content de mon idée, car elle ne présentait aucun caractère particulier vis-à-vis de tiers, elle était simple à mettre en œuvre et étant un peu collectionneur dans l’âme cela venait enrichir une nouvelle collection d’un genre particulier.

 

Voici un extrait de mon journal annoté le 17 mai 2008 :

« Au début de mon intérêt pour les phénomènes de synchronicité j’ai acheté par hasard[369], alors que je cherchais le livre de C’G Jung : « Synchronicité et Paracelsica[370] », un ouvrage de Chopra, Deepak[371], « Le Livre Des Coïncidences - Vivre À L'écoute Des Signes Que Le Destin Nous Envoie » aux éditions Dunod. Le livre était dans le rayon de la librairie où aurait dû se trouver l'ouvrage de Jung, il ne traitait pas vraiment du sujet, mais comme il avait en titre le terme coïncidence, j’ai décidé de l’acheter, en attendant de trouver l’ouvrage de Jung que finalement j’ai commandé. J’ai trouvé ce livre très intéressant et apprécié les images fournies par Deepak, pour représenter l’inconscient collectif. Pour aller dans le sens de ses écrits et de l’intention déclencheur de coïncidences, j’ai décidé de mettre en pratique ma volonté sur des événements acausaux. Je me suis dit que je devais trouver un jeton de caddie en faisant mes courses. [372]»

 

J’ai donc commencé ce petit jeu en 2008, et en restant factuel, c'est-à-dire sans vous abreuver d’anecdotes cocasses autour de mes découvertes de jetons, parfois à la limite de l’extraordinaire, je peux dire que j’ai trouvé beaucoup de jetons. J’en ai trouvé à peu près partout dans mon environnement, avec statistiquement un gros plus pour les parkings des grandes surfaces, ce qui est logique. J’en ai aussi trouvé en plein bois, en ville, en ouvrant un tiroir, chez moi… des inconnus m’en ont offert sans raison… certains m’ont été donnés à des moments particuliers alors que je n’étais pas demandeur… J’ai consigné dans mes journaux, durant plusieurs années, l’ensemble de ces découvertes, avec les détails des circonstances associées, ainsi que, parfois, l’histoire[373] qui se dégageait de tout cela.

 

Figure 111 : Quelques jetons trouvés de mai à décembre 2008[374]

Voici un extrait de mon journal avec un contre rendu de l’époque pour l’année 2008 :

« Voici donc le détail des trouvailles de jetons pour l’année 2008 avec un départ du protocole d'apparition au mois de mai. Pour 8 mois, nous avons 59 jetons trouvés. Bizarrement, il n’y a aucun jeton pour le mois de juin. Le mois de mai comporte pas mal de jetons qui ont été pour la plupart retrouvés, deux jetons sont des trouvailles extérieures pour cette période. Juillet et août sont très faibles avec deux jetons trouvés en fin de mois de juillet le même jour sur le même parking du Géant du Puy. Les trouvailles en volume débutent en fait à partir du 23 aout et se stabilisent avec une moyenne de 10 par mois depuis. Il y a donc une décision prise en mai 2008 qui prend une forme de réalité vers le 23 aout de façon régulière (environ trois mois). Le mois de décembre avec 15 jetons est le plus fort mois de l’année avec une moyenne autour de 10 par mois depuis le mois de septembre.[375]»

Bien sûr, ici aussi nous sommes dans le subjectif et tout cela ne démontre rien. Peut-être que certaines personnes trouvent elles aussi régulièrement des jetons de caddies sur des parkings ou dans les bois et n’en font pas une étude. Elles se contentent de le mettre dans leurs poches. Durant toutes ces années, je me suis amusé avec cette histoire, et j’ai accumulé des jetons. J’ai constaté que depuis deux ans environ (nous sommes début 2015) j’ai un peu laissé tomber cette intention de trouver des jetons et que cela a eu un impact sur le nombre de découvertes, bien que j’en ai trouvé quatre le même jour samedi dernier. J’ai réalisé de nombreuses analyses personnelles sur les raisons possibles de ces découvertes. J’ai analysé sur place comment les usagers utilisaient leurs jetons. J’ai remarqué un léger effet ressort du mécanisme qui pouvait dans certains cas éjecter le jeton de son habitacle à l’insu de l’usager. J’ai observé des usagers qui n’arrivaient pas à retirer le jeton et l’abandonnaient. Des étourdis qui remettaient leur caddie[376] sans retirer le jeton. J’ai même rencontré sur site des collectionneurs qui étaient en chasse ! Une de ces personnes m’a raconté en avoir reçu plus de 7000 en quelques années… il s’était confié à des amis de son intérêt pour les jetons et cela avait augmenté considérablement sa collection. Dans ma démarche, les règles de la structure sont : les jetons doivent être trouvés de façon « naturelle », au fil du temps, et sans participations provoquées, ils doivent apparaitre et être simplement ramassés quand cela est possible.

 

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Figure 112 : Le cas caddie[377]

Je ne cherche pas à démontrer la réalité d’un phénomène, mais simplement à faire comprendre que lorsque nous mettons en place une structure, même mentalement, elle devient de fait opérative pour nous. Si nous mettons en place une structure d’accueil pour un objectif quelconque, tout ce qui arrivera alors et qui est de notre point de vue en rapport trouvera automatiquement sa place dans cette structure, même s’il n’y a aucune relation entre l’événement et cette structure. Je parle d’un point de vue, ce qui laisse penser que nous sommes au contrôle lorsque l’événement arrive, mais en réalité il me semble plutôt que nous ne contrôlons au contraire plus rien.

 

Lorsque je nomme une forme par : « ceci est un arbre », la forme qui se présente devant moi vient d’être qualifiée d’arbre, alors qu’elle n’en a cure. Toutes ces formes ont été identifiées comme faisant partie de cette structure d’accueil générique qu’est le mot arbre. Cette compression des formes vers la structure est réalisée uniquement. Aucune des formes en présence ne participe, d’une quelconque manière, à cette opération de compression. L’étiquette, la structure, qui a été créée pour qualifier une famille de forme attire à elle l’interprétation des formes. Nous sommes comme devant la pancarte qui parle dans votre tête.

 

Toutes nouvelles découvertes de jeton, après la prise de décision de faire cette expérience, viennent, de fait, enrichir l’expérience elle-même. Aucun jeton trouvé ne sera plus considéré comme ne faisant pas partie de l’expérience. La structure va même nous permettre de qualifier le niveau mystérieux de la découverte. Avant de prendre la décision de faire cette expérience, qui implique la mise en place d’un protocole qui n’est que les règles de fonctionnement de la structure d’accueil (le rituel), je trouvais déjà des jetons de caddies à l’occasion. Les trouvailles post-expériences étaient-elles déjà inscrites dans cette structure d’accueil ? Il me semble bien que non, il y avait simplement le plaisir de trouver un jeton que je rangeais dans mon porte-monnaies à côté des pièces qui lui ressemble (voir là Figure 113). 

 

Figure 113 : Jeton MG avec inscription 1 euro

Nous voyons ici l’effet pervers de mettre en place une structure, elle attire à elle l’ensemble des contenus qu’elle peut contenir. Elle est une sorte d’étiquette qui nous permet d’identifier des parties du quotidien. Elle est comme un récipient « magnétique » pour le mental et certainement notre inconscient. Un magnétisme d’une nature particulière, qui attire à lui, non pas un métal, mais l’objet de notre désir. Cette attirance n’est pas le fait de la structure, mais de notre processus de tri qui vient placer l’événement dans la structure. Cette structure devient une sorte d’évidence et est utilisée par les différentes couches analytiques qui nous compose. Cette structure s’auto renforce à chaque nouvelle découverte, et chaque nouvelle découverte est un fait qu’il est impossible de nier. Le jeton est bien dans ma poche… le tas augmente et petit à petit il devient difficile de nier l’évidence… il y a des preuves qui s’accumulent… (Voir la Figure 114)

 

 

Figure 114 : L’ensemble des découvertes (17 mai 2008 - 18 janvier 2015)

La question est : aurais-je trouvé moins de jetons si je n’avais pas mis en place cette structure ?

 

Bien malin qui peut répondre avec certitude à cette question ! Reste ma conviction[378] qu’il est tout de même étrange de trouver autant de jetons. Vous-même, avez-vous l’impression d’avoir trouvé autant de jetons sur la même période ? Avez-vous regardé par terre dans les parkings, les chemins… pour trouver des jetons de caddies… avez-vous pensé jeton de caddie ?

 

Un autre effet, plus subtil, est apparu avec le temps… la découverte des jetons étant inscrite dans une intention d’interaction avec l’environnement, elle est aussi perçue comme une sorte d’acte magique, ou tout du moins une action non rationnelle. Ici, le hasard semble être circonscrit par les résultats obtenus, qui sont bien réels et peuvent être attribués à la mise en place de la structure qui les cautionne.

 

La découverte des jetons devient le résultat d’une intention cautionné par la structure et n’est plus le fruit du hasard, mais le fait de la procédure mise en place. Nous venons sans nous en rendre compte d’encapsuler le hasard par une structure opérative qui nous semble avoir fait ces preuves. La structure devient notre nouveau décor dans lequel nous naviguons. Une nouvelle structure, issue de la précédente, va alors pouvoir apparaitre.

 

On peut remarquer que les jetons de caddies sont porteurs d’un message. Ils sont donc eux-mêmes une structure d’accueil avec une intention et sont donc également le fruit d’un acte de type psycho magique. L’éditeur du jeton souhaite que nous l’utilisions, et il va chercher à attacher à nous le message qu’il véhicule, pour qu’en cas de besoin, en rapport avec son objet, l’idée nous vienne de venir chez lui. Le jeton de caddies est une sorte de pense-bête, il est un pont entre nous et les services que son éditeur peut nous rendre, le premier service étant de nous permettre de libérer le caddie enchainé. En utilisant le jeton, nous validons le fait qu’il est à notre service, et qu’il est très capable. Un jeton est plus simple à utiliser qu’une fourchette et il est très fiable. Tous ces attributs sont de base encapsulée par la structure qui lui est supérieure, à savoir l’éditeur du jeton. De plus, l’accès à l’usage du caddie nous est nécessaire pour faire nos courses, afin (arrêter la faim) d’assouvir nos besoins vitaux[379]. Le jeton et donc son éditeur vont nous permettre de libérer, pour nous, cet accès. Au moment même où nous prenons le caddie de nos deux mains, il devient une extension de notre propre corps. Une extension qui va contenir du nous en devenir. Techniquement, le caddie est enchainé aux autres, il n’est pas libre, il n’est pas encore notre, nous devons posséder une clef pour l’obtenir. Le jeton est cette clef qui nous permet de le libérer et par la même de nous libérer de la contrainte qui nous est imposée, pour obtenir le caddie. Le jeton est donc bien plus qu’un facsimilé d’une pièce d’un euro, il est une clef de notre futur, car il conditionne à sa manière notre capacité à acquérir notre nourriture[380], ce qui est une question de vie ou de mort. Certaines personnes prêtent plus d’attention à leur jeton de caddie qu’aux pièces d’un euro qu’elle possède et qui peuvent très bien aussi réaliser cette libération.

 

Figure 115 : Un caddie auto libéré !

Le message inscrit sur le jeton peut cependant être détourné et prendre un autre sens. La découverte des jetons étant maintenant circonscrite par une structure d’accueil, incluant une intention, il est possible de donner du sens à l’apparition. Quelle est la préoccupation du moment lors de « l’apparition[381] » du jeton et dans quelle mesure le message inscrit sur le jeton est-il en rapport avec cette préoccupation. Nous l’avons vu, le message sur le jeton propose un service pour nous dépanner. Je suis préoccupé et un jeton apparait, alors : en quoi ce qu’il me propose à travers son message peut-il me servir… le jeton est devenu un signe, une aide à un moment donné, pour me permettre d’avancer. Et quelques fois, le message du jeton trouvé fait bien écho avec un questionnement… une fois, deux fois, trois fois… les règles de la structure commencent à croitre, alors de nouveaux postulats la concernant apparaissent. Le message sur le jeton peut avoir un lien avec une interrogation, le jeton devient un messager potentiel.

 

Ayant posé ce nouveau postulat dans la structure, et étant lui-même basé sur des faits, qui l’on fait émergé, le jeton va devenir rapidement le support d’une mancie[382], il est l’acteur d’une réponse possible à un questionnement, et cette réponse va pouvoir être interprétée. La découverte de jeton va pouvoir être conditionnée par des interrogations :

 

Par exemple :

 

-       Que faut-il que je pense de ceci ? 

-       Tient, justement voici un jeton parterre, que me dit-il ?

-       S.O.S Décès

-       Bon… d’accord… me voilà bien avancé

 

 

Figure 116 : S.O.S Décès

Voici un exemple qui nous a bien fait rire en famille :

 

J’étais sur le parking d’une grande surface et je poussais mon caddie, en pensant à un de mes enfants qui s’appelle Guillaume. Je me demandais ce que je pouvais bien faire, pour qu’il quitte plus souvent sa chaise et son ordinateur qui les lie à sa chambre et pour qu’il soit un peu plus OK dans sa recherche d’emploi.

Je vois un jeton métallique[383], je le ramasse et consulte l’oracle[384], qu’il est d’une certaine manière devenu… cela me semble normal…

 

Figure 117 : Guillaume OK !

 Je lis le message, mais je ne vois pas trop le rapport entre cette agence immobilière et mon questionnement. Je vais pour mettre le jeton dans mon portemonnaie et je me rends compte que Guy pourrait bien vouloir dire Guillaume, mon esprit me propose alors des correspondances, des analogies automatiques. L’apparition de ce jeton s’inscrit dans la structure d’accueil avec des postulats et mon mental essaie de trouver des isomorphismes, de tout type, pour que la structure reste en équilibre. Ce jeton doit dire quelque chose ! Mon système décode les données liées à l’apparition, avec les règles que je lui aie imposées et l’ensemble de ses connaissances conscientes et inconscientes. Soudainement, Hoquet devient OK, une sorte de jeu de mots euphonique[385] après la correspondance Guy - Guillaume[386].

Là, le reste du message du jeton est très vite décodé et le dernier terme « l’immobilier » devient « l’immobile qui est lié », une sorte de langue des oiseaux vient d’apparaitre à travers ce jeton de caddie. Et je traduis le message comme tout à fait en rapport avec le questionnement du moment. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais comme toute histoire elle peut rebondir… et pour la faire rebondir il faut une nouvelle structure d’accueil, alors, de retour chez moi, je fais voir le jeton à ma femme et mon fils Guillaume tout en leur racontant cette histoire. Ma femme nous dit : « c’est marrant, je suis passé devant la boutique des établissements Guy Hoquet ce matin, et j’ai vu qu’ils ont mis une pancarte : ils recherchent du personnel ». Je regarde mon fils et je lui dis : « tu sais ce qui te reste à faire… »… 

 

Bon, rassurez-vous, mon fils n’a pas quitté son ordinateur, et il ne sait pas rendu en courant aux établissements Guy Hoquet… du coup, je ne peux pas continuer cette histoire, mais j’espère qu’elle vous est utile. Bien évidemment, s’il s’était rendu[387] à cet établissement et qu’il avait obtenu un emploi la structure mise en place autour de la découverte des jetons de caddies se serait enrichie d’un nouveau postulat.

 

À quoi peut bien me servir cette pratique qui s’est installée avec la mise en place de la structure ? Finalement, je ne sais pas trop, j’aime bien voir apparaitre de nouveaux jetons qui me permettent la création d’une nouvelle histoire qui lui sera associée. En fonction des cas, cela peut avoir un caractère mystérieux, merveilleux, numineux[388], et il me semble que cela nourrit, d’une certaine manière, une partie de moi. Cela ne m’est pas utile, mais anime la structure qui m’habite à chaque nouvelle apparition, cela fait partie de mon décor intérieur. Et, je me suis même déjà surpris à quelques reprises à invoquer l’apparition d’un jeton pour avoir un message…

 

Nous venons de voir apparaitre un nouveau postulat : pour obtenir un message, il est possible d’invoquer l’apparition d’un jeton signifiant. Ce nouveau postulat va faire se modifier la structure et permettre une nouvelle encapsulation associée à une pratique possible. L’invocation d’un jeton, pour qu’il délivre un message signifiant, transforme cette pratique de ramassage lié à une intention en un système divinatoire. C’est là que l’encyclopédie de la divination arrive au bon moment, dans le déroulé de ce rédactionnel, qui je vous le rappelle se construit actuellement tout seul au gré des émergences. Je ne sais pas vraiment, où je vais, ni où nous allons et j'espère que tout ceci n'est pas trop compliqué à suivre.

5.7.2.               Les pyramides et ses momies

Lorsque j’avais une quinzaine d’années, à la suite d'une émission de télévision dont le sujet était les mystères des pyramides et la momification, je m’étais amusé à construire une réduction de la pyramide de Kheops, afin d’y placer des morceaux de viande, pour voir si effectivement il était possible de les momifier. Je pense que nous sommes nombreux à avoir réalisé cette expérience. Et ce qui va suivre devrait réveiller des souvenirs à quelques-uns. J’ai donc fait quelques expérimentations, qui à l’époque m’avaient effectivement gratifié de morceaux de viande et de fruits sécher. Ces expériences m’avaient profondément questionné, car tout cela n’était pas très rationnel, et j'avais pu constater, par des faits, que les morceaux de viande placés dans cette structure n’avaient pas été corrompus et qu’ils avaient « séchés ». De plus, ils dégageaient une forte odeur agréable, il ne m’était plus possible d’ignorer cette réalité. De la même manière que pour la structure d’accueil d’apparition des jetons, rien ne me prouvait que c’était la structure qui avait permis l’opération de momification, mais la pyramide étant la structure d’accueil, cela allait de soi. Et, à l’époque, je m’étais convaincu qu’une pyramide, eh bien, cela peut momifier[389] des choses. Aujourd’hui encore, je ne m’explique pas pourquoi, et le fait que la science ne cautionne pas ces expériences ne change rien, pour moi, j’avais bel et bien en ma possession des morceaux de nourriture momifiés. La nourriture étant encapsulée par la pyramide, elle était de fait dedans, et un lien existait entre la pyramide et le processus de séchage constaté. Ce questionnement m’a poursuivi et à plusieurs reprises depuis cette époque, je me suis amusé à reconstruire des petites pyramides avec toujours le même résultat.

 

Un jour, en lisant un ouvrage traitant du magnétisme[390], j'ai pris connaissance d'une expérience de momification de nourriture sans pyramide. L’auteur proposait de réaliser une transformation de la nourriture simplement en utilisant une intention et des « passes magnétiques ». Je me suis demandé s’il était vraiment possible de momifier de la nourriture de cette manière. J’ai donc fait l'expérience avec un citron, comme indiqué par l’auteur, et effectivement le citron a très rapidement séché sans moisir. Alors que dans le même temps d’autres citrons avaient moisi. J’ai refait l’expérience avec des oranges, une pomme, une prune… avec les mêmes résultats. Je me suis dit qu’il y avait peut-être bien quelque chose à trouver de ce côté-là. De plus, je réalisais ici une action sans contact direct, une action à courte distance. Pour être franc, je n’ai pas eu 100 % de résultat positif, mais environ 90 %. Pour en avoir le « cœur net », j’ai essayé avec des oranges qui avaient déjà commencé un processus avancé de décomposition… Je ne voulais plus simplement faire sécher de la nourriture, mais arrêter un processus de décomposition en cours. Je voulais m'assurer qu’un processus de momification était bien à l'œuvre et que ce n'était pas simplement le fruit qui séchait naturellement. Je suis parti de l'idée qu'un fruit qui commence à pourrir ne s'arrête pas en chemin et qu'il poursuit son processus. Je voulais changer le cours des choses, avec un handicap de départ qui allait dans le sens contraire de mon action.

 

Je n’ai fait que très peu de photo de cette époque, mais en voici quelques-unes :

 

J’ai « travaillé » sur une orange en décomposition[391] en janvier 2012, donc voici quelques photos de la progression du processus. J’avais déjà travaillé[392] sur l’orange au moment de la première photo, mais on peut facilement observer les parties touchées par les moisissures. Les parties non moisies de l’orange présentent déjà des signes de dessiccation. Mais, avant de « travailler » sur cette orange, les zones à proximité de la moisissure étaient très molles et commençaient à se liquéfier. 

 

‎jeudi ‎19 ‎janvier ‎2012, ‏‎11:26:46

 

La moisissure a continué à progresser sur la surface de la peau de l’orange, mais je continue le travail de temps en temps, car il me semble qu’il y a un résultat. Avant de commencer la magnétisation, l’orange était en voie de liquéfaction et elle est maintenant clairement en voie de dessiccation. La progression de la moisissure s’est stabilisée et une logique de dessiccation rapide s’est amorcée. De plus, l’orange commence à dégager une forte odeur[393], similaire aux odeurs déjà rencontrées avec le processus de momification des pyramides.

 

 

‎Jeudi ‎26 ‎janvier ‎2012, ‏‎08:55:10

 

Samedi 29 septembre 2012 à 13 :56

 

Là même orange, sept mois plus tard, elle est sèche et dure. La partie sombre sur la photo correspond à la peau de l’orange non couverte par la moisissure qui a changé de couleur en séchant. J’ai réalisé plusieurs fois cette expérience, avec un taux de succès d’environ 80 %. Certains fruits étaient peut-être dans un état de décomposition trop avancée pour pouvoir être détournés, car j'ai vraiment essayé avec des fruits à la limite de la liquéfaction.

 

J’ai essayé avec de la viande, avec un résultat de 100 %

 

Voici une copie du compte rendu fait à l’époque avec un steak entier acheté en grande surface. La magnétisation a duré environ 10 minutes et il n’y a pas eu de magnétisation par la suite, car j’ai constaté un résultat en direct : une dessiccation des parties fines du steak. Le steak a été accroché au plafond dans mon bureau, les photos qui suivent ont été positionnées à plat pour limiter la place occupée dans ce document, mais en réalité le steak était positionné à la verticale.

 

 

‎Figure 118 : le steak acheté le samedi ‎22 ‎septembre ‎2012, ‏‎19:45:32

Voici les données climatiques de la pièce qui a servi de lieu d’expérience : 20 °C pour 60 % d’humidité. Je sais que c’est un peu léger comme donnée scientifique… mais ici, il n’est pas question de sciences.

 

Figure 119 : Hydrométrie de la pièce le mardi ‎25 ‎septembre ‎2012, ‏‎14:27:44

‎Figure 120 : Le steak, samedi ‎22 ‎septembre ‎2012, ‏‎20:04:22

 

Figure 121 : Le steak le dimanche ‎23 ‎septembre ‎2012, ‏‎13:16:12

Le lendemain, le steak présentait déjà les prémices d’une viande qui sèche, pour moi le processus était en marche, et je décidais de ne plus réaliser de magnétisation. La viande séchait presque à vue d’œil.

‎Figure 122 : Le steak, lundi ‎24 ‎septembre ‎2012, ‏‎09:55:06

‎‎Figure 123 : Le steak, mardi ‎25 ‎septembre ‎2012, ‏‎08:12:52

Figure 124 : Le steak, mercredi ‎26 ‎septembre ‎2012, ‏‎09:23:14

‎‎

Figure 125 : Le steak, jeudi ‎27 ‎septembre ‎2012, ‏‎10:10:32

Après plusieurs essais sur différent type de viande (industrielle, boucherie, BIO), J’ai essayé avec du poisson :

 

J’ai acheté une sardine et un maquereau de 25 centimètres de long, pour essayer quelque chose de plus gros et en quelque sorte de plus complet. Les poissons étaient vendus avec leurs entrailles et leurs viscères et ne devaient pas avoir été traités. Quelques steaks une fois séchés présentaient des traces apparentes d'un apport[394], sous la forme d'une poussière blanche sur leur surface.

Figure 126 : Une sardine et un maquereau frais, achat du 3/10/2012

J’ai magnétisé les deux poissons environ 10 minutes en tout et pour tout et je les ai suspendus comme les steaks des chapitres précédents.

  

Figure 127 : Les deux poissons, 4, 6, 7 novembre 2012

Très rapidement, une sorte de jus est sorti par le trou naturel d’évacuation des déchets des poissons et a goutté par terre. Dans les jours qui ont suivi, une odeur pestilentielle s’est installée et j’ai été obligé de les descendre à la cave. Bizarrement, les poissons ont goutté durant plusieurs jours. Ils ont dégagé une odeur fétide très désagréable, mais leurs chairs ont très rapidement donné des signes de momification et leurs peaux ont présenté un toucher très particulier.

 

Figure 128 : Les poissons le 15/10/2012 et le 3/11/2012 (1 mois plus tard)

J’ai donc poursuivi l’expérience à la cave, comme tout le monde le désirait. J’ai, simplement, magnétisé à nouveau les poissons à deux reprises, pour éviter que des asticots ne prolifèrent dedans. J’ai fait ces nouvelles passes, car durant la période d'écoulements ils attiraient des mouches, et j’avais peur qu’elles aient pondu des œufs dedans. Avec le recul, il me semble que les deux séances de magnétisation supplémentaire n’étaient pas nécessaires et que les deux poissons étaient déjà, dès le début, engagés dans le processus de momification. Aujourd’hui (18 janvier 2015), il y a plus de traces d’odeur de pestilence, mais une forte odeur de poisson, et je les conserve dans une simple boite en carton, ils sont complètement raides et dans un état de momification certain.

 

Figure 129 : Les deux poissons dans leurs cartons photographiés le 18 janvier 2015

Figure 130 : Le steak au 18 janvier 2015

Figure 131 : Divers agrumes magnétisés avant 2008 photographiés le 18 janvier 2015

Alors, que penser de toutes ces manipulations. J’ai un protocole opératoire qui me sert de structure d’accueil et des résultats qui se répètent, sans trop de problèmes… Il est évident que j’ai des résultats positifs, et pourtant, il existe de nombreuses techniques de séchage de viandes[395] ou de poissons qui ne font pas appellent aux pyramides ou au magnétisme.

 

Wikipédia nous fournit un tableau instructif[396] :

 

Figure 132 : Nombre de jours de conservation naturelle des viandes

Au-delà de ces périodes, la viande change de couleur et commence à se putréfier. Mais il est aussi possible de sécher les viandes par dessiccation naturelle[397]. Me concernant, je suis passé de la structure d’accueil des pyramides à celle du magnétisme… Il faudrait que je fasse sécher de la viande sans aucune intention, pour sortir de ces structures. Ce qui me semble difficile maintenant que j'ai obtenu de la viande sécher avec seulement dix minutes de passe dite magnétique (1 seconde aurait peut-être suffi)…

5.7.3.               Le cadre, structure d’accueil

Tout ce qui précède n’a rien de scientifique, je suis sûr que déjà certains lecteurs ont leurs idées sur tout ceci, d’autres appels à des vérifications, cela a fait apparaitre des souvenirs à certains, d’autres encore se réfèrent à des lectures ou des avis trouvés dans tels ou tels magazines… d’autres s’en moquent royalement. Nous sommes dans le même cadre qu’une discussion de comptoir, qui peut être d’une profondeur abyssale ou simplement n’être qu’une chimère incohérente.

 

Les exemples précédents sont là pour montrer que lorsque je fais quelque chose je m’inscris dans un cadre et que ce cadre devient ma référence. Mais, cette référence n’est pas réellement une référence, c’est simplement un cadre, une structure qui a été mise en place pour l’occasion. La plupart des lieux sont référents et proposent un cadre en rapport avec leurs usages. Ma chambre est l’endroit où je vais dormir (F). La salle de bain est l’endroit où je vais me laver (O). Les couloirs sont utilisés pour faire communiquer l’ensemble (R). La cuisine est l’endroit où je prépare ma nourriture (T)...

Au quotidien, nous utilisons des lieux dédiés, pour réaliser les différents actes répétitifs de notre vie. Pour réaliser certains travaux, nous devons utiliser le bon outil. Nous nous inscrivons dans une logique ordonnée qui induit un cadre, une structure d’accueil. Il nous est difficile de réaliser certaines tâches en dehors du cadre qui se veut la contenir. Vous ne faites pas vos besoins dans votre salon, alors que cela est parfaitement possible, non, vous allez au fond de votre jardin ou mieux encore dans votre cabinet de toilette. Il m’est arrivé de dormir dans les couloirs d’un train, où j’étais bien mieux installé que sur la banquette surpeuplée du compartiment.

 

Ces lieux dédiés, à nos actes les plus répétitifs et les plus banals, sont devenus des parties invisibles de nos actions. L’usage de tels ou tels outils, pour réaliser un travail, est devenu une condition essentielle de son exécution. Il est perçu comme des évidences que telles ou telles choses doivent être réalisées dans tels ou tels endroits, ou avec tels ou tels mécanismes.

 

Nous abritons en nous une équation du type :

 

Pour [faire ceci], il me faut [cela].

 

Cette équation nous limite, car elle introduit une donnée nécessaire, obligatoire, pour réaliser quelque chose. Tant que le « cela » n’est pas en notre possession, nous ne pouvons agir sur « ceci » [398]. Nous sommes devenus des exécutants du manuel, du mode d'emploi, nous sommes de bons petits soldats obéissants.

 

Peu de gens plantent des clous avec autre chose qu’un percuteur, le clou lui-même a été conçu en association avec cet outil. Le percuteur standard utilisé pour cette tâche s’appelle un marteau, et, en fonction de la taille du clou, il va y en avoir toute une collection de disponible. On ne plante pas un clou de tapissier avec une masse. Pourtant, l’épine qui est le précurseur naturel du clou n’a pas besoin de marteau, pour se planter dans notre corps. La punaise est un clou plus « naturel », elle n'a pas besoin d'un « cela » extérieur, pour pouvoir être utilisée. Si j’utilise mon téléphone portable pour communiquer avec vous, des ingénieurs pourront nous expliquer quels sont les mécanismes radioélectriques[399] mis en œuvre, pour que ceci soit fonctionnel avec cela. La structure minimum que nous connaissons tous, eh bien, c’est bêtement nous-mêmes, et nous-mêmes, n’est pas considéré par notre logique comme extérieur.

 

Figure 133 : Action directe

Aussitôt que notre corps n’est plus en contact, ou qu’il n’est plus capable de réaliser l’action, il nous faut un Outil pour intervenir sur la chose.

 

Figure 134 : Utilisation d'un Outil[400]

Dans cette figure (Figure 134) nous pouvons voir un chainage de structure en contact. Mais, que se passe-t-il lorsque l’action doit être réalisée à distance, ou simplement sans contact physique ? Notre premier réflexe, parce que pour nous c’est une évidence, va consister à trouver une structure qui permet un contact avec l’objet de notre intention.

 

Pour réaliser une chose, il nous faut une structure d’accueil (cela) et cette évidence est fortement ancrée en nous. De la même manière : pour voir quelque chose, il nous faut une incarnation (cela) qui se trouve dans notre champ de vision ou dans notre esprit sous une forme qui lui est propre. Lorsqu’un auteur me propose un protocole, pour réaliser une expérience (faire ceci), ce protocole est une structure d’accueil avec des règles (cela), mais cette structure est-elle vraiment la seule qui aurait pu accueillir l’expérience ?

      

Si j’ai l’intention de sécher de la viande, j’ai plusieurs « cela » de disponible :

 

·         Je peux : « ne rien faire » et laisser la nature faire son œuvre.

·         Accrocher la viande et faire des passes « magnétiques » avec mes mains.

·         Fabriquer une pyramide et placer la viande à l’endroit indiqué.

·         Acheter une machine à dessiccation.

·        

 

Si je veux trouver des jetons de caddie, quelle est la structure adaptée à cette intention ?

 

Les jetons se récupèrent, de manière normale, aux points accueils des grandes surfaces, ou lors de distribution de cadeaux réalisée par des entreprises. Là, l’intention émise évoquait des jetons oubliés, abandonnés, perdus, et il n’y a pas de truc connu pour « cela ». Pour trouver des jetons la formule type présente un problème : quel est le « cela » adapté à mon intention.

 

Mon « cela » devient un « comment ? »

 

Pour [trouver des jetons de caddies], je fais [comment] ?

 

Nous avons déjà soliloqué dans un ouvrage précédent sur les structures des secrets des guérisseurs[401] et expliqué que quand on ne sait pas « comment », alors on peut utiliser « comme ». Je ne sais pas s’il existe un Saint qui durant son mandat a trouvé des jetons de caddies et qui pourrait être invoqué.

Permets-moi de trouver des jetons

Comme sainte course en a trouvée

Lorsqu’elle en avait besoin pour prendre son caddie[402].

La tradition chrétienne nous propose d’invoquer Saint Antoine de Padoue[403] qui aurait une capacité surnaturelle pour nous aider à retrouver des objets perdus.

 

À l’époque, je n’ai pas pensé à invoquer qui que ce soit, et heureusement, car actuellement ma structure d’accueil contiendrait inévitablement cet élément, et il ferait partie intégrante de ma logique de raisonnement. J’ai eu de la chance en choisissant cette expérience. J’avais déjà trouvé des jetons et il ne m’est pas venu à l’esprit de faire appel à une aide particulière. Pour moi, il était totalement possible de trouver des jetons, l’intention était simplement d’en augmenter la quantité.

 

Pour trouver des jetons de caddies, le plus simple est donc de faire comme la première fois : simplement être attentif à ce qui se trouve par terre et de ramasser le jeton lorsqu’il se présente[404].

 

Le « comme la première fois » est ma preuve qu’il est possible de trouver des jetons par cette méthode.

 

Mais, cette preuve est-elle utile ou / et nécessaire ? 

 

Et si je n’avais jamais trouvé de jeton auparavant ? J’aurais certainement imaginé la situation, ou un cadre plausible pour la découverte. En fait, il me faut, et je ne sais pas pourquoi, une logique qui me permette de mettre en œuvre mon intention. L’intention peut d'ailleurs elle-même exprimer cette logique, mais dans ce cas elle encapsule des données qui la précisent.

 

Je veux [trouver des jetons de caddies], lorsque [je me promène].

 

L’intention pure c’est             :    Je veux[405] [trouver des jetons de caddies].

Une partie du cadre est         :    lorsque [je me promène].

 

Cette formule : « pour faire ceci j’ai besoin de cela », nous fait chercher à l’extérieur le « cela » qui permet le « ceci ». Mais, pour certain « ceci », il n’y a pas forcément besoin de « cela » et il y a toujours au moins un « cela » qui est nous-mêmes. La structure d’accueil n’est qu’un outil, une extension de nous-mêmes qui nous permet de mettre en œuvre une action, ou qui inversement, nous emmène à réaliser une action.

 

Une fusion opère donc entre nous-mêmes, le « cela » de base et les différentes structures qui nous encapsulent. Notre corps est la structure physique de référence qui permet l’action directe avec les choses, mais aussi, en dernier lieu, avec les choses indirectes via une structure.

 

Lorsque nous sommes dans un lieu, où se déroule une action, ce lieu devient de fait une structure d’accueil et nous sommes pris inconsciemment par la même formule. Mais, dans ce cas, nous sommes devenus le jouer du « cela » qui nous force à faire « ceci ».

 

Nous avons du mal à nous extraire fonctionnellement de cette structure d’accueil invisible qui peut nous faire réagir par réflexe. Nous sommes même de fait toujours encapsulés par une structure qu’elle soit mentale ou physique.

 

Par exemple : Si quelqu’un vous insulte, il modifie la logique dans laquelle votre esprit se trouvait, il vous fait changer de cadre de référence et vous adaptez votre action en fonction du nouveau cadre. Vous allez faire ceci pour répondre à cela. Vous n’avez peut-être pas pris de distance vis-à-vis de l’insulte et vous avez réagi. La formule s’applique automatiquement et vous avez du mal à vous contrôler, car elle est une sorte d’Évidence qui par définition ne se discute pas. Vous êtes à ce moment-là pris au piège de cette évidence, alors qu’à aucun moment vous n’aviez l’obligation de prendre en compte cette insulte. Le terme « prendre en compte » n’implique pas non plus que vous réagissiez. Il est une autre forme de formule, qui vous fait croire, que :

 

Si je [prends en compte], alors [je me modifie].

 

Mais je modifie quoi ? Mon bras, mes jambes…

 

La structure est comme un moule qui essaie de vous faire prendre sa forme. Vous allez essayer de rentrer dans le moule de la situation présente, simplement pour qu’il y ait une sorte de logique entre ce qui est perçu de la structure et vous-même. Un processus de symétrie, un isomorphisme est à l’œuvre à votre insu et vous essayez de résister au déséquilibre virtuel qu’il est en train de provoquer[406]. Vous perdez en quelque sorte le contrôle et vous êtes poussé par quelque chose, en vous, qui prend en compte l’insulte. Vous êtes pris virtuellement, mais vous êtes pris tout de même et cette prise virtuelle va se répercuter sur l’ensemble de vos structures, corps compris. Et, elle va devenir réelle du fait de la fusion qu’elle implique. 

 

Il est presque impossible de lutter contre la structure qui vous englobe. La majorité des choses qui viennent à nous et qui modifient cette structure englobante ne sont pas contrôlables. De même, notre corps est en perpétuel déploiement, il n’est pas stable, le Ludovic d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier et cette structure d’accueil que représente Ludovic ne peut pas toujours être comme ceci ou comme cela.

 

Le plus simple est de garder une distance entre « vous » et cette structure à géométrie variable qui vous encercle. Et, lorsque venant de cette structure extérieure une Épine se plante en vous, il faut lâcher prise et ne pas chercher à l’enfoncer un peu plus. Dans un autre ouvrage, je proposais l’image de Saint-Sébastien, qui me semble tout indiquée.

Image illustrative de l'article Sébastien (martyr)

Figure 135 : Saint-Sébastien, par Le Sodoma (1525)[407]

De la même manière, si vous voulez réaliser une action, le cadre, la structure d’accueil se veut d’être une structure opérative, c'est-à-dire qu’elle doit circonscrire en quelque sorte l’intention, elle doit en faire le tour, être cohérente avec elle. Comme il a été déjà précisé dans un autre chapitre, le doute concernant la structure n'est pas permis. Elle ne doit pas laisser de place à une fuite de l’intention vers un ailleurs. Elle est comme une boite en carton qui va pouvoir contenir l’objet de notre désir, sans risque de le perdre. Lorsqu’il n’est pas possible d’utiliser une boite physique alors, il va falloir en créer une virtuelle, en rapport avec l'intention.

 

Mais attention, cette Boite, qui semble toujours être présente, pour des besoins de cohérence, même si elle est parfois invisible, peut se retourner contre nous, car si elle peut nous permettre de mener à bien un désir ou une action, elle nous limite aussi en nous enfermant en elle. La boite doit pouvoir s’adapter à l’intention afin d’être au plus près de la cible, mais elle ne doit pas nous limité dans l’action.

5.8.   Déploiement (les feuilles)

Comme il a déjà été fait remarquer dans un autre chapitre, il est facile de constater que nous avons, grâce aux bons outils, accès à toute l’information, où qu’elle soit dans « l’infinie et au-delà ». Finalement, rien n’est véritablement caché si vous possédez le moyen d’accéder à l’information, où qu’elle soit. Ce qui nous manque en réalité c’est l’outil, la structure d’accueil pour la révéler, ou tout du moins c’est ce que nous pensons, c’est ce qui est évident. Pourtant, nous avons déjà le récepteur de base, c'est-à-dire nous-mêmes. La vraie question c’est : utilisons-nous notre outil de base, nous-mêmes, correctement ? Est-il vraiment nécessaire d’utiliser un télescope pour observer les planètes ? L’exemple d’Alexis Didier présenté dans un chapitre précédent[408] nous montre que certaines personnes n’ont pas besoin d’outils extérieurs, pour visualiser un lieu en dehors de leurs perceptions physiques. Il existe un nombre important de témoignages d’interactions de diverses natures, avec de l’information dite à distance, ou séparée de notre corps physique, et où l’interaction ne demande pas l’usage d’un outil physique. La simple logique nous montre que le seul outil non réductible, pour réaliser une action à distance, c'est nous-mêmes et la manière dont nous allons nous utiliser, pour arriver à notre fin. Ce qui réduit le nombre de paramètres à : une intention (ceci) et moi-même (cela).

 

Pour [faire ceci], il me faut [cela].

Devient ici :

 

Pour [faire mon intention], il me faut [moi-même].

 

« Ceci » est la racine non réductible de toute action consciente, on peut remarquer qu’il y a une récursivité qui apparait. Je suis à la fois l’émetteur de l’intention et la structure d’accueil qui va permettre de la résoudre. Il y a ici encore une boucle comme nous en avons déjà rencontré dans d’autres chapitres. Nous pouvons rester sur cette formule ou bien l’encapsuler :

 

Pour [faire mon intention], il me faut [[moi-même]<-un outil].

 

Nous allons poser un nouveau postulat pour enrichir la structure et faire avancer notre déploiement :

 

·         L’information Réelle (IR) est accessible de tout point de l’espace-temps, il suffit de disposer de la bonne structure d’accueil (SA) pour interagir avec.  

Toutes les feuilles d’un arbre sont accessibles à travers l’arbre lui-même, car elles y sont contenues. Le tout contient tout. 

 

Si, comme le premier postulat de notre fiction le propose, l’information réelle n’est pas dans l’espace-temps, il n’est pas nécessaire d’aller chercher l’information apparente (celle que les perceptions de notre corps nous permettent de capter) dans l'espace-temps.  Et puis, comment aller chercher une information qui dans l’espace-temps se situe dans le passé. L’espace-temps nous est en réalité limité à l’espace-maintenant. Nous avons accès à l'information directe que nous fournit le présent, à de l’enregistré, à de la copie, à nos souvenirs et rien d'autre. Visiblement, Alexis Didier et d’autres disposent de capteurs internes leur permettant une connexion d’un autre ordre. Ils peuvent, par divers procédés qu’ils ne maitrisent peut-être pas eux-mêmes, accéder en dehors de nos limitations apparentes.

 

Lorsque l’on énumère les procédés proposés dans l’encyclopédie de la divination,[409] on prend conscience du nombre important de structures d’accueil qui ont été élaborées depuis la nuit des temps. Il y a tellement de structure pour réaliser de la divination qu’il semble que tout peut servir. Le moindre caillou sur le bord de la route peut nous fournir l’information désirée.

 

En finale, et de toutes les manières, quelle que soit la réalité de ces pratiques, elles intégreront l’individu lui-même, qui exploitera l’information collectée, afin qu’elle apparaisse dans sa conscience, cette conscience qui n’est pas dans l’espace-temps comme cela a été proposé dans un autre chapitre.

 

Admettons que la structure d’accueil n’est qu’un prétexte, pour permettre à la conscience de manipuler des données et nous en proposer une représentation à travers cette structure. Les grandes lignes de l’ensemble de ces structures de divination reposent sur les mêmes fondamentaux :

 

·         Une question est posée de diverses manières, mais toujours avec comme origine un individu.

·         On utilise « un truc » capable de fournir des informations de manière aléatoire ou chaotique, si possible isoler de toutes actions possibles du mental, du conscient ou des lois de la mécanique. On cherche à obtenir une information perçue comme étant extérieure à nous-mêmes. On recherche une autre forme d’intelligence, de connaissance que la nôtre.

·         Une grille ou un protocole de lecture est défini au préalable, en rapport avec le type d’information que peut fournir « le truc », afin de pouvoir en analyser les résultats, les réponses. La grille ou le protocole est conçu en fonction du « truc ».

 

Ce qui nous donne la formule :

 

Si [une question est posée] alors, faire [le truc] et [le décoder], pour [lire la réponse].

 

Les protocoles de décodage associé « aux trucs » les plus simples permettent d’obtenir deux états :

 

OUI – NON

 

Le plus simple est par exemple d’utiliser une pièce de monnaie.

 

Le protocole de décodage est : le côté face = Oui, le côté pile=Non.

 

Une question est posée (à laquelle il est possible de répondre par oui ou non) et la pièce est jetée en l’air, afin de réaliser un nombre de rotations non contrôlé. Lorsqu’elle tombe au sol, on regarde quel est le côté visible et l'on en déduit la réponse.

 

Les « trucs » plus compliqués intègrent plus d’états, et ce qui vient après OUI – NON est fréquemment :

Je ne sais pas.

 

Par exemple, le procédé de claviculomancie[410] va utiliser la clavicule d’un poulet, ou bréchet, pour savoir si un souhait sera exaucé. Ce « truc » se pratique à deux : chacun fait un souhait et tient fermement dans sa main une partie de la clavicule qui se présente comme deux tiges reliées par une excroissance. Chacun tire vers lui la tige qu’il tient fermement avec une main, ce qui provoque la rupture de l’os qui est fragile. Celui qui tient le morceau avec l’excroissance verra son souhait se réaliser. Ce procédé offre trois états, car il est possible que l’excroissance se détache simultanément des deux tiges et libère trois morceaux.

 

Bien souvent, le truc est associé à une grille de décodage ou un protocole qui va permettre de circonscrire le sujet concerné.

 

Par exemple, si l'on veut connaitre la meilleure heure de la journée pour réaliser quelque chose, alors « le truc » utilisé doit permettre de décoder vingt-quatre signes. Plusieurs possibilités sont alors possibles : soit le truc donne directement un signe sur vingt-quatre, comme avec un jeu de roulette qui aurait vingt-quatre emplacements pour la bille. Soit, nous disposons d’un mécanisme de type oui-non, qui va par élimination sélectionner l’heure restante. En fait, « le truc » qui sera utilisé est à construire à partir de notre imaginaire, et il peut y avoir autant « de truc » que d’individu pour les élaborer. L’imaginaire lui-même se trouve aussi en dehors de l’espace-temps.

 

Certains « trucs » permettent d’avoir une réponse non codée, directe, comme dans l’exemple d’Alexis Didier, où il décrit des visions cohérentes des pièces de l'appartement de son client. Nous ne savons pas s’il décode dans son esprit une information, pour en fournir une version compréhensible pour son auditoire, ou s’il visualise dans son esprit directement l’information, mais l’information qui sort de la structure d’accueil « Alexis Didier » est directement utilisable.

 

Un paramètre important vient, dès sa mise en place, toucher la structure, c’est le besoin de preuves, nous avons besoin de savoir si cette structure mise en œuvre est bien la bonne pour obtenir une réponse et si elle marche. Plutôt que de lâcher prise et de faire confiance à notre imaginaire, qui en élaborant « le truc » nous fournit déjà un début de réponse en provenance de l’au-delà de l’espace-temps, nous émettons un doute. Notre raison rationalise « le truc » et peut considérer qu’il ne s’appuie sur rien de concret, oubliant que ce que nous faisons à ce moment-là n’est de toute manière pas concret. Et nous voulons sortir du concret parce que le palpable ne nous permet justement pas d’accéder à de l’information située à distance de nos sens. Le concret c’est simplement la limite de nos perceptions physiques, augmentée par l’usage des outils qui l'élargisse. Le concret c’est tout ce qui est validé par l’expérience et que nous tenons alors, pour véridique. Mais, s’il est fait appel à « un truc », c’est justement que le concret n’est plus applicable.

 

Le mental analytique va venir perturber l’usage du « truc », et il va venir s’ajouter à la question un questionnement parasite. Or comme le propose un des postulats, la structure d’accueil doit être comme une évidence, pour ne pas faire l’objet d’un doute.

 

Le bienfondé de la méthode [question plus « truc » plus décodage = réponse] n’est évidemment pas à mettre en cause et il ne doit y avoir aucun doute à son sujet. Cette notion de doute à réduire, afin de calmer le mental qui raisonne, va complexifier la méthode.

 

Des milliers de livres, depuis des temps très reculés, proposent donc des « trucs ». Par exemple les fameuses « Clavicules de Salomon[411] »,  qui date du XVe siècle. Mais il existe aussi des ouvrages de magie plus anciens qui eux remontent aux premiers écrits connus. En fait, depuis toujours ces questions hantent l’esprit de l’Homme et il cherche avidement des réponses. Pour assurer ses besoins vitaux, l’Homme a besoin d’accéder à ces informations, c’est, en dernier ressort, une question de vie ou de mort.

L’arrivée de la notion d'esprit scientifique et de ses méthodes dites rationnelles qui se sont imposées ces derniers siècles ont relégué à l'arrière-plan ces pratiques, elles les ont discréditées, mais ces questionnements restent et resteront toujours actifs. En fait, la méthodologie scientifique, proposant une vérification par les faits, afin de supprimer le doute, a répondu aux besoins du mental et de la raison. Nous cherchons à disposer de moyens fiables qui nous sont indispensables, pour obtenir des résultats reproductibles, afin d’assurer notre survie. Mais ces moyens fiables, qui nous permettent actuellement de contacter, sur l'ensemble du globe terrestre, toute personne avec un simple téléphone portable, ne nous permettent pas de répondre encore à toutes les questions que notre esprit avide se pose au quotidien. Les méthodes de divinations ont donc encore de beaux jours devant elles, puisqu’elles restent, malgré leurs irrationalités apparentes, un moyen d’obtenir une réponse. Le théorème de Bayes, présenté dans un autre ouvrage[412], qui serait à la racine même de nos prises de décisions, et dont certains proposent même qu'il soit pré câblé dans notre cerveau et la matière, n’est lui-même qu’un procédé décisionnel basé sur des statistiques.

 

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’avec cette logique du « truc » possible, se présente à nous une structure d’accueil avec ses règles qui vont permettre l’apparition d’une information apparente qui sera une réponse à notre question de départ. La qualité de la réponse dépendant de la « qualité opérative » de la structure. Et cette « qualité opérative » n’est basée que sur des statistiques de réussites.

 

Si pour un même questionnement nous disposons d’un système concret et d’un système empirique pour provoquer une réponse. Ce n’est pas forcément le système concret qui sera le plus utilisé, surtout si le système empirique a de meilleurs résultats statistiques. Notre préférence restera au système qui a fait ses preuves. C’est aussi certainement pour cette raison que tous les systèmes, dits empiriques, foisonnent de règles plus ou moins complexes, en rapport avec des acquis postérieurs, même s’ils sont basés sur des croyances. L’objectif de ces règles foisonnantes est certainement de cloisonner le plus possible la structure, pour qu’elle ne laisse échapper aucun doute. La structure doit être irréprochable même si les résultats qu’elle permet d’obtenir ne sont pas toujours au rendez-vous. Cette irréprochabilité compense le manque de résultat. Dans un système de type : oui-non, nous avons, de base, déjà 50 % de chance de réussir. L’effet placébo[413] et son contraire, l’effet nocebo, permettent d’obtenir des résultats avec un « truc » logiquement inefficace. L'effet placebo est d’ailleurs utilisé pour valider la réelle efficacité d’un médicament. Avant sa mise sur le marché, des protocoles de tests sont mis en place où l'on fournit à un groupe « le truc », objet de l’évaluation, et à un autre groupe similaire un placébo, la comparaison des résultats permet d’évaluer la réalité de l’efficacité du « truc ».

 

Il faut comprendre que tout « truc » est conçu, de base, en fonction du type de questionnement qu’il doit résoudre. Il donnera donc forcément des réponses qui pourront être validées comme bonnes. Nous retombons sur le même problème que celui évoqué avec les différentes méthodes utilisées pour faire sécher de la nourriture.

 

Nous sommes dans le domaine de la statistique qui pourra nous dire en fonction du nombre de réussites si un système est viable ou pas. Ici, il n’est plus question de savoir si la structure est rationnelle ou non, mais de calculer un pourcentage de réussite obtenue avec cette structure. Mais, même les statistiques peuvent encore nous tromper. Si je reprends les statistiques obtenues lors de mes expériences de magnétisation de viande, avec l’intention de la faire sécher, j’ai 100 % de résultats positifs. Donc, je peux en conclure que je dispose d’une structure avec son protocole (ses règles), qui est opérative pour sécher de la viande, elle est irrationnelle par certains côtés, mais opérative par d’autres.   

 

Notre raison aime à décortiquer un système opératif en sous partis, de manière à pouvoir en extraire des éléments autonomes, que notre logique analytique va ensuite exploiter, afin d’en tirer des règles de fonctionnement. Ces sous-ensembles et leurs règles associées nous permettront par la suite de nouveaux déploiements. C’est ce que nous faisons avec ce document depuis sa première ligne. Mais toutes ces structures que nous déployons pour réaliser différentes choses sont en général réalisées en relation avec la chose, nous cherchons une logique qui lie la chose à sa structure de résolution. Nous apportons la question (ceci, la chose), nous sélectionnons ou imaginons la structure (cela), mais la réponse qui l’apporte, même si nous pouvons parfois y voir une certaine logique ?

 

Nous avons déjà vu que la question formate la structure qui devra pouvoir nous fournir une réponse en rapport avec la question. Comme nous l’avons, dis plus haut : « la réponse est de base contenue dans la question, qui elle-même force la forme de la structure ou elle va apparaitre ». Nous retrouvons cette boucle déjà évoquée.

 

La structure dans un premier temps proviendra de notre imaginaire ou de nos souvenirs, mais en est-on bien sûr ?

5.9.   Captation des données

Qu’elles sont donc les logiques qui sous-tendent la création ou la mise au point des structures d’accueil qui vont être utilisées pour répondre à nos besoins ?

 

Il nous semble évident que lorsque nous créons une structure afin de répondre à un besoin (un ceci) nous sommes la cheville ouvrière de cette opération et que nous pouvons sans vergogne nous attribuer la paternité du travail réalisé. Je le pensais aussi, car il est Évident que : quand je réalise une structure à partir de mes idées et de mes souvenirs conscients et personnels, avec une touche de logique indiscutable, et bien c’est du moi qui s’exprime.

 

Pourtant, ce travail sur moi-même m’a appris que ce n’était pas vraiment le cas et que bien souvent, je n’étais que le jouet d’informations glanées de-ci de-là, de manière parfois totalement inconsciente. Il est très difficile lorsqu’une idée apparait dans notre esprit de remonter en arrière dans le passé pour faire l’analyse de sa genèse. On peut facilement avec un peu de pratique partir à la chasse de ses pensées et essayer de voir quel est l’Élément de notre structure englobante du moment qui a induit sa génération[414]. La pensée est bien souvent le fait d’une réaction inconsciente en rapport avec un fait déclencheur, ce trouvant dans le moment présent. Il est plus difficile, à partir d'un événement déclencheur, de remonter à son origine apparente, et ensuite à son origine psychologique profonde, mais ici encore c’est une question de pratique.

5.9.1.               FlatLand

Voici un premier exemple personnel :

Lors de ma période analytique, j’avais pris l’habitude de noter dans des journaux les événements qui avaient marqué ma journée, en termes d’idées et de prise de conscience, en lien avec ma recherche. Dans le premier ouvrage de cette série,[415] je relate une anecdote.

En me réveillant un matin avec une super idée, j’ai interpellé ma femme pour lui en faire part. Pour lui expliquer cette idée, je lui ai fourni différents exemples pris dans mes souvenirs personnels. La discussion entre nous a duré un petit moment et elle m’a permis de déployer l’idée du matin avec de nouveaux éléments personnels qui la renforce. Toute une théorie s’est mise en place avec le déploiement de cette conversation. Pour faire voir un visuel, en dehors du sujet de la super idée, à ma femme, je retourne avec elle sur un site Web consulté quelque temps auparavant. Ma femme me fait alors remarquer qu’un des visuels du site reprend un titre équivalent à un des exemples que j’ai utilisés lors de notre conversation, pour déployer mes explications du matin. Je n’avais pas prêté attention à ce visuel et effectivement je constate qu’il représente la couverture d’un ouvrage de « Edwin A.Abbott », FlatLand, « A Romance of Many Dimensions ». Pour présenter mon propos, j’avais aussi fait référence à un dessin animé vu dans un reportage. Le dessin animé avait pour titre « Dr. Quantum visits Flatland »[416]. Mais à ce moment de l’histoire, je ne connaissais pas le titre de ce dessin animé. Je trouve cela étrange et je consulte d’autres pages du site où je trouve d’autres informations que je ne me rappelle pas avoir lues et qui disent quasiment la même chose que moi. Entre autres, pour illustrer mon propos j’avais aussi utilisé un ancien rêve mystérieux durant lequel j’avais clairement vu comment remplir une bouteille, mais sans enlever le bouchon. Au réveil, j’avais été incapable de me souvenir de la méthode. Mon explication du jour permettait de donner une solution à ce rêve. En regardant une autre image du site, j’ai vu qu’il y avait aussi une bouteille de Klein[417] qui est une bouteille sans bouchon qui se trouve dans un univers à quatre dimensions et qui fournit la solution.

File:Flatland cover.jpg

Figure 136 : Couverture du livre Flatland[418]

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5c/Klein_bottle.svg/250px-Klein_bottle.svg.png

Figure 137 : Bouteille de Klein[419]

Il faut que je me rende à l’évidence : soit l’auteur du site a eu les mêmes idées que moi, mais, avec des exemples qui lui appartienne, soit j’ai capté son propos qui devait être en résonnance avec moi, sans m’en rendre compte et j’y ai ajouté mes propres exemples, très similaires, sur lesquels j’ai brodé mon idée de base. Lorsque l’idée est apparue dans mon esprit, je n’avais aucun souvenir de cette page que j’avais simplement marquée dans mes journaux, pour d’autres raisons.

5.9.2.               Subliminal

Voici un autre exemple non personnel, extérieur, capté d’une émission de télévision.

 

Derren Brown dans une de ses émissions télévisées[420] de la série Mind Control a voulu démontrer que nous captions beaucoup plus d’information que nous le pensions et que si nous sommes stressés, alors nous allons extraire de cette masse d’information captée les points clefs qui vont nous permettre de construire une solution au problème posé. Ce reportage a été réalisé pour une émission télévisée qui se veut d'être un spectacle, il est donc possible que tout ceci soit construit de toutes pièces, pour faire de l’audience. Mais, comme nous sommes dans une fiction, nous suivons le postulat qui nous propose de considérer comme vraies les informations qui arrivent.

Derren Brown se propose de faire travailler deux publicitaires sur un projet en connaissant à l’avance le résultat de leurs travaux. Cette expérience a été renouvelée à deux reprises dans deux émissions différentes. Nous commentons ici l'une des deux émissions.

En arrivant au studio d'enregistrement, après un trajet en ville en voiture, deux publicitaires sont mis sous pression : on leur demande de faire un travail difficile de créativité en trente minutes seulement. Ils doivent réaliser une affiche pour un magasin avec : un logo, le nom du magasin, et un slogan. Derren Brown dévoile aux deux publicitaires au dernier moment (et sur leur demande) le thème de la boutique en fournissant des éléments concrets. La boutique est une entreprise de taxidermie et Derren leur dévoile un ensemble d’animaux empaillés, dont un énorme ours. Il leur donne une enveloppe cachetée qu’il dépose en bord de table et que les publicitaires ne doivent pas ouvrir. Il place un chat empaillé dessus.

Les publicitaires sont donc laissés trente minutes seuls et ils sont filmés durant leurs cogitations intenses. Ils partent rapidement dans une sorte de brainstorming. Ils sont sous pression et notent ce qui leur vient à l’esprit. Rapidement, ils pensent aux animaux du Paradis puis un Zoo du paradis. Le logo est une image, avec une paire d’ailes d’anges, associée au Paradis. Les trente minutes écoulées, Derren revient et regarde leur travail. Il y a quelques commentaires de la part des publicitaires qui vantent leur réalisation comme étant quelque chose de personnel, de construit, etc. Ils sont contents de leurs créations et savourent le fait d’avoir réussi à produire la commande en seulement trente minutes. Derren ouvre alors l’enveloppe sur la table qui était scellée et en sort un projet d’affiche. Derren présente son projet, et les publicistes constatent qu’il y a les mêmes éléments que dans leur projet, issu de leurs cogitations personnelles. Il y a un ours avec une harpe à gauche et un logo avec une paire d’ailes, le même nom à droite du dessin, de plus, les visuels sont graphiquement quasi identiques. Les deux projets sont similaires à plus de 80%.

 

Miracle, son projet d’affiche est presque équivalent à celui des publicitaires. Les publicistes sont complètement bluffés et crient au truc dingue, ils ne comprennent pas comment Derren a pu réaliser une affiche presque identique à la leur. Derren leur fait remarquer que dans sa version il y a un élément en plus, une sorte de porte de Zoo. Alors, les publicitaires annoncent que dans leur première version d’affiche, ils avaient exactement la même porte, mais qu’il avait renoncé à l’utiliser ! Cela achève Les publicitaires qui sont totalement médusés.

Finalement, Derren révèle la technique mise en œuvre pour influencer les deux publicitaires, à l’insu de leur plein gré. Durant le trajet qui les a amenés au studio, le conducteur de la voiture les a fait passer à plusieurs reprises devant des informations signifiantes, placées volontairement sur le trajet de manière répétitive et présentant les mêmes motifs, mais placées sur différents supports. Derren a ainsi fourni de manière subtile des informations aux deux publicitaires en utilisant le décor naturel. Une rétrospective du cheminement des deux publicitaires est montrée en fin d’émission et là : on peut effectivement constater les différentes accroches évidentes qui ont été disposées sur le trajet et la manière dont elles ont été présentées aux publicistes. Le trajet devient plus qu’un chemin entre un point de départ et le studio, en réalité, certaines portions de l’environnement mises en évidence, à l’intention des publicistes, ont été volontairement détournées par Derren, et une même information est présentée de façon répétitive. Ces portions de la réalité qui entourent les publicitaires sont comme des « minis saynètes », déposés çà et là le long du parcours. En fait, les publicitaires se promènent dans un décor. Par exemple, le long du trajet, des questions sont posées à travers des affiches bizarres : « Quel est le meilleur endroit où allé pour des animaux morts. » Et durant leur brainstorming, les publicistes se disent cette même phrase qui va aiguiller leurs idées. La réponse à la question posée plus haut est aussi sur le trajet, ainsi que le dessin du logo qui ressortira durant le brainstorming. En fait, l’ensemble des éléments de l’affiche se trouve déjà de manière anachronique et répétitive dans des éléments de décor disposé sur le trajet.

Cette émission, que je vous recommande de visionner sur Internet[421], est un modèle du genre subliminal et démontre d’une manière magistrale que le décor est lu en permanence par l’individu. Ce que montre aussi cette vidéo, c’est que les informations retenues ne sont pas vraiment modifiées par les publicitaires, ils reprennent à l’identique les choses vues. Les choses ont été présentées à plusieurs reprises aux publicitaires et dans des logiques légèrement incohérentes. Durant le trajet, alors que la voiture est à l’arrêt, un groupe important de jeunes gens avec un polo bleu flash attirent le regard, et le logo présent sur chaque polo est dessiné bien en vue, c’est lui le véritable message. Les publicitaires lors du brainstorming font des liens entre le Zoo et le logo, et cela est alors noté par eux comme des idées personnelles. Idem, des affiches qui étaient collées bien en vue sur des murs du trajet posent une question que les publicitaires se poseront plus tard, en pensant qu’elle vient d’eux. Durant le brainstorming, leurs esprits se retrouvent alors pris dans une logique de résolution d’énigme qui est posée de fait par cette question. Des affiches sur le parcours leur avaient déjà donné la réponse et c’est elle qui émerge comme une idée personnelle dans leurs esprits.

Ce qu'il faut comprendre, c'est qu’un message écrit sur une pancarte ou une affiche (voir chapitre précédent) est lu, et, étant lu, il produit un mécanisme équivalent au fait de se parler à soi-même. Et, si je me parle, c’est moi qui me pose une question. De la même manière, l’affiche suivante permet aux publicitaires de se répondre à eux-mêmes, à la question précédente. Tous ces éléments qui apparaissent dans le champ visuel des publicitaires sont le résultat d’un autre brainstorming qui a déjà eu lieu entre Derren et son équipe. Ces gens sont des professionnels, ils captent donc les éléments du décor qui sont de leur monde. Ils sont comme des éponges qui collectent des idées.

Mais, au moment de la collecte, ils ne savent pas que ces informations vont leur être utiles. Ce sont des sortes de minis concepts éparpillés dans le décor, ils ne font pas de lien entre les différents éléments. Il n’y a pas encore de logique qui assemble les données, mais simplement des informations diverses, réparties dans un décor qui est pour eux la réalité. Ils ne peuvent pas savoir qu’ils sont en train de capter de l’information pré formatée à leur intention. Pourtant, des liens pré calculés existent déjà, des liens que Derren va leur donner durant l’introduction. Il veut pour son futur magasin une affiche, un logo avec un titre, une phrase d'accroche de vente. Lorsqu’il répond à la question : « mais quel est le produit », il présente de nouvelles clefs : un ours, des animaux empaillés et la raison sociale du magasin qui fait de la taxidermie, soit une boutique improbable dans notre monde actuel. 

Laissés seuls, et stressés par le peu de temps disponible pour réaliser ce travail, les publicitaires vont aller chercher dans leurs mémoires récentes des informations en rapport avec les clefs fournies. On constate alors qu’ils avaient stocké dans leurs mémoires respectives les différents éléments (vu plusieurs fois durant le trajet) et qu’ils les utilisent sans trop de modifications, pour eux ce sont des idées qui apparaissent dans leurs esprits, de bonnes idées. Les publicitaires reconstruisent alors sans le savoir le travail de Derren qui leur a été fortement suggéré durant le trajet.

Les idées sortent de leurs esprits, ils ne peuvent pas se rendre compte qu’en réalité, ils ne font que répéter la leçon apprise. Ils pensent sincèrement que ces idées sont les leurs. Ils ont vampirisé les concepts qui leur ont été fournis par Derren à travers les éléments signifiants du décor exposé durant le trajet. Un décor dont ils ne se rappellent certainement pas de manière consciente.

5.9.3.               Saisie automatique

Je vous ai préposé ces deux exemples, un qui m’est personnel et que vous ne pouvez pas revoir, et un autre, qui lui est public et que vous pouvez avoir le plaisir de regarder, pour que vous puissiez vous faire une idée personnelle.

 

Ce que nous montrent ces deux exemples c’est que nous collectons, sans nous en rendre compte, un ensemble d’informations beaucoup plus étendu qu’on le pense. Cette information va être automatiquement utilisée et elle s’exprimera en nous comme un matériau personnel, la rendant totalement transparente. Différents mécanismes peuvent être isolés, comme une translation des visuels par d’autres équivalents, des idées brutes sans lien avec des choses vues… Dans l’exemple qui me concerne, tous les éléments de la prise de conscience me semblaient personnels et c’était vrai, j’étais content de moi d’avoir eu ces idées. Par un hasard extérieur, une remarque de ma femme, je suis revenu sur des lectures faites les jours précédents et j’ai remarqué qu’il y avait des similitudes entre les exemples issus de ma réflexion et les exemples cités par d’autres auteurs. En approfondissant l’analyse, il m'est apparu QUE FINALEMENT J’AVAIS VAMPIRISÉ DES IDÉES en provenance de différentes sources, pour en faire une synthèse. Cette synthèse ayant fait disparaitre les sources. Les exemples que ma raison, ma logique et ma mémoire m’ont fournis, pour étayer mes propos, étaient très proches de ceux des auteurs, mais différents et très personnels (souvenir de rêve d’enfance, de film ancien...). 

Avec l’exploit de Derren, nous sommes dans une similitude d'idées non translatées. Les publicitaires ont été mis en condition d’urgence, afin de fournir un travail. Ce travail avait déjà été réalisé au préalable et il leur a été présenté de manière récurrente et subtile, en le mélangeant avec d’autres informations. Leurs inconscients ont simplement utilisé ce matériel tout prêt et tout frais dans leurs esprits et qui avait un lien direct avec la demande de Derren, en fait c’était la réponse. Ils ont donc fait une synthèse très proche de celle déjà fournie de façon subliminale durant le trajet, pensant pourtant la faire eux-mêmes.

Ce court métrage (s’il est authentique et non truqué), ainsi que l’exemple personnel fourni nous montre que de toute évidence nous sommes conditionnés par notre décor. Nos idées, nos pensées et autres travaux mentaux ne sont pas forcément créatifs au sens pur du terme et ils peuvent tout simplement être le fait de mécanisme interne de synthèse de l’information.

Dans le cas des publicitaires, c’est Derren qui les presse de produire un travail. Dans l’exemple personnel, c’est moi-même qui me presse de trouver des réponses à la question que je me pose : « comment ça marche ». Mon rêve est induit par la série d’associations inconscientes qui utilisent alors des variantes analogiques personnelles de l’information captée, il faut le rappeler encore une fois : saisie d’un simple regard.

Dans le cas de Derren les publicitaires ne peuvent pas savoir que ces informations vont leurs être utiles, pourtant ils les ont mémorisés de façon certaine et ont refait les liens qui devaient être faits. Il est probable que la mémoire courte contient l’ensemble des éléments du décor qui était dans les deux cas légèrement anachroniques, un peu comme les images des temples de mémoire[422] qui devaient marquer les esprits. Pour les publicitaires, les informations avaient au maximum une heure d’ancienneté, dans l’exemple qui m’est personnel nous sommes déjà à plus de 24 heures, mais l'émergence est très différente.

J’ai déjà remarqué que les synchronisations et coïncidences se présentaient en général dans une fourchette de 12 à 72 heures. C’est-à-dire que les phénomènes d’apparitions d’informations croisées apparaissaient en général dans ce laps de temps. Par exemple, j’ai une conversation et dans les 12 à 72 heures un événement peut avoir un lien direct avec cette conversation. Tout du moins, je donne du sens à cet événement comme étant en lien avec le précédent, mais c'est aussi peut-être le temps maximum où, pour moi, cette information sera analysable et pourra être rapprochée de l'autre qui va servir de référence. 

Si l'on ne contrôle pas ses pensées, on peut constater qu’automatiquement des souvenirs arrivent, pour permettre de poursuivre une conversation avec un interlocuteur. Nous sommes mêmes câblés comme cela, et, il est parfois difficile d’avoir une conversation sérieuse avec quelqu’un, car il risque de partir à tout bout de champ dans des souvenirs d’émissions de télévision, de vacances ou toute autre chose. Les conversations du matin, devant la machine à café au travail, en sont un bon exemple. Le truc, c’est que les gens ne se rendent pas forcement compte que ce n’est pas eux qui parle, mais le commentateur de l’émission qu’ils ont vu la veille. Leur ego étant alors en jeu, puisque c’est eux qui s’expriment, ils se doivent d’affirmer les idées qu’ils professent, alors qu’elles ne leur appartiennent pas vraiment. Ce sont juste des souvenirs de choses vues ou entendues qu’ils répètent à leurs manières, en oubliant que ce sont juste des souvenirs. En fait, ils deviennent de simples vecteurs de propagations d’une information, qui sera filtrée par leur capacité de compréhension, la précision de leurs souvenirs ou la qualité des analogies qu’ils vont transmettre, mais tout cela ne leur appartient pas en propre. Nous diffusons bien souvent et sans nous en rendre compte la pensée des autres, en pensant que ce sont nos idées.

Après un reportage comme celui présenté par Derren ou l’exemple personnel que je vous ai proposé, comment savoir ce que valent les idées et créations que nous produisons.

À quel « point » sommes-nous réellement créateurs ?

Le « point » lui est créateur !

5.9.4.               Cogitation underground

On peut facilement constater que le simple fait de lire un livre et d’en arrêter la lecture entre deux chapitres produit une continuation inconsciente de cette lecture. L’inconscient continu à analyser, cogiter, les propos de l’auteur, en cherchant des liens, des logiques, et il en construit alors une suite plausible, qui va apparaitre sous la forme d’idées ou de pensées. À la reprise de la lecture de l'ouvrage, nous sommes souvent étonnés de constater que l’auteur parle de nos cogitations, qui sont réalisées de manière indépendante durant la coupure, on crie alors à la coïncidence. Cet auteur a de bonnes idées qui sont en concordance avec les nôtres… De la même manière, une conversation avec un ami va perdurer de façon consciente ou inconsciente bien après la séparation et elle reprendra de plus belle lors des retrouvailles, avec en plus : les éléments qui auront été cogités entre temps et qui ne tarderons pas à être échangés de diverses manières comme des idées du moment.

Nous sommes le résultat de nos rapports avec le monde, le monde pour nous est comme un décor que nous interprétons sans même le savoir. Cette lecture est le résultat de notre décodage permanent de l’information extérieure, quelles qu’elles soient. Pour faire face au présent, nous utilisons les briques que nous avons captées précédemment, ces briques sont stockées inconsciemment à travers une logique de liens analogiques multiples. Tous les besoins ou questions, qui vont apparaitre en nous, vont lancer cette machinerie interne qui va construire une réponse cohérente avec ces briques. Dans la vidéo de Derren, une question est posée à plusieurs reprises dans le décor, elle devient donc active : « Où vont les animaux qui meurent ? ". Un peu plus loin dans le décor (le trajet) on peut aussi trouver à plusieurs reprises la réponse à cette question, accompagnée du logo représentant une paire d’ailes : « Au Paradis des créatures ! » (Creature Heaven).

Cependant, ici, Derren fait une erreur, car il a mixé une analogie « Animaux – créature » qui n’a pas été retenue par les publicitaires qui ont préféré « Paradis des Animaux », ce qui me semble aussi plus juste. Cette remarque laisse supposer que d’autres éléments ont été pris en compte par les publicitaires, pour rendre leur travail « conforme » à une certaine logique.

La question est alors : quelle est cette logique qui rend conforme l’usage des données collectées et conforme à quoi ?

Quelle est la structure de conformité ? On retombe un peu sur le postulat de cohérence de la structure d’accueil déjà proposée dans un autre chapitre. Il faut que cela soit cohérent, en plus d’être vampirisé. Il y a une notion de validité, de vraie, qui semble intervenir et qui se doit d'être gérée par le système d’amalgame des souvenirs. S’il existe un algorithme de cohérence et de « vrai », alors il n’est pas très grave de vampiriser les idées des autres puisque ce n’est que du contenu qui exprime des informations vraies, pour notre structure de cohérence. Par contre, s’il n’y a pas d’algorithme de cohérence et de réalité, alors il y a un vrai danger de dire n’importe quoi et surtout des idées induites par d’autres que nous ne contrôlons pas.

On peut comparer les différentes séquences de ces exemples avec le déroulé classique d’une rêvasserie.

·         Mémoire global morcelé

·         Impact – un besoin apparait

·         Des souvenirs se lient entre eux

·         Une rêvasserie se construit et démarre en nous

·         Histoire qui se déroule

La deuxième étape l’impact, le choc, répond à un besoin. Si j’analyse sur ces bases l’émission de Derren avec les deux publicitaires, je peux faire le déroulé suivant.

·         Acquisition d’information forcée, morcelée dans la mémoire.

·         Besoins – fourni par Derren (formule, plan), avec une contrainte de temps

·         Association d’idées de la part des deux publicitaires

·         Construction de la réponse aux besoins.

·         L’affiche est réalisée

Dans la vidéo de Derren, il est intéressant de constater que le besoin formulé va être honoré par les publicitaires avec les éléments acquits durant le trajet sans connaissance préalable de leurs futurs usages possible (donc avant l’usage). Ce point est important, car cela semble vouloir dire que pour faire face aux besoins, les publicitaires ont été cherchés dans leurs mémoires des éléments de réponses. Ces éléments de réponses possibles ayant été préalablement suggérés de façon subliminale, ils étaient encore frais dans leur esprit et ils se sont arrêtés là. Il semblerait qu’un processus soit présent ici, la vidéo nous montre que les publicitaires sont sous pression, car ils n’ont que trente minutes pour réaliser un travail qui doit certainement leur prendre plus de temps habituellement. Leurs esprits vont donc chercher ce qu’ils pensent être des idées personnelles, mais en réalité, il y a un travail d’analogie et d’association avec les éléments présents dans leurs mémoires fraiches (vieille de trente minutes). Cela veut dire que des éléments du décor ont été stockés quelque part, pour un éventuel usage dans le futur. Se Devant de faire face à une sorte « d’agression », les publicitaires cherchent automatiquement des réponses dans leurs passés, pour résoudre leurs problèmes. Au vu du résultat obtenu à la fin de la vidéo, les publicitaires se sont arrêtés sur les premiers éléments rencontrés dans leur mémoire, qui se sont présentés à leurs esprits sous la forme d’idées, et qu’ils pensent être personnels. Mais qui, en réalité, ont été vampirisés à partir de la mémorisation du décor capté durant le trajet.

On est dans le même cas de figure où, si je plante un clou dans un mur, en étant en équilibre sur une échelle, je vais utiliser le marteau que j’ai dans la main sans chercher une autre solution. Ce que je veux dire : c’est qu’en général, si je suis coincé, je me retourne vers la première solution qui me vient à l’esprit. Je ne cogite pas trois heures, la première solution est la bonne. Si faisant un faux pas, je tombe et que je me retrouve agrippé au bord d’une falaise, si quelqu’un me tend une corde, pour me sortir de là, alors, il y a de très fortes chances, pour que je cherche à attraper la corde. Dans cet exemple, où je risque ma vie, la corde est visible et ma réaction est directe. Je suis dans l’action, j’attrape la corde. Dans le cas des informations en mémoire, c’est un peu la même chose, mais c’est plus subtil. Si je passe devant un bureau de tabac et que quelques mètres plus loin quelqu’un m’aborde pour me demander si je sais où trouver un bureau de tabac, je le renseigne bien évidemment, en le dirigeant vers le bureau que je viens de croiser. Ces exemples sont des évidences et c’est justement parce que ce sont des évidences que dans certains cas nous ne prêtons plus attention à la chose elle-même. Dans l’exemple, avec les deux publicitaires, ils ont enregistré inconsciemment un ensemble d’informations, et l’on peut noter que ces informations ont été répétées plusieurs fois durant le trajet, au minimum à deux voire trois reprises. Nous n’avons pas la vidéo complète et aucun commentaire de la part des deux publicitaires pour connaitre la source de leurs idées durant leurs travaux, je ne peux donc pas être formel. Mais il est sûr que : si la vidéo n’est pas truquée, alors les publicitaires ont réellement puisé dans leurs passés récents les solutions à leurs problèmes.

Ici, le travail était en quelque sorte prémâché, mais il doit en être de même avec toutes les situations que nous traversons au quotidien. Ce qui est important ici c’est le processus qui apparait à travers cette vidéo.

·         Un besoin apparait

·         Un processus interne de l’individu part chercher une solution dans un passé plus ou moins lointain (mémoire) où dans les éléments en présence dans le décor (plan – mémoire – savoir…)

·         Les éléments de la solution sont évalués (liés – brassé - raisonné).

·         La solution est réalisée (construction - action – fixe - collée).

·         Le Résultat est validé

Nous retrouvons ici encore les mêmes schémas déjà énoncés dans d’autres chapitres.

Une question s’impose à nous. Nous construisons alors une structure d’accueil à partir d’informations diverses, en rapport avec la question. Cette structure nous permet de faire émerger des réponses que nous pouvons ensuite valider.

Le concept « un besoin apparait » peut être de différents types et origines : physique, émotionnel, mental. On peut alors être tenté d’utiliser la méthode Dodécalogique proposée dans un autre chapitre[423] pour qualifier ce questionnement, afin de le rattacher à une matrice qui va le qualifier. Dans le cadre des rêvasseries, il m’apparait que le besoin, une fois analysé, est souvent de gérer une peur, qu’un élément du décor a réveillé, d’une manière directe ou analogique. Le besoin est alors de créer un grigri symbolique, une structure de sécurisation, on va cloisonner mentalement la peur.

Il faudrait faire des expérimentations pour mieux comprendre ces mécanismes :

·         Combien de fois faut-il faire apparaitre des « informations signifiantes » dans le décor d’un l’individu, pour qu’ils soient mémorisés comme une ressource possible ?

·         Il faudrait vérifier si tout est enregistré et avec quelle profondeur, ou bien si seulement certains éléments fait l’objet d’une mémorisation, et sur quelle profondeur. Si l’inconscient ne mémorise qu’une partie du décor, il serait intéressant de connaitre les critères de mémorisation.

·         Quels sont les seuils de présentation d’une « information signifiante », en nombre et durée, pour qu’elle reste inconsciente et semble être une idée personnelle, pour l’individu, en cas d’usage. Quel doit être le rythme d’apparition des « informations signifiante » ?

·         Quel peut être le niveau analogique entre l’« information signifiante » et le besoin final ?

·         Etc.

Il est évident que ces techniques ont une importance vitale pour les publicitaires[424] (au sens large, commerçant, politique, enseignant...) qui l’utilisent finalement tous, pour vendre leurs produits (au sens large).

5.9.5.               Pas de saisie automatique

Et si ces explications précédentes, à propos des informations subliminales, qui nous semblent logiques étaient totalement fausses ? Il est d’ailleurs possible que vous ne soyez pas d’accord avec mon analyse. Derren lui-même dans la vidéo explique qu’il a placé des éléments dans le décor, que représente le trajet des publicitaires, avec l’idée qu’ils les captent de manière inconsciente afin de les utiliser, pour réaliser le travail demandé. Mais Derren, tout comme moi, avec mon explication, nous fournit une sorte de logique basée sur des Évidences :

 

Si [je place un objet dans le champ de vision des publicitaires], alors [ils vont le voir.]

 

Si [je dépose, en utilisant des pancartes, une question à plusieurs reprises sur le trajet], alors [[[ils vont la voir], la lire de manière automatique] et la réutiliser plus tard si besoin est], sans [vraiment s’en rendre compte…]

 

Tout ceci est logique et évident, même s’il n’est pas évident, pour tout le monde, que ce procédé fonctionne. L’intérêt de cette émission, c’est justement de montrer que la logique de ce procédé, proposé par Derren, fonctionne et d’en apporter la preuve, par le résultat obtenu. Oui, mais nous avons déjà vu, dans un autre chapitre, que le résultat n’était pas forcement lié à la structure dans lequel il se déploie, même s’il faut une structure pour que le processus se déroule. Rien ne nous prouve finalement que l’explication fournie par Derren et réitérée par moi dans un chapitre précédent soit la vérité. En fait, c’est juste de la logique, quelque chose de raisonnable. Il croit qu’il faut faire comme cela, alors il met en place un truc qui lui semble logique, il obtient un résultat et il pense qu’il a raison.

 

Nous pouvons déployer une autre théorie en partant des éléments mis en place par Derren.

 

Derren désirerait que les publicitaires reprennent des informations déjà prévues, afin de les confondre une fois leur travail fini. En leur montrant un résultat le plus proche possible du leur, ce qui semble impossible. Pour réaliser cet exploit, il a imaginé qu’il pouvait placer sur le trajet contrôlé des publicitaires un ensemble d’éléments visibles et remarquables, reprenant les points exacts qu’il désirait voir apparaitre dans leurs travaux.

Derren a donc mis en place une structure d’accueil pour réaliser son show. Il a tracé un trajet dans lequel il a, à plusieurs reprises, placé les éléments qui devaient être captés de manière consciente par les publicistes, afin qu’ils les placent dans leur mémoire à moyen terme. Il espérait qu’une fois les deux intervenants stresser, leurs inconscients iraient rechercher ces informations sans trop les modifier. Nous avons déjà expliqué tout ceci, mais ce n’est pas parce que Derren obtient le résultat attendu que l’idée de départ est vraie. Ce n’est pas parce que j’ai un résultat que le postulat de départ est correct.

 

Derren a mis en place une structure qu’il veut active, et à travers de laquelle il pense réaliser ses intentions. Il y a un protocole qu’il a imaginé, une sorte de rituel. Mais rien ne nous prouve que les publicistes aient observé le paysage extérieur de la voiture durant le trajet. Ils ne sont pas au courant du protocole et que le trajet est piégé. Ils ne savent même pas quel est le but exact de leur mission. On peut remarquer, dans la rétrospective placée à la fin du reportage, que certains éléments du décor, comme l’ours à la harpe dans la vitrine, ne sont pas très visibles de l'intérieur de la voiture. Tout ceci ressemble à une sorte de processus qui se voudrait logique, mais qu’en est-il vraiment ? Il n’est pas certain que les éléments du décor aient été réellement captés, alors que c’est le point essentiel qui nous est proposé pour expliquer le résultat. Ce qui est certain, c’est que Derren connaissait lui tous les éléments de son projet. Il connaissait les points sensibles à capter à l’extérieur et les différents éléments du visuel qu’il désirait obtenir. Rien ne nous prouve, à aucun moment, que les publicistes ont été chercher les éléments de leur travail à l’extérieur. Ils peuvent aussi, très bien, avoir obtenu l’information réelle par un procédé proche de celui utilisé par Alexis Didier, même si ici, cela, pour des raisons de logique et d’évidence, est plus difficile à admettre. Peut-être que la structure mise en œuvre par Derren a permis aux deux publicistes d’avoir accès, d’une manière plus directe, à l’information qui existait déjà, de manière concrète. Une information placée dans l’enveloppe et dans un ailleurs[425], dont l’esprit de Derren se faisait la structure d’accueil. Il peut y avoir eu simplement qu’un processus de vision à distance, par exemple du dessin caché dans l’enveloppe, qui a été provoqué par la structure mise en place, ou encore : un accès à l’information réelle qu’exprime la structure d’accueil de Derren. On peut aussi remarquer que le dessin caché dans l’enveloppe contient au plus trois ou quatre éléments et que les propositions des publicistes tournent elles aussi uniquement autour de ces éléments, alors qu’ils auraient pu en ajouter d’autres, vus ou non, dans le décor du trajet. Leur choix d’usage a donc été limité au choix de Derren, même si le protocole de création précisait, lors de l’entretien de départ de limiter le visuel à un titre, un logo, un slogan, un visuel générique.

Peut-être que le processus mis en place par Derren nous montre non pas une logique subliminale, mais un moyen d’accès à l’information réelle, représenté par le dessin dans l’enveloppe ou l'intention génératrice de tout ceci. Il est vrai que Derren ne dit pas au publiciste ce que contient l’enveloppe, mais cela ne change pas grand-chose à l’affaire. Les publicistes sont placés dans une sorte de transe, ce qui était aussi le cas d’Alexis Didier lorsqu’il réalisait ce type d’exploit.

 

La démonstration de Derren essaie de nous faire croire que c’est son protocole d’insertion d’information subliminale qui est validée par le résultat, alors qu’en fait c’est peut-être une tout autre logique qui s’est appliquée à son insu. L’information n’a peut-être pas été captée via l’extérieur et réutilisée par l’inconscient des publicistes, mais par un autre processus inconscient activé par la structure mise en place. Dans les deux cas de figure, l’information s’exprime dans le conscient des intervenants et permet le résultat.

La seule chose qui peut être opposée à ma nouvelle proposition c’est de dire que la première est plus logique, mais que veut dire : « c’est plus logique », en termes de preuve. Concernant l’usage de messages subliminaux et de leur impact sur notre vie de tous les jours, je vous recommande de consulter les travaux de Stanislas Dehaene[426] mis en ligne par le Collège de France et qui font un point scientifique sur la question.

 

5.9.6.               Côtoiement

Dans les deux exemples qui ont permis de faire croitre ces différents chapitres il y a un fait et un seul qui, à mon avis, est valide :

 

L’information qui a été utilisée dans les deux cas a juste été côtoyée.

 

Dans l’exemple qui m’est personnel, lorsque ma femme me fait remarquer que l’image de la couverture du livre, qui se trouve sur le site web que je lui présente, reprend le même concept que mes explications du matin, je n’ai pas le souvenir de l’avoir déjà vu. J’ai ensuite relu différentes pages de ce site pour approfondir mon analyse et essayer de comprendre à quel point j’avais vampirisé ce site. Mais, hormis quelques passages que je savais avoir déjà lus, d’autres, qui reprenaient mes propos du matin, ne me semblaient pas avoir été déjà consultés. J’étais dans l’étonnement et la surprise, car le nombre de points en commun entre les éléments de ma prise de conscience et les données factuelles qui se trouvaient devant moi était très important, tout ceci demandait une explication. J’étais dans la même situation que les publicistes bernées par Derren Brown. J’en arrivais à la même conclusion : j’avais capté ces informations sans faire attention, non consciemment, et elles avaient servi de données à un processus inconscient qui avait enfin trouvé une réponse satisfaisante, à une interrogation concernant un rêve. Un rêve bizarre, fait durant mon adolescence, et qui était encore actif dans un recoin de ma psyché… Je sais que ce questionnement était encore actif, car depuis la genèse de ce rêve, à plusieurs reprises, il était revenu à ma conscience, accompagné d’idées diverses qui avaient comme objectif d’essayer de résoudre l’énigme qu’il posait. J’ai fait le chemin inverse d’analyse que Derren, il est parti d’une hypothèse qu’il pouvait induire dans l’esprit des publicistes des informations ciblées, en leur présentant de manière discrète cette information, et moi j’ai constaté que j’avais utilisé une information discrète pour produire une analyse que je pensais personnelle.

Tout ceci est bien joli et logique, mais les seuls faits réels dans ces deux exemples, c’est que les deux publicistes, tout comme moi-même, avons simplement côtoyés ces informations et rien en nous prouve qu’elles aient été captées par nos sens. De plus, à plusieurs reprises dans ce document, j’ai pris la peine de faire des apartés sur l’apparition d’information en rapport avec le sujet. J’avais envie de vous faire partager les « émergences extérieures » qui me semblaient en résonnance avec ce travail. Ces apartés et leur rapport avec le sujet ne sont que mon point de vue au moment de la captation. Il est fort possible que pour vous ces apartés n’aient aucun rapport avec le contenu de ce document, et que mon propos actuel soit juste une sorte de truc incohérent. Cela est bien possible, car vous n’avez pas lu les articles en question et ma grille de lecture n’est pas la vôtre, vous ne savez donc pas vraiment quel est le contenu informationnel de ces émergences extérieures. Il est très difficile d’expliquer à des tiers ces coïncidences ou ces synchronicités, car justement : elles concernent essentiellement celui qui les vies, sa grille personnelle de décodage et elles ont un caractère numineux. 

 

Ces émergences extérieures ne sont pas des données préalables à l’écriture, mais de l’information en écho avec ces écritures. Ces données sont comme des compléments, en provenance d’un ailleurs, me permettant de mieux appréhender le déploiement de ce document et considéré comme telles. Pourquoi le magazine que j’ai l’habitude d’acheter contient-il justement un article sur un sujet que je suis en train de traiter ? Et qu’un autre contient justement la réponse à mon besoin de la veille. Je n’ai pas voulu surcharger ce document de l’ensemble des petits moments de la vie de ce genre qui viennent enrichir ce travail, mais il y en a eu beaucoup d’autres. La lecture en deviendrait très complexe et je n’ai pas pour objectif de transcrire l’ensemble des entrelacs qui se déploie à notre insu, lorsque nous réalisons quelque chose de l’ordre de l’esprit.

Finalement : est-ce que l’information qui se trouve sur le site web a déjà été lue de manière inconsciente, captée d’un simple regard, ou bien : est-ce que cette information a été attirée à moi, en complément d’information, pour enrichir ma prise de conscience du matin ?

Ou, plus subtilement : est-ce qu’il y a un processus inconnu d’émergence d’une information vers ma conscience qui pour émerger englobe à la fois mes données personnelles et l’ensemble des données que j’ai côtoyé de près ou de loin, de manière directe ou indirecte ?

 

Posons que cette émergence du matin devait se faire, alors elle a utilisé de l’information se trouvant dans un champ informationnel global. L’émergence pouvait se faire parce que certains critères étaient réunis à savoir :

 

En premier lieu           : mes données personnelles étaient suffisantes.

En second lieu            : des données dites extérieures captées par les sens pouvaient être utilisées.

En troisième lieu        : des données invisibles pour les sens au moment de l’émergence, mais connues par le processus pourront être présentées pour valider l’émergence.

 

Un peu comme si le processus de traitement de l’émergence avait utilisé un champ informationnel global, mais que, pour des raisons de logique liée à l’individu, il devait attendre une occasion pour faire émerger la solution. Cette solution ne pouvant émerger que si les données disponibles à proximité étaient utilisables pour pouvoir passer la barrière du mental raisonnant et logique.

 

Dans son protocole Derren a inondé l’environnement immédiat des publicistes de données présentant les réponses attendues pour réaliser l’affiche. Contrairement à ce que laisse entendre le passage de l’émission où les publicitaires semblent réfléchir, en réalité ils ont juste eu le temps de capter les informations, placées à proximité d’eux çà et là, en rapport avec le sujet, par un processus non trivial. Ils n’ont pas eu le temps de construire une fiction personnelle qui les aurait certainement éloignés des données brutes collectées dans le champ global d’information. Derren a choisi un thème très particulier qui avait très peu de chance d’avoir déjà été traité par les intervenants par le passé, il n’avait donc certainement aucune donnée personnelle, pour répondre au besoin. Le temps court imparti par la mission n’a pas permis à l’esprit créateur des intervenants de broder plus que déjà proposé, par les données brutes collectées. Les deux publicistes sont eux aussi de l’information réelle en plus d’être de l’information apparente, leurs informations réelles se trouvent dans le champ d’information globale situé en dehors de l’espace-temps à proximité de l’information intentionnelle déposée par Derren. Si l’on imagine ce champ comme quelque chose de géolocalisé par la trame physique de l’espace-temps, alors il y a une proximité de toutes ces données qui n’en font qu’une. Je m’intéresse à un sujet, alors lorsque physiquement je passe à côté d’une information apparente qui exprime la donnée réelle en rapport avec mon intérêt un processus inconnu connecte les deux sources d’information qui se côtoie physiquement pour permettre une émergence extérieure.

Pour être plus clair : je porte un intérêt à un sujet, un processus inconnu sait qu’un magazine à proximité contient des données signifiantes, alors une envie apparait en moi, de me rendre au rayon librairie du magasin et de prendre ce magazine. J’en prends connaissance et je m’étonne d’y trouver une réponse ou un propos en rapport avec mon questionnement du moment. Bien sûr, le magazine contient d’autres informations qui ne sont pas en rapport avec le sujet et cela noie le poisson et me fait alors penser que la présence de cet article est simplement le fait du hasard.

Le processus inconnu d’interconnexion des données en rapport étant inconscient, en dehors de ma logique raisonnante, je m’étonne de trouver, en lisant ce magazine, de la nourriture pour mon esprit, alors que j’ai justement ouvert ce magazine parce qu’il contient des données qu’inconsciemment je connais déjà.

Le processus est simplement là pour satisfaire le besoin de logique du mental qui ne peut pas admettre que techniquement j’ai déjà accès à tout sans avoir besoin de me déplacer. J’ai un corps et de fait :

Pour prendre, il faut aller chercher.

 

Ceci est vrai pour la matière et le monde physique où dans l’espace-temps tout a sa place. Mais dans l’univers de la mémoire et de l’information, il n’est pas question d’espace-temps, mais juste de filtre d’accès. Où se trouve la structure d’accueil qui va permettre au physique de prendre connaissance de l’information ? Si la structure d’accueil est ce magazine, alors il faut que le physique aille vers le magazine, pour en prendre connaissance par ses sens. Ceci est encore une évidence que nous ne remettons pas en cause, pourtant la physique quantique nous montre que ceci n’est pas très certain.

 

Aparté - Émergence :  6 – le magazine Cerveau Science & Conscience

Le deuxième magazine acheté[427] contient un article formulant un commentaire sur un nouveau livre de Lothar Schäfer « Le potentiel infini de l’univers quantique ». En finissant de lire cet article hier, j’ai eu l’impression de lire une autre façon de dire la même chose que ce document. Cet article me semble être aussi en résonnance forte avec les propos qui viennent d’être énoncés. Qui a influencé qui ?

 

Les techniques actuelles de l’information telle qu’elles sont exploitées sur Internet fonctionnent selon ce principe : les différentes pages consultées par un utilisateur sont analysées, afin de construire un profil le concernant. Le profil contiendra ses caractéristiques physiques propres à l’espace-temps, comme son âge, son sexe, sa position géographique… Mais aussi ses centres d’intérêt conscients et inconscients…

Lorsque vous allez plusieurs fois par jour sur des sites spécifiques et que vous déposez toujours le même type d’information ou de commentaires, le logiciel d’analyse en déduit facilement un profil de vos centres d’intérêt. Il est possible que vous ne soyez pas vraiment conscient d’être intéressé par tels ou tels sujets, mais le logiciel lui, qui travaille à un autre niveau mémoriel, le détectera rapidement. Et, jour après jour, votre profil va s’affiner et les sites que vous consultez, qui ont aussi accès à votre profil, vont vous proposer de l’information ciblée, en rapport avec vos centres d’intérêts du moment. Il est fort probable, au fil des années d'une consultation quotidienne, que le logiciel possède un profil vous concernant, extrêmement, plus riche que l’idée même que vous pouvez vous faire de vous. Mieux encore, le système connait des gens qui ont le même profil que vous dans différents domaines. Vous faites partie sans le savoir d’un groupe d’individu que vous ne connaissez pas et que vous n’avez jamais rencontré. Pourtant, le logiciel lui sait que : dans cette librairie il y a un magazine qui contient un article qui vous intéresserait, car justement il parle de la même chose que votre dernier mail à votre ami. Tout ceci n’est pas de la science-fiction, mais une réalité déjà mise en place sur les majorités des sites marchant de la planète. Certains fournisseurs de service travaillent actuellement sur des projets de réalité augmentés qui devraient nous permettre d’être mis au courant de manière physique (via une interface visuelle) lorsqu’une information signifiante se trouve à proximité de vous[428]. L'étape suivante est de proposer des articles ou des projets qui répondent à l’attente des clients de manière personnalisée. Présenter l’information du jour en utilisant le profil de l’internaute, pour qu’elle lui soit compréhensible et personnalisée. Pourquoi parler d’une chose si l’utilisateur n’y trouve pas d’intérêt… présenter de l’information profilée qui va vers une information qui serait passée inaperçue si elle avait été présentée en dehors du profil. Etc.

 

L’humain est un copieur, et l’émergence actuelle de ces technologies me semble être simplement le reflet, « techniquement maitrisé », d’une pâle copie, d’un mode de fonctionnement déjà existant, mais difficile à capter, à percevoir, car en dehors de nos évidences et de notre logique raisonnante. Les réalisations en cours sur Internet ont fait couler beaucoup d’encre, car finalement ils remettent en cause notre impression de libre arbitre et laissent peu de place au hasard qui semble gouverner nos vies.

 

Pour illustrer mon propos, j’ai choisi arbitrairement quelques exemples choisis parmi beaucoup d’autres qui ont été collectés depuis des années. Ce qui est présenté ici, en termes d’exemple, n’est pas, dans le cadre de mes recherches, un épiphénomène, mais quelque chose de fréquent. En fait, une fois qu’un phénomène est observé, le résultat de l’observation devient une nouvelle grille de lecture, pour les observations futures. C’est le problème principal, car nous nous auto construisons de cette manière, et si la construction n’est pas exacte, l’ensemble des analyses qui en ressort ne sont pas juste. Aucun de ces exemples personnels n’est renouvelable sur demande, parce que ces mécanismes ne sont pas le résultat d’une volonté consciente, mais le fruit d’émergences extérieures qu’il est impossible de prédire dans des termes précis. Ils ne sont que le constat d’observations qui statistiquement soulèvent des interrogations, mais même le terme statistique est ici non scientifique puisqu’il fait référence à du vécu aléatoire qu’il est difficile de quantifier. Ce qui est intéressant dans l’exemple de Derren Brown c’est qu’il a réitéré son émission, pour une chaine de télévision américaine, avec un sujet similaire, mais construit légèrement différemment. Les deux publicitaires étaient bien sûr d’autres personnes, mais le résultat obtenu est au moins au même niveau que dans la première émission. Si ces deux émissions ne sont pas le fruit d’un trucage, alors il a au moins brillamment démontré qu’il était possible d’influencer de manière importante, en utilisant des informations subliminales, les décisions de personnes prises dans un processus décisionnel d’urgence.

Nous allons nous appuyer sur notre dernière proposition d’analyse et essayer de voir dans quelle mesure il est possible de créer une structure d’accueil pour réaliser des émergences. En fait, nous sommes déjà dans ce processus depuis le chapitre 5 et même avant, mais il est bon pour la raison et la logique de poser les choses de manière concrète.

5.10.              Structures d’accueil actives

Si nous considérons la proposition du chapitre précédent comme valable, nous pouvons essayer de postuler des modes opératoires standards afin d’accéder à l’information réelle. Nous avons énoncé que l’information réelle serait donc dans une sorte de champ informationnel et que le contenu de ce champ est accessible sans filtre. Des filtres d’accès seraient malheureusement posés au niveau des structures d’accueil qui permettent de faire émerger l’information réelle dans l’espace-temps. Nous sommes nous même une structure d’accueil dont les règles de perception de l’information sont conditionnées par une sorte de boucle de rétroaction appelée la conscience. Cette boucle est alimentée par des capteurs qui permettent de prendre l’information réelle et de la projeter dans la conscience, pour en faire une information apparente. Le problème c’est que les capteurs sont spécialisés et qu’ils ne permettent pas de capter la totalité de l’information, mais uniquement une portion de celle-ci. De la même manière, nous captons et modifions l’information réelle reçue en réalisant essentiellement des actions de type physique sur des structures d’accueil qui permettent ce type d’interaction.

Dans les chapitres précédents, nous avons essayé de montrer que d’autres interprétations étaient possibles concernant l’accès à l’information et qu’il nous semblait qu’un processus inconnu était à l’œuvre. Nous postulons que nous avons accès à l’information sans limitation et que notre inconscient sait très bien où la trouver. Mais, qu’il nous faille, du fait de notre constitution physique, aller la chercher, pour pouvoir la laissé passer le filtre de notre mental, ou de la structure physique où elle va s’exprimer Dans ce nouveau paradigme, nous pouvons déjà entrevoir que le simple fait d’émettre une intention de résultat, un désir, va nous mettre en relation avec l’information nécessaire, pour pouvoir mener à bien notre intention. Du fait de notre méconnaissance du mécanisme, nous n’allons pas être vraiment à l’écoute de l’ensemble des informations qui vont émerger à travers différents médias et nous risquons de passer à côté. Parallèlement, des structures apparentes, vers lesquelles nous allons être attirés, du fait de notre intention première, à notre insu, vont servir d’interfaces physiques. Une structure apparente pouvant être n’importe quelle forme de l’espace-temps susceptible de contenir cette information signifiante. Ici, on peut dire que tout peut être capable de nous fournir l’information nécessaire, à nous d’être attentifs à nos intuitions, aux signes, aux envies, aux coïncidences heureuses. Nous retrouvons un peu l'état d'esprit que l'on prête aux anciens, avec leurs superstitions. Cependant, avec les filtres de notre mental et de notre logique, cette information sera certainement placée dans des structures types en relation étroite avec l’information à accueillir. Par exemple : imaginons que vous êtes préoccupé par un sujet et lorsque vous vous rendez dans une librairie, eh bien, si tel magazine contient une information utile pour vous, le processus inconscient va vous donner envie de consulter ce magazine. De votre point de vue, c’est vous qui avez pris la décision d’ouvrir cet ouvrage, mais en réalité : vous avez été guidé, par le processus inconscient qui est une forme d’intuition ou d’instinct. Une personne vous aborde à la croisée d’un chemin, et elle vous entretient d’une chose ou d’une autre. Attention, peut-être va-t-elle vous fournir une information qui manque à votre quête du moment. Elle ne sait pas elle-même qu’elle est en ce moment le vecteur d’une information qui vous est destinée. Elle ne sait d’ailleurs pas trop pourquoi elle vous a adressé la parole. Elle avait besoin de parler et c’est bizarrement sur vous que cela est tombé. Peut-être n’a-t-elle rien de spécial à vous dire et que c’est vous, sans le savoir, qui allez lui fournir une information dont elle a besoin. Peut-être que vous allez tout simplement échanger des banalités. Si quelqu’un vous aborde dans la rue pour vous demander l’heure, c’est qu’elle sait que potentiellement, vous avez l’information et cela ne nous choque pas d’être interpellés et de répondre. Vous êtes perdu au milieu d’une ville, vous cherchez votre chemin et quelqu’un vous interpelle pour vous proposer de vous aider, ou encore : vous vous êtes dirigé vers un panneau publicitaire avec le plan de la ville au dos. L’information arrive à vous par différents biais à la suite de vos intentions et actions. Nous allons être attentifs aux collectes réalisées directement par nos actions, car elle nous semble logique, mais nous serrons beaucoup moins attentifs à celles qui arrivent de manière indirecte, alors qu’elles sont elles aussi le fruit d’une intention. Ce sont des faits : si vous cherchez une information et si elle arrive d’une manière non conventionnelle, quel que soit le qualificatif que vous allez lui donner, une coïncidence, de la chance, le hasard, la destinée… il n’en reste pas moins vrai que vous avez l’information recherchée, c’est un fait. Ce n’est pas de la logique, c’est du réel, vous disposez de l’information pour de vrai, il n’y a rien d’imaginaire. Lorsque vous regarderez un film, soyez attentif au nombre de coïncidences que l’auteur va introduire dans son scénario, pour justement faire avancer son histoire. Il ne fait pas cela pour se simplifier la vie, mais simplement parce qu’il essaie de compresser sur une heure trente toute une histoire et qu’il ne peut pas soustraire de sa compression ces articulations indispensables au déploiement logique de la trame de son histoire.

Depuis la nuit des temps, l’être humain a mis au point des systèmes dits de divination qui ne sont finalement que des réceptacles pour capter l’information. Seulement, nous ne disposons pas forcément tous d’une capacité de connexion plus ou moins directe, comme Alexis Didier avait l’air d’en disposer. Alors, plutôt que de partir à l’aventure, ou bien de vagabonder pour trouver la réponse à ces questions, il est bien plus simple de disposer de structure d’accueil standard que l’inconscient sait être utilisé par le mental à cette fin. Le processus inconnu ne cherche certainement pas à compliquer les choses, au contraire, l’information sera certainement canalisée dans la structure la plus facile d’accès, vers le questionneur. Le processus va utiliser un canal de diffusion qui ne sera pas remis en cause par le questionneur. Si vous cherchez une information sur un sujet précis, cela ne vous choque pas d’avoir le réflexe d’interroger une encyclopédie en ligne telle que Wikipédia ou d’autres. Le moyen le plus simple pour obtenir de l’information est déjà de consulter les bibliothèques et autres lieux, où nous avons stocké une copie de l’information captée. Vous pouvez consulter un spécialiste, un expert sur des questions diverses. Vous aurez utilisé un protocole qui a fait ses preuves. L’information captée est déjà dupliquée dans une multitude de structures d’accueil disponible à cet usage, comme nous l’avons évoqué dans le chapitre « Nous descendons de l’arbre (4.5.4) ». Notre humanité n’est déjà elle-même qu’une gigantesque structure informationnelle. Alors, lorsque nous cherchons quelque chose, nous invoquons déjà ces structures qu’elles soient issues de notre mémoire personnel ou de la mémoire commune. C’est la réponse la plus simple que va nous fournir le processus inconscient, par l’intermédiaire d’un souvenir, d’une pensée, d’une idée... Vous avez un besoin et l’idée vous vient de consulter tel ou tel média, où vous trouverez certainement des réponses, c’est une première étape, la plus logique, la plus évidente, mais ce n’est pas la seule.

Mais, en dehors de nos souvenirs personnels qui ne sont bien souvent que des images métaphoriques en réponse au besoin exprimé. Si nous voulons une réponse précise, il nous faut un outil qui permet une certaine finesse. L’outil le plus fin dont nous disposons au quotidien ce sont nos sens. Si je veux voir ce qui se trouve sur une photo le plus simple, c’est d’utiliser mes yeux, pour bêtement regarder la photo. Si j’essaie de regarder le contenu de la photo avec mon toucher, cela va être beaucoup plus dur, bien que certains aveugles arrivent à discerner certaines informations par le toucher, ce qui est exploité par la technique des bosses de l'alphabet Braille[429]. Pour obtenir des informations non accessibles à travers les structures apparentes directes, il faut leur substituer des structures techniquement aptes à connecter l’information réelle. Par exemple, il peut y avoir des milliers d’utilisateurs internet connectés au même serveur simultanément en utilisant leurs browsers Web. Il est plus difficile de dupliquer une personne ou un lieu géographique, tout est à sa place dans le monde des formes. La structure de substitution va donc devoir être apte à capter l’information et à en permettre une lecture. Cette lecture devra être réalisée par le questionneur, tout décodage impliquant une interprétation inévitablement, le mental reprendra ses droits, et filtrera plus ou moins l’information. Personnellement, je préfère que l’information arrive à moi par le biais de rencontre fortuite ou de lectures signifiantes, j’aime bien ce petit côté magique des coïncidences et des synchronicités. Je ne suis pas un adepte de l’interprétation des cartes du Tarot et autres processus de divination.

La structure d’accueil la plus adaptée pour l’accès à l’information est finalement nous-même, où il est possible, par l’imaginaire, de détourner l’ensemble de nos capteurs de perceptions, pour leur faire afficher dans notre conscience des informations directes, capter en dehors de l’espace-temps. La transe, l’hypnose, la prise de certaines substances hypnotiques permettent de capter différentes informations de ce type. Il existe un nombre très important de techniques allant dans ce sens. Par exemple, le chaman rentre dans le monde du rêve pour aller guérir l’information de son patient. L’objectif est de rester suffisamment conscient pour pouvoir ramener une information facilement exploitable ou avoir une action consciente sur l’information réelle. Malheureusement, la plupart du temps, l’information collectée via un accès à l’imaginaire, par exemple par le rêve éveillé, est difficilement exploitable, car les métaphores symboliques sont difficiles à décoder par le mental. L’hypnose permet des expériences très impressionnantes et elle est peut-être plus facile à manier. Alexis Didier, Edgar Cayce[430] et bien d’autres grands voyants utilisaient cette méthode de mise en transe, pour capter l’information.

Notre propos n’est de faire une encyclopédie de l’ensemble des structures d’accueil mises au point depuis la nuit des temps, pour essayer de capter l’information. Je vous renvoie à la lecture de cet ouvrage édifiant qui est apparu lorsque ma statuette est tombée mystérieusement au sol.

Bien sûr, tout ce qui vient d’être dit n’est pas très logique, par apport aux évidences en placent, qui forment notre trame de réflexion. Alors, il y en a certainement qui essaie à la lecture de ces lignes de rejeter mes propos. La structure se défend, et c’est bien normal. N’oubliez pas que nous sommes dans une fiction. À travers mon récit, j’essaie de produire des brèches dans la logique des évidences, la notion de hasard commence à disparaitre, ou tout du moins, il est moindre que ce que nous pensons.

5.11.              Effets pervers (le multiples)

Toutes nouvelles informations venant enrichir le questionnement vont être automatiquement perçues par l’observateur à travers la structure d’accueil qu’il a mise en place. Ayant posé un cadre il devient actif. Je ne parle pas ici de magie, mais simplement de processus mental automatique. Lorsque vous avez une structure d’accueil, elle devient de fait une sorte de grille de codage et de décodage des événements que vous observez à travers elle. Et, plus votre structure se renforce, et plus elle devient incontournable. C’est un petit peu comme lorsque vous avez votre permis de conduire : vous respecter le Code de la route, car la punition présupposée est l’amende, l’accident, voire la mort, et tant que vous respectez le Code tout va bien, alors le Code est bien, il vous protège. Lorsque l’on possède une grille de lecture, on l’utilise. En regardant cette pancarte au bord du chemin, si le texte qui y est inscrit est en français, vous n’entendez pas du chinois dans votre tête. Vous décodez automatiquement le texte lu en parole.

Seulement, voilà, ce qui est posé au départ comme un essai de structuration devient rapidement la limite dans laquelle nous allons nous enfermer. Et, plus pervers peut-être : cette grille va être active sur l’ensemble des informations qui vont transiter par l’observateur. Il peut arriver qu’une information soit interprétée comme étant en rapport avec une de nos grilles de lectures, alors qu’il n’en est rien, ou si peu. Nous donnons du sens aux choses en les faisant transiter par le cadre de la structure. Plus gênant encore : l’information, dans certains cas, n'est plus traitée autrement qu’à travers nos grilles de lecture. En définitive, nous lisons en permanence l’Univers qui nous entoure et en comprenons que ce que nos structures d’accueil nous permettent de saisir. La structure d’accueil, la grille de lecture, colore l’information par son formatage. Un simple texte va, de par son contenu, pouvoir être perçu comme étant en rapport avec un sujet, car quelques éléments vont pouvoir résonner à travers la structure. Notre structure d’accueil organique, ou plus simplement notre corps formate de base l’ensemble de l’information qu’il nous est possible de capter par nos sens. L’ouvrage précédent déploie ce sujet et met en évidence que nous n’appréhendons le monde qu’à travers notre corps et que l’ensemble de nos outils d’analyse n’est que des extensions de celui-ci.

 

Un autre effet pervers des structures d’accueil, et des émergences qui leur sont associées, viens du fait qu’il n’y a pas vraiment de contrôle concernant l’arrivée des émergences. Une émergence en provenance de l’intérieur ou de l’extérieur va être considérée au mieux comme étant le fruit d’un mystère, ou simplement comme un hasard fortuit. Seulement, ces mécanismes ne sont pas décrits pour la première fois dans cet ouvrage et bien des annonceurs, des publicistes et d’autres officines connaissent ces processus mentaux et les utilisent à leurs avantages.

 

Il est facile de vérifier, lorsque vous utilisez Internet, que des informations en rapport avec vos centres d’intérêt apparaissent dans les bandeaux de publicités associés à vos pages Web consultés. Certains fournisseurs disposent d’un volume important d’informations de consultation vous concertant, parfois étalé sur des années, cela leur permet de construire une structure d’accueil personnalisé sous la forme d’une page Web dynamique répondant automatiquement à certaines de vos attentes. Au minimum, pour vous donner envie de revenir sur leurs sites, car ils viennent de vous nourrir métaphoriquement, par la teneur les informations qu'ils viennent de vous fournirent. Le but annoncé de ces entreprises est de vous faire des propositions commerciales en rapport avec vos centres d’intérêt. C’est le fameux profilage[431] des usagers de l’Internet qui fait débat depuis des années, malgré la présence d’organisme spécialisé comme la CNIL[432] qui doit garantir nos droits.   

 

Plus discrètes, mais essentielles, ces coïncidences sont ce qui permet l’articulation de la plupart des films et romans, où des rencontres et des événements fortuits vont permettre de faire progresser l’histoire. Nous ne prêtons que rarement attention à ces astuces que les auteurs utilisent pour diriger leurs fictions. Nous n’y prêtons pas attention simplement parce qu’elles sont aussi le lot de notre quotidien.

 

Lorsque ces pratiques restent dans le cadre d’offres commerciales ou culturelles, ciblées et encadrées, pour nous permettre de les qualifier, comme tel, le risque est simplement de se laisser forcer la main. Par contre, lorsque ces techniques sont utilisées de manière pernicieuse, en introduisant dans le corps du texte un ensemble d’informations apparentes qui vont participé à faire apparaitre une émergence désirée, nous pouvons alors parler de manipulation mentale[433]. Une simple affiche sur le bord de la route essaie déjà de vous donner une envie de passer à l’acte, un ensemble d’information répondant à vos structures d’accueil permet de faire passer plus simplement et plus efficacement un message.

 

Un bon pédagogue[434] va chercher à vous faire trouver par vous-même la réponse qu’il attend de vous. Pour cela, il va saupoudrer son discours d’informations en rapport avec l’émergence souhaitée et il posera une question anodine que vos processus mentaux honoreront à partir de la masse d’information déjà positionnée en vous. C’est un peu comme le jeu des devinettes, mais vous ne savez pas que vous jouez, et vous allez croire que c’est vous qui avez trouvé la bonne réponse. Quelqu’un voulant avoir raison utilisera plutôt un ensemble de techniques proposé par la rhétorique[435], ou encore utilisera des stratagèmes de la dialectique comme ceux proposés par Arthur Schopenhauer[436]… 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/ab/Bundesarchiv_B_145_Bild-F079064-0006%2C_Bonn%2C_Gymnasium.jpg

Figure 138 : Le pédagogue[437]

Il devient alors délicat de cerner si une information, qui vient à vous, est une émergence, le fruit de votre animation à travers la structure mise en place, ou bien une chimère que la structure formate, à travers le sens que votre mentale donne de l’information. La structure d’accueil peut, dans certains cas extrême, devenir une sorte de prison mentale. Par exemple, lorsque l’observateur commence à tout décoder à travers elle, alors qu’elle est de toute évidence basée sur des idées délirantes[438]

 

Ces processus sont donc subtils et demandent une certaine ouverture d’esprit et une capacité à remettre en question la structure, pour qu’elle puisse s’ajuster, s’ouvrir.

 

Nous passons notre temps à voir le monde à travers ces mécanismes qui en retour nous formatent. Les Évidences qui nous habitent sont les limites de ces structures en même temps qu’elles sont métaphoriquement le mur qui nous sépare de l’ailleurs. Peut-être existe-t-il d’autres manières d’appréhender notre Univers, à chacun de nous de faire son propre travail de recherche. Nous sommes ici dans une démarche de type : « connais-toi toi-même[439] », qui doit nous permettre de discriminer le vrai du faux.

 

Aparté - Émergence :  7 – Les gouttes d’eau

Je viens, comme tous les mois, d’acheter le magazine Science et Vie[440], ce magazine est sorti durant la rédaction de ces chapitres, et j’en ai pris connaissance, à ce point de mon rédactionnel, pour faire une pause. Le titre principal en est : « Découverte, L’énergie de la vie, Elle tient dans une goutte d’eau ! ». En lisant l’article, à la lumière de la grille de lecture que représente cet ouvrage en cours de rédaction, j’ai été surpris par quelques réflexions qui sont apparues dans mon esprit en rapport avec l'article. Cet article présente une découverte qui pour l’auteur se veut majeure. Une équipe de chimistes a découvert qu’une simple goutte d’eau possède une propriété énergétique qui attire certaines molécules, qui s’y trouvent, vers sa surface intérieure. Une fois que les molécules sont liées à la paroi de la goutte, elles peuvent plus facilement fusionner entre elles et produire des molécules plus complexes. Les molécules qui sont attirées par la surface intérieure de la goutte d’eau se retrouvent alors dans un espace à deux dimensions au lieu de trois, ce qui accélère et permet la fusion entre les molécules. Cette fusion est rendue possible par la propriété observée et permet l’émergence de molécules plus complexes qui vont retourner vers le centre de la goutte. La paroi de la goutte est générée parce que les molécules d’eau ne peuvent former de liaison avec l’extérieur et elles se lient alors plus fortement avec leur voisine. Ce phénomène est appelé tension de surface[441]. Cette tension de surface produit des gouttes bien sphériques. Ce qui a été montré dans cette expérience c’est que les molécules simples sont attirées vers la limite intérieure de la goutte, ce qui leur permet de se rencontrer et de fusionner en fonction de leurs affinités. Une fois qu'elles ont fusionné, elles vont rejoindre le cœur de la goutte. Ce phénomène produit une sorte d’accélération des échanges entre les différentes molécules en présence dans la goutte et pourrait être à la source de l’apparition de la vie, qui a besoin de ce type de phénomène accélérateur pour émerger.

Vous ne voyez peut-être pas de rapport entre ce résumé et le contenu de cet ouvrage que vous parcourez maintenant depuis plus de deux cents pages. En lisant cet article, des liens se sont faits dans mon esprit en rapport avec mon travail en cours, de manière automatique. Le premier lien c’est la photo qui illustre le début de l’article du magazine et qui représente une goutte, tout comme celle de la page de garde de cet ouvrage qui représente aussi une goutte. Ensuite, une réflexion a émergé pour dire qu’une goutte, eh bien, c’est une structure et que dans cet article elle est de plus une structure d’accueil de molécules. Les molécules dont il est question dans l’article sont des embryons de molécules un peu comme les informations apparentes qui doivent être collectées pour réaliser la phase d’incubation autonome. Une autre réflexion a émergé pour me faire remarquer que la surface de la goutte c’était aussi sa limite et que les émergences de nouvelles molécules étaient produites de manière « naturelle » par l’existence de cette limite structurelle. Cette structure devient une machine à produire des émergences, à partir des informations apparentes que sont les molécules placées dedans, en utilisant ses propres parois pour créer l’animation du système. Cette structure d’accueil devient un système qui possède, de par sa forme, la particularité de produire de manière autonome des émergences de molécule plus complexe. Arrivé à ce stade ma grille de lecture était déjà en place et je pouvais voir dans cet article un exemple clair de ce que j’essaie d’expliquer ici depuis plusieurs dizaines de pages. Cette émergence d’information apparente que représente cet article de magazine arrive à point nommée, pour me donner à la fois un exemple de structure d’accueil d’un autre genre et un exemple d'émergence d’information extérieure.

 

Pour moi, cet article nous dit que : lorsque j’ai une structure d’accueil, les éléments qui y sont placés subissent du fait des limites de cette structure un phénomène de traitement autonome appelé incubation dans cet ouvrage. Ce phénomène autonome provoque l’apparition d’émergences issues de la synthèse des éléments apparents qui se trouve dans la structure. Cet article sur les propriétés de la goutte d’eau n’est qu’un exemple d’un phénomène qui doit être plus général.

 

De deux choses l’une : soit c’est moi qui, en fonction de ma grille de lecture du moment, formaté par mes élucubrations, vois dans cet exemple autre chose que ce qui s’y trouve réellement. Soit effectivement cet article est en rapport avec mes propos et dans ce cas il arrive comme une émergence extérieure venant enrichir mon propos au bon moment. L’information est venue à moi par l’intermédiaire de cet achat et de ma lecture.

 

Mais, dans tous les cas de figure, cet article m’a été utile pour enrichir ce chapitre et donc il est de fait une émergence extérieure qui m’est utile, quelle que soit la teneur exacte de son contenu. Cet article est là, et je l’utilise pour expliquer mon propos, c’est un fait !

 

L’effet pervers ici c’est qu’une fois que l’information est formatée à travers une structure, elle a fait fusionner entre eux différents éléments présents dans cette structure et il devient alors difficile de faire marche arrière. Le déploiement a été auto entretenue par ce formatage, cette lecture des données en présence qui a été passée à travers cette grille. J’ai une formule qui a été posée et elle va utiliser les données qui passent à sa proximité pour pouvoir les exprimer avec sa coloration, c'est automatique et c'est le phénomène de la goutte d'eau !

5.11.1.           Rêve – Illusions - Paranoïa

Un souvenir est remonté à mon esprit sans crier gare, et il illustre bien le sujet que je traite actuellement dans ce chapitre sur les effets pervers de ces mécanismes mentaux. C’est une émergence intérieure qui apparait sous la force d’un souvenir. Je me souviens d'un film traitant de ces thèmes et du risque de paranoïa qui peut émerger de tout ceci. J’avais fait un article sur le film Numéro 23, regardé en juin 2012, dans un de mes journaux dont voici un résumé.

Aparté - Émergence :  8 – Le film Numéro 23

Pour ceux qui n’auraient pas vu ce film, je leur conseille de le regarder, pour ce faire une idée plus précise de mon propos.[442] Ce film renvoie à ces effets pervers pouvant apparaitre lorsque nous sommes pris dans une boucle récursive d’analyse. En voici un rapide résumé :

Le personnage principal du film (Jim Carrey) lit un livre que sa femme lui a offert et il s’étonne que l’histoire lui rappelle des éléments qui considèrent en coïncidences avec des moments et événements clefs de sa vie. Il commence alors à faire des liens mémoriels, il attache à sa lecture des souvenirs. Il a l’impression que ce livre a quelque chose à lui révélé.

Après la lecture de quelques chapitres, il a fait un nombre important de liens entre son vécu et l'histoire du livre qui le projettent dans un questionnement intérieur intense.

Il corrèle de plus en plus de souvenirs personnels avec l'histoire relatée dans le livre, et cela augmente ses questionnements. Cela renforce aussi son intuition qu’il y a comme une synchronisation entre son histoire et l’histoire de l’auteur.

Il cherche ensuite à s’auto persuader qu’il y a des liens, quitte à ne pas être toujours très précis. La trame de l’histoire proposant le nombre 23 comme point de coïncidence, il commence à trouver des coïncidences nouvelles, extérieures au livre, qui viennent augmenter celle déjà existante et issue de sa lecture.

L’histoire du livre et son attention exacerbée pour le nombre 23 finissent par déborder sur sa vie privée. Du fait de l’équation simple que le livre propose, un rapport au nombre 23. Le héros commence à tout numériser et il trouve le chiffre 23 de manière directe ou codée partout autour de lui.

Il commence à avoir des cauchemars en rapport avec l’intrigue du livre, avec lequel il s’est maintenant identifié.

Il veut absolument convaincre son entourage qu’il existe un lien entre lui et l'histoire du livre. Son entourage, malgré les avertissements et les analyses contraires à la sienne, n’est plus capable de le faire sortir de sa croyance. Il pense qu’ils lui mentent ou ne comprennent pas ce que lui est persuadé d’avoir compris et prouvé par A + B. Il a entrainé son fils dans sa croyance et lui-même recherche la même chose, il n'est pas seul à croire en sa chimère, c'est une sorte de preuve du bien-fondé de sa démarche.

Il finit par rechercher l’auteur supposé du livre, pour éclaircir ce mystère, et il le trouve… mais l’homme rejette sa croyance en lui disant qu’il n’est pas l’auteur du livre. L’auteur serait en prison pour un meurtre qu’il n’a pas commis.

Sa femme le force alors à se mettre en contact avec un psychiatre, qu’il trouve douteux et peut-être de mèche avec sa femme. Il devient paranoïaque et pense que les autres lui cachent quelque chose ou lui veulent du mal. S’identifiant de plus en plus avec le héros du livre il cauchemarde, car le héros est un tueur et il a peur de tuer sa femme comme dans le livre.

Etc. je ne vais pas raconter la fin du film pour ceux qui voudraient le voir !

En fait, ce qui m’intéresse ici c’est le processus que j’ai essayé de décrire plus haut, étape par étape, et qui est mis en évidence dans le film. Ce processus entraine le héros dans une sorte de psychose. Il s’enferme de lui-même rapidement dans une sorte d’analyse en boucle, d’où émergent des données qui forment un tout cohérent pour lui. Il s’auto-analyse sur les bases mêmes de son analyse et part dans une sorte de boucle récursive. Son raisonnement tient de plus en plus compte des résultats trouvés qui ne peuvent être que juste, de son point de vue, puisqu’ils sont issus des résultats précédents. Il finit par s’enfermer dans une logique de raisonnement qui intègre la présence du nombre 23 comme une sorte de sceaux de validation. Il ne voit plus le monde qu’à travers sa grille de lecture et il cherche des occurrences du chiffre 23, par tous les moyens. Cette lecture du monde qu’il a mise en place devient sa grille de lecture et elle se déploie de plus en plus. Il en arrive à un point où il ne peut plus accepter les avertissements de son entourage qui ne sont pas d'accord avec lui. Il finit alors par penser qu’il détient une sorte de vérité et que les autres se trompent et lui veulent du mal. Il finit par être dans une sorte de délire paranoïaque[443] où il considère que les autres ne voient pas les évidences qui se présentent à lui, simplement parce qu’ils manigancent une cabale à son égard. La suite du film présente un rebondissement inattendu qui complexifie ce schéma classique vers une fiction.

Les données d’un problème étant posées, une structure d’accueil qui les contient apparait automatiquement. Cet ensemble : « donnée + structure d’accueil », permet à une logique raisonnante et inconsciente de s’établir et des émergences viennent alors valider des règles qui se mettent en place du fait du raisonnement lui-même. Ces règles modifient la structure et il apparait une grille de lecture qui influence, colore, les nouvelles données qui rentre en contact avec la structure. C’est une sorte de spirale qui entraine celui qui s’est positionné en esprit dans la structure. Si la structure s’écarte trop de la réalité, cela projette l’usager dans un délire qui n’est plus validé par son entourage. Malheureusement, il n’est plus capable de sortir du vortex psychique dans lequel il s’est lui-même projeté et il s’enfonce dans les ténèbres de la folie.

Bien sûr, tout le monde n’est pas obnubilé par le numéro 23 et nous ne sommes pas cernés au quotidien, par nous-mêmes, dans une sorte de boucle folle. Simplement, il arrive parfois que nous nous laissions prendre à des niveaux moins profonds par de petits tourbillons qui nous déstabilisent et qui : « nous font prendre des vessies pour des lanternes » 

Aparté - Émergence :  9 - Rêve 5 Juin 2012

Ce qui m’a surpris c’est qu’en consultant mes notes de juin 2012 sur le film, j’ai retrouvé à la suite la transcription d’un rêve que j’avais fait dans la nuit suivante de la projection. J’avais complètement oublié ce rêve et sa notation, J’en reporte ici quelques passages, car cela me semble intéressant et en rapport avec notre sujet. Je ne sais d’ailleurs pas trop si j’ai été cherché consciemment les notes concernant le film ou inconsciemment les notes concernant le rêve. J’ai modifié très légèrement la transcription et corrigé les fautes d’orthographe, les annotations, ainsi que les parties entre parenthèses, du texte sont des précisions réaliser lors de la rédaction de ce document. Attention, ce texte n’avait pas pour vocation d’être publié et à 2 h 30 du matin, lorsque j'ai pris ces notes en 2013, je n’avais pas pour vocation d’écrire un ouvrage à destination d’un public. Je le retranscris donc sans trop de modifications, car il contient déjà en germe tous les éléments constitutifs de cet ouvrage. Il est un bon exemple d’un processus inconscient en boucle qui se réitère à l’occasion. Il est de plus une émergence signifiante, car mon esprit est retourné chercher une information oubliée en rapport avec le sujet. Je l’ai redécouvert en lisant mes notes, je pensais simplement faire un petit aparté sur la structure du film Numéro 23 et pas sur cette analyse d'un rêve qui a été réalisé il y a trois ans. On retrouve dans cette analyse du rêve un nombre important de points traités dans cet ouvrage avec des exemples similaires, cela donne même l’impression que cette analyse est un résumé de ce document, alors qu’elle a été rédigée bien plus tôt et oubliée depuis. Je vous laisse juger par vous-même :

Introduction

Dans la nuit j’ai été réveillé vers 2 h 30 (23) par un rêve de type mystique, ou une logique répétitive m’était présenté, au moment de mon réveil la chose présentée par le rêve a rapidement disparu de mon esprit. Je n'arrivais pas à me rappeler précisément de son contenu. Comme souvent, avec ce type de rêve, l’information est difficile à ramener, à capter, car elle est souvent en dehors de notre raison de veille. J’ai donc écrit ce qui me venait et j’ai rapidement déployé le thème qui va suivre. Il y a eu une sorte de fusion avec une chose déjà perçue, mais qui s’est précisée durant le rédactionnel. Je ne peux pas affirmer que le texte qui suis décrit exactement ce que le rêve présentait, mais ceci est le déploiement réalisé à 2 h 30, dans la nuit, en « directe », alors ce n’est pas forcément écrit dans un style très littéraire ou facile à lire, mais bon…

Transcription du rêve

J’ai rêvé une sorte de paradoxe où : étant moi-même quelque chose, quel que soit la manière dont je traite un sujet, le résultat final sera le même, car c’est une sorte de boucle ou ce que je consomme est égal à ce que je récupère, un peu comme dans un cheminement en boucle ou la somme des hauts et des bas s’équilibres pour donner zéro.[444]

Dans le rêve c’était un chiffre qui revenait tout le temps, car il était calculé dans une équation du type de celle émisse plus haut (le film numéro 23).[445]

Je suis incapable de préciser l’équation ou le paradoxe maintenant, car c’est un rêve de type mystique où dans le rêve ça marche, mais il n’est pas possible de se le rappeler (avec précision) une fois réveillé, c’est un truc, comme l’histoire de la bouteille vide qu’il faut remplir sans enlever le bouchon[446].

Là, le fait de faire quelque chose avait comme conséquence que le résultat s’équilibrait tout seul et tendait vers une constante du style : je consomme un potentiel qui en même temps me remplit, une histoire de vase communiquant. C’était en rapport avec la vie, ou quelque chose dans le genre.

Analyse de la nuit

Hier, nous avons vu le film 23 qui est du même tonneau, qui explique comment un gars rentre dans une sorte de paranoïa en donnant du sens au chiffre 23, il le trouve, car 23 sort de son intellect, de ses cogitations, du coup il s’étonne que le résultat de ses calculs soit 23.

Ce film m’a fait peur, car il m’a renvoyé à des souvenirs d'enfance, où je donnais moi aussi du sens, qui devenait alors mon état d’esprit provoquant des boucles de réflexions.

Une sorte de spirale, qui entraine une logique, qui enferme dans une peur ou un délire.

Les données du problème étant posées, elles deviennent la logique raisonnante et sont alors visibles à travers toutes réflexions.

Donner du sens formate le système raisonnant et la raison, qui ensuite utilise le sens donné pour raisonner. Il y a alors une sorte de boucle qui est auto nourrie par le sens donné qui devient de plus en plus concentré, il y a une focalisation vers une constante. Toutes réflexions sont des reflets du sens donné. La chose est irrationnelle, mais chaque chose qui sera choisie pour raisonner n’est qu’une expression du sens qui sera alors automatiquement retrouvé. Étant retrouvé, il étonnera et augmentera le processus, alors qu’à la base la chose était déjà le sens.

Je me nourris de choses qui me font devenir ce que je suis, mais ce que je suis n’est qu’une accumulation de cette chose, alors si je cherche, je vais trouver cette chose qui en réalité est moi. Mais pour trouver, il faut que je me nourrisse sinon je disparais. Alors ma recherche est nourrie pour que je cherche.[447]

C’est comme une réponse qui est nourrie par la question, la réponse n’existe que parce qu’il y a une question, la réponse est en quelque sorte la question puisqu’elle a été nourrie par elle.[448]

C’est une « boucle étrange »…

Je vois, car j’ai reçu de l’information, et ce que je vois est nourri par l’information que j’ai moi-même créée par ce que je vois.

C’est la même histoire que lorsque je jette un caillou dans l’eau et que je m’étonne que des vagues me touchent les pieds. Les vagues me touchent les pieds, car j’ai jeté un caillou dans l’eau et si je m’étonne j’entretiens la vibration dont je suis en fait le générateur[449].

Je m’agite, cela crée une fluctuation, j’observe cette fluctuation et cela m’agite, et j’entretiens la fluctuation.

Le système de feedback entre en résonnance avec lui-même et le système devient autonome.

L’observateur oublie qu’il est lui-même le générateur et il s’observe, s’observant, il entretient l’observation.

Je me regarde dans une glace, alors : l’image dans la glace m’observe et continue de le faire jusqu'à ce que j’arrête de m’observer, il y une boucle de regards qui est auto-entretenus par moi-même.

Si je ne remarque pas que l’image dans le miroir est moi-même et que j’épie cette image, je suis en boucle folle, car je m’observe moi-même, sans même m'apercevoir que cela n’a pas de fin.

1 nourrie 2 et forme une boucle qui fait apparaitre 3, qui est l’adaptation existant entre 1 et 2.

Cette boucle peut devenir autonome s’il y a un delta (3) entre 1 et sa copie 2.

Je mets en place une situation et je me projette dedans, cette situation a été programmée (par moi-même), alors lorsque je suis dedans, je vais vivre ce que j’ai programmé, je vais m’étonner de vivre cela, mais c’est moi-même qui l’ai mis en place.[450]

Si je m’identifie à quelque chose, alors ce quelque chose devient un Moi virtuel, c’est un miroir qui me permet de me raconter et de faire apparaitre le résultat existant entre moi et ma projection, cela va donner une sorte de delta qui va nourrir la projection. Mais ce résultat n’existe que parce qu’il y a une projection.

Exemples :

·         Je prends une personne pour une partie de moi-même que je veux résoudre ou pas (inconsciemment). Je provoque, par la parole ou par un autre moyen, chez cette personne, la partie qui m’intéresse. Je cherche à entrer en résonnance, mais la personne ne vas pas forcement résonner parfaitement, car ce n’est pas un miroir, de plus, elle ne joue pas mon jeu, mais le sien. Alors il existe une différence entre nous, qui vient perturber la réflexion (miroir) et peut alors amener du neuf. Une information nouvelle va émerger qui me permettra de résoudre cette partie ou la nourrira encore plus.

·         Quelqu’un fait quelque chose, je le regarde faire et cela rentre en résonnance avec moi. Je porte un jugement et je lui dis : « moi je fais comme cela ! », la personne me répond : « ça marche aussi comme cela ! », ou encore « fout moi la paix ! ». Il y a un delta entre moi et elle concernant cette chose. Il y a une vibration, qui est nourrie par le fait que je ne fais pas comme elle. C’est moi qui ai nourri le conflit à la base et la vibration, le delta, vient de moi.  

·         Je regarde quelque chose, je lui donne du sens, je deviens le sens que je donne, cela à un impact sur ce que je vois alors :  je lui donne du sens, je deviens le sens que je donne, cela à un impact sur ce que je vois alors : je lui donne du sens, je deviens le sens que je donne, cela à un impact sur ce que je vois alors : je lui donne du sens, je deviens le sens que je donne, cela à un impact sur ce que je vois alors : je lui donne du sens, je deviens le sens que je donne, cela à un impact sur ce que je vois alors : je lui donne du sens, je deviens le sens que je donne, cela à un impact sur ce que je vois alors : je lui donne du sens, je deviens le sens que je donne, cela à un impact sur ce que je vois alors : je lui donne du sens, je deviens le sens que je donne, cela à un impact sur ce que je vois alors : je lui donne du sens, je deviens le sens que je donne, cela à un impact sur ce que je vois alors : je lui donne du sens, je deviens le sens que je donne, cela à un impact sur ce que je vois alors :……

·         Après un certain temps, la chose vue devient une projection de moi, que je nourris de moi.

·         Quelqu’un m’insulte, je donne du sens, je vis la colère, cette colère me fait dire des choses que j’entends, la colère augmente, des souvenirs à moi émergent, ils nourrissent la colère, j’augmente le sens à partir des données qui arrivent. Ma colère augmente, je la vis à partir de moi-même, nourri par moi-même. L’insulte de départ n’est qu’un catalyseur qui me fait entrer dans une boucle de type spirale. L’insulte est quelque chose qui m’a fait entrer en résonnance avec moi-même…

La résonance est une auto vibration, que j’auto entretiens.

Je mange pour exister, j’existe, car je mange.

La poule donne un œuf, un œuf donne une poule.

J’expire, car j’inspire.

L’expire est nourrie par l’inspire et l’inspire est possible, car j’expire durant le cycle. Il entre et sort à peu près la même quantité d’air, il y a un mouvement continu, mais aussi une constante de volume qui s’annule.

Une période de résonnance avec un volume accumulé qui est nul, car il rentre autant qu’il sort.

Figure 139 : Yin Yang

Une sorte Yin, Yang[451] qui se complète.

Temps que la vibration est là, il y a une trace qui se déploie, si je nourris la vibration, alors la chose est là et vie, si j’arrête la vibration cela meurt.

J’existe parce que j’entretiens la vibration : inspire / expire.

J’espère que cet aparté n’était pas trop long, mais il montre bien que l’information qui avait été collectée cette nuit-là est en résonnance avec le contenu de cet ouvrage. Tout ceci est normal, j’ai en tête des interrogations et j’essaie de les résoudre par divers procédés. Je ne vais pas crier au miracle d’avoir écrit ces choses à la suite d’un rêve, dans la nuit, il y a quelques années. Simplement, ma conscience avait oublié tout cela et en consultant, à la suite d’une pensée, un chapitre traitant d’un autre sujet je suis retombé dessus. Nous sommes devant le même mécanisme que pour les magazines, mais avec de l’information intérieure qui émerge via un média tiers (mes notes). Cette émergence nous montre, au moment opportun, quelques entrelacs de mes souvenirs et la manière dont ils peuvent être utilisés. En fait, cet ouvrage que je suis en train de rédiger est en quelque sorte une réponse à ces cogitations de cette nuit du rêve.

 

Je souhaite que vous arriviez à suivre les différents fils parallèles qui se déploient de page en page de manière automatique, pour répondre aux différentes questions qui ont été posées au début de cette tête de chapitre : « L’information (le sujet)(5) ».

 

Nous allons arrêter là notre cheminement dans les méandres de la psyché, car j’imagine que vous avez compris que l’information est le substrat qui nous fait être et qu’il n’y a pas de fin à ce type de déploiement. Avec l’émergence des notes de ce rêve, une sorte de boucle récursive vient d’apparaitre et il ne serait pas raisonnable de rentrer dans une spirale !

 

Je pensais ce chapitre terminé, mais une nouvelle rencontre vient de relancer la spirale de l’information :

 

Aparté - Émergence :  10 - Livre Momification

Ce dimanche premier février 2015, je me suis rendu, comme tous les mois, à la brocante en plein air dans la ville d’à côté. Comme je vous l’ai déjà signalé plus haut : je me rends à ce type de manifestation, parce que j’ai remarqué que c’était un excellent endroit pour que, justement, l’information extérieure puisse se manifester. Un bouquiniste, chez qui j’ai l’habitude d’acheter des ouvrages anciens, soldait tout un lot de vieux livres, pour un prix raisonnable. J’ai pris la peine de consulter les ouvrages sur la pile et j’y ai trouvé l’ouvrage suivant : « LA RECHERCHE RADIESTHESIQUE, dans le temps et dans l'espace. La radiesthésie et la conservation de l'homme, la momification », d’Antoine Luzy, aux éditions DANGLES, édition de 1954.

J’ai acheté cet ouvrage et lorsque je suis arrivé chez moi j’en ai rapidement parcouru l’introduction. L’on y retrouve en filigrane quelques un des propos tenus ici même, dans ces différents chapitres sur l’information. Voici un extrait de la première page :

« Par exemple, des phénomènes de voyance exposés, on pourra déduire quelques conséquences, dont la plus importante est celle d’une collaboration possible avec la radiesthésie, permettant d’arriver à une élimination à peu près totale des erreurs. Ensuite la vision de fait appartenant à la préhistoire, mais déjà bien distante de l’époque actuelle, montre qu’au moyen d’une évocation bien dirigée, on peut faire revivre le passé. Mais alors, si l’on peut faire revivre les scènes d’autrefois, il faut donc qu’il reste quelque part un souvenir non éteint. Nous pensons bien qu’il existe une réserve naturelle, où tous les faits accomplis depuis l’origine du monde ont laissé des traces indélébiles, sinon comment la voyance permettrait-elle de percevoir dans le passé des scènes dont l’authenticité ne peut être mise en doute, car il existe des moyens de la vérifier.

À notre avis, tout compte, tout marque, tout pèse dans la vie, et c’est bien pourquoi les actes d’un individu sont inscrits dans ce qu’il a fait, dans ce qu’il a produit, dans les objets, dans son écriture. Mais tout se conserve dans un monde invisible, sous une forme inconcevable et l’on comprend alors la réflexion de Renan : « c’est l’impondérable qui existe vraiment, la dernière raison du monde physique est dans les fluides que l’œil ordinaire ne peut discerner »[452]»

 

Voici donc un nouveau fait qui apparait, j’ai rencontré, dans une brocante, un livre qui contient de l’information apparente (signifiante) en rapport avec mon sujet. Ce livre couvre le thème de ce chapitre : « L’information (le sujet) »(5) et nous propose une approche du mécanisme de la momification par l’imposition des mains[453]. Je sais pertinemment que c’est moi-même qui suis allé à cette brocante : je me suis dirigé vers ce bouquiniste, où je savais que je pouvais trouver un livre en rapport avec tout ceci. J’ai vu la pile de livres d’occasion et j’ai cherché des ouvrages qui correspondaient à mon centre d’intérêt. Je suis tombé nez à nez avec cet ouvrage et je l’ai acheté. J’aurais pu tomber sur un autre ouvrage du même genre et faire un aparté similaire, mais avec un autre titre… Tout ceci n’a rien de mystérieux, j’ai d’ailleurs acheté d’autres livres, traitant de sujets qui m’intéressent aussi. Mais, ceci est un fait : j’ai rencontré un ouvrage en phase avec ce document et qui traite en plus de la momification. Statistiquement, j’avais une chance sur « le nombre de livres édités », ce qui est très peu.

Tout ceci n’a pas de fin et tant que je titillerais le questionnement, des réponses arriveront, que ce soit intérieurement, sous la forme d’idées de pensées, ou extérieurement, sous la forme de rencontres, provoqué ou inattendu. Nous sommes dans un rêve où nous participons activement, nous-mêmes, par nous-mêmes pour nous-mêmes, à son déploiement. J’aurais pu rebondir sur le fait qu’Antoine Luzy a aussi écrit un livre sur la vision à distance : « La vision mentale de l’avenir » et j’aurais ainsi raccordé encore un peu plus cette histoire de coïncidence. Hier, j’ai aussi trouvé un jeton de caddie dans un endroit improbable… Je donne du sens et il est extrêmement facile de lier entre elles plusieurs données, pour en faire une histoire qui va plus ou moins bien tenir debout. Une fois que cette histoire sera en place, elle sera de fait une structure d’accueil qui permettra le déploiement d’émergences nouvelles. Aussitôt que cette structure sera utilisée pour exploiter un raisonnement quelconque, elle deviendra la référence de facto dans laquelle notre raison se déploiera. Et, avec le temps, elle deviendra une forme d’évidence qui sera de moins en moins mise en doute.

 

Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira.

Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe. Lequel de vous donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain ?

Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ?

Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent.

Matthieu 7[454]

 

Arrivé à ce stade de notre fiction, je vous laisse penser ce que vous voulez de tout ceci. En ce qui me concerne, j’ai maintenant un nouvel ouvrage sur la momification qui, si je le lis, va venir se lier à moi, pour continuer de faire croitre ce thème que j’ai initié avec vous tout au long du chapitre : (5). Il est évident que j’avais déjà en moi l’envie de l’écrire et qu’une quantité importante d’information attendait son heure bien avant même que de le commencer. Cependant, la totalité de ce chapitre a été construite comme décrite dans le chapitre lui-même par lui-même et pour lui-même. J’ai simplement posé des postulats et utilisé les différentes émergences qui ont été attirées par tout ceci. Il n’y a aucune tromperie de ma part et, hormis quelques corrections orthographiques, tout ce qui est posé ici s’est déroulé comme indiqué (je ne dirais pas comme prévu).

 

6.  Conclusion

Nous sommes en permanence dans une recherche d’équilibre à tous les niveaux de notre être, aussi bien physiquement, émotionnellement que mentalement. Pour pouvoir assurer ces équilibres de diverses natures, nous avons besoin d’appuis. Au niveau physique un nombre important de capteurs nous permettent d’assurer notre posture. Nous pouvons facilement prendre conscience de la plupart d’entre eux et de leurs modes de fonctionnement. Ces modes de fonctionnement deviennent rapidement des évidences parce que nous n’avons pas accès à un niveau inférieur de conscience. Ces évidences sont intégrées à un niveau tel qu’elles ne sont jamais remises en cause. Elles sont presque devenues inconscientes. Ce qui est vrai au niveau physique l’est tout autant aux niveaux émotionnel et mental où nous avons aussi des appuis, pour pouvoir assurer nos équilibres. Ces appuis sont bien souvent aussi des évidences issues de notre fonctionnement au quotidien. Ce sont des logiques toutes faites ou des croyances tenaces. Cet ouvrage a cherché à mettre à mal quelque une de ces évidences situées sur tous les plans, afin de vous permettre d’élargir votre champ de conscience. Car, si ces évidences nous permettent de conserver un équilibre, elles nous tiennent aussi prisonniers de leurs limites, que nous ne franchissons que très rarement. Elles sont pour nous une sorte de structure qui accueille le fonctionnement de notre être et en limitent de fait ses capacités.

La deuxième partie de l’ouvrage, avec un long chapitre sur l'information, a essayé de présenter un autre point de vue sur le mode de fonctionnement de notre psyché et de son mode d’accès à l’information. Que ce soit l’accès à nos souvenirs ou tout simplement l’ensemble de l’information existante. En essayant de mettre à mal l’évidence qui voudrait que l’information extérieure n’ait pas de lien avec nous. Nous avons voulu montrer qu’au contraire, il existe des mécanismes qui nous mettent en permanence en contact avec l’information extérieure nécessaire à notre équilibre. À vous d’expérimenter la pertinence des différents postulats posés, si cela vous intéresse. Vous avez une sorte de mode d’emploi, il ne vous reste plus qu’à être attentif aux événements de tous les jours et d’éviter de plonger la tête la première dans vos propres histoires en boucle.

J’espère que ces quelques pages aurons permis de faire un petit peu bouger les murs de votre enceinte et que maintenant : vous regarderez de plus près les choses qui vous semblaient aller de soi, comme pouvant aller aussi autrement. Comme je l’avais annoncé dans l’introduction de cet ouvrage, certains chapitres sont un peu tirés par les cheveux, d’autres, un peu farfelus, d'autres franchissent la limite du raisonnable, mais rien ici n’est à prendre au pied de la lettre. Je n’énonce aucune vérité. Ce sont simplement des remarques pour vous obliger à rentrer en résonnance avec d'autres choses qui peut-être, feront émerger du neuf pour vous.

Les choses ne fonctionnent pas toujours, voire même rarement, comme il nous semble évident et logique qu’elles fonctionnent. Et parfois, une meilleure solution peut apparaitre en provenance de l’autre côté du miroir. Le nouveau, le neuf, se trouve en dehors de notre structure consciente et pour l’acquérir : il faut parfois pousser les murs qui nous limitent, afin d’aller à leur rencontre. Mais, nous avons aussi vu que cette structure que nous sommes n’était pas inerte, bien plus large qu'il n'y parait et qu’elle pouvait, lorsque le besoin se présentait, attirer à elle de l’information sur mesure pour que vous puissiez en prendre conscience de manière plus subtile. Acquérir de l'information via l'extérieur nous semble plus logique que de la voir apparaitre directement dans notre esprit, alors, pour qu'elle soit acceptée, le stratagème de l'apparition dans notre décor est une bonne ruse.

 

7.  Annexes

Ce chapitre regroupe les différents tableaux et listes énoncés et répartis dans l’ouvrage.

7.1.   Postulats d’accès à l’Information

Lois

01 L’Information réelle (IR) est unique et se situe en dehors de l’espace-temps dans une structure d’accueil (SA) spécifique dite : structure racine (SR)..................................................................................... 144

02 L’Information réelle (IR) ne peut pas s’exprimer s’il n’y a pas une structure d’accueil (SA) permettant à l’Information réelle de se déployer sous la forme d’une information apparente (IA)............ 144

03 Un observateur (OB) est une structure d’accueil (SA) en relation avec une autre structure d’accueil (SA).   144

04 L’information apparente (IA) dépend des règles (RE) de la structure d’accueil (SA) de l’observateur (OB) et, il y a autant de (IA) que de (OB).................................................................................................... 144

05 Toutes formes, physiques ou mentales, formées par l’observateur (OB) sont des structures d’accueil (SA), où s’exprime l’Information réelle (IR), sous la forme d’information apparente (IA)................... 144

06 Le déploiement (DE) s’exprimant dans la structure n’est pas réductible à l’ensemble des parties de la structure................................................................................................................................................... 144

07 Toutes structures (SA) permettent le déploiement (DE) sous la forme d’émergence (EM) d’information apparente (IA).......................................................................................................................... 144

08 Ce qui « anime le déploiement » (AD) n’est pas de l’ordre de l’espace-temps................... 144

09 Le déploiement (DE) modifie l’Information réelle (IR), mais l’information apparente (IA) ne répercute pas forcément la modification pour l’observateur (OB), en fonction de la structure d’accueil (SA) utilisée pour réaliser le déploiement (DE)................................................................................................................. 144

10 Des structures d’accueil (SA) peuvent être en dehors de l’espace-temps........................... 144

11 Il est possible d’agir sur l’information réelle (IR) en animant le déploiement (AD) via la structure d’accueil (SA)................................................................................................................................................... 144

12 La capacité d’interaction de la structure d’accueil (SA) avec l’information réelle (IR) dépend de la qualité de cette structure (SA) et de la précision de l’animation du déploiement (AD).......................... 144

13 Un nombre illimité de structures d’accueil (SA) peuvent être en relation avec l’information réelle (IR).      145

14 Chaque structure d’accueil (SA) peut représenter l’information réelle (IR) selon les règles (RE) propres à cette structure d’accueil (SA)............................................................................................................ 145

15 Une structure d’accueil (SA) peut évoluer et modifier ses règles (RE) de traitement de la représentation (IA) de l’information réel (IR)............................................................................................................... 145

16 Il existe un isomorphisme qui maintient la cohérence entre l’information réelle (IR) et l’information apparente (IA), résultant du déploiement (DE) en fonct